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SeUctio, choix, triage

un léger retour vers le type primitif, fera dans cette génération un choix nouveau de reproducteurs, et ainsi de suite, de façon à fixer et à augmenter les caractères qu'il recherche, à pousser, en un mot, la nature à produire une race ou variété permanente.

Uéleveur s'est donc eflbrcé d'éliminer les déviations nuisibles, de ne conserver que les variations utiles; il a fait de la sélection artificielle.

La sélection naturelle est de même un choix s'opérant naturellement parmi les individus d'une forme vivant en liberté. C'est, suivant l'expression de Darwin, la loi de conservation des vacations favot^ables et ^élimination des déviations nuisibles. Cette loi peut encore se formuler comme suit : Si, dans une suite de générations sauvages, il se présente, en vertu de la variabilité, une variété utile, c'est-à-dire plus robuste ou mieux organisée pour vivre dans le milieu où elle est née, elle aura grande chance de se conserver ; si cette variété oflre, au contraire, des caractères défavorables, la nature la sacrifiera rapidement.

Prenons des exemples : l'hermine a, comme on sait, deux pelages; en été elle est brune et se confond assez facilement avec la couleur du sol; en hiver elle est blanche et son corps se distingue mal sur la neige. Supposons qu'apparaisse une variété qui reste blanche en été, elle aura bien plus de peine à s'approcher des petits rongeurs et des oiseaux, ses proies habituelles, elle dépérira, ne se reproduira guère et finira par disparaître. La même chose à peu près peut être dite d'un

oiseau, le Lagopus mutus, qui, coloré en été comme les roches qu'il habite et blanc en hiver de façon à se dissimuler facilement parmi les neiges, a plus de chance d'échapper aux oiseaux de proie que toute variété qui conserverait la même teinte durant Tannée entière.

D'autres animaux du Nord ou des régions alpestres, le renard polaire (Canis lagopus), le lièvre variable (Lepus variabilis), présentent, suivant les saisons, des changements de coloration tout aussi remarquables.

Les cas de l'hermine, du lagopède, du renard polaire et du lièvre variable sont des exemples de ce qu'on appelle la mimique chez les animaux, c'est-à-dire la propriété de ressembler pour la couleur ou la forme extérieure à d'autres animaux, à des plantes ou à des corps minéraux, et d'échapper, par conséquent, plus facilement aux ennemis, ou, inversement, de pouvoir approcher ainsi de la proie sans donner l'éveil. La mimique est un véritable déguisement.

AnétoDS-Dons an instant anx phénomènes de mimique, car ils constituent nn sujet d'étude d*un haut intérêt.

La mimique est tantôt momentanée (volontaire ou r^xe), Tanimal ne transformant son aspect extérieur que pendant les instants où il est à l'affût on lorsqu'il se croit en danger, puis reprenant ses allures habitueUes quand le motif du déguisement n'existe plus. Tantôt, au contraire, elle a lieu tam intervention nerviuee, l'être offrant, dans certaines saisons, à certains figes, ou durant toute son existence, soit une coloration, soit une forme susceptible de tromper sur sa Téritable nature.

Nous choisissons, parmi des centaines de faits, quelques exemples se rapportant aux deux catégories ci-dessus.

Mimique voMBHTAKiB (Hftxe). Les Mollusques céphalopodes ont, eomme beaucoup d'autres animaux, la propriété de changer de couleur. It

ttiste, dans Tépaisseur de leurs tégumenti, des chromatophores on chro- ]D)blastes très nombreax (voyez page 106) dont les mouTements d^extensioa ou de cou traction sont sous la dépendance directe des centres nerrenx.

Or, si l'on place nn de ces Mollusques, le ponlpe common {Ociopui vuigorii, fig. 44, 6) surtout, dans un aquarium dont le fond soit garni de quelques fragments de roche, on Toit le Céphalopode se blottir dans un creux et prendre rapidement une teinte analogue à celle des pierres qui lui serrent de retraite: teinte foncée si les pierres sont noirâtres, teinte claire si les pierres sont peu colorées. L'imitation est parfois telle que les personnes non prévenues croient que l'animal a disparu.

(Volontaire.) Le poulpe a d'autres procédés k sa disposition. Yient-on, au moment de la capture, k le déposer sur les galets de la plage, il saisit habilement, a l'aide de ses bras garnis de ventouses, de nombreuses petites pierres qu'il amasse sur son dos. En deux ou trois minutes, le poulpe est caché sous un tas de grarier à c6té duquel pêcheurs et naturalistes peuvent passer cent fois sans soupçonner ce qu'il récèle * .

Des Araignées, des Insectes, se laissent choir lorsqu'on veut les saisir, ramassent leurs pattes, font le mort, comme on dit vulgairement, et ressemblent souvent, dans cette attitude, à des graines tombées, k des excréments de chenilles ou de ruminants. C'est encore là de la mimique volontaire.

Mimique pabbivb, bans intbbvbntior kbbvbitsb. A) h eertawa mitom. Nous avons cité les Mammifères et les Oiseaux k pelage et k plumsge variables (page ^•54) ; nous n'y reviendrons plus.

B) à certaine àgee. Tout le monde sait que les chenilles des Lépidoptères muent et que ces renouvellements de cuticule sont accompagnés de changements dans la coloration. Or, on a constaté, chez un grand nombre de formes différente», que les chenilles très jeunes, trop fisibles pour se bien cacher et ne mangeant que des feuilles tendres, sont d'un vert plus ou moins clair, tandis que plus tard, devenues fortes et sachant se dérober k la vue des Oiseaux, elles revêtent une livrée foncée, parfois k couleurs tranchées.

1. Nous avons été témoin de ce phénomène de mimique surprenant lort de notre séjour k Roaooff (Finistèie) en 1882. ,

C) permanente. Les faits de mimique penotnente sont ies mieux conniis et les plus nombreux.

Des Diptères du genre Volueella entrent dans les nids des Hjménoptèrei (liourdons, guêpes, etc.) pour j déposer leurs œufs, leurs larves carnassières dévorant ensuite celles des Hyménoptères en question. Un déguisement cornplet permet aux Yolucelles de tromper la vigilance de leurs victimes ; chaque forme de Yolucelle ressemble d*une manière remarquable k Tinseete chez lequel elle introduit fraudnlensement ses œufs.

Dans les forêts de l'Amérique du Sud volent en grand nombre des papill<pi du groupe des EétieoniJee, mais que les Oiseaux respectent à cause de leur odour acre et désagréable. Parmi les Lépidoptères d'autres familles qui n'ont pas ce moyen de défense, se trouvent les Leptalie; la nature les a pourvus d'un costume protecteur : plusieurs ressemblent extraordinairement aux Hélieonides * . Un entomologiste ne s'y trompe pas, mais les Oiseaux tombent fiicilement dans l'erreur.

Des Insectes ont beaucoup d'analogie avec de petits fragments de bois mort, d'autres ressemblent à des lichens, k des feuilles, etc. De petits Lépidoptères dont les ailes sont découpées en plusieurs branches garnies de barbulos, de façon k ressembler k des éventails de plumes, les Ftirophoreê, peuvent facilement être pris, lorsqu'ils volent, pour des akènes de plantes composées munies de leurs aigrettes et emportées par le vent ' .

Les poissons Lophobranches qui vivent près des côtes, au milieu des algues ondoyantes, se dissimulent aisément entre les lanières végétales, grâce k la ressemblance existant entre leur couleur et leur forme et celles des plantes marines auxquelles ils se suspendent par leur queue préhensile.

La nature animale presque entière revêt parfois, dans une contrée, un aspect spécial dont la cause première ne peut être que la nécessité où se trouvent les animaux de se cacher le mieux possible. Dans le Sahara, le désert

1. Emprunté k Wallacb : La séleetion Paiurelie (traduction française). Paris, 1872.

2. J.-E. Tatlob, Mimiery in the Plume Motkê. (Xature anglaise, volume XXVI, page 477, 1882. )

ne présente dans tonte son étendue immense qn'nne senle oonlev, odle dn sable. Cest une teinte jaunâtre, tantôt tirant vers le gris et le blanc, tantôt plus foncée ou brunâtre. Ce n'est que dans les oasis clairsemées que le rert nniforme des dattiers fkii dÎTorsion.

. Or, ce qui frappe le naturaliste arrirant dn littoral où les plantes toujours ▼ertes dominent, c'est l'absence de toutes couleurs Tires, rouges, rertes et bleues, chez les animaux habitant le désert. Sauf quelques exceptions, tons les animaux, depuis les Mammifères jusqu'aux Invertébrés, présentent des t|^ntes qui se rapprochent de celles du terrain.

Cette adaptation est surtout remarquable chez les Oiseaux, les Beptiles, les Sauterelles, etc. Dans la région des plantes toujours vertes, les espèces sont parées des couleurs les plus vives ; dans le désert, les espèces correspondantes sont jaunâtres ou grisâtres.

L' Uromtutix Monthinunu * (Debb des Arabes) est, dans Tobscnrité, d'une couleur sombre semblable à celle de certaines ardoises. Exposé an soleil, l'Uromastix devient toujours plus chiir et, à la fin, il a une teinte d'un blanc jaunâtre avec de petites taches rondes d'un noir foncé. Dans cet état, la couleur et le dessin de sa robe ressemblent, à s'y méprendre, h un sable fin mêlé de petits grains noirs.

. Une seule catégorie d'Insectes £iit exception ; sauf quelques formes, Im Coléoptères sont noirs ou paraissent noirs k distance. Comment expliquer cette distinction? M. C. Vogt, auquel nous empruntons textuellement ce tableau de la nature saharienne * , rappelle que tous ces Coléoptères ont une odeur désagréable, les éljrtres très bombés, le corselet et la tète inclinés vers le sol et que tous font les morts dès qu'ils sentent l'approche du danger. Amsi contractés, ils ont la plus grande analogie avec les excréments des gazelles, des chèvres et des moutons. On peut donc admettre que cette ressemblance, jointe à la mauvaise odeur, leur sert de protection efficace.

1. Vulgairement Fouette-queue, lézard ii queue large et plate, garnie d'anneaux d'écaillés épineuses.

2. C. YoGT, La Vie animale dans h déurt du Sahara, (Archives des Sciences physiques et naturelles, ui« période, tomç y|, 15 septembre 1881,)

Revenons à la sélection; elle ne concerne pas seulement les cas de mimique, elle s'applique à toutes les modifications, à toutes les déviations, même légères. L*oiseau dont les jeunes auraient le bec trop faible pour briser la coquille de Tœuf, la sauterelle dont le pondoir trop court ne lui permettrait pas d'enterrer ses œufs, Taraignée dont les glandes des filières ne produiraient qu'un fil trop fragile pour arrêter les mouches, le polype qui serait dépourvu d'organes urticants, constitueraient autant de déviations vouées à une disparition rapide.

D'un autre côté, le Mammifère dont la toison est plus fournie que celle de ses semblables résiste mieux aux hivers rigoureux et peut étendre son canton de chasse en altitude ; le pigeon dont le vol est le plus rapide échappe plus sûrement à l'épervier; le saumon dont la queue est la plus musclée franchit seul les chutes d'eau constituant des obstacles pour les autres et parvient seul à frayer dans un endroit convenable, etc., etc.

Il s'opère donc évidemment un triage ; la nature élimine les incapables ; l'avenir appartient aux mieux doués. A ce choix général parmi les individus, se joint le choix naturel des reproducteurs.

Le choix naturel des reproducteurs auquel on peut donner le nom de sélection sexuelle, résulte le plus souvent des luttes que se livrent les mâles pour la possession des femelles.

Un cerf sans bois ou un coq sans ergots, dit Darwin, auraient peu de chance de laisser une postérité. L'élection sexuelle permettant au vainqueur de reproduire sa

-race, et ce vainqueur étant, en général, Tindividu dont les bois sont le plus développés ou dont les ergots sont les plus longs, en un mot, le mâle le plus beau, le plus robuste, il doit, semble-t-il,en résulter, à la longue, une descendance mieux douée, à organisation plus puissante à tous les titres.

d) Concurrence vitale (lutte de la vie). La concurrence vitale existe d'une façon si marquée, si palpable, quelle est admise par les naturalistes de toutes les opinions. C est elle seule, en effet, qui, dans les conditions ordinaires, maintient l'équilibre entre tous les êtres vivants.

Le paysan qui a vu les arbres d'une allée entière dépouillés de leurs feuilles par les chenilles, comprend bientôt qu'il y a une lutte constante entre le règne animal et le règne végétal. Le pécheur qui a vu un banc de harengs harcelé par des nuées de poissons carnassiers, sait, comme nous, qu'il y a une lutte de tous les instants entre les formes animales qui se disputent l'espace, la subsistance et, en quelque sorte, le droit d'exister.

La prédominance d'une forme organisée quelconque dans une région limitée produit ses effets sur tous les autres êtres. Exemple : les Insectes en volant de fleur en fleur assurent la fécondation des végétaux et, par conséquent, ont une action directe sur leur rendement en graines ou en fruits; des Mammifères insectivores (musaraignes, etc.), des Oiseaux insectivores font la chasse k ces Insectes et en réduisent le nombre. Enfin,

— Soldes Carnassiers (chats, oiseaux de proie, etc.), détruisent les insectivores. De sorte que Ton arrive à cette conclusion vraie, mais étrange au premier abord, que la quantité plus ou moins grande de Carnassiers dans un canton déterminé a une influence certaine sur la fructification des végétaux.

. La concurrence vitale conduit à ce principe que s'il apparaît, dans la région habitée par une forme animale, soit une forme voisine, soit une simple variété, plus robuste, ou plus industrieuse, ou mieux appropriée aux milieux que la forme primitive, elle aura bientôt le pas sur celle-ci au point de vue de Talimentation et des autres conditions d'existence. Elle supplantera fatalement sa rivale ; tandis que la forme ancienne décroîtra rapidement pour finir par disparaître.

Nos ancêtres ne connaissaient que le Rat noir (Mus raUus). Vers 1732, des navires introduisirent en Angleterre le Rat brun ou Surmulot (Mus decunianus). Celui-ci se répandit bientôt sur une grande partie du globe, chassant le Rat noir partout et s établissant dans toutes les localités habitées par Thomme. Aujourd'hui, le Surmulot règne en maître et, sauf dans les campagnes, le Rat noir est une rareté.

La Blatte orientale a, de même, supplanté à peu près partout la Blatte vulgaire, etc., etc.

La concurrence vitale agissant sur de simples variétés amène aussi un triage, concourt donc au choix, à la sélection des individus. Ses élus seuls résistent pendant plusieurs générations à mille causes d'élimination, et

seuls peuvent donc imprimer leur cachet à leur descendance.

Ainsi que nous le disions plus haut, la s^ection naturelle et la concurrence vitale sont les causes qui donnent à Thérédité une direction déterminée.

ej Corrélations de croissance. Jusqu'à présent nous avons, en général, considéré, à dessein et pour être mieux compris, les variations des formes animales comme n'intéressant guère qu'un caractère à la fois; c'était là une manière tout à fait hypothétique de présenter les faits. En réalité, les variétés diffèrent toujours entre elles et de la forme souche par un ensemble de caractères internes et externes, et cela, en vertu des corrélations de croissance que Darwin définit comme suit : •* L'organisation entière forme un tout dont les parties sont en relations mutuelles si étroites pendant leurs diverses phases de croissance et de développement que, lorsque des variations légères affectent accidentellement un organe quelconque et s'accumulent par élection naturelle, d'autres organes se modifient aussi peu à peu comme par une conséquence nécessaire ; c'est cette loi de variations simultanées que j'entends exprimer par corrélations de croissance *».

La loi des corrélations de croissance n'est qu'une variante de ce que les zoologues appelaient depuis longtemps les harmonies organiques, principe qui découle de toutes les recherches de morphologie extérieure et d'anatomie comparée et que l'on énonce ainsi : « Toutes les parties d'un animal sont dans une dépendance

mutuelle telle que l'on peut fréquemment, par la connaissance d'un seul organe, reconstituer par la pensée tout le reste du corps •».

Les reconstitutions d*animaux fossiles dont on ne possédait que quelques débris, reconstitutions eflTectuées les premières fois par Cuvier et qui alors firent l'effet de révélations, sont le résultat de Tapplication raisonnée du principe des harmonies organiques ou des corrélotions de croissance.

Nous le répétons, c'est en vertu de ce principe ou de cette loi naturelle que les variétés diffèrent et Tune de l'autre et de leur souche par un ensemble de caractères.

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