‹ Zoologie (volume 4)Chapitre 15 sur 50 · III. HISTOIRE NATURELLE DES HÉTÉROPODES · texte numérisé non relu

III. HISTOIRE NATURELLE DES HÉTÉROPODES

Les Hétéropodes sont , comme les Ptéropodes , des Mollusques essentiellement pélagiens qui habitent les hautes mers et ne se montrent sur les rivages que lorsque les courants ou les tempêtes les y portent.

L'on a dit que les Hétéropodes étaient aussi des Mollusques extrémement communs; Péron et Lesueur s'expriment de la manière suivante dans leur mémoire sur le genre Firole : « De tous les animaux que la Méditerranée nourrit dans son sein, il n'en est point peut-être de plus nombreux que les Firoles ; c'est par milliers qu’on les voit, durant les temps calmes, nager à la surface des flots, ou qu’on les trouve , à la suite des tempêtes, rejetés sur la grève; c’est avec la même abondance que les pêcheurs, dont elles font quelquefois le désespoir, les ramènent chaque jour dans leurs filets (4). » M. Alcide d'Orbigny dit également, en parlant des Hétéropodes , que ces Mollusques « fourmillent sous la zone torride où, dans certains parages, leurs myriades couvrent la superficie des mers (2). »

disposition symétrique que cet auteur leur assigne ; les cordons nerveux qui les unissent aux ganglions sus et sous-œsophagiens , et ceux qui en partent pour se distribuer aux viscères, ne nous ont également pas paru tels qu’il les a décrits et figurés. Le ganglion que M. Milne-Edwards nomme aral est celui que nous considérons comme le ganglion branchial.

(1) Annales du Muséum , tom. XV, pag. 84.

(2) loyage dans l’Amér. mérid., tom. V, pag. 84.

Nos observations ne concordent pas, sur ce point, avec celles des naturalistes que nous venons de citer; à l'exception , en effet, des Atlantes que nous avons trouvées en assez grande abondance dans toutes les mers et qui semblent former quelquefois des bancs considérables comme les Ptéropodes , tous les autres Hétéropodes nous ont paru être des Mollusques assez rares ; ainsi, dans tout le cours de notre voyage pendant lequel nous avons traversé l'océan Pacifique , les mers de l'Inde, de la Chine, et sillonné deux fois, dans presque toute son étendue, l'océan Atlantique, et malgré l’assiduité constante que nous avons toujours mise à la recherche des animaux pélagiens, nous n'avons cependant recueilli que deux carinaires ( dont une mutilée), trois firoles ( dont deux mutilées aussi), cinq carinairoïdes et neuf firoloïdes; tandis que ces Mollusques se montraient si rarement dans nos filets, les Atlantes, au contraire, y venaient souvent par centaines, comme les Hyales, les Cléodores et d’autres Ptéropodes. La Méditerranée parait être cependant plus riche en Hétéropodes, et, d’après les témoignages de plusieurs naturalistes, les Carinaires et les Firoles y seraient assez communes , du moins dans certaines localités.

Les Hétéropodes se meuvent dans les eaux de la mer à l’aide de leur nageoire; les Atlantes ont un moyen de locomotion accessoire dans l'expansion foliacée qui termine la partie de l’animal sur laquelle se fixe l’opercule; les autres Hétéropodes, les Carinaires,

les Firoles, etc., s’aident aussi, dans leur natation, des

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mouvements d'ondulation qu'ils impriment à tout leur corps, à la manière des poissons. Ces Mollusques sont assez lents dans leurs mouvements; ils paraissent nager presque avec autant de facilité en arrière qu’en avant; souvent on les voit flotter vaguement dans l'eau, sans suivre dans leur progression une direction déterminée. Lorsqu'ils suspendent les mouvements de leur nageoire , ils ne tombent que lentement au fond de l’eau , leur pesanteur spécifique n’étant que trèspeu supérieure à celle de ce liquide. Les Atlantes différent des autres Hétéropodes par leurs mouvements plus vifs ; ces petits Mollusques agitent leur nageoire avec beaucoup de vitesse, et leur mode de natation ressemble bien plus à celui des Ptéropodes.

Tous les Hétéropodes nagent dans une position renversée, c’est-à-dire la face dorsale du corps tournée en bas, ce qui, comme nous l'avons déjà vu pour les Ptéropodes, a fait décrire ces Mollusques sens dessus dessous par la plupart des naturalistes qui les ont observés (1). Cette habitude, que l’on retrouve chez presque tous les Mollusques pélagiens, nous parait n'être qu'un

(1) Nous devons dire cependant que tous les observateurs ne sont pas d'accord sur ce point; ainsi, il en est qui disent avoir vu des Carinaires nager la coquille en haut et la nageoiïre en bas; d’après d’autres, ces Mollusques pourraient nager également dans les deux positions, c’est-à-dire tantôt sur le dos et tantôt sur le ventre; mais, nous avons toujours vu ces Mollusques se tenir, pendant la natation, dans une position renversée, ou la nageoire en haut; d’après l'explication que nous donnons ci-dessus, cette position est celle qui nous paraît devoir être la plus habituelle.

simple résultat des lois de la statique, ces animaux ne pouvant évidemment se trouver en équilibre dans l'eau, que lorsque la partie la plus pesante de leur corps ou la masse viscérale , qui est ordinairement placée en dessus, est devenue inférieure par le renversement de F’animal.

Les mœurs et les habitudes des Hétéropodes ressemblent beaucoup à celles des Ptéropodes; comme ces derniers Mollusques, c’est surtout à la chute du jour qu'ils se montrent à la surface de la mer. Mais cette habitude paraît cependant moins particulière aux Hétéropodes, surtout aux Carinaires, aux Firoles, aux Firoloïdes, etc., que l’on rencontre presque aussi fréquemment pendant le jour qu'au commencement de la nuit.

Les Hétéropodes peuvent se fixer aux corps flottants, à l’aide de la ventouse que la plupart de ces Mollusques ont sur le bord de leur nageoire; nous avons vu des Atlantes s'attacher ainsi très-fortement sur les parois des vases dans lesquels nous les avions mises, et se déplacer même lentement sans abandonner ces parois, exécutant ainsi une sorte de reptation analogue à celle des Gastéropodes ordinaires (pl. 18, fig. 2). Les Firoloïdes et quelques espèces du genre Firole , dont la nageoire est dépourvue de ventouse , seraient, d’après cela, privées de cette faculté ; la nature a-t-elle donné à ces Mollusques quelque autre moyen de se fixer aux corps qu'ils rencontrent, ou bien ont-ils la faculté de se rendre spécifiquement assez légers pour se soutenir dans l'eau sans être con-

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damnés à se mouvoir sans cesse ? Cuvier dit, nous ne savons d’après quels renseignements, que ces animaux peuvent gonfler leur corps, en le remplissant d'eau d’une manière qui n’est pas encore bien éclaircie (N), ce qui aurait nécessairement pour effet de diminuer leur densité déja si peu supérieure, comme nous l'avons déjà vu, à celle du fluide dans lequel ils vivent.

Les Hétéropodes paraissent se nourrir exclusivement des animalcules qui peuplent si abondamment les eaux de la mer. Ces Mollusques sont très-voraces ; nous avons vu plusieurs fois des Atlantes dévorer sous nos yeux de petits crustacés ou d’autres animaux pélagiens qu'elles saisissaient en faisant sortir les crochets cornés qui arment leur bouche intérieurement. Ces Mollusques s’aident beaucoup aussi, pour s'emparer de leur proie, des mouvements de leur trompe qu'ils allongent et portent dans tous les sens avec beaucoup d’agilité.

D’après la disposition de l'appareil de la génération dans les Hétéropodes, il est très-probable que ces Mollusques s’accouplent; mais nous ignorons de quelle manière cet accouplement se fait. Quant au produit de la génération, l’on sait depuis longtemps, par les observations de M. Lesueur sur les Firoloïdes et sur les Firoles, que ces Mollusques sont ovipares et qu'ils émettent leurs œufs au dehors sous la forme de longs cordons que l’on trouve souvent encore adhérents aux

(1) Règne animal, ® édition, tom. HIT, pag. 67.

femelles qui les trainent apres elles; ces cordons, formés par une matière albumineuse qui enveloppe les œufs de toutes parts, présentent beaucoup d’analogie avec les cordons aviferes de plusieurs autres Mollusques , surtout du groupe des Nudibranches (pl. 16, fig. 1). Nous sommes portés à croire, d’après quelques observations que nous avons eu occasion de faire sur de jeunes Atlantes, que les Hétéropodes subissent des métamorphoses dans leur premier âge; nous nous occuperons plus tard de cette question, lorsque nous parlerons des coquilles microscopiques pélagiennes.

Les Hétéropodes paraissent habiter exclusivement les mers des régions chaudes et tempérées ; nous n’en avons du moins jamais rencontré sous les latitudes élevées. Les divers genres qui composent ce groupe sont représentés dans toutes ces mers; ainsi, l’on trouve également des Carinaires, des Firoles, des At- Jantes , etc., dans l'océan Atlantique, dans le grand Océan, dans la Méditerranée , etc.; mais, à l’exception des Atlantes dont les espèces nous ont paru suivre, dans leur distribution géographique , les mêmes lois que les Ptéropodes, les autres genres sont le plus souvent représentés, dans chacune de ces mers, par des espèces différentes.

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