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BUT DE LA THÉORIE

La Géologie nous apprend que la configuration des continents et des mers n'a point toujours été ce qu'elle est aujourd'hui. Les reliefs et les creux de notre planète ont subi des bouleversements immenses, tantôt brusques et localisés dans certaines régions, tantôt lents et inté ressaut alors une grande étendue de la surface da globe.

Durant les longues périodes de calme relatif, les grands fleuves, les lacs, les océans, déposaient, au fond de leurs vallées ou de leurs bassins, des dépôts sédimentaires considérables. Ces dépôts émergés, lors d'un de ces changements de niveau qui déplacèrent plusieurs fois les mers , devinrent à leur tour, pendant des séries de siècles, des continents ou des îles. Des phénomènes du même ordre se reproduisant , les terres ont été de nouveau , en totalité ou en partie, recouvertes par les eaux, et d'autres dépôts, d'une composition très difl'érente, sont venus former des couches épaisses à leur surface.

Telle est , en restant dans le domaine des noiions élémentaires, la cause de ce fait connu de tout le monde que si l'on entaille le sol à une profondeur suffisante, en creusant une mine, une tranchée, parfois un simple puits, on constate une superposition d'éléments souvent très divers, des sables, des argiles, des couches de craie, des bancs de calcaire , des couches de schiste , de houille, ou de bien d'autres roches encore.

Tandis que le monde minéral passait par diflîérentef phases, le monde organique subissait, lui aussi, des modifications profondes dont nous ne pouvons encore apprécier entièrement l'étendue. Chaque continent , chaque mer a eu sa nombreuse population animale et végétale. Les restes de ces êtres, tantôt épars, tantôt accumulés dans des régions circonscrites, ayant été recouverts par des dépôts en voie de formation, celles de leurs parties qui purent résister à une décomposition

rapide, produisirent des moules, des empreintes, ou furent préservées d'une façon encore plus complète par substitution lente de substance minérale à la matière organique, avec conservation exacte de la forme.

Ces ossements de vertébrés , ces coquilles de mollusques, ces squelettes d'échinodermes, de foraminifères, de radiolaires, ces empreintes d*animaux ou de plantes, preuves incontestables de l'existence de faunes et de flores antérieures aux faunes et aux flores qui nous entourent aujourd'hui, portent le nom général de fossiles.

On a recueilli, décrit et réuni dans des musées, un nombre déjà énorme de fossiles d'un intérêt capital pour l'histoire du globe. La partie des sciences naturelles qui a pour objet leur étude spéciale est la Paléontologie,

Les géologues ont classé les phases des formations sédimentaires en quatre grandes périodes : les périodes primaire , secondaire , tertiaire et quaternaire. Les dépôts qui se sont produits pendant chacune d'elles représentent des masses tellement colossales qu'on est forcément amené à attribuer à chaque période une très grande durée * .

Les dépôts superposés durant une même période ne sont pas identiques; ils consistent, au contraire, en groupes d'âges différents , caractérisés par leur composition minéralogique et surtout par les fossiles qu'on y

1. Fait à ne pas perdre de rue» car il a son importance pour la théorie du tranaformitme.

rencontre. Ces groupes portent le nom de terrains. Les terrains eux-mêmes peuvent être subdivisés à leur tour en étages, assises, etc.

Chacune des périodes et chacun des terrains de cette période possède ses fossiles propres et , à côté de ceuxci, des fossiles qui se retrouvent soit dans des couches terrestres plus anciennes, soit dans des couches plus récentes.

Pour le moment, nous nous bornerons à donner un aperçu de la physionomie générale du règne animal * pendant les quatre périodes géologiques.

a) PÉRIODE PRIMAIRE (la plus éloignée de nous). Les animaux dont les restes fossiles sobservent dans les assises les plus anciennes sont les Eozoon * et d autres Protozoaires. Plus tard se montrent des Spongiaires, des Annélides , des Crustacés inférieurs. Le curieux groupe des Mérostomes, réduit actuellement à quelques Limules, est largement représenté par des légions de Trilobiies, Entièrement éteints et limités à la période primaire, les Trilobites sont si caractéristiques que Ton a parfois nommé tei^^ains trilobitiques la série des assises terrestres dans lesquelles on les rencontre.

1. Afin de nous limiter, noas kisserons de côté ce qui concerne le règne Tégétal.

Consulter, pour les formes fossiles, Texcellent ouvrage de M. Alph. Bbiabt : Priftciptê élémtntaireê de Faléotitologie. Mons, H. Manceaux, 1883. Ce travail fait partie, comme la Zoohgie, de la Bibliotbèqub belob.

2. Fofsiles de la formation Laurentienne. Les travaux récents paraissent avoir démontré que ce sont des Fwaminifèrea,

Les Brachiopodes apparaissent et sont très nombreux; des genres entiers sont spéciaux (Strophomena, Peutamerus, etc.), et ne se retrouveront plus dans les mers secondaires. A côté d'eux s'observent de vrais mollusques Gastéropodes, Céphalopodes, Lamellibranches. Le groupe des Échinodermes se signale par de grandes quantités de Crinoïdes de tous les types et de toutes les dimensions.

Les Vertébrés ne se montrent, pour la première fois, que vers le milieu de la période. Ils sont représentés par de nombreux poissons, surtout des Ganoïdes ; des Ganoïdes cuirassés, ou Placoganoïdes, dont la tête et une partie du tronc étaient recouverts de grandes plaques osseuses unies entre elles par des sutures * ; des Ganoïdes à écailles ; des Élasmobranches.

Avec Tépoque houillère apparaissent les Archégosawne^iSy énormes amphibies dont le squelette rappelle celui de nos petits Protées modernes, mais dont la tète était protégée par de grandes plaques ossifiées et ' sculptées et dont les dents offraient des cannelures caractéristiques. Ajoutons que la flore houillère était accompagnée d'Insectes et d'Arachnides.

On a proposé pour la période primaire le nom de Période des Poisso7is.

1. Nos Esturgeons représentent aujourd'hui les Placoganoïdes; leur tète seule est cuirassée, le tronc ne porte que des écussons distants et en séries linéaires.

h) PÉRIODE SECONDAIRE. Les mers se peuplent de Crustacés Isopodes et Décapodes; des Poissons Téléos» téens se montrent pour la première fois. Sur les continents apparaissent des Oiseaux, des Mammifères, ces derniers appartenant tous au groupe des Implacentaires. De gigantesques amphibies à dents cannelées et plissées et à tête couverte de plaques, les Mastodonsauriens ^ ou Lahyrinihodonies, nageaient près des côtes ou se traînaient sur les plages. Mais deux groupes caractérisent surtout ces époques : parmi les Mollusques, ce sont les Céphalopodes tétrabranchiauxqui, représentés seulement aujourd'hui par quelques Nautiles, Tétaient alors par plus de mille formes à' Ammonites y ce qui a fait donner quelquefois aux dépôts secondaires le nom de terrains ammonéens. Parmi les Vertébrés, ce sont de nombreux Reptiles, les uns de très grande taille, les autres à formes étranges. Les Ichthyosaurus, à queue forte et aplatie, à tète énorme, à larges orbites et à pattes courtes en forme de nageoires; les Plesiosaurus, à petite tète, k long cou de cygne, à pattes courtes aplaties en rames ; les Pterodactylus ayant, comme les Oiseaux, les os creux pneumatisés et munis d ailes constituées par un repli cutané soutenu par un seul doigt d'une grande longueur; les énormes Iguanodon dont Tépaule, le bassin et les membres ont une structure qui rappelle celle que Ton observe chez les Struthions. Enfin, des Lézards de six et sept mètres de long, comme le grand Mosasaurus, dont la première tète fut trouvée en 1770 dans la craie tuffeau de Maestricht et

causa, à cette époque d'enfoncé de la paléontologie, une si vive surprise.

Une surprisejbien plus grande était réservée à nos paléontologistes actuels par la découverte foi te en 1801, dans la pierre lithographique de^Solenhofen (Bavière), de YArchaeopteryœ. L'Archaeopteryx constitue , en efi'et, la forme de transition la plus intéressante que l'on ait rencontrée jusqu'àjprésent. Couvert de véritables plumes, possédantg^des ailes, il^unit à ces caractères d*oiseau d'autres caractères nombreux et incontestables de reptile, comme'^la structure de la main comprenant trois doigts^ libres armés^d'ongles , la structure des côtes, celle des membres postérieurs et une queue longue, mobile, composée de vingt vertèbres*.

La période secondaire pourrait s'appeler Période des Reptiles.

c) PÉRIODE TERTIAIRE. De nombroux animaux vertébrés et invertébrés dont les types sont souvent déjà très voisins des types de l'époque moderne, ont vécu pendant la période tertiaire; mais celle-ci est surtout remarquable par l'abondance des Mammifères placentaires.

Les dépôts anciens de cette période renferment des ongulés, des Palaeotherium à dents de rhinocéros et à

1. L'Arohaeopteryx figure actuellement dans les immenses collections du British Muséum. Un deuxième exemplaire trouTé en 1879 est an musée de Berlin. Le lecteur éloigné des grandes bibliothèques troutera une assez bonne figure du premier spécimen d'Archaeopterjx dans le Magutin pilioretqvt, 1868, page 18,

trois doigts , des Anoplotherium à doigts pairs munis de sabots, des chauves-souris.

Plus tard se montrent des chevaux à trois doigts : les Hipparions ; les Acerotherium , rhinocéridés sans cornes nasales, ayant précédé les vrais rhinocéros; les Anthracotherium, ancêtres de nos porcs actuels; les Mastodontes, grands proboscidiens à molaires munies de collines saillantes ; le Dinotherium, proboscidien bizarre, dont la mâchoire inférieure portait deux énormes défenses descendantes; des Sirénidés, des Zeuglodoutes, établissant le passage entre les Sirénidés et les Cétacés; des Cétacés proprement dits. Enfin, apparaissent les Singes.

Plus tard encore, les plaines émergées sont peuplées de véritables chevaux à un seul doigt développé, mais différant encore quelque peu de notre cheval moderne. Il y a de vrais Bos, des Camélidés. Les mers sont sillonnées par des Phoques et d'innombrables Cétacés.

C'est donc avec raison que la période tertiaire porte le nom de Période des Mammifères.

d) PÉRIODE QUATERNAIRE. Vers Ics débuts de cette période dont la période moderne n est que la continuation, d'immenses courants d'eau ont formé de vastes dépôts de cailloux roulés et les couches étendues de limon et même de sable qui constituent la base de nos terrains de culture.

C'est, en général, dans ces couches meubles que Ion retrouve les restes de la faune quaternaire. Cette faune comprend un certain nombre de formes éteintes

mélangées à un grand nombre de types encore vivante. Parmi les formes éteintes, nous citerons : les Dinornis de la Nouvelle-Zélande, struthions de très grande taille, à pattes extraordinairement robustes; YAepy^ornis de Madagascar, appartenant aussi au groupe des struthions et dont les œufs avaient six fois le volume d*un œuf d'autruche; les Megaûherium , Mylodon et Glyptodorty énormes Mammifères édentésde TAmérique du Sud , dont certains types atteignent les dimensions d? Téléphant; le Megaceros hibeniicus, grand cerf À bois gigantesque; le Rhinocéros tichorhinits, couvert de longs poils; YElephas primigenius ou Mammouth, grand éléphant à toison épaisse, dont les restes s'observent dans l'Europe entière.

Parmi les espèces qui ont vécu sous nos latitudes, mais qui sont actuellement confinées dans d'autres régions, on peut indiquer brièvement : le lion des cavernes (qui vit peut-être encore au nord de la Chine), l'ours gris, l'hyène des cavernes (identique à l'hyène tachetée), le renard polaire, l'antilope saïga, le renne *. L'homme apparaît pendant la période quaternaire * et en rencontre partout des ossements ou des débris d'industrie primitive indiquant l'existence de populations anciennes contemporaines du Mammouth et des autres animaux que nous avons cités plus haut.

1. Ni l'oars des cavernes, ni l'uros ou Boi primigenius n'ont disparn; It premier, à l'état dégénéré, serait l'ours brun des montagnes d'Europe; le second existerait encore en Angleterre dans trois localités.

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