‹ Zoologie élémentaireChapitre 149 sur 165 · DARWINISME*. — (FAITS · texte numérisé non relu

DARWINISME*. — (FAITS

Tout système scientifique comprend : P une partie positive composée d'un ensemble de faits incontestables.

1. En 1858, HH. Darwin et WtllAce publièrent leon premiers esetit sur

2® une partie théorique consistant dans les conclusions que Ton croit pouvoir tirer des faits.

, En ce qui concerne le Darwinisme, il est évident que c'est presque toujours pour avoir confondu la partie positive avec la partie conjecturale que tant de personnes se sont trompées et n'ont pas saisi la portée vraie des écrits du célèbre zoologue anglais. Nous éviterons toute confusion en examinant d*abord les faits, puis, ensuite, les conclusions théoriques.

Les faits peuvent être classés en cinq groupes portant les dénominations de :

a) Variabilité;

b) Hérédité:

c) Sélection naturelle ;

d) Concurrence vitale ;

e) Corrélations de croissance.

a) Variabilité. Les animaux ne sont point immuables dans leur forme ou même dans l'ensemble de leur organisation. Avec le temps, les générations successives cèdent petit à petit à Tinfluence des causes extérieures et dévient plus ou moins de leur type primitif.

Chez nos animaux contemporains, le maximum d'effet a été obtenu par l'action consciente et prolongée de l'homme. Il suffira de rappeler à ce sujet les nombreuses races d'animaux domestiques et d'attirer l'attention sur

la sélection naturelle. La première édition de l'onrrage fondamental de Darwin est de 1869. (On the origin of ipuieë by meam of natural sélection, or the pretervatiou offavoured racês in the êtrugglefor K/e, London, 1859.)

les distances qui les séparent, non seulement Tune de l'autre (comme, par exemple, pour l'énorme cheval de labour et le minuscule poney de Shetland ou de Corse), mais aussi de leurs ancêtres sauvages '.

Chez les animaux vivant de nos jours à Tétat libre, on constate aussi de nombreuses variations. Ces variations sont les unes temporaires, accidentelles, les autres plus ou moins permanentes.

Comme variations accidentelles, on peut citer les cas de mélanisme (renard charbonnier, loup noir, panthère noire); les cas d'albinisme (lièvre blanc, écureuil blanc, souris blanche, pie blanche, hirondelle blanche, etc.). Le lecteur comprendra, plus loin, comment certaines variations momentanées peuvent devenir permanentes.

Les variations beaucoup plus importantes ayant le caractère de la pennanence sont le résultat de causes générales et puissantes, parmi lesquelles il faut ranger l'extension géographique. C'est ainsi que les Poissons, les Vers, les Polypes des côtes de Bretagne sont déjà plus beaux et colorés de plus vives couleurs que les formes similaires des côtes de Belgique ou de Hollande, que les animaux des plaines sont plus grands et plus fournis en chair que ceux des pays de montagnes, que des animaux provenant clairement d'une même souche, mais capturés vers le nord et vers le midi de l'Europe,

1. Lorsque ces ancêtres sont connus. Car il hui probablement attribuer aux déviations profondes l'impossibilité où nous nous trouTons de retronter la forme sauvage réelle de beaucoup de nos animaux domestiques.

difi^rent parfois assez entre eux pour que les classificaleurs admettent ce qu'ils appellent deiujo espèces et créent deux noms différents.

Les naturalistes qui se sont occupés des faunes des lies ont été frappés de ce fait que beaucoup de formes continentales y passent à Tétat de yéritables races insulaires. Ainsi, en ce qui concerne les insectes Lépidoptères ou papillons, ces variations sont parfois si profondes qu'on en a fait de fausses espèces zoologiques ; on a longtemps désigné sous le nom de Vanessa ichnusa la variété corse de la petite tortue ou F. urticae du continent. Dans les Iles Britanniques beaucoup de papillons ont, ou bien une taille moindre que dans notre pays, on bien des couleurs plus foncées*.

Qui dit extension géographique dit évidemment variations dans la nature des milieux, dans la température, rhumidité, la pression atmosphérique, la compotion des eaux, Talimentation , etc. Nous allons citer quelques cas intéressants concernant Tinfluence profonde de certaines de ces causes.

Un premier exemple remarquable quant à l'action de la salure plus ou moins grande de l'eau de mer est fourni par un petit crustacé Phyllopode du genre Artemia, qui réunit les caractères zoologiques de YArtemia Mûhlhatisenii quand il vit dans l'eau fortement salée et passe, après quelques générations, à la forme connue

1. Maueiob QtBABD, Ttmté étémintoin cTEntowiologiê, Volume i, Ptris, 1878, pftgt 187.

sous le nom A^Artemia salina lorsque la salure est moindre.

D'autres faits du même ordre s'observent pour les animaux les plus communs de notre littoral. Le Ca*^ dium edule, si abondant le long de la côte, se retrouve aussi par légions dans Veau saumâtre de Tembouchure des fleuves, de l'embouchure de l'Escaut, par exemple; mais il s'est profondément transformé : sa coquille est devenue plus mince et plus convexe; elle est marquée de côtes plus saillantes séparées par des sillons plus larges. Le mollusque modifié par l'action d'un milieu moins salé, a été appelé par Chemnitz Cardium rusticum.

La crevette comestible, Crangon vtdgaris (Garnaal), incolore et presque aussi transparente que du verre lorsqu'elle vit dans l'eau de mer, subit aussi une transformation curieuse dans les eaux moins salées des embouchures. Du pigment apparaît en abondance dans les téguments et marque le corps de l'animal de nombreux points bruns.

Les quelques mollusques de la mer du Nord qui peuvent vivre dans la mer Baltique dont les eaux sont relativement très douces , sont atrophiés ; ce ne sont plus que des variétés amoindries.

L'influence d'une modification dans l'alimentation est parfois surprenante. Un exemple très intéressant en a été signalé en 1882 par M. Francis Day *. En 1869, on

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