CHAPITRE XXXI GASTÉROPODES PULMONÉS
Par le D^ J. GUIâRT
Chef de travaux à la Faculté de médecine de Paris.
LA LIMAGE ROUGE
Ai'ion empiricorum (Ferussac).
Place de TArion dans la systématique. — ' Les
Limaces* étaient connues depuis la plus haute antiquité; les Grecs et les Romains en avaient fait la panacée universelle et il n'y a pas encore bien longtemps que le bouillon de Limace était considéré comme un des remèdes de la phtisie pulmonaire. Bien des auteurs furent donc amenés à les étudier ; toutefois c'est à Ferussac * que devait revenir l'honneur de séparer du genre Limace, VArion^ qui ne possède pas de petite coquille ou limacelle à C intérieur dtc manteau^ dont le pneumostome s ouvre antérieurement sur le bord droit de ce même manteau, à orifice génital sous celui de la respiration et à glande caudale terminale^ tandis que chez Limax^ le pneumos-
• De XîttJLa;. lieu humide, d'où les Latins ont fait limus (limon) ot timtuv (^limace/.
* Fkrissac et Deshayes. Uxst, nal. des Molt, lerr, et fluv., 1820- 1851, t. II. p. ;k> et suivantes.
GASTEROPODES PULMONES. — LA LIMACE ROUGE 417
tome est postérieur, Torifice de la génération se trouve en arrière du tentacule droit, il existe une limacelle et pas de pore muqueux. Férussac donna au nouveau genre le nom d'Ainon en Thonneur d'iËlien *, et à l'espèce que nous étudions celui de empiricorum pour conserver le souvenir de son succès dans la pharmacopée.
L'Arion se trouve placé à côté de Limax et d'Hélix^ parmi les Euthy neuves, dans le sous-ordre des Pulmonés terrestres on Stylommatophores. Les monographies d'Hélix étant nombreuses, nous prendrons VArion comme type de Pulmoné.
Synonymie. — Limax ater (Muller). — Limax rufus (Razodmowsky). — Limax succineus (Muller). — Limax luteus (Razodmowsky). — Limax marginellus (Schranck). — Arion empiricorum (Férussac). — Arion rufus (Moquin-Tandon). — Arion ater (Gray).
Vulgairement : Loche, Licoche, Grosse Limace rouge des jardins.
Nous conserverons le nom d' Arion empiricorum qui lui fut donné par Férussac et nous admettrons deux variétés principales : la variété rufus et la variété ater qui ne diffèrent Tune de l'autre que par un simple changement de coloration, l'une étant rousse avec le bord du pied d'un jaune rougeâtre vif et l'autre étant uniformément noire.
Habitat, mœurs. — L* Arion est répandu presque partout
* ^LiEN {De animalibus, lih. X, cap. v) distingua le premier une Limace particulière qu'il nomma AHon, mais ce n'était pour lui qu'un simple Hélix qui sortait de sa coquille pour aller paître, la laissant bien en vue pour tromper les Oiseaux de proie, habitués à se jeter sur lui quand il est en marche.
ZOOLOGIE DESCRIPTIVE. — If. 27
à la surface du globe et si l'on crut longtemps qu'il n'existait oi en Amérique, ni dans les régions chaudes de l'ancien continent, c'est qu'on ne sut pas l'y chercher durant la saison des pluies, époque dont il profite pour se montrer sans crainte d'être promptement desséché par les ardeurs du soleil.
Il aime les lieux frais et humides. Il ne sort que le soir ou de grand matin, restant caché durant le jour, où il ne se montre qu'après les pluies douces et chaudes du printemps et de Tété. A l'approche de Fhiver il s'enfonce dans le sol, se cache dans les vieux murs ou les troncs d'arbres pourris, se contracte dans le sens de la longueur au point de prendre une forme presque hémis- Fig. 509. phérique(fig.509)et tombe dans un état
Arion contracté. complet d'engourdissement.
C'est un des animaux les plus voraces, mais surtout herbivore, il recherche de préférence les jeunes plantes, les fruits, les champignons, devenant ainsi la terreur des jardiniers parles dégâts qu'il cause dans lespotagers^.
Extérieur. Principaux orifices. — Nous supposerons l'animal en état d'extension (fig. 510). Nous le placerons alors la tête en haut, le dos tourné vers l'observateur. Dès lors le côté droit est à droite, le côté gauche à gauche.
* Un des moyens les plus sûrs pour se préserver des dégâts de ces animaux consiste à entourer le pied des jeunes plants, de cendre, de chaux, de sable fin, de paille hachée. Ces substances agissent mécaniquement sur l'animal qu'elles empêchent de marcher en s'attachant à son pied qui, couvert de matières pulvérulentes, ne peut plus glisser sur les surfaces et l'épuisent en le forçant d'augmenter sa sécrétion visqueuse. On peut encore établir des abris artificiels où Ton vient le chercher pour le donner à manger aux volailles.
Le corps est allongé, limaciforme, long de 10 à 12 centimètres, large de 15 millimètres environ. La tête est à peine distincte du reste de l'animal. Elle est en général petite, séparée du pied par un sillon peu profond en avant duquel on remarque une ouverture transversale qui est la bouche. La tête est surmontée de quatre tentacules ; deux antérieurs plus courts et deux postérieurs plus longs ; sur la face externe du renflement sphérique qui surmontç ces derniers se trouvent les yeux, noirs, petits et peu visibles.
Vers l'extrémité anté rieure, on remarque sur le dos de l'animal une partie de la peau saillante, ovoïde, sous laquelle l'animal peut cacher sa tête lorsqu'il la f*iK- MO.
contracte ; c'est la cm- ^^""^^ ^ ^'^*^* d'extension. rasse ou manteau. Sur
le côté droit, et vers la partie antérieure, elle présente une grande ouverture très contractile, le pneumostome, qui donne accès à l'air de la respiration. Sur le bord
postéro-supérieur de cet orifice s*ouvre le cloaque rénoanal. Sous le bord de la cuirasse, et directement audessous du pneumostome, s'observe V orifice génital,
La queue, longue et bombée, se rétrécit insensiblement en arrière. Elle est couverte de tubercules allongés et saillants, orientés dans le sens longitudinal. Latéralement, et surtout sous la cuirasse, la peau est plus mince et moins colorée, les sillons moins marqués et obliques. A son extrémité postérieure et supérieure se trouve la glande caudale.
Le pied, arrondi antérieurement, commence immédiatement en arrière de la bouche ; il est au contraire effllé à son extrémité postérieure, qui déborde légèrement la queue en arrière de la glande caudale. Latéralement, il déborde également les côtés du corps dont il est séparé par un sillon profond.
On peut dire qu'en général la face dorsale est d'un roux chocolat et la face ventrale d'un gris noirâtre sale, mais cette coloration est éminemment sujette à variation. De là un grand nombre de variétés décrites par les auteurs ; mais en somme l'Ârion peut prendre toutes les teintes, depuis le noir intense jusqu'au rouge vif, au jaune de rouille ou au jaune orangé. Ces teintes peuvent même varier chez un même animal selon l'âge, la lumière, la nourriture et l'état de santé. Les seuls caractères constants sont la couleur noire des tentacules et de la partie antérieure de la tète, ainsi que les petites lignes de même teinte qui ornent transversalement les bords du pied où elles font le plus charmant eflfët, surtout chez les variétés où ces bords sont d'un jaune vif et brillant.
Téguments et squelette. — L'Arion est ce que Ton peut appeler une forme nue. Toutefois, dans une cavité
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comprise dans Tépaisseur de la cuirasse, au-dessus du péricarde et du rein, on trouve une poussière graveleuse, composée de petites granulations calcaires (fig. 51 i), variables en forme et en grosseur, cristalliformes, dures, blanchâtres, transparentes et brillantes ; c'est le représentait de la limacelle du genre Limax et de la coquille du genre Hélix. Comme autre production squelettique, on peut citer le cartilage w\0^ ^ lingual, relié aux téguments par de puis- ^^^
sants muscles, et sur lequel nous aurons
Fip. 511.
^r^V^«»^- Granulations
calcaires du
Le tégument de FArion est fort épais très manteau, coriace, et d'apparence musculaire. Les fibres sont diversement entrelacées et dirigées dans tous les sens , toutefois celles du tégument dorsal sont surtout circulaires, tandis que celles de la sole pédieuse sont plutôt longitudinales et c'est au moyen de leur ondulation successive que l'animal peut ramper, phénomène que Ton observe avec facilité en faisant ramper une Limace à la surface d'un verre. La surface externe du tégument est sans cesse lubrifiée par une abondante sécrétion cutanée.
Celle-ci semble jouer un rôk de défense : l**en formant autour de TArion une enveloppe muqueuse normale qui empêche l'évaporation, et par suite, la dessiccation de l'animal ; 2<* en formant, en cas de danger, une épaisse enveloppe muqueuse à l'intérieur de laquelle l'animal se contracte pour échapper aux atteintes d'un milieu nuisible. La quantité de mucus sécrétée pourra, dans ce dernier cas, atteindre la moitié du propre poids de rArion. Il est à remarquer que ce mucus n'est sécrété que là même où l/irritant s'est trouvé en contact avec la peau. Mais que l'on place l'animal dans l'eau douce ; même avant la mort, aucune sécrétion muqueuse ne se produira. 11 ne semble donc pas y avoir de centre sécrétoire ; l'excrétion du mucus se ferait par un simple phénomène réflexe.
Toutefois les glandes muqueuses pourront se localiser en certains points de la peau où elles acquerront des fonctions propres. Nous aurons alors de véritables organes glandulaires comme la glande pédieuse ou la glande caudale, La première, en agglutinant les particules solides, permet à Tanimal de ramper à la surface du sol ; la seconde semble jouer un rôle important durant la période des amours et dans certaines circonstances elle permettrait également à l'animal de sécréter un long fil, à Taide duquel il peut, d'un lieu élevé, gagner directement le sol.
Le tégument circonscrit deux cavilés : Tune veotrale ou grande cavité vlscéralcj l'autre dorsale ou cavité pulmonaire ; elles sont séparées par le diaphragme.
Outre Tenveloppe générale charnue, l'appareil musculaire de TArion comprend encore les muscles rétracteurs du bulbe, des tentacules et du pénis. Tous viennent s'insérer sur le tégument dorsal, immédiatement en arrière de la cavité pulmonaire, le long du bord postérieur de la cuirasse.
Histologie. — Tout le corps est revêtu par un épilhé- Hum cylindrique à une seule couche, limité extérieurement par une cuticule (fîg. 512). Cet épithélium n'est cilié qu'au niveau de la sole pédieuse et de la gouttière latérale. Au-dessous de l'épithélium, se trouvent des cellules pigmentaires irrégulièrement étoilées, formant une couche discontinue. Puis viennent deux sortes de glandes : les unes petites et sécrétant un pigment rouge sont les glandes chromogènes ; ce sont des glandes unicellulaires. Les autres, plus volumineuses, sécrètent une substance hyaline transparente ; ce sont les glandes muqueuses. Ce sont elles qui vont sécréter le mucus dont l'animal pourra
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s'envelopper, mucus qui sera coloré en rouge par le pigment des glandes chromogènes. Celles-ci sont 1res développées sur les côtés du pied et ce sont elles qui, en alternant avec les cellules pigmentaires, produisent Taspect rayé rouge et noir bien connu. Si les cellules pigmentaires sont très nombreuses chez Arion, nous aurons la
ule entnoir
nuufueu,ri
:ouche.
sculaire
Fig. 51l>.
Coupe du manteau (d'après Semper).
variété noire ; si elles sont au contraire très espacées et disparaissent en partie, les glandes chromogènes prédomineront et nous aurons la variété rouge.
D'un grand nombre d'observations et de plusieurs expériences, il résulterait que la prédominance du pigment noir a pour cause le froid. Les Arions des pays montagneux appartiennent presque exclusivement à la variété noire. Une température plus modérée, un climat plus doux, augmentent au contraire la proportion des individus rouges. C'est ainsi que nous avons pu observer que, dans un même champ, les Arions, noirs pour la II. 27..
ZOOLOGIE DESCaiPTIVE
reste non modifié, thi.
protoplofma prùnitif
plupart au printemps, avaient fait presque uniquement place, durant Tété, à la variété rouge. C'est que la variété noire est plus vigoureuse et plus résistante, tandis qu'en revanche la couleur rouge est une protection pour ceux qui la revêtent. Les animaux mangeurs de Mollusques refusent presque tous les Arions rouges ; il semble que l'odeur du mucus rouge leur répugne ou leur fasse soupçonner un poison. C'est du reste le
même fait que celui signalé par Weissmann à propos du pigment rouge de certaines Chenilles.
Glandes muqueuses et glandes chromogènes sont contenues dans un tissu conjonctif lâche formé de grandes cellules vésiculeuses. Certaines de ces cellules se chargent de carbonate de chaux sous forme de concrétions réfringentes (Brock) ; ce sont les cellules calcaires. Le carbonate de chaux ne pouvant être utilisé pour la formation d'une coquille est éliminé en été dans le mucus défensif sécrété en abondance par les téguments, tandis qu'il s'accumule au contraire en hiver pour encroûter la peau. Les autres cellules ou cellules de Leydig (plasmazellen de Brock) se trouvent répandues partout, aussi bien dans les téguments que dans le tissu conjonctif des différents organes. Elles ont une haute importance : Cuénot a montré en eflfët qu'elles servent de réserve pour le glycogène, jouent un rôle capital dans la phagocytose en absorbant tous les corps de nature albuminoïde (globules rouges, Bactéries, débris cellulaires, etc.) et fonctionnent enfin comme rein d'accumulation vis-à-vis de
Fig. 513.
Fibres musculaires.