APPAREIL REPRODUCTEUR, APPAREIL DIGESTIF, ORGANES EXCRÉTEURS
L'Écrevisse ayant été ouverte suivant le mode indiqué page 322, les organes se présentent dans Tordre suivant, en procédant d avant en arrière :
Ligne médiane : renflement volumineux de Tintestin buccal (estomac des auteurs), (fig. 51 , ca) ; lobes antérieurs des testicules ou des ovaires (/); cœur (*); intestin moyen (im); intestin terminal (tt).
RÉGIONS LATÉRALES : glaudcs vcrtes (organes excréteurs), (fig. 51, gv); muscles des mandibules s'insérant
1. Pour la strncture des trachées, Tojes : J. Mac Lwoi>f Im structure dts trachées et la eireulation péritraehésnns, (Mémoire couronné.) Bruxelles, H. Mancetoi, 1880.
2. Voir le tablean de li snbdirision du sons-embrtnchement des Articnlés, terminant ce chapitre.
au squelette dorsal (m); lobes latéraux de la glande digestive (masse jaune volumineuse), {gd); chez le mâle, canaux déférents des testicules enroulés et repliés sur eux-mêmes (crf); branchies (ftr); muscles moteurs de Tabdomen.
Organes reproducteurs. L'hermaphrodisme normal est rare chez les Articulés; il n'est connu, parmi les Crustacés, que chez les Cirripèdes et, parmi les Arachnides, que chez les Tardigrades.
Les sexes sont donc séparés dans la plupart des cas.
Pour isoler les oi^anes reproducteurs de FÉcrevisse ouverte, on enlève le cœur, ce qui met à nu les organes génitaux internes (fig. 51, t) occupant la région postérieure du péréion ou thorax.
Chez le mâle, les deux testicules, parfaitement blancs et composés de nombreux petits culs de sacs arrondis, sont en grande partie fusionnés dans leur moitié postérieure, de façon à constituer une glande volumineuse à trois branches, à peu près comme la lettre Y. La branche impaire postérieure est située sous le cœur, ou, mieux, sous le plancher du sinus péricardique (fig. 50). Du point de réunion des trois branches, naît à droite et à gauche un canal déférent (fig. 51, crf), incolore, long, contourné un grand nombre de fois et aboutissant à un orifice percé dans l'article basilaire d'un des péréiopodes de la cinquième ou dernière paire (fig. 51, o", et fig. 49, o").
Les spermatozoïdes des Crustacés décapodes, directement extraits des canaux déférents, s'éloignent assez
de ceux des autres Articulés, chez lesquels ils sont, en général, cylindroïdes ou filiformes. En effet, les spermatozoïdes des Crustacés en question consistent en corpuscules immobiles munis de prolongements séti* formes diversement disposés et, chez l'Écrevisse, en particulier, ce sont de petites vésicules lenticulaires garnies, sur leur circonférence, d*appendices déliés naissant d*une façon rayonnante (fig. 51, e*).
Chez beaucoup d'Arthropodes, les spermatozoïdes ne flottent pas librement dans un liquide, lors de leur expulsion, mais sortent des organes génitaux réunis en groupes ou en faisceaux, soit simplement agglutinés par une matière sécrétée , soit enveloppés dans des étuis communs, temporaires, destinés à s*ouvrir quelque temps après le rapprochement sexuel. Ces petites masses de spermatozoïdes réunis portent le nom de spermatophores.
Les spermatozoïdes de TÉcrevisse sont aussi enveloppés par une sécrétion visqueuse du canal déférent. l^es spermatophores ont Taspect de petits boudins d'un blanc crayeux que le mâle dépose sur le ventre de la femelle renversée, en s'aidant des pléopodes (ou pattes abdominales) des deux premières paires (fig. 49, a, /:),
1. Ces formes anomales ne sont probablement tontes que des états transitoires. Chez les Crustacés où Tobserration a pu être poursuivie, on a tu les spermatozoïdes, dans les organes reproducteurs de la femeUe, subir un déreloppement ultérieur et donner lieu à des éléments spermatiques plus Toisins du tfpe général.
Les ovaires ont, dans leur ensemble, une forme qui rappelle beaucoup celle des testicules et occupent la même place. Les deux oviductes, notablement plus -courts que les canaux déférents, mais plus larges, aboutissent aux orifices percés dans les articles basilaires des péréiopodes de la troisième paire '.
Suivant M. Carbonnier ', la ponte de TEcrevisse a lieu 25 jours après rapproche du mâle. Les œufs restent fixés aux fausses pattes abdominales.
Appareil digestif. On coupe Fintestin contre le bord de Tanneau qui précède le telson (fig. 51, it); on le détache soigneusement le long de tout son trajet abdominal ; puis, dégageant la volumineuse glande digestive jaune (gd) qui envoie, en arrière, des prolongements sous les oi^anes reproducteurs (fig. 50), on fait glisser, d'arrière en avant, Tintestin sous le testicule ou Tovaire et on déjette, avec précaution, tout le tube digestif à droite, ainsi qu'il est indiqué dans la figure 51.
Ici, comme chez la plupart des Crustacés, comme chez les Arachnides, et, à peu près, comme chez les Myriapodes, le tube digestif n est pas plus long que le corps et offre une direction rectiligne. Mais chez beaucoup d'Insectes, sa longueur relative est beaucoup plus grande ; il décrit alors des circonvolutions logées dans l'abdomen.
1. Noos donnerons, à U fin de ce chapitre, quelques indications quant au déTeloppement embryonnaire des Arthropodes.
2. L'jèerwiêu, mœurt, reproduction, éducation. Paris, 1869. ' V
Les Cnif^cës n*oiit pas de glandes saliraires. La plupart des Insectes offrent, au contraire, deux glandes saiivaires souvent en forme de grappes, s ouvrant à Torigine du tube digestif et sécrétant un liquide qui, comme chez les Vertébrés, transforme les matières féculentes en glycose.
Lintestin buccal de TÉcrevisse comprend un oesophage court, à direction presque verticale, aboutissant à une vaste poche renflée , remplissant une grande partie de la région céphalique et que tous les auteurs, jusque dans ces derniers temps, ont appelée estomac.
Nous dirons, dès à présent, que les observations récentes prouvent que cette poche n'a aucun des caractères d'un sac stomacal; elle est tapissée au-dedans par une cuticule chitineuse et ses parois ne présentent point d'éléments sécréteurs. Elle est cependant le siège d'une digestion très active, comme nous allons l'exposer dans un instant.
La poche en question (flg. 51 , ca) a assez sensiblement la forme d'une pyramide à trois faces dont la base est antérieure. En l'ouvrant, on constate que la cuticule chitineuse forme, à l'intérieur, des saillies denticulées brunes au nombre de trois.
Les parois externes sont garnies de muscles destinés à faire jouer les saillies intérieures les unes par rapport aux autres. Quatre de ces muscles sont très visibles à la région dorsale de l'organe et vont se fixer à la carapace.
Des crabes que nous avons nourris jadis avec de la viande crue et dont nous ouvrions la poche digestivc
qaelqne temps après les repas, nous ont montré que Faction triturante des pièces chitineuses était assez faible. La chair n'était pas découpée, mais déchirée, par traction, en un long ruban irrégulier.
Le liquide sécrété par la glande digestive remonte, si nous pouvons nous exprimer ainsi, et vient s'accumuler dans la poche où il agit sur les aliments triturés.
La région postérieure de la poche digestive, région appelée anciennement pylore, est étroite. Son petit diamètre intérieur et une disposition qu'il serait trop long d'exposer ici, s'opposent au passage d'aliments non digérés.
Avant les époques de mue (variables suivant l'âge), on trouve, vers les angles antérieurs de la poche diges* tive, entre la cuticule et la paroi extérieure, deux masses blanches (fig. 51, di) en grande partie calcaires et en forme de lentilles plan-convexes.
Ces masses étaient utilisées jadis en pharmacie sous les noms de pierres d'écrevisse et d'yeux d'écrevisse !
Lors de la mue, la cuticule interne de la poche digestive se détachant, les concrétions deviennent libres, tombent dans la cavité et les mouvements des parois de cette dernière les usent l'une contre l'autre. D'après M. Chantran, elles sont broyées et dissoutes en quatrevingts heures, environ*. Il est généralement admis que
1. Chaktban. Sur le méeaniême d$ la dùtolutwH iniroilomaatle des coticrétûm» goitriquiê du Écrevisêet, (Comptes rendus de V Académie des sciences de Ptris, tome Lxxn, 1874, page 1230.)
leur substance calcaire est utilisée par TÉcreTisse pour la calcification des téguments nouveaux (voyez p. 320).
Si Ton cherche à corapiarer le tube digestif de TÉcrevisse à celui des autres Articulés, on trouve qu'il existe aussi, chez un grand nombre d'Arthropodes, un renflement plus ou moins spacieux de l'intestin buccal auquel on a donné le nom de jabot. Ce dernier est séparé de l'intestin moyen par une portion rétrécie munie de pièces chitineuses {gésier des auteurs) faisant fonction de valvule ou de tamis, de façon à ne laisser passer les substances alimentaires que par petites quantités et généralement après qu'elles ont subi dans le jabot certaines actions digestives.
L'intestin moyen de l'Écrevisse est long, à peu près droit et, près de son orifice antérieure, s'ouvrent les conduits excréteurs de la volumineuse glande digestive que des considérations purement morphologiques ont pendant si longtemps fait considérer comme un foie.
Les observations de Jousset de Bellesme, Hoppe Seyler et Krukenberg * pour les Crustacés, les nôtres et celles de Bertkau pour les Arachnides *, ont prouvé que la glande à apparence de foie, annexée au tube digestif
1. HoppB Sbtleb, Ueber Untenchiede im ehemùeàen Bmt und der VerdauuHç hâhêrer und niederer ikier$, ( Arch. ftlr die geeammte Physiologie de Pfldger. Bd. 14, 1877, page 396.) — KBUUNUBBa, Beitr. e. Ktnniniu der Verdaumiçivorçâtiçe et Zur Verdauung bei dtn Krtbsen, (Untera der Physiol. Instituts der Univ. Heidelberg. Bd. II.)
2. F. Flatbau, Beeherehei sur la itructurt de rappareU digettif et ew le$ phénomènes de la digutUm chez les AranHdee dipnemnme», ( Bulletins de
de nombreux Arthropodes, est une glande à sécrétion digestive, comparable, jusqu'à un certain point, au pancréas des Vertébrés (voyez page 140).
Chez rÉcrevisse, en particulier, le liquide qu*elle sécrète, d'un jaune brunâtre, à réaction acide, dépourvu de pigments et d'acides biliaires, n'ayant donc aucune .des propriétés de la bile, renferme trois ferments différents, dissolvant les albuminoïdes , transformant les féculents en glycose et dédoublant les matières grasses. Ainsi que nous le disions plus haut, il passe dans la poche digestive de l'intestin buccal.
Des glandes à sécrétion semblable sont annexées à l'in* testin moyen des Araignées, de beaucoup d'Insectes, etc.; nous devons nous borner ici à en signaler lexistence.
Quant à l'intestin terminal de TÉcrevisse, il est fort court et un peu plus large que Tintestin moyen.
Organes excréteurs. Dans tout le sous-embranchement des Arthropodes, les organes excréteurs sont constitués, comme chez les Vers, par des tubes glandulaires s'ouvrant à la surface externe du corps, soit par une série d'orifices distincts, soit par une ouverture commune.
Ainsi, chez les Péripatides ou Prototrachéates, les organes excréteurs urinaires sont de véritables organes segmentaires , entièrement homologues de ceux des
rAcadémie royale de Belgique, 2« série, tome lxiv, 1877.) — Fh. Bbbtkau, . Veàer den Bau und dU Funktion dtr Sog, LeUr bei den Spinnen, (Archiv. f. mikroakop. Anatomie. Bd. xziii, 1884.)
Vers annélides et aboutissant ventralement à la base d*nn certain nombre de pattes, quelquefois de toutes*.
Chez les Trachéates proprement dits (Myriapodes, Insectes, Arachnides), ce sont de longs tubes glandulaires, connus sous le nom de tubes de Malpighi*, et annexés, en apparence, au canal digestif; disposition qui les a fait prendre jadis pour des organes biliaires* Les tubes de Malpighi débouchent dans Tintestin terminal ; mais ce dernier doit être regardé, chez les animaux en question, comme résultant d*uno invagination des téguments de l'extrémité postérieure du corps ; de sorte qu*ici aussi les organes urinaires s'éloignent peu de la disposition générale'.
Enfin, chez les Crustacés, les oi^anes excréteurs qui consistent encore en glandes tubulaires s'ouvrant à la surface de la peau, ont été distingués, suivant leur situation, en glandes de la carapace et en glandes antennaires.
Les glandes de la carapace, connues surtout chez les Phyllopodes et les Copépodes, sont en partie comprises dans répaisseur des téguments et aboutissent à
1. F. M. Balfoub, The AnaUmy and àtfoéhppmtHt ofFmptttHê cmpmùt (œuvre posthume). (Qnarterly journal of mieroecopical seioBoe. Anil 1888.)
2. Malpighi, anatomiste et naturaliste italien, mort en 1694, a découTert les tubes glandulaires excréteurs des Insectes.
3. Le lecteur Toudra bien remarquer que je ne parle id que des rapport» anatomiques; l'identité entre des tubes de Malpighi et des organes segnoi» taires est loin de ma pensée,
la base soit des mâchoires, soit des pattes-mâchoires. Quant aux glandes antennaires, beaucoup plus répandues et pouvant coexister avec les précédentes, elles sont logées dans la région céphalique et viennent déboucher chacune à la base d'une des antennes vraies. Chez tous les Crustacés étudiés à cet égard, la glande antennaire est composée d*un saccule terminal et d*un canal excréteur décrivant des circonvolutions plus ou moins nombreuses * .
Les glandes antennaires de TÉcrevisse ont reçu, depuis longtemps, la dénomination de glandes vertes. Elles sont situées dans la partie tout à &it antérieure de la cavité céphalique (fig. 51, pr), en avant de la poche digestive, et se présentent comme deux corps ovalaires aplatis, d'un vert l^èrement bleuâtre. Chacune d'elles, ainsi que Lemoine* l'avait entrevu autrefois et comme Grobben l'a démontré récemment, est constituée P par un sac terminal arrondi, vert, placé dorsalement sur la masse de la glande qui a la forme d'un pain, 2^ par un canal excréteur étroit muni de diverticules latéraux et qui, pelotonné sur lui-même, représente la plus grande partie de l'organe, enfin, 3<^ par une large vésicule de dépdt dont le col aboutit à l'orifice que nous avons
1. Cabl Gbobbbn, Die Ant$tm$ndrÛH der Onutacêtn, (Arbdten der lool. Inttîtiita in Wien, 1880.)
2. Lbmoivv, Beehirehêt pour servir à F histoire des s^tèmes nerveux, musculaire et glandulaire de rierevisse, ( Annales des Sciences natnrellee, $« série, tome IB, 1868.)
signalé (page 309) dans Tarticle basilaire de Tantenne externe.
Le liquide produit par les organes excréteurs renferme, chez les Insectes et les Myriapodes, de lacide urique, des urates, de Toxalate de calcium, etc., chez les Arachnides et TÉcreyisse, de la guanine; il a donc les caractères d'une sécrétion urinaire*.