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DÉDUCTIONS THÉORIQUES

Jusqu'ici, nous ne sommes guère sortis du domaine des faits : la variabilité des formes animales, les corrélations de croissance, l'hérédité, sont autant de choses positives, incontestables, auxquelles on peut refuser rimportance que les darwinistes leur attribuent, mais qui n'en font pas moins partie de l'ensemble des lois qui régissent les êtres organisés.

Nous allons maintenant aborder la partie hypothétique, c'est-à-dire exposer comment, en utilisant les cinq principes généraux que nous avons étudiés dans les pages précédentes, on explique les transformations subies par la population animale et végétale du globe depuis les périodes les plus anciennes jusqu'à la période actuelle.

Reportons-nous parla pensée à une époque géologique éloignée.

Les formes animales ou végétales très communes et à distribution géographique étendue variant plus, la chose est constatée, que les formes rares et à aire restreinte, supposons une forme commune. Celle-ci, en se reproduisant, donnera lieu à une descendance dont les membres, en raison de la variabilité, pourront difl'érer très légèrement entre eux.

Par le fait de la sélection naturelle, celles de ces variétés dont les caractères nouveaux constituent un avantage, si faible qu'il soit, seront seules conservées; les autres ne pourront se maintenir.

Kn vertu de Thérédité, renforcée par la sélection sexuelle, les nouveaux caractères acquis prendront plus d'importance dans quelques-uns des rameaux de la descendance, et il est permis de supposer qu après un grand nombre de générations successives, un millier, par exemple, la somme des petits progrès accumulés sera sutfisante pour qu on puisse considérer les formes de cette étape comme des variétés assez tranchées pour mériter d'être signalées dans un ouvrage systématique.

Après mille générations, la forme primitive pourra donc avoir produit deux ou trois variétés distinctes.

Ces formes secondaires dérivées continuant à posséder les propriétés communes à tous les êtres organisés, entre autres, la variabilité et l'hérédité, rien n'empêche de poursuivre, en ce qui les concerne, le

même raisonnement que plus haut; nous en arrivons ainsi à admettre qu'après un nouveau nombre indéterminé de générations, cinq mille, dix mille, la forme souche aura probablement donné lieu à quelques formes assez diflërentes pour être regardées comme des espèces distinctes par un classificateur.

Peut-être ne sont-ce que des espèces douteuses, peutêtre ne sont-ce même encore que des variétés. Peu importe, elles ont le temps infini devant elles. Elles continueront à varier; certains rameaux de cet arbre généalogique se trouveront interrompus par l'influence de la concurrence vitale, de la sélection naturelle, et les formes qui les composaient deviendront ce que les paléontologistes appellent des formes éteintes; dautres rameaux acquerront plus de force, les variations changeront de direction par suite des conditions nouvelles amenées par les changements géologiques et climatologiques; la nature nous donnera finalement des espèces ou formes profondément séparées, les unes des autres, et de la forme primordiale, par des caractères multiples.

Remarquons, avant d'aller plus loin, qu'il serait peu rationnel de supposer qu'à partir des premières variétés, encore vagues, produites par le type primitif, les variations ont eu lieu suivant des séries continues que l'on pourrait représenter, dans un arbre généalogique, par de longues lignes droites. Il est bien plus probable que de nouvelles variétés se greflant sur les anciennes, dans le cours des âges, de nouvelles branches ont poussé à

des hauteurs différentes et dans toutes les directions '. Les unes, comme nous le disions plus haut, se sont arrêtées par suite de la concurrence vitale ou de la sélection naturelle, les autres ont atteint une plus grande longueur, ont abouti, par exemple, à l'époque secondaire.

Chacun des rameaux qui ont atteint cette époque, ayant varié dans une direction spéciale, les formes qui les terminent diflfereront entre elles de façons très inégales. Le naturaliste pourra grouper celles qui ne seront séparées que par des caractères peu saillants et en former des genres.

La même série de raisonnements permet d'expliquer Torigine des familles, des classes, etc.

En résumé, la théorie Darwinienne admet que toutes les formes animales et végétales sont descendues par des gradations presque insensibles d'une ou de plusieurs formes primitives. Le lecteur aura déjà compris comment elle explique le phénomène de la succession des faunes ou des flores à la surface de la terre.

Cette explication peut se formuler comme suit : Quel que soit le moment géologique que l'on considère*, le

1. n fiiut bien se pénétrer de ce côté de la qneetion : Im desoendance n't guère pu s'effectuer que d'une façon sinueuse, par branches, rameaux et ramuscules. La descendance en ligne droite n*a jamais été admise par Darwin qu'eu qualité d'exception.

2. A moins qu'on ne se suppose à l'origine même de la période primaire et au moment précis de l'apparition des premiers organismes.

globe sera toujours occupé à cette époque par une faune et une flore descendues, par variation, de celles qui précèdent et d'où descendront, avec variation aussi, celles qui doivent suivre pour peupler la terre dans des époques ultérieures. De là ce fait que les faunes ou les flores primitives se ressemblent d'autant plus qu'elles sont séparées par des espaces de temps plus courts. De là probablement la raison des difl'érences capitales existant entre les faunes et les flores d'époques très éloignées. Les formes fossiles établissant la transition entre d'autres formes distinctes, sont des phases de variations lentes prises en quelque sorte sur le fait. Les fossiles communs à plusieurs assises successives et les formes datant d'époques anciennes et existant encore aujourd'hui à l'état vivant, sont des formes qui n'ont pas varié ou ont peu varié. Ni les faunes, ni les flores n'ont jamais subi d'extinctions générales: les formes se sont éteintes une à une par la sélection naturelle et la concurrence vitale. Les assises dans lesquelles s'observent à la fois des formes éteintes qui ne dépassent pas ce niveau et d'autres formes qui se retrouvent encore vivantes (période quaternaire), ou tout au moins dans des assises plus récentes, nous donnent le spectacle de ces extinctions partielles ou isolées. Enfin, toujours en s'appuyant sur le même ordre d'idées, il est fort probable que beaucoup des formes que les paléontologistes appellent formes éteintes sont celles pour lesquelles nous ne connaissons pas encore les transitions qui les relient insensiblement à des formes plus jeunes.

HAECKELISME.

M. Ernest Haeckel a publié plusieurs ouvrages sur la théorie de révolution et les applications de cette théorie. Il a résumé ses vues personnelles et les travaux à tendance analogue publiés en Allemagne dans son livre intitulé : Histoire naturelle de la création * .

L'exposé assez long que nous avons fait du Darwinisme nous permet d'être bref quant au système du célèbre professeur dléna.

Comme Darwin, Haeckel s'appuie, tout naturellement, sur la variabilité, l'hérédité, la sélection naturelle et la concurrence vitale. Il a des idées toujours ingénieuses, souvent neuves, touchant les conséquences de ces lois naturelles; mais ce qui constitue le caractère spécial de THaeckelisme, c'est l'importance très rationnelle, du reste, qui y est donnée au parallélisme entre les phases successives du développement graduel des formes dans le temps et les phases du développement embryonnaire. Ce parallélisme est un des arguments les plus sérieux que l'on puisse invoquer en faveur du transformisme. Ce sera le sujet sur lequel nous insisterons.

La Phylogénie * est le développement progressif des

1. NatUrliche SchOpfungigesehichte, a paru la première fois à Berlin en 1868; ce livre a eu une série d'éditions successives.

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