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GENRE CLIO. — Clio, Linné.
Les Mollusques que les zoologistes désignent aujourd’hui sous le nom de Clos (1), ont été signalés pour la première fois par F. Martens, dans son Joyage au Spitzberg et au Groëénland publié en 1675. Longtemps après Pallas, dans ses Spicilegia zoologica (2), en donna une description assez exacte; mais, c'est Cuvier qui le premier, dans son mémoire sur le Clio borealis (3), a fait connaitre leur organisation intérieure et a établi leurs véritables affinités, en les rapprochant des Hyales et des Pneumodermes.
M. de Blainville reprit un peu plus tard l’étude de ce genre qu il décrivit, sous certains rapports, d’une manière plus complète que ne l'avait fait Cuvier, et il en donna une assez bonne figure qui a été reproduite dans la plupart des ouvrages de zoologie (4).
Les voyageurs qui ont parlé depuis de ces mollusques, MM. Quoy et Gaimard, Rang, etc., se sont bornés à en faire connaitre quelques espèces nouvelles ; dans ces dernières années seulement, M. Eschc-
(4) Nous avons déjà vu que ce nom avait été donné originairement par Brown aux mollusques Ptéropodes dont Péron et Lesueur ont fait plus tard leur genre Cléodore.
(2) Fascicule X, pag. 28, tab. 1, fig. 18-19.
(3) Annales du Muséum, tom. TI, pag. 242.
(4) Bulletin de la Société philomatique, novemb. 1814. — Manuel de malacologie, pl. 46, fig. 2.
richt, professeur à l’université de Copenhague, a publié sur le Clio boréal, le type du genre, un mémoire très-détaillé dans lequel il a décrit ce mollusque et son organisation intérieure d’une manière complète (1). Nous avons pu étudier aussi le genre Clio sur la même espèce, d’après quelques individus parfaitement conservés que M. de Blainville a bien voulu mettre à notre disposition, et sur une autre petite espèce qui nous à paru nouvelle et que nous avons recueillie dans l'océan Atlantique. Les recherches que nous avons faites sur ces mollusques nous permettent donc de compléter, sous ce rapport, nos observations sur le
groupe des Ptéropodes.
Le Description extérieure.
La forme générale du corps, chez les Clios, est la même que chez les Pneumodermes; la partie postérieure ou abdominale de l’animal se termine seulement en une espèce de queue plus ou moins allongée, et n'offre plus les feuillets membraneux qui portent les branchies.
La tête, qui forme également un petit renflement sphérique à l'extrémité antérieurede l'animal, estmunie de deux paires de tentacules disposés de la même manière que chez les Pneumodermes.
Les tentacules antérieurs sont assez longs et grêles, du moins dans le Clio boréal, ce qui les à fait dési-
(1) Anatomische urtersuchungen uber die Clione borealis. Copen-
hague, 1838.
PTÉROPODES. 277 gner par Pallas, qui les a bien indiqués, sous le nom de Papillæ carneæ. Ces tentacules sont rétractiles et peuvent se retirer entièrement dans l'intérieur de la tête ; on conçoit donc qu'ils aient pu échapper ainsi aux recherches des zoologistes qui ont étudié ces mollusques ; mais la place qu'ils occupent est toujours marquée par une petite fossette dans laquelle ils sont logés et qui se voit sur les côtés de la bouche. Cuvier, qui a bien reconnu et figuré cette fossette, n’a pourtant pas décrit les tentacules dont nous parlons ici et a désigné sous ce nom, comme l'ont fait la plupart des zoologistes, d’autres appendices qui doivent en être distingués, ainsi que nous le verrons par la suite (ph 15"05, he. 2, 9,42)
Les tentacules postérieurs sont simples et non bifides comme dans les Pneumodermes. Ce sont ces derniers tentacules que M. le professeur Eschericht, qui les a signalés le premier dans les Clios, a décrit comme des organes oculifères; mais, il nous a été impossible de reconnaitre les yeux qui ont été figurés par cet anatomiste au sommet de ces organes (fig. 1, 276, 4 CU):
La tête n’est séparée de la partie postérieure du
(1) Il nous paraît fort probable que ce sont ces mêmes tentacules qui ont été pris pour des yeux par quelques autres zoologistes, et surtout par M. de Blainville (art. Co, du Dict. des sc. natur., tom. IX, pag. 405). En effet, lorsque ces tentacules, qui sont rétractiles comme les tentacules antérieurs, sont rentrés dans la petite fossette qui les contient, l’on ne voit plus en dessus de la tête, à la place qu’ils occupaient, que deux petits points noirs qui
ont pu être pris facilement pour des points oculaires.
corps que par un simple étranglement ou rétrécissement dans le Clio boréal ; mais, dans d’autres espèces, celle, par exemple, que nous faisons connaire, le renflement céphalique et la portion abdominale de Panimal sont réunis par une sorte de cou allongé, comme dans les Pneumodermes. Il n'y a donc pas, sous ce rapport, de différence essentielle entre les deux genres.
Le pied rudimentaire qui se trouve placé en dessous de cette partie cervicale , les nageoires qui s’inserent sur ses côtés, les orifices de l'appareil générateur, celui de l'intestin , le manteau, etc., rappellent encore tout à fait ce que nous avons déjà décrit dans les Pneumodermes (fig. 3, 4, v', 0', a).
Description intérieure.
La bouche est terminale et verticale comme chez les Pneumodermes ; mais la conformation de ses diverses parties diffère d’une manière assez tranchée de ce qui existe chez ces derniers mollusques (pl. 45 bis, hé bin).
Sur les côtés de cette ouverture , se trouvent des appendices de forme conique dont le nombre semble varier suivant les espèces; ainsi, il y en a trois, de chaque côté, dans le Clio boréal, et deux seulement dans la nouvelle espèce que nous faisons connaitre. Ces appendices, qui couronnent la tête comme les
bras des céphalopodes, ne sont pas toujours appa-
rents ; ils peuvent être entièrement cachés par un repli
de la peau qui forme, suivant l'expression de Pallas,
PTÉROPODES. 279 une sorte de prépuce. Presque tous les auteurs ont considéré ces organes comme des tentacules ; mais ils nous paraissent correspondre tout à fait aux faisceaux de ventouses qui occupent les côtés de la bouche dans les Pneumodermes; d’après M. le professeur Eschcricht, qui a déja émis cette manière de voir, la ressemblance serait même complete, car la surface de ces appendices serait recouverte de petites touffes de ventouses microscopiques qui ont été figurées par ce naturaliste. Ces parties, qui ne peuvent être bien vues que sur le vivant, ont été cependant reconnues par nous d'une maniere assez distincte, sur le Clio boréal, comme nous l'avons montré sur une de nos figures (fig. 6); nous les avons vues d’une manière beaucoup plus apparente sur l'espèce que nous avons observée vivante, le Clio longue-queue, malgré la très-petite taille de cette espèce (pl. 14, fig. 20).
Les appendices buccaux dont nous venons de parler , ont été décrits par Pallas qui les a désignés sous le nom de tentacula carnosa; Cuvier, ainsi que nous l'avons déjà dit, les a confondus avec les véritables tentacules; ils ont été bien figurés pour la première fois par M. de Blainville.
La cavité buccale est beaucoup moins grande que dans les Pneumodermes; elle peut également se renverser au dehors et former ainsi une espèce de trompe. À sa partie inférieure se voit une langue assez volumineuse dont l'extrémité antérieure , rétrécie en pointe et tout à fait libre, s’avance jusqu'auprès de l’ouverture de la bouche et présente supérieurement un petit
espace recouvert d’une grande quantité de crochets cornés et recourbés en arrière (pl. 45 bis, fig. 10, 7).
Sur les côtés de la cavité buccale se trouvent, comme chez les Pneumodermes, des organes pour la mastication dont la structure diffère cependant beaucoup de celle que nous avons décrite dans ces derniers mollusques. Ces organes sont représentés par deux espèces de mâchoirescharnues, sur lesquelless’implantent antérieurement un grand nombre de dents cornées et disposées comme l’indiquent nos figures (pl. 15 Des, fig. 41, 12, 13); les mächoires, elles-mêmes, sont contenues dans des enfoncements, en forme de cœcums, qui viennent s'ouvrir à peu de distance du bord antérieur de la bouche. Ces parties, que Pallas et Fabricius paraissent avoir entrevues , que Cuvier a complétement passées sous silence, dont M. de Blainville ne parle que vaguement, ont été bien décrites et figurées pour la première fois par M. Eschcricht, dans le mémoire que nous avons déjà cité (fig. 9, 10, ©).
L'appareil digestif ne diffère pas, dans ses autres parties , de celui des Pneumodermes; les glandes salivaires n'offrent seulement pas le petit renflement ovoide qui, dans ces derniers mollusques, se trouve sur le trajet de leur canal excréteur (fig. 8, 9, s, el, e, à, a).
Nous avons déjà dit que l'anus s’ouvrait également en dessous de l'animal et du côté droit, à peu de distance du bord postérieur de la nageoire correspondante (fig. 3, 4, a).
Organes de la respiration. — La détermination des
branchies donnée par Cuvier et admise pendant longtemps par les zoologistes, a été reconnue inexacte depuis; M. de Blainville, le premier, l'avait révoquee en doute, et, plus récemment, M. Eschcricht a fait voir que le prétendu réseau vasculaire que Cuvier avait cru voir à la surface des nageoires n'existait pas, et que ce célèbre naturaliste avait pris pour des vaisseaux les fibres musculaires qui forment les couches superficielles de ces appendices. On retrouve en effet ces mêmes stries dans tous les autres Ptéropodes, dans les Pneumodermes, dans les Hyales, etc., bien que, chez ces mollusques, on ne les ait pas regardées comme des ramifications vasculaires. M. Eschericht a fait remarquer aussi que le vaisseau décrit par Cuvier comme la veine branchiale, n’était autre chose que l'aorte qui se bifurque en avant pour se rendre aux deux nageoires.
Mais, s’il est bien démontré aujourd'hui que ces expansions natatoires sont tout à fait étrangères aux fonctions de la respiration, on n’a pu déterminer encore, avec la même certitude, quelles sont les parties qui doivent être regardées comme des organes respiratoires. M. Eschcricht dit que «l'on voit, dans la partie abdominale de l'animal, des cavités distinctes formées d’une peau tres-fine et remplies d’un liquide transparent, qui, par leur position près de loreillette du cœur, paraissent être dans les dépendances de la respiration. » Nous avons remarqué, en effet, sur les individus soumis à nos observations, que la peau était plus mince et comme distendue par un li-
quide, au côté droit de l'abdomen; mais nous avons
inutilement cherché, dans ce point, une poche semblable à celle qu'indique M. Eschericht , et s'ouvrant au dehors pour recevoir l’eau destinée aux fonctions respiratoires. D'une autre part, la disposition du manteau qui est fermé à sa partie antérieure, comme chez les Pneumodermes , doit faire admettre que ce sont des parties extérieures qui sont chargées de ces mêmes fonctions ; et, comme on ne voit, à la surface du manteau , rien de semblable aux feuillets que nous avons décrits dans ces derniers mollusques, l’on doit supposer que c'est la peau elle-même qui remplit cet usage, dans une portion plus ou moins considérable de son étendue.
Organes de la circulation. — Le cœur est situé du côté droit, à la partie postérieure de la masse des viscères, comme chez les Pneumodermes. La disposition de ses diverses parties, des vaisseaux qui s’y rendent et qui en partent, est aussi tout à fait la même (pl. 45 bés, fig*8, c).
Organes de la géneration. — L'appareil générateur est encore entièrement semblable , dans tous ses détails, à celui des Pneumodermes. La figure et la description que Cuvier en a données , sont inexactes sous plusieurs rapports; en cela, les observations de M. Eschcricht concordent tout à fait avec les nôtres; Nous différons seulement, avec ce dernier auteur, sur la détermination qu'il a donnée de lorgane sécréteur inale ou du testicule ; à l'exemple de Cuvier, M. Eschc-
PTÉROPODES. 283 richt décrit encore comme tel le second oviducte ou la matrice (pl. 15 brs, fig. 8, 44, o, z, x, x, d, o').
La verge forme un long boyau replié dans l'intérieur de la tête et d’un calibre un peu variable dans les différents points de son étendue. Près de son orifice extérieur, cet organe présente un renflement assez considérable que M. Eschcricht considère comme une sorte de vessie, mais qui n’est qu'une simple dilatation de la cavité intérieure de ja verge (fig. 15).
Système musculaire. — Ce système ressemble tout à fait à celui des pneumodermes.
Système nerveux.— Les ganglions cérébraux, placés au-dessus de l'œsophage et accolés sur la ligne médiane, donnent, par leur bord antérieur, deux gros nerfs qui se subdivisent bientôt pour se distribuer à la bouche, aux appendices céphaliques et aux tentacules. Deux autres nerfs plus petits naissent en dehors et en dessous et se rendent, l’un au ganglion buccal, l’autre aux parties latérales de la tête. De la face supérieure de ces ganglions sortent aussi deux filets nerveux très-grèles qui se rendent , l’un aux tentacules postérieurs, et l’autre à la peau qui forme un repli autour de ces tentacules (pl. 45 és, fig. 16, 17).
Le ganglion buccal, situé entre les deux cœcums qui contiennent les mächoires, fournit également des filets à ces organes, à la langue, à la bouche, à l’œsophage et aux glandes salivaires. Deux de ces nerfs présentent aussi un petit renflement sur leur trajet,
comme chez les Pneumodermes (fig. 18, 19).
Les autres ganglions et les nerfs qui en émanent nous ont offert la même disposition que dans ces derniers mollusques. Les petits ganglions qui sont annexés à la première paire de ganglions sous-œæsophagiens, se trouvent seulement placés au-dessus de ceux-ci, au lieu d'être situés à leur partie postérieure (fig. 16, 17).
L'organe de l’ouie occupe également le bord postérieur des ganglions sous-œsophagiens antérieurs, et se présente sous la forme d’un petit point brunâtre (es AG Ar)
Les Clios se distinguent des Pneumodermes, comme nous l'avons déjà dit, par l'absence des feuillets branchiaux qui, chez ces derniers, occupent la partie postérieure du corps, et par la conformation des diverses parties de la bouche.
Ces mollusques habitent surtout les mers voisines des pôles ; l’on sait que le Clio boréal est extrêmement commun dans les mers du nord ; mais l’on trouve aussi des espèces de ce genre dans les régions chaudes. Les mœurs et les habitudes des Clios paraissent être les mêmes que celles des Pneumodermes.
MM. Quoy et Gaimard avaient proposé le genre Cliodite pour quelques petites espèces de Clios qui ont la tête séparée du tronc par une sorte de cou étroit et allongé , et qui auraient été, en outre, tout à fait dépourvues de tentacules ; mais le premier de ces caractères, plus ou moins prononcé chez les Clios, comme chez les Pneumodermes, ne peut guère servir
de base à une division générique; et, quant a l’ab-
PTÉROPODES. 285 sence des tentacules , il est très-probable que ces organes avaient échappé aux recherches de MM. Quoy et Gaimard qui, du reste, ont renoncé eux-mêmes depuis au genre qu'ils avaient proposé.
Les mêmes naturalistes ont établi, dans la zoologie du Voyage de l'Astrolabe, un autre genre, le genre Pélagie, pour un Ptéropode très-voisin des Clios, mais qui en différerait d’une manière tranchée , ainsi que des Pneumodermes, par l’absence du pied rudimentaire qui, dans les mollusques de ces deux genres, se trouve en dessous de la portion céphalo-thoracique. Cette particularité formerait une telle exception aux caractères des Ptéropodes de la même famille, qu'il nous parait préférable d'admettre que MM. Quoy et Gaimard n'auront pas reconnu cette partie, peutêtre moins développée seulement dans les Pélagies. Les observateurs que nous venons de citer n’ont pas donné aussi, de ces mollusques, une description assez complète, pour qu'il soit possible d'établir d’une manière précise leurs rapports avec les Clics.
Enfin, c’est encore auprès du genre Clio, que viendrait se placer le genre Cymodocée, proposé par M. Alcide d’Orbigny, pour un Mollusque que ce naturaliste n’a recueilli qu'incomplet, et sur les caractères singuliers duquel il est par conséquent permis d’avoir des doutes , jusqu'à ce que de nouvelles observations
l’aient mieux fait connaître.