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CHALEUR ANIMALE

L'oxydation étant une des sources principales du calorique dans l'organisme, nous terminerons ce qui concerne la respiration par quelques mots sur la chaleur animale.

Tout le monde a remarqué que tandis que le corps des Mammifères et des Oiseaux vivants fait éprouver, au toucher, une sensation de chaleur, celui des Reptiles, des Amphibies, des Poissons et de presque tous les Invertébrés , semble froid. De là les dénominations vulgaires d'animaux à sang chaud et d'animaux à sang froid, qu'il convient de remplacer par celles ^'animaux à température constante et à'animauœ à température variable.

En effet, chez les premiers, lorganisme entier lutte constamment avec succès contre les causes d'échauffement ou de refroidissement. S'ils sont plongés dans un milieu dont la température est supérieure à celle de

fa^n accessible an lecteur débutant. Il résulte des obserratioDs de M. Paul Bert qu'ils sont beaucoup plus compliqués.

1. A la longue, car la respiration cutanée permet à ces animaux de virre un certain temps, même après l'extirpation des poumons.

leur corps, ou s'il y a tendance à une augmentation de leur température interne, Faction de la chaleur provoque une activité automatique des centres nerveux amenaat simultanément la dilatation des vaisseaux sanguins de la peau, une accélération dans la ventilation pulmonaire et une exagération dans la production de la sueur, phénomènes qui tendent tous à augmenter les pertes de calorique à la surface du corps. Sont-ils, au contraire, soumis à Finfluence d'un milieu froid. Faction du froid sur la peau provoque, par voie réflexe, l'activité de mécanismes nerveux qui augmentent la production interne de chaleur dans les tissus, surtout dans le tissu musculaire, et qui restreignent les pertes de calorique par la surface en diminuant la circulation cutanée * . II en résulte que ces êtres supérieurs ont une température intérieure sensiblement constante (35®,5 à 40*», Mammifères; 40** à 44*», Oiseaux), quelles que soient les variations de température de Feau ou de Fair dans lesquels ils sont plongés.

Chez les autres animaux, il y a bien, comme chez les précédents, réaction de Forganisme contre le chaud et contre le froid, mais à un degré beaucoup moindre* ; aussi leur température varie-t-elle avec celle du milieu

1. L. Frxdbbioq. Sur la régulation de la température chez ki animaux à êang chaud, (Archives do biologie de Van Beneden et Van Bambeke. T. III. Fascicole IV. 1882.)

2. Les Insectes aériens font exception, [leur production de chaleur est parfois considérable.

ambiant, s'élevant si la température du milieu augmente, sabaissant si celle du milieu diminue. Chez la grenouille, par exemple, placée dans de lair ou de Teau à 6^, la température du corps est de 7*» à 8** ; dans un milieu à 15**, la température de Tanimal est de 15^,3 à 15^8.

On voit cependant par le cas que nous citons, que les animaux dits à sang froid ont une chaleur ou température propre, mais oscillant dans des limites assez étendues, tantôt légèrement supérieure, tantôt inférieure à celle du milieu.

Si certains points extrêmes sont dépassés, leur température propre n'atteint plus celle du milieu ambiant, et ces animaux tombent dans un état d'engourdissement profond à issue souvent fatale. Les grenouilles meurent en quelques minutes si on les maintient à la température du corps des Mammifères * : les actes intellectuels disparaissent d abord, puis les contractions musculaires et les mouvements du cœur; les nerfs sensibles conservent les derniers leurs propriétés*.

En hiver, une température inférieure à -f- 4<* les engourdit peu à peu.

La production de chaleur chez les animaux reconnaît deux causes : des actions mécaniques et des actions chimiques. Ces dernières sont de beaucoup les plus importantes. Ce sont principalement des oxydations, ou.

1, Voyez page 46.

2. Paul Bsbt. Sar la mort des anhnaux inféi-ieun par ta chaUnr,

ce qui revient au même, des combustions lentes. Nous avons vu, en efl'et, qu'il y a constamment absorption d oxygène par l'organisme et dégagement d acide carbonique. A côté des oxydations, il faut ranger nécessairement les autres phénomènes physiques qui se passent sans cesse dans Tanimal vivant : décomposition des graisses, dédoublement des substances hydrocarbonées et albuminoïdes, etc.

Partout où ces actions ont lieu, il se produit de la chaleur. Presque tous les tissus sont donc le siège de cette production ; certaines associations de tissus cependant constituent des foyers plus actifs que les autres : les muscles, les centres nerveux et les glandes.

Pour terminer ce sujet, faisons remarquer, avec d'Arsonval*, que Tanimal n'est pas seulement le siège de phénomènes d oxydation et de combustion ou, en d'autres termes, de phénomènes de clest7*uctio7i, auxquels répond un dégagement de chaleur; mais qu'il est, aussi, le siège de synthèses organiques, c'est-à-dire de formations incessantes d'éléments histologiques nouveaux qui sont , au contraire , accompagnés d'une absorption de calorique.

L'absorption de chaleur indispensable à la multiplication cellulaire et à la formation des tissus nous est démontrée par ce fait que le développement de l'embryon n'a lieu qu'à la condition que l'œuf soit soumis à

1. A. d'Abiokval. Becherches tur la chaleur animale. (Comptes rendus de rAcadémie det sciences de Paris. Tome xoiii, pages 83-86. 1881.)

une température déterminée. Cette condition bien connue pour l'œuf de poule existe pour les œufs de tous les animaux. Si on les soumet à une température inférieure à la température d'incubation, le développement s'y arrête, pour reprendre si la température s'élève'.

ORGANES SèCRÉTOÎRES.

Les organes sécrétoires portent la dénomination commune de glandes,

Anatomiquement, une glande est une cavité creusée aux dépens du derme de la peau ou d'une muqueuse et tapissée, au dedans, par une couche de cellules épithéliales que Ton peut considérer comme provenant de Fépithélium de surface par refoulement.

Le tissu dans lequel la glande est creusée se modifie de façon à constituer une paroi et une charpente distinctes. L'épithélium aussi change de caractère ; ses éléments cellulaires revêtent un aspect presque toujours spécial et deviennent le siège d'échanges et de phénomènes chimiques très actifs.

Cette définition s'applique immédiatement à des glandes simples, telles que les glandes de la peau de la

1. Les établissements de pisciculture font de la propriété que nous Tenons de rappeler une application industrielle : lorsqu'ils ont k expédier au loin, par mer, par exemple, des œu& de Poissons destinés au peuplement des cours d'eau, ils entourent les récipients de glace, de foçon à arrêter le développement embryonnaire pendant la durée de la trarerséc.

grenouille, par exemple (page 105). Nous verrons plus loin comment s'explique la structure des glandes plus complexe-s.

Physiologiquement , les glandes sont des organes fabriquant avec les matériaux que leur apporte le sang, des principes immédiats différents de ceux qui existent dans le sang normal et destinés soit à être utilisés par 1 organisme pour l'accomplissement d'une fonction (principes renfermés dans la salive, dans le suc gastrique, etc.), soit à être rejetés au dehors comme constituant les déchets et les produits d'usure des éléments du corps (principes immédiats de l'urine, par exemple).

Dans la glande, la partie essentiellement active et productive est la cellule épithéliale. Celle-ci puise, dans le milieu qui l'entoure, certaines substances; elle les utilise I^ à son entretien et à son développement propre, 2** à la formation, dans son intérieur, de corps nouveaux et spéciaux, graisses, albuminoïdes, ferments, acides, matières colorantes, principes odorants, etc. Ceux-ci peuvent être mis en liberté par divers procédés : dans beaucoup de cas, le corps même de la cellule se détruit et on retrouve ses débris au sein du liquide sécrété par la glande. Le travail de sécrétion est nécessairement accompagné alors de la production incessante de nouvelles cellules épithéliales.

D'autres fois, la vie de la cellule est beaucoup plus longue et les produits passent par simple exsudation au travers des parois cellulaires.

II résulte de ce qui précède, qu'une glande peut n'être

composée que d'une seule cellule ; pourvu qu'un petit canal mette celle-ci en rapport avec une cavité viscérale ou la surface du corps. Des glandes mono-cellulaires de ce type existent dans la peau des Coléoptères et de quelques Crustacés parmi les animaux articulés. Mais, dans l'immense majorité des cas, la glande est polycellulaire.

Comme nous lavons déjà indiqué, elle est, sous sa forme la plus simple, constituée par un petit cul de sac ou follicule, comprenant une paroi propre et une couche d epithélium sécrétoire. Si la portion voisine de l'orifice s effile en tube plus ou moins long, ce tube prend le nom de canal eœa^éteiir. Le follicule glandulaire peut rester arrondi ; il peut aussi s'allonger notablement et passer à 1 état de glande en tuhe (fig. 32, a, ô).

Figui-o 32.

PIUUBES THÉORIQURS DR8 DIFFÉBENTISS FOHMBS DK OLANnKS.

a, è, glandes simples. ca, canal excréteur. f, follicule. c, d, glandes composées. c, glande composée en grappe.

En général, les glandes ont une structure plus compliquée : ainsi, fréquemment, une série plus ou moins nombreuse de culs de sacs glandulaires, arrondis ou iubuleux, s'ouvrent dans un canal excréteur unique (fig. 32, c, d) : c est la variété dite glmide en grappe simple. Enfin, dans la glande en grappe composée, les canaux excréteurs de plusieurs- grappes simples s embranchent sur un canal excréteur commun (fig. 32, e),

La masse générale de la glande est soutenue par une charpente principalement conjonctive, servant en outre de support à un réseau vasculaire, ordinairement très riche, apportant à lorgane les matériaux de sécrétion. Les rapports des vaisseaux avec les différentes parties de la glande varient. Dans le plus grand nombre des cas, ils sont séparés de Fépithélium par la membrane qui sert de support à celle-ci. Ainsi, tantôt ils forment un réseau entourant simplement les culs de sacs glandulaires; tantôt, comme dans le rein, en se subdivisant et se repliant, ils donnent lieu à de petits pelotons sphériques ou gloméi^ules, occupant chacun une capsule résultant du refoulement vers Tintérieur de lextrémité d un tube sécréteur. Dans le foie, ils pénètrent à proprement parler dans la glande et produisent, par subdivision, des mailles encadrant en quelque sorte les cellules ou de petits groupes de cellules.

Nous avons déjà, dans le cours de cet ouvrage, parlé de nomhreuses glandes diverses; nous consacrerons le reste de ce paragraphe à la description et au rôle de celles qui sécrètent Turine.

SÉCRÉTION URiNAiRE. La sécrétion urinaire a, dans réconomie, une importance toute spéciale.

Les différentes substances albuminoïdes, hydrocarbonées , graisseuses et minérales , faisant partie du corps de Tanimal, soumises constamment à des phénomènes d'oxydation et à d'autres actions chimiques , s usent et se détruisent sans cesse, c'est-à-dire qu elles donnent lieu à d'autres composés : acide carbonique, urée, acide urique, sels, etc., n'entrant pas dans la constitution normale des tissus et qui, devenus ainsi en quelque sorte des corps étrangers, doivent être expulsés par une des voies naturelles. Cette transformation amenant ainsi une perte incessante de substance est la désdssimilation.

Nous avons vu comment l'organisme la combat, par l'alimentation, la digestion, le passage des produits de la digestion dans le sang, la circulation qui porte les éléments plastiques aux tissus. Le dernier terme de ce travail réparateur est Yassi7nilation, la transformation des matériaux en principes faisant partie intégrante des tissus. Les êtres vivants sont donc soumis à une destruction et à une régénération continuelles.

Les produits de désassimilation sont rejelés par deux voies principales : l'appareil respiratoire qui débarrasse surtout le corps de l'acide carbonique, et les organes urinaires qui servent à l'expulsion des matières résultant des dernières modifications des principes azotés.

V urine , dont nous donnerons ultérieurement la composition, est sécrétée par deux glandes, les reiiis.

Les reins de la grenouille n'ayant pas exactement la signification de ceux des animaux plus élevés, il est nécessaire d'indiquer en quelques lignes Torigine de ces organes.

Chez Tembryon des Vertébrés crâniotes apparaissent de très bonne heure, sur les côtés de la colonne vertébrale, deux organes glandulaires dont la sécrétion est analogue à lurine. On leur a donné le nom de reins primordiaux, ou corps de Wolff', S'il s'agit dun Mammifère, d un Oiseau ou d'un Reptile , les reins primordiaux disparaissent bientôt en grande partie ; ce qui en reste sert à la constitution de certaines portions des oi^anes génitaux internes. En même temps apparaissent deux glandes nouvelles, les reins définitifs. S'il s'agit, au contraire, d'un Amphibie (grenouille, crapaud, triton, salamandre, etc.), ou dun Poisson, les reins définitifs ne se forment pas et les reins primordiaux continuant à se développer deviennent les organes dépurateurs de l'adulte.

Nous ne pouvons aborder ici l'étude détaillée et, du reste, difficile de la texture des reins ou des corps de Wolfl*. Nous dirons seulement que les uns et les autres sont des glandes tubuleuses composées, formées d'un grand nombre de petits tubes glandulaires tapissés, au dedans, par un épithélium •. Ces tubes arrivés vers la

1. Dn nom de l'anatomiste qui les découTrît au siècle dernier.

2. Chez les Poissons, les imphibies et même les Beptiles, Tépithrlium est ribratilci au moins dans une {tartie de la longueur des tubes.

surface de la glande, se dilatent à leur extrémité, ou près de leur extrémité, en petites capsules sphériques enveloppant chacune (page 175) un peloton ou glomérule vasculaire recevant un ramuscule artériel et d*oCi part un ramuscule veineux * .

Les reins de la grenouille (fig. 36, A, B, r) ont donc la signification des reins primordiaux ou corps de Wolff des Vertébrés supérieurs. Ce sont deux organes elliptiques, plats, occupant la partie dorsale de la cavité abdominale et situés, par rapport au squelette, à droite et à gauche des dernières vertèbres et de Turostyle. Leur coloration est rougeâtre. En examinant les figures 36 et 33, on voit qu'ils sont, chez le mâle, en partie recouverts par les testicules, et chez la femelle, .totalement cachés par les ovaires. Ajoutons encore, pour éviter des erreurs d'interprétation, qu'à la partie antérieure de ces reins s'observent des lanières digitiformes jaunâtres, flottant dans la cavité du corps et qui ne sont autre chose qu'une réserve de graisse soutenue par une charpente conjonctive*.

Les diflërents canalicules qui constituent le rein viennent s'ouvrir dans un canal commun longeant son bord externe. Ce canal qui, dans la grenouille mâle, reçoit, ainsi que nous le verrons, les produits du testicule.

1. Voir, pour la signification du corps de Wolff, le chapitre IX, { 4, OrgancB scgmentafrcs,

2. Ce corps graisseux est ratatiné en hiver et plus développé en été.

vient, chez la grenouille femelle, déboucher d une façon indépendante dans le cloaque.

Le cloaque est une chambre commune où aboutissent Fintestin terminal, les conduits urinaires et génitaux, et qui s'ouvre à lextérieur par un seul orifice, Yanus ou mieux Yorifice cloacaL

Un cloaque servant ainsi à lexpulsion des résidus de la digestion, de l'urine et des produits de l'appareil reproducteur, s'observe chez les Mammifères très inférieurs, les Oiseaux, les Reptiles, les Amphibies, et un certain nombre de Poissons. Les Mammifères ordinaires, les Poissons osseux, possèdent, au contraire, au moins deux ouvertures distinctes : un anus pour le tube digestif et un orifice uro-génital.

Vurine se compose d'eau tenant en dissolution des principes très divers qui peuvent être groupés comme suit :

1^ des principes azotés, provenant par désassimilation des albuminoïdes ou des substances qui en dérivent (tels sont : Yurée, Yacide urique, Yacide ht2)purique, à l'état d'urates et d'hippurates, la créatinine, etc.)* ;

2** des principes non azotés en très faible quantité;

3^ des sels minéraux (chlorure de sodium, phosphates, sulfates, etc.) ;

4<* des matières colorantes;

5^ des gaz (principalement de l'acide carbonique).

1. Voir, pour ces corps, les traités de chimie physiologique, tels que celui de UoFiiAK5, l4hrbtuh dtr Zoochmie, Wien, 1876-79.

On connaît encore mal la composition chimique de Turine de la grenouille; on sait seulement quelle renferme de l'urée.

Chez un très grand nombre de Vertébrés, ce liquide s'accumule avant son expulsion , dans un réservoir contractile dont les parois comprennent une couche musculaire; ce réservoir est la vessie urin aire*, La vessie de la grenouille est bicorne, c est-à-dire que son fond se subdivise en deux culs de sacs distincts; elle s'ouvre à la face ventrale du cloaque (fig. 3G, A, v.).

Lorsqu'on saisit une grenouille ou un crapaud vivant, il arrive souvent que l'animal vide brusquement sa vessie en émettant l'urine sous forme de jet. On a vu dans cet acte un moyen de défense employé, du reste, par d'autres animaux.

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