‹ Zoologie élémentaireChapitre 72 sur 165 · EXAMEN DU MOLLUSQUE VIVANT · texte numérisé non relu

EXAMEN DU MOLLUSQUE VIVANT

Quand on vient de saisir Tanimal, il est contracté sous formed'une masse demi-ovoïde n'ayant tout au plus que le- quart de la longueur réelle à l'état d'extension. Bientôt, lorsque FArion ne se croit plus inquiété, il s'étend graduellement; on voit d'abord saillir les tentacules et la tète qui les porte, puis la partie antérieure

1. Parfois d*aii bran roageàtre. Il existe une Tariété noire.

2. Il eût peut-être été préférable de choisir Tescargot des TÎgnes, Hefix pomatia ; mais cette forme n*est commune que dans certaines régions déterminées ; ainsi dans les Flandres elle est rare et qnelqnes-nns de nos lectanrt pourraient avoir de la difficulté à se la procurer virante.

du corps s'allonge et, enfin, le Mollusque entièrement en extension, rampe lentement sur la surface où on Ta déposé, en laissant derrière lui, comme trace de son passage, une traînée de mucus brillant.

Étendu, TArion a la forme générale d'un fuseau coupé en deux suivant son grand axe et reposant sur le plan de reptation par la surface plane (fig. 43).

La face dorsale du Mollusque a été appelée par M. Huxley, face h&inalique (aîfxa, sang), parce qu'elle est occupée par le cœur; sa coloration superficielle est ici le rouge orangé. La face ventrale est appelée, par le même auteur, face neurale. Ainsi qu'il est aisé de s'en assurer, elle développe inférieurement une large plaque elliptique, dépassant le corps tout autour par un bord très net. Cette plaque est, par dessous, d'un gris violacé, avec une bande médiane d'un jaune rougeàtre; son bord est orné sur la face supérieure de petits traits noirs tranchant sur un fond général orangé.

On désigne la plaque en question (fig. 43, p) sous le nom de pied. Le pied des Mollusques, qui n'a évidemment aucune analogie de structure ou d'aspect avec celui des Vertébrés, est l'organe de progression de ces animaux. Il est toujours constitué par une expansion musculaire mobile de la face neurale du corps. Susceptible de se contracter dans divers sens et même souvent mu par des groupes de muscles distincts, il sert chez tous les Mollusques qui ne sont point fixés par leur coquille ou d'autres attaches, à ramper sur le sol, les végétaux, les fonds marins, ou à glisser à la surface de

il ^

^ mil

:« îT s « e

Teau (la face hémale étant alors tournée vers le bas) *. Quelques Mollusques, comme les Patelles, utilisent leur pied en le transformant en ventouse; ils adhèrent ainsi fortement aux rochers des côtes, malgré Faction des vagues.

La contractilité du pied de TArion est facile à vérifier. Si Ion place Tanimal sur le dos, ce qui Tinquiète et le pousse à se ramasser, on voit le pied se raccourcir, des plis transversaux nombreux s'y produisent, puis lensemble de la surface se courbe, de façon à rapprocher fortement l'extrémité céphalique du Mollusque de l'extrémité postérieure.

Lorsqu'un de ces animaux rampe sur une plaque de verre, ou mieux sur la paroi interne d'un bocal de verre, plein d'eau, on peut voir par transparence à la face inférieure du pied, des zones transversales qui se succèdent et se déplacent à la façon d'ondes.

Le pied des Mollusques peut offrir trois formes principales : P le pied en plaque elliptique ou circulaire des Gastéropodes, dont celui de l'Arion nous donne une idée suffisante • ; 2® le pied des Céphalopodes '

1. Le pied oa certaines de ses parties profondément modifiées peuvent devenir des organes de nati|tion rapide (▼. le tableau qui termine ce chapitre).

2. Le pied des Gastéropodes anormaux des groupes des Hétéropodet et J^iéropodeê fiiit exception. On trouvera quelques indications concernant le piied de ces animaux dans le tableau qui termine ce chapitre.

3. Xons parlons des Ciphalopodet diàranehiaux, (Voir le tableau de la classification des Mollusques.)

(7U(faXriy tète, TToO:, pied) ; ici les régions moyenne et postérieure de cet organe manquent, tandis que la région antérieure énormément développée se trouve divisée, par de profondes incisions, en une série de bras tentaculaires munis de nombreuses ventouses sur celle de leurs faces qui se met en contact avec le sol ou les objets que Tanimal saisit (fig. 44. B, p) ; 3<>, enfin, le pied des Lamellibranches affectant ordinairement Taspect d*un prolongement charnu, linguiforme, de la face inférieure du corps, pouvant faire saillie par la fente comprise entre les deux valves de la coquille ' (fig. 44, C, p).

La face dorsale de TÂrion est divisée en deux régions. Tune qui comprend environ les deux tiers postérieurs, est marquée de nombreux plis longitudinaux et obliques ; lautre répondant au tiers antérieur, est finement chagrinée.

Il est aisé de voir, surtout par la dissection, que cette portion antérieure, légèrement bombée, est formée par un repli spécial des téguments. Le repli en question est le pallium ou manteau (fig. 43, m).

1. Chez It moule comestible fmytUut eduiisj, le pied aseei petit et bmn&tre est ce qae les ignorants appellent par erreor la langue. Il ne sert p«s à la reptation ; mais k sa base, comme ï la base da pied d'antres Lamellibranches fixés, existe on organe glandulaire sécrétant une substance spéciale susceptible d'être étirée en fils bruns résistants. Le ûdsceau de filaments ainsi produits et qui sert à suspendre le Mollusque aux rochers ou aux piquets des brise-lames, porte le nom de BtfMHê,

Figure 44.

A, Hbux pomatia. Escargot des vigaes, | gr. nat. (D'après nature. By OcTOPUB vuLGABU, poulpe commuu. ^ gr. nat. (D'après un dessin

inédit d*après nature de L. Frédericq.) Cy Mactka btultorum. Mactre commune, | gr. nat. (D*après nature.) o, orifice respiratoire (siphons dans la fig. €). p, pied.

Entre le manteau des Mollusques et le corps proprement (iit(par exemple, dans le cas particulier de TArion, sous l'espèce de toit formé par le manteau), existe une cavité plus ou moins spacieuse, la chambre palléale, qui peut avoir des usages secondaires divers, mais qui est toujours, avant tout, le siège des organes respiratoires.

Sur le côté droit du manteau de TArion étendu, s observe un large orifice elliptique que Tanimal peut fermer à volonté, c'est X orifice respiratoire ; il donne accès à l'air dans la chambre palléale (fig. 43, r).

Le manteau a, chez les Mollusques, une autre fonction importante : il sécrète la coquille. Celle-ci est composée d'une substance organique azotée, la conchioline\ et de sels minéraux parmi lesquels le carbonate de calcium est le plus abondant.

La texture de la coquille peut se résumer comme suit : elle comprend généralement trois couches ; l'externe', parfois brunâtre, nommée épidenne *, souvent absente est constituée par de la conchioline seule. La moyenne, ou couche calcifiée extériem^e, fréquemment la plus épaisse, siège principal des matières colorantes, se compose de petits prismes ou de plaques perpendiculaires ou obliques à la surface, formés de saccules à parois de conchioline et remplis par le sel calcaire.

1. Voisine de la ehitiue des Articulés. (Voyeï chapitre VIII.)

2. Terme fautif: c'est une couche cuticulaire, comme toutes celles dont la coquille est formée.

Enfin, la troisième, ou couche calcifiée intérieure ^ couche nacrée de beaucoup de coquilles, est le résultat de la superposition de lamelles plates alternatives de concbioline et de carbonate de calcium. Uéclat tout particulier qu'elle présente et que Ton imite très bien sur des surfaces métalliques est dû à des stries très fines, ondulées et parallèles.

L'épiderme et la couche calcifiée extérieure sont sécrétés par les bords du manteau. La couche calcifiée intérieure ou nacrée est sécrétée par la surface même de ce repli de la peau * .

Le développement qu'acquiert la coquille est très variable. Elle peut manquer, n'être représentée que par un amas de granulations calcaires cristallines ( Arion ), être petite, rudimentaire et cachée par le manteau ( limaces ), ou bien elle peut atteindre des dimensions relatives telles que l'animal s'y loge complètement.

Les coquilles assez développées pour servir ainsi d'abri protecteur se ramènent aisément à deux formes principales : P un cône creux enroulé sur lui-même en hélice (Gastéropodes : escargot, limnée, buccin, etc.) ; 2^ deux cônes très obtus, largement ouverts, unis l'un h l'autre, dans le voisinage des sommets, par une charnière mobile répondant à la ligne dorsale de l'animal. Cette forme de coquille , dite bivalve , s'observe chez

1 . Chez les marchands de coquillages de nos port« d« mer, on vend beanooap de eoqoillee en apparence nacrées extérieurement. Ce sont le plus sourent des échantillons dont on a enleyé artificiellement la couche externe.

les Lamellibranches (moule, huître, mactra, unio, etc.).

Les Lamellibranches ont souvent les bords des valves de la coquille disposés de façon à permettre, par leur rapprochement , une occlusion complète. Un grand nombre de Gastéropodes ferment aussi leur coquille, mais par un autre mécanisme : une plaque discoïdale, Voperctde, formée de couches de conchioline, parfois accompagnées de substance calcaire, est portée par un lobe spécial à la partie postérieure et dorsale du pied. L'opercule clôt l'orifice de la coquille lorsque l'animal s'y rétracte. Les Arion n'ont nécessairement point d'opercule.

En résumé, la coquille des Mollusques représente un exosquelelte. Une partie des muscles de l'animal s'y insère et si l'on se rappelle qu'elle est sécrétée par le manteau et qu'elle recouvre la chambre respiratoire, on peut lui appliquer le terme de pneumosqudette proposé par Woodward.

A la partie antérieure du corps de l'Arion, existe une tête bien distincte. Dans certaines classifications, on a proposé le nom de céphalophores pour les Mollusques possédant ainsi une portion céphalique difiérenciée (Ptéropodes, Gastéropodes, Céphalopodes). Inférieurement, la tête présente l'orifice buccal, dont nous reparlerons k propos de l'appareil digestif. Au-dessus de la bouche s'observent deux paires de tentacules rétractiles que les enfants appellent les cornes de la limace. Les tentacules de la paire inférieure semblent être seulement des organes du toucher; ceux de la paire

sapérieure portent chacun à leur extrémité un bouton sensoriel terminal probablement olfactif et, sur le côté de ce bouton, un œil de petite dimension ( fig. 43 1, t' ). La rétraction de ces organes s'opère d'une façon particulière. Ils sont creux ; un muscle qui en occupe Taxe et s'insère d'une part à la face interne du manteau et d'autre part au sommet du tentacule, retire ce sommet en dedans, comme un doigt de gant qu'on retourne

(fig.45,<, 0.

Enfin, pour terminer la description des détails extérieurs, disons un mot des glandes et des sécrétions de la peau : la peau est molle et visqueuse. Si on soumet un Arion aux vapeurs d'éther ou de chloroforme, qui produisent une action plus ou moins irritante , le Mollusque sécrète en abondance, par presque toute la surface du corps, un mucus visqueux très vivement coloré en orangé. Cette sécrétion est due à de nombreuses petites glandes cutanées dont les cellules renferment des granulations de pigment coloré.

Une glande cutanée plus importante sécrète la

muciqe que l'Ârion laisse sur le sol comme une traînée

brillante. Son orifice est situé tout à fait à l'extrémité

postérieure du corps , au-dessus du bout terminal du

pied.

Page 1