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IV. CLASSIFICATION DES HÉTÉROPODES

Lamarck, en instituant le groupe des Hétéropodes, en avait formé une division de même ordre que celle des Céphalopodes, des Gastéropodes, etc.; trompé par

HÉTÉROPODES. 333 une fausse appréciation de leurs caractères extérieurs, ce célébre naturaliste avait cru voir dans les Carinaires, les Firoles et les Phylliroés, des animaux intermédiaires aux Céphalopodes et aux Poissons, et les avait placés, par suite de cette manière de voir, en tête de sa classe des Mollusques.

Les observations faites quelques années après par M. de Blainville et par Cuvier, sur les Carinaires et les Firoles, démontrérent que ces Mollusques n’offraient rien, dans leur organisation intérieure, qui jusüufiât le rang que leur avait assigné Lamarck; qu’ils se rapprochaient tout à fait, sous ce rapport, des Gastéropodes; et, qu'ils ne différaient de ceux-ci que par la forme du pied qui, au lieu d’être horizontal, était comprimé verticalement en une sorte de nageoire.

Cependant l'opinion de Lamarck n’est pas aujourd’hui tout à fait abandonnée; il est des zoologistes qui pensent encore que les Hétéropodes ne différent pas moins des Gastéropodes que des Céphalopodes, et qui continuent à en faire une division du même ordre, mais sans donner toutefois aucune preuve nouvelle à l'appui de cette manière de voir (4).

L'on conçoit que Lamarck , qui ne connaissait du groupe des Hétéropodes que les Carinaires et les Firoles , et qui n'avait pu juger de ces Mollusques que par des caractères extérieurs, ait été induit en erreur sur leurs véritables rapports; la position renversée dans laquelle ces animaux avaient été décrits par la

(1) Cantraime, Malacologie méditerranéenne, pag. 35.

plupart des observateurs, a dû contribuer beaucoup aussi à lui faire admettre ces fausses analogies d’après lesquelles les Hétéropodes auraient fait une transition aux Poissons (1). Mais la connaissance que nous avons maintenant de leur organisation intérieure ; l'analogie presque complète que cette organisation offre avec celle des Gastéropodes; enfin, l'interprétation plus exacte que M. de Blainville et Cuvier ont donnée de l'organe locomoteur des Firoles, des Carinaires, etc., en montrant que cet organe n'était encore qu'une modification du pied des Gastéropodes, ne permettent plus aujourd'hui de séparer les Hétéropodes des Mollusques de ce dernier groupe. Du reste, la nature nous a donné, pour ainsi dire elle-même, la démonstration des affinités qui existent entre ces animaux, en ramenant progressivement la forme des Hétéropodes à celle des Gastéropodes ordinaires, chez les Atlantes. Les Mollusques de ce dernier genre sont unis aux Carinaires, aux Firoles, etc., par les rapports les plus intimes, comme nous l'avons vu précédemment ; l’organisation intérieure et les caractères extérieurs sont les mêmes; mais, en même temps , les Atlantes se rapprochent tellement par leur conformation des Gastéropodes pectinibranches, que l’on peut dire qu'elles

(1) L'idée inexacte que l’on s’est faite presque jusqu’à présent des Hétéropodes, en les considérant comme des Mollusques à plusieurs nageoires, nous semble aussi étre une des causes qui ont entraîné Lamarck à voir, dans la conformation de ces animaux, une certaine analogie avec celle des poissons. Nous verrons, par la suite, que les Hétéropodes n’ont réellement qu’une seule nageoire.

HÉTÉROPODES. 335 n'en différent véritablement que par la forme du pied, qui est converti en nageoire dans une portion plus ou moins considérable de son étendue. Cette modification du pied est en rapport avec le genre de vie des Hétéropodes ; destinés à vivre dans les hautes mers, ces Mollusques n'avaient plus besoin d’un pied propre à ramper ; dans les Ptéropodes, qui sont également des Gastéropodes pélagiens , nous avons déjà vu cet organe s'adapter aux mœurs de ces animaux, en formant de chaque côté deux expansions natatoires; ici, le pied a subi une transformation analogue; seulement, au lieu de s'étendre sur les côtés, pour former deux nageoires latérales, il s’est allongé dans le sens vertical, de manière à constituer une seule nageoiïire 1mpaire et médiane; mais, en même temps, il a conservé un vestige de sa forme primitive, dans la ventouse ou l'espèce de duplicature que l'on voit sur le bord de cette nageoire, chez la plupart des Hétéropodes.

La série des Hétéropodes nous offre donc, comme celle des Ptéropodes, un exemple des modifications que les circonstances biologiques peuvent faire éprouver à un type, modifications qui vont quelquefois jusqu'au point de faire méconnaitre presque ce type, lorsqu'on n’a pas, pour ainsi dire, tous les degrés de la transformation qu'il a subie.

A l'exemple de Cuvier et de M. de Blainville , nous considérons donc les Hétéropodes comme des Gastéropodes organisés pour la natation et devant former, par conséquent, une simple division ou un ordre parmi

les Mollusques de cette classe. Quant à la place qu'ils

doivent avoir dans cette même classe, les auteurs qui s'en sont occupés, ont émis des opinions très-opposées à ce sujet.

Cuvier, qui les avait d’abord confondus avec ses Scutibranches, d’après la seule considération de l’analogie qu'il avait cru voir entre la coquille des Carinaires et celle des Cabochons , les a rapprochés plus tard des Gastéropodes tectibranches , c'est-a-dire des Bulles, des Aplysies, etc.; mais, d'après les détails que nous avons donnés sur leur organisation, l’on peut voir que les Hétéropodes différent d'une maniere tranchée des Mollusques de cet ordre, surtout par leurs organes de la génération.

La place que M. de Blainville leur a assignée à la fin de ses Gastéropodes monoïques, à la suite des Tritonies, des Doris, des Phyllidies, etc., est tout aussi peu naturelle, par les raisons que nous venons de donner.

M. Rang, qui avait bien reconnu les rapports des Hétéropodes avec les Pectinibranches, les a cependant éloignés de ces derniers , dans sa classification , et les a mis en tête des Gastéropodes, pour les rapprocher des Ptéropodes auxquels ils ne ressemblent guère cependant que par leur genre de vie et par leurs mœurs.

L'ordre des Pectinibranches est incontestablement celui dont les Hétéropodes se rapprochent le plus, d’après ce que nous avons vu de leur organisation ; c'est donc à côté des Mollusques de cet ordre qu'ils doivent être rangés ; et comme les Pectinibranches méritent, par leur structure compliquée et surtout par leurs sexes séparés, d’être mis avant les autres Gasté-

HÉTÉROPODES. 337

ropodes , ainsi que M. de Blainville l’a fait dans sa classification , les Hétéropodes nous semblent devoir être placés en tête de la classe de ces Mollusques, pour être à la fois dans leurs rapports naturels et au rang que leur assigne leur organisation élevée. Nous nous trouvons ainsi conduits à les classer comme M. Rang, mais, comme on le voit, dans d’autres rapports et d'après d’autres motifs que ceux qui ont guidé ce naturaliste (1).

Les divers genres qui composent le groupe des Hétéropodes forment une série tellement naturelle, qu'on pourrait les réunir dans une seule famille ; cependant, nous croyons quil n y a pas d'inconvénient à les répartir en trois petites familles basées sur ia présence ou l’absence d’une coquille, et sur le développement plus ou moins considérable de cette partie.

La première famille, que nous nommerons famille des Frrores , comprend les genres Firoloïde et Firole qui sont entièrement dépourvus de coquille.

La seconde, ou la famille des CARINAIRES, contient les genres Carimairoïde et Carinaire dont la coquille, pour ainsi dire rudimentaire, ne peut recouvrir qu'une partie de l'animal.

(1) L'opinion que nous émettons ici sur la place qu’il convient d’assigner à l’ordre des Hétéropodes, et que nous avons déjà fait connaître depuis assez longtemps (Comptes rendus de l Académie des sciences, tom. XVII, pag. 674, octobre 1843), avait été adoptée en dernier lieu par M. de Blainville, d’après les renseignements que nous lui avions donnés à ce sujet.

Bonite, — Zool. Tome IT. Partie HI, 22

Enfin la troisième, la famille des ATLANTES , n'est constituée que par les espèces de ce genre, chez lesquelles la coquille ayant acquis tout son développement et étant munie d’un opercule, peut abriter l'ani-

mal tout entier.

Cette division correspond presque à celle que M. Rang a donnée de l’ordre des Nucléobranches, dans son Manuel de l'histoire naturelle des Mollus-

ques (1), si ce n'est que nous subdivisons la famille des Firoripes de M. Rang en deux familles, qui sont

celles des Firozes et des CARINAIRES.

(4) Voir cet ouvrage , page 120.

GENRE FIROLOIDE. — Frroloïda, Lesueur.

Ce genre a été proposé, par M. Lesueur, pour des Mollusques qui ont une très-grande analogie avec les Firoles (1); aussi, la plupart des zoologistes ne l'ont point admis et ont pensé que les Firoloïdes devaient être réunies aux Firoles, ou former seulement une section parmi celles-ci. Nous avions nous-mèême partagé d'abord cette manière de voir; mais une étude plus complète de ces Mollusques nous a fait reconnaître qu'ils présentaient, dans leur organisation, des différences assez tranchées pour mériter d’être conservés en un genre distinct.

Les Firoloïdes diffèrent extérieurement des Firoles par la position du nucléus qui est terminal ou subterminal, cette partie n'étant débordée en arrière que par un petit prolongement du corps de l'animal ; les branchies sont aussi proportionnellement beaucoup plus petites. Ces caractères ont été bien indiqués par M. Lesueur.

Ce naturaliste donne aussi, comme un des caractères du genre Firoloïde, l'absence de tentacules. M. Alcide d'Orbigny, qui a formé des Firoloïdes un sous-genre qu'il désigne sous le nom de Cérophore

(1) Journal of the Acad. of nat. sc. of Philadelphia, vol. I, part. I, pag. 37.

(cerophora), met au contraire, au nombre de ces mêmes caractères, l'existence de deux tentacules longs, coniques , placés latéralement en avant des yeux (1). Ces deux opinions sont également inexactes; quelques Firoloïdes sont en effet munies de deux longs tentacules coniques, comme les Carinaires et les Carinairoides ; mais les autres en sont complétement dépourvues.

La nageoire n'offre jamais, dans les Firoloïdes, la petite ventouse dont elle est munie dans la plupart des Firoles et chez tous les autres Hétéropodes; nous ne l'avons du moins jamais trouvée sur les espèces que nous avons examinées, et nous ne la voyons pas indiquée sur celles qui ont été figurées par MM. Lesueur et d'Orbigny.

Sous le rapport de leur organisation intérieure , les Firoloïdes différent beaucoup des Firoles, comme nous l'avons vu précédemment, par la conformation de leur appareil générateur et par la terminaison de cet appareil dans les deux sexes. Leur système nerveux est aussi moins développé, quoique disposé d’une maniere tout à fait semblable.

Enfin les Firoloïdes se distinguent des Firoles par leur taille généralement beaucoup plus petite, ce qui nous les avait même fait regarder d’abord comme de jeunes Firoles, opinion que paraissent avoir eue aussi de ces Mollusques d’autres naturalistes (2).

(4) Voyage dans l’Amér. mérid. , tom. V, pag. 146 et 151. (2) MM. Quoy et Gaimard ont fait figurer (Zoologie du Voyage

HÉTÉROPODES. 341

Quoique les Firoloiïdes soient peut-être plus communes que les Firoles et que les Carinaires, on n’en a encore signalé qu'un petit nombre d’espèces ; et, parmi ces espèces, toutes ne nous paraissent pas avoir été établies sur des caractères assez tranchés ou assez certains pour qu’on puisse les admettre d’une manière définitive. La forme générale du corps, dans ces Mollusques , la manière dont ce corps se termine en arrière du nucléus, la présence ou l'absence de tentacules qui peuvent être remplacés aussi, à ce qu'il paraît, par des pointes sub-cartilagineuses, comme dans la plupart des Firoles, la position relative de la nageoire plus ou moins loin en arrière de la tête, tels sont les caractères qui nous semblent devoir servir surtout à la distinction de ces espèces.

de l’Astrolabe, pl. 29, fig. 17), sous le titre de Firole (jeune âge), une petite Firole qui, d’après la forme et la disposition du nucléus, nous paraît ètre une Firoloïde.

FIROLOIDE DE DESMAREST.

Firoloida Desmarestia, Lesueur.

Lesueur, Journal of the Acad. of nat. sc. of Philadelphia, tom. I, part. I, pag. 39.

PLANCHE 16, Ficures 1-4.

Firoloida, corpore fusiformi, levigato, posticé appendice tenui termi-

nato; tentaculis nullis; alä natatoriä in medio positä.

Cette Firoloïde a le corps fusiforme, lisse dans toute son étendue, terminé postérieurement, en dessous du nucléus, par un petit prolongement qui se rétrécit en un appendice filiforme plus ou moins long (1). La tête n'offre aucune trace de tentacules en avant des yeux, ni de pointes cartilagineuses entre ces organes. La nageoire est placée au milieu du corps, à égale distance de ses deux extrémités.

La masse buccale et l'intestin sont d’une couleur rosée; le nucléus est brun jaunâtre ; toutes les autres parties sont transparentes.

Dimensions. — Un des individus que nous avons recueillis a près de trois centimètres de longueur; la taille des autres est plus petite.

(1) Cet appendice n’existe pas toujours , comme on le voit sur une de nos figures (pl. 16, fig. 2); son extrême ténuité doit, en

effet, l’exposer à être déchiré avec une très-grande facilité.

HÉTEROPODES. 343

Nous avons recueilli cette espèce dans l'océan Pacifique, à peu de distance des îles Sandwich; nous l'avons trouvée aussi dans l'océan Atlantique, par 8° de latitude nord, et 22° de longitude ouest.

FIROLOIDE DE LESUEUR.

Firoloida Lesueurit, nobis.

Firola Lesueurii, v'OrBiGNy, Voy., tom. V, p.151, pl. 10, fig. 11-12. Firola Gaimardii, v’Or81eny, loc. cit., pag. 153, pl. 10, fig. 13-14.

PLANCHE 16, Fieures 5-7.

Firoloida, corpore fusiformi , levigato, posticè appendice multi-articulaté terminato ; tentaculis duobus magnis, conicis et acutissimis ;

al& natatoriä in medio posità.

La forme du corps de cette espèce est la même que dans l'espèce précédente ; mais l’appendice terminal, au lieu d’être simple, est divisé en plusieurs petits segments qui sont comme articulés entre eux. La tête porte deux longs tentacules semblables à ceux des Carinaires, et situés, comme dans celles-ci, en dedans et en avant des yeux. La nageoire est placée à égale distance de la partie antérieure de la tête et de l’extrémité postérieure du corps.

Les couleurs sont les mémes que dans l'espèce pré-

cédente,

Dimensions. — La taille des individus que nous avons recueillis est d'environ deux centimètres.

Nous avons trouvé cette firoloïde dans les mers du Sud, dans les océans Indien et Atlantique.

Nous avons cru devoir rapporter cette espèce à celle que M. d'Orbigny a décrite sous le nom de Firole de Lesueur (F. Lesueurii), quoique, d'après la figure qu'en a donnée ce naturaliste, cette dernière espèce semble différer beaucoup de la nôtre par le rétrécissement de la partie antérieure ou céphalique; mais cette partie est évidemment rendue d’une maniere inexacte sur la figure de M. d'Orbigny, faite probablement sur un individu contracté par l'alcool. Quant aux autres différences que présenterait l'extrémité postérieure du corps, ce naturaliste nous semble avoir commis l'erreur de prendre pour deux lobes terminaux, les deux appendices que nous avons considérés comme constituant le testicule et la verge (voir la page 313 ); en effet, lorsque le pédicule qui supporte la masse testiculaire est contracté, cette partie se trouve appliquée en dessous du nucléus et forme, avec l’appendice de la verge, deux sortes de lobes entre lesquels se voit le prolongement postérieur du corps.

Nous rapportons également à cette espèce la Firole de Gaimard du même auteur, qui, d'après ce que nous venons de dire et d’après la forme du nucléus,

nous semble n'être que la femelle de la 7°. Lesueurir.

GENRE FIROLE. — Firola, Péron et Lesueur.

Ce genre comprend des Hétéropodes qui ressemblent beaucoup aux Firoloïdes, et sont, comme cellesci, dépourvus de coquille, mais dont le corps se prolonge, en arrière du nucléus, en une sorte de queue comprimée et comme carénée, égale au tiers ou au quart de sa longueur. Cette queue se termine souvent, de même que chez les Firoloïdes, par des appendices diversiformes qui peuvent fournir également de bons caractères spécifiques. Le nucléus, de forme oblongue, est enchâssé dans un repli du manteau qui ne laisse à découvert que sa partie postérieure et supérieure. Les branchies disposées , comme dans les Firoloïdes, autour de ce nucléus, sont beaucoup plus apparentes et représentées par douze ou quinze appendices perfoliés, en forme de lanières triangulaires et tres-allongées. L'anus occupe la même place, à l'extrémité supérieure du nucléus; mais l'appareil générateur se termine d'une manière bien différente, comme nous l’avons déjà vu précédemment, dans les généralités anatomiques que nous avons données sur ces Mollusques ; dans les femelles, l'orifice de l’oviducte se voit vers le milieu du nucléus, du côté droit; chez les mâles, le canal déférent vient aboutir à un appareil copulateur qui se

trouve également au côté droit du corps, entre le nu-

cléus et la nageoire. Celle-ci est munie, dans quelques espèces, d'une petite ventouse placée sur son bord postérieur et inférieur (4).

Toutes les espèces de Firoles décrites jusqu'ici sont complétement dépourvues de tentacules ; mais la plupart de ces espèces présentent en avant des yeux, sur la ligne médiane, des pointes sub-cartilagineuses, variables sous le rapport de leur nombre et de leur disposition, que quelques auteurs considèrent comme des tentacules rudimentaires.

Parmi les caractères assignés au genre Firole, l’on dit généralement que ces Mollusques sont munis d’une ou de plusieurs nageotres ; cette proposition ne nous paraît pas exacte ; dans la plupart des Firoles, le corps se termine postérieurement par une petite dilatation arrondie ou bilobée qui est décrite par presque tous les auteurs comme une nageoire caudale simple ou à deux lobes; mais cette partie ne peut nullement être assimilée à la nageoire ventrale, tant sous le rapport de sa structure que pour ses usages. C’est la fausse analogie que l’on a ainsi établie entre de simples expansions de la peau et les véritables organes locomo-

(1) D’après M. Philippi, cette ventouse n’existerait que chez les mâles et formerait par conséquent un caractère sexuel (Ærum. Moll. sicil., tom. II, pag. 204); mais nous croyons cette observation inexacte, car sur les espèces qui ont été figurées par M. Lesueur, dans son mémoire sur ces Mollusques, l’on voit des individus pour vus de lappareil copulateur qui caractérise les mâles n’avoir pas de ventouse à la nageoire , et d’autres individus, qui ont au contraire une ventouse, être dépourvus de cet appareil copulateur et

offrir par conséquent les caractères des femelles.

HÉTÉROPODES. 347 teurs, qui a surtout fait méconnaître les rapports naturels de ces Mollusques, jusqu'au point de les faire rapprocher des Poissons.

La surface de la peau, dans les Firoles, est lisse ou parsemée de petits tubercules colorés, disposés d’une manière variable ; elle présente aussi quelquefois de petites aspérités, et c'est par conséquent à tort que M. Rang a indiqué ce caractère comme propre aux Carinaires (1); cependant nous devons dire que ces aspérités de la peau sont constantes et toujours beaucoup plus prononcées dans ces derniers Mollusques.

M. d’Orbigny a proposé, pour le genre Firole, une division en trois sous-genres, d’après le plus ou moins de développement de la partie céphalique (2).

Un de ces sous-genres renferme les Firoles proprement dites.

Un autre , sous le nom de Cérophore (Cerophora), répond aux espèces du genre Firoloïde qui sont pourvues de tentacules.

Enfin, dans le troisième, que M. d'Orbigny désigne sous le nom d'AÆnops, ce naturaliste a placé des arimaux qui, semblables aux Firoles, en différeraient par l'absence de toute la partie céphalique , et n’auraient plus de tentacules, plus d’yeux, plus de trompe buccale, etc.

Cette classification nous parait tout à fait inadmissible. Les Firoloïdes qui ont des tentacules ne peuvent

(1) Manuel de l'histoire naturelle des Mollusques, pag. 121

(2) Voyage dans l’'Amér. mérid., tom. V, pag. 148 et 149. JE 2 £

être séparées, d’après ce caractère peu important, de celles qui en sont dépourvues, et, du reste, ces Mollusques doivent former un genre distinct des Firoles, comme nous l'avons vu précédemment. Quant au sous-genre 4n0ps, nous croyons encore bien moins qu'il puisse être admis par les zoologistes, cette division ayant été établie bien évidemment sur des animaux mutilés. M, d'Orbigny dit avoir reconnu que les caractères singuliers qu’il assigne à ses Anops n’étaient pas le résultat d’une mutilation , ayant vu plusieurs de ces Mollusques vivant et nageant ; mais tous les naturalistes qui ont recueilli des Firoles et des Carinaires , savent que l’on rencontre souvent de ces Mollusques encore vivants, quoique dans un état de mutilation presque complet ; ainsi, nous avons vu nousmême une carinaire qui avait toute la partie céphalique et le nucléus enlevés, exécuter encore des mouvements dans le vase où nous l’avions déposée. Enfin, lon peut dire même que si les Mollusques dont M. d'Orbigny a fait son sous-genre Anops, n'étaient pas des animaux mutilés, ils devraient former, d’après des différences d'organisation aussi tranchées, non pas seulement un sous-genre, mais au moins un genre et même une famille.

On a décrit un assez grand nombre de Firoles; mais la plupart de ces espèces ont été établies d’après des individus mutilés, ou sur des caractères trop peu importants, ou enfin d’après d’autres que l’on sait aujourd’hui être seulement des caractères de sexe. C’est ainsi que M. Lesueur, dans les espèces qu'il a fait con-

HÉTÉROPODES. 349 naître , les distingue surtout d'apres la présence ou l'absence de l'appareil copulateur. La forme générale du corps, les appendices qui le terminent postérieurement, l’état lisse ou tuberculeux de la peau, le nombre et la disposition variables des pointes cartilagineuses qui occupent le sommet de la tête, la présence ou l’absence d’une ventouse sur le bord de la nageoire , tels sont encore les caractères qui nous paraissent pouvoir servir à la distinction des espèces de ce genre.

FIROLE DE KÉRAUDREN.

Firola Keraudrenii, nobis.

PLancHe 16, Ficures 8-10.

Firola, corpore scabriusculo, posticé acuminato et appendice fili- Jormi terminato ; capite suprà levigato; al& natatoriä acetabulo

non instructé.

Cette Firole a toute la partie du corps, qui est en avant du nucléus, recouverte de petites aspérités trèsclair-semées qui en rendent la surface légèrement rugueuse; la partie postérieure ou caudale est assez courte, moins large que le corps proprement dit, et terminée par un long appendice tres-gréle; cet appendice est simple et non moniliforme comme dans la plupart des autres espèces de ce genre. La tête est lisse en dessus et ne présente aucune trace de pointes car-

tilagineuses. La nageoire est dépourvue de ventouse à son bord.

La masse buccale et le canal intestinal sont de couleur rosée; le foie est violacé et l'ovaire d’un brun Jaunûtre; toutes les autres parties sont transparentes.

Dimensions. — La longueur de cette Firole est de cinq centimètres environ.

Cette espèce nous a paru différer d’une maniere assez tranchée, par l’ensemble de ses caractères, de toutes celles qui ont été décrites. Nous l'avons recueillie dans l'océan Atlantique par 2° de latitude sud, et par 17° de longitude ouest.

HÉTÉROPODES. 351

GENRE CARINAIROIDE. — Carinairorda, nobis.

Les Mollusques que nous placons dans ce genre avaient été rangés d’abord parmiles Firoles; M. d'Orbigny, le premier, les en a séparés d'apres la disposition différente du nucléus qui est pédonculé, comme dans les Carinaires , et d’après le développement plus considérable de la partie céphalique qui est aussi munie de deux longs tentacules, comme dans les espèces de ce dernier genre (1). Mais les Carinairoïdes diffèrent surtout des Firoles par la présence d’une petite coquille située à la partie postérieure ou inférieure du nucléus et dont nous avons, les premiers, signalé l'existence dans ces Mollusques (2).

D'après cela, les Carinairoïdes se rapprochent beaucoup des Carinaires dont elles semblent même offrir tous les caractères; elles s'en distinguent cependant par des modifications, dans ces mêmes caractères, qui ne permettent pas de réunir ces Mollusques dans un même genre. Ainsi, la coquille des Carinairoïdes n’est, pour ainsi dire, que rudimentaire et ne contient qu'une très-petite partie du foie, tandis que celle des Carinaires recouvre tous les viscères qui constituent le nucléus; dans les Carinaires, le pédoncule qui supporte ce nucléus est dorsal, au lieu que, chez les Carinai-

(4) Voyage dans l’Amér. mérid., tom. V, pag. 154. (2) Revue zoologique, 1840, pag. 233.

roïdes, il est terminal et résulte d’une sorte de bifurcation de la partie postérieure du corps, dans ces Mollusques; enfin, d'après les espèces qui nous sont connues, le manteau ne présenterait pas, chez les Carinairoides, les aspérités dont il est toujours recouvert dans les Carinaires. Ces particularités nous ont paru suffisantes pour justifier l’établissement de ce petit genre, dans un groupe aussi naturel que celui des Hétéropodes et qui offre, par suite, une grande analogie entre les divers genres qui le constituent. Les Carinairoides se placent immédiatement après les Firoles et forment une transition des plus naturelles aux Carinaires ; c'est d’après cela que nous avons cru devoir, un peu contrairement aux régles de la nomenclature, substituer à la dénomination de Cardiapodes sous laquelle M. d'Orbigny a proposé de désigner ces Mollusques, celle de Carinairoïdes qui nous a semblé mieux exprimer leurs analogies et leurs rapports.

Les branchies, chez les Carinairoïdes, sont disposées un peu différemment sur le nucléus, dans les deux espèces que nous connaissons de ce genre. L’orifice de l'anus, celui de l'oviducte chez les femelles , l'appareil copulateur chez les mâles, sont situés de la même manière que dans les Carinaires , ainsi que nous l'avons vu précédemment ; la nageoire est munie d’une ventouse qui est aussi tout à fait semblable à celle de ces derniers Mollusques, mais un peu moins grande.

Le genre Carinairoïde ne renferme encore que les

deux espèces suivantes.

ne

HÉTEROPODES. 353

CARINAIROIDE PLACENTA.

Carinairoida placenta, nobis.

Pterotrachea placenta , Lesson , Voy. de la Coquille, tom. IT, pag. 253, pl. 3, fig. 2.

Cardiapoda pedunculata, »’Orrieny, Voy. dans l’Amér. mérid. , tom. V, pag. 156, pl. 11, fig. 5.

PLANCHE 17, Fiqures 1-10.

Carinairoida, corpore posticé gracili, acuminato et dilatatione mem-

branace& terminato ; branchiis circà nucleum positis.

Testa vitrea, sub-discoidea, spiralis, latèé umbilicata, fragilissima , pellucida, tenuissimé striata ; Spirä convexo-depressä; anfractibus quaternis, convexis ; aperturd transversali, triangulari, symetricé ; peristomate continuo, acuto, reflexo, anticè lateraliter triangu-

lari-alato, posticé supra spiram deverso.

Dans cette espèce , l'extrémité postérieure ou caudale du corps est assez gréle, acuminée et terminée par une expansion membraneuse déchiquetée sur le bord. La ventouse de la nageoire est très-petite. Les branchies occupent, en arrière et en dessus, tout le pourtour du nucléus ; les lames branchiaies qui avoisinent la coquille sont très-petites; celles qui viennent ensuite sont de plus en plus grandes ; toutes ces lames, de forme triangulaire, sont disposées transversale ment, comme l’indiquent les figures que nous en don-

nons (pl. 17, fig. 4 et 5) (1).

(1) La direction de ces lames branchiales n’est pas tout à fait

Bonite. — Zool. Tome IT. Partie II. 23

La coquiile, qui a dans son ensemble une forme triangulaire, est sub-discoide, spirale, largement ombiliquée, transparente , très-fragile, marquée de stries transversales très-fines. La spire est convexe-déprimée et munie de quatre tours. L'ouverture est transversale, triangulaire, symétrique ; le péristome, continu et tranchant, se réfléchit en dehors et forme antérieurement , sur les côtés, deux expansions triangulaires; en arrière, il se renverse sur la spire, de manière à embrasser sa moitié inférieure (pl. 47, hp. 1,8et9).

L'animal est presque entièrement transparent; la masse buccale, le tube digestif, les branchies sont d’une couleur rosée; la nageoire offre une teinte semblable, apparente surtout à son point d'attache et à la ventouse ; le foie et l'expansion membraneuse terminale sont d’une coloration violacée foncée.

Dimensions. — L'animal a environ trente-cinq millimètres de longueur. — Les dimensions de la coquille sont à peine de deux millimètres.

Cette espèce a été décrite, pour la première fois, par M. Lesson, qui l'avait recueillie dans les mers de la Nouvelle-Guinée; la description et la figure que ce naturaliste en a données sont incomplètes sous plusieurs rapports. M. d’Orbigny, qui l’a aussi rencontrée dans son voyage , en a fait à tort une espèce

transversale mais un peu oblique, disposition qui a été exagérée sur une de nos figures (pl. 22, fig. 45), pour montrer les feuillets qui se trouvent sur chacune des faces de ces mêmes lames.

HÉTÉROPODES. 355

différente. Nous en avons recueilli un jeune individu dans l'océan Pacifique, à peu de distance des iles Sandwich, et deux individus adultes dans l'océan Atlantique, par 2 de latitude nord, et 19° de longitude ouest.

CARINAIROIDE CAUDINE.

Carinairoida caudina, nobis.

Firola caudina, Rance, Magasin de zoologie, cl. 5, 1832, pl. 3. Cardiapoda carinata, »’Orsieny, loc, cit., pag. 157, pl.11, fig. 3-4.

PLancxe 16, Ficures 11-18.

Carinairoida | corpore posticè acuminato , maculà nigrä, oblongé et rugosé infrà notato, dilatatione membranaceä terminato ; branchiis

in nucleo anticé positis.

Testa vitrea, pellucida, spiralis, tenuissima, carinata ; spirà ?

Cette espèce diffère de la précédente par les caractères suivants : le pédoncule nucléal est plus court; la partie caudale est plus grosse et marquée inférieure ment d’une tache noirâtre, oblongue et rugueuse, si mulant une sorte de crevasse; cette partie se prolonge également en un appendice très-grêle qui se termine par une petite expansion membraneuse, à bord déchiqueté; la ventouse de la nageoiïire est beaucoup plus grande. Mais cette Carinairoïde se distingue surtout de la Carinairoïde placenta par ses branchies qui sont

beaucoup moins nombreuses et qui occupent seulement la partie antérieure et supérieure du nucléus.

Nous n'avons pu voir que très-incomplétement la coquille de cette espèce, qui était en partie brisée sur l'individu que nous avons examiné; elle nous à paru ressembler beaucoup à celle de l'espèce précédente, si ce n’est pourtant que nous avons reconnu un reste de carène sur le dernier tour, ce qui la rapprocherait davantage de la coquille des Carinaires et des Atlantes (pl. 46, fig. 16-17).

Les couleurs de cette Carinairoïde sont les mêmes que celles de l'espèce précédemment décrite.

Dimensions. — Sa taille est aussi à peu près la même. La coquille paraît avoir également les mêmes dimensions.

Il nous paraît incontestable que cette espèce est la même que celles qui ont été décrites par MM. Rang et d'Orbigny, sous les noms de Firola caudina et de Cardiopoda carinata, malgré les différences que cellesci semblent présenter, d’après les figures qu'en ont données ces naturalistes. — Nous n’en avons rapporté qu'un seul individu adulte, qui a été recueilli par M. Gaudichaud dans l'océan Atlantique. Nous en avons recueilli aussi un jeune individu , dans l'océan Pacifique, sur lequel nous avons trouvé la tache qui est située sous le prolongement caudal, remplacée par une sorte de disque de matière noirâtre, adhérent par son centre et libre à sa circonférence (pl. 16, fig. 14).

HÉTÉROPODES. 357

GENRE CARINAIRE, — Carinaria, Lamarck.

Nous n’avons que peu d'observations à présenter sur ce genre aujourd’hui bien connu et caractérisé surtout par sa coquille.

Nous avons déjà indiqué les différences qui distinguent les Carinaires des Carinairoïdes; nous ajouterons que, dans les Carinaires, la nageoire est plus charnue et composée de couches musculaires plus épaisses; la ventouse est aussi toujours plus grande. M. D'Orbigny a encore indiqué, comme un caractère propre aux Carinaires, la forme de la partie céphalique qui présenterait deux rétrécissements successifs, l'un situé en avant des yeux et l’autre à l'extrémité de cette partie : mais le premier de ces rétrécissements n'est pas constant, car il n'existe pas sur une espèce nouvelle que nous faisons connaître; le second ne peut être considéré également comme un caractère fixe, puisqu'il est déterminé par le développement au dehors de la masse buccale que l'animal peut faire sortir ou rentrer à volonté.

La partie postérieure du corps est bordée supérieurement et inférieurement , dans ces Mollusques, par des replis de la peau qui ont été généralement considérés et décrits comme de petites nageoires caudales; mais ici encore, d’après ce que nous avons dit précédemment, une semblable assimilation nous paraît tout

à fait inexacte.

Les Carinaires sont les plus grands de tous les Hétéropodes; d’après les dimensions qu'offre la coquille de certaines espèces, celles de l’animal doivent être quelquefois considérables, relativement du moins à la taille des autres Mollusques du même groupe.

Ce genre se compose aujourd’hui d’un assez grand nombre d'espèces, mais qui n’ont été caractérisées, la plupart, que d’une manière insuffisante ; la distinction de ces espèces nous semble pouvoir être établie surtout d’après les caractères de la coquille.

HÉTÉROPODES. 359

CARINAIRE DE GAUDICHAUD.

Carinaria Gaudichaudii, nobis.

PLancxe 17, Ficures 19-22.

Carinaria, testä pileiformi, lateraliter compressé, laté carinatà, umbilicatä, transversaliter sulcatä, translucidä; spirâ minimd , depressä, anfractibus quaternis munité ; anfractu ultimo maximo,

anticé carinà latä instructo; apertur& oblongä ; peristomate con-

tinuo et acuto.

Cette espèce nous paraît différer d’une manière très-tranchée de toutes celles qui ont été décrites, autant par la forme de la coquille que par les caractères de l'animal.

La coquille est très-élevée, en forme de bonnet phrygien, comprimée latéralement et marquée de sillons transverses comme dans les autres espèces, trèsfragile et d’une grande transparence; son sommet représente une petite coquille discoïde munie de trois tours, faisant une légère saillie à droite et ombiliquée du côté gauche; le dernier tour, qui forme presque toute la coquille, est muni antérieurement d’une trèslarge carène qui se rétrécit progressivement vers sa parte supérieure et qui se termine au sommet.

L'animal se rapproche beaucoup des Carinairoides par la disposition du pédoncule nucléal qui est situé plus en arrière que dans les autres espèces, et par le développement moins considérable de son extrémité

postérieure ou caudale ; sa surface est recouverte, dans toute l'étendue du corps, de petites éminences ou aspérités, comme dans les autres Carinaires. Ses couleurs sont les mêmes que dans les espèces du genre Carinairoide précédemment décrites.

Dimensions. — La longueur de l'animal est de vingtcinq millimètres environ. — La hauteur de la coquille est de six millimètres; sa largeur ( à la base, et sans comprendre la carène ) de cinq millimètres ; son épaisseur, de trois millimètres.

Cette Carinaire a été recueillie par M. Gaudichaud, dans les mers de la Chine, par 19° de latitude nord, et 120° de longitude est.

HÉTÉROPODES. 361

GENRE ATLANTE, — Atlanta, Lesueur.

Les Atlantes, dont la découverte remonte à l'expédition de Lapérouse, qui ont été ainsi dénommées par M. Lesueur, mais dont M. Rang, le premier, a fait connaître les véritables caractères, complètent la série des Hétéropodes et rattachent ces Mollusques aux Gastéropodes dont elles offrent, comme nous l'avons vu précédemment, toute la conformation.

Les Atlantes ne différent pas autant des Carinaires qu'on pourrait le croire au premier abord; on peut même s’en faire une idée très-juste en se les représentant comme des Carinaires dont le corps, tout en conservant sa forme, aurait été réduit dans ses proportions, et dont la coquille aurait pris en même temps un développement assez grand pour que l'animal pût y rentrer tout entier. La cavité branchiale dont elles sont pourvues, la terminaison un peu différente de l'intestin et de l’oviducte dans cette cavité, ne sont évidemment que le résultat de ce développement de la coquille, qui a entrainé un développement analogue dans la partie correspondante du manteau. Enfin, la possibilité, pour les Atlantes, de s'abriter complétement dans leur coquille, explique encore la présence, dans ces Mollusques, d’un opercule disposé tout à fait comme dans les Gastéropodes à coquille

turbinée.

On peut donc considérer le genre Atlante comme celui dans lequel le type des Hétéropodes a subi toutes les modifications par lesquelles ces Mollusques se lient graduellement aux Gastéropodes, et, par conséquent, comme celui qui nous montre le mieux leurs affinités.

M. d’Orbigny a encore divisé ce genre en trois sousgenres :

Le premier de ces sous-genres, désigné sous le nom d’AHelicophlegma , renferme des espèces qui différent en effet d’une manière assez tranchée des autres, par la structure et la forme de la coquille, et même par les caractères de l'animal. M. Cantraine a été encore plus loin que M. «d'Orbigny, en faisant de l’espèce qui sert de type à cette division, l’4t/ante de Kéraudren (4. Keraudrenii), un genre distinct sous le nom de Ladas (1). Les espèces pour lesquelles M. d'Orbigny a proposé son sous-genre Aelicophlesma nous paraissent devoir former une simple section dans le genre Atlante, car nous allons faire connaître une espèce, l’Atlante de Lamanon (4. Lamanonti), qui se rapproche à la fois, par ses caractères, des espèces de ce sous-genre et des Atlantes proprement dites, établissant ainsi une transition entre les premieres et

les secondes.

(4) Malacologie méditerranéenne , pag. 37. — Cet auteur nous semble avoir beaucoup exagéré la puissance locomotrice de ces animaux, en disant qu’ils sont les plus agiles des Mollusques, sans méme en excepter la plupart des Céphalopodes , et que leur organe locomoteur n'a point son pareil en force dans le reste des Céphalés.

HÉTÉROPODES. 363

Le second sous-genre de M. d’Orbigny contient les Atlantes proprement dites.

Enfin, dans son troisième sous-genre, qu'il nomme Héliconoides , ce naturaliste a placé des espèces qui ne font plus partie du genre Atlante, mais qui appartiennent, comme nous l'avons déjà vu, à notre genre Spiriale du groupe des Ptéropodes.

Les Atlantes sont très-communes dans toutes les mers, et c’est seulement de ces Hétéropodes qu'on peut dire qu'ils fourmillent dans celles de ces mers qui appartiennent aux régicns chaudes et tempérées. Nous en avons distingué un assez grand nombre d’espèces, surtout d’après les caractères de la coquille.

ATLANTE DE KEÉRAUDREN.

Atlanta Keraudrenit, Lesueur.

Lesueur, Journal de Physique, tom. LXXXV, pag. 381. Ranc, Mémoires de la Soc. d’hist. nat., tom. IE, pag. 388, pl. 9, fig. 4-6.

Ladas Keraudrenii, CANTRAINE. — Malacol. méditerr., pag. 38, pl: 1;h522}

PLANCHE 18, Ficures 1-17.

Testa vitreo-membranacea, sub-orbicularis, symetrica, involuta, utrinqué umbilicata, laté carinata, tenuissima, translucida ; anfractibus ternis, convexis, levigatis, in utroque umbilico persptcuis ; ultimo suprà carinä latä prædito, infernè sub-carinato ; aperturä magnä, cordiformi, anticè canaliculatä; peristomate

sinuoso ét acuto.

Operculum vitreum, subtriangulare, tenue, pellucidum, striatum .

La coquille de cette Atlante est cartilagino-membraneuse, dans la plus grande partie du dernier tour, et vitrée dans le reste de son étendue. Elle est sub-orbiculaire, symétrique, involute ou enroulée verticalement sur le même plan comme la coquille des Nautiles, également ombiliquée de chaque côté, largement carénée, très-mince, transparente , marquée de stries d’accroissement transversales. Les tours, au nombre de trois, sont convexes, lisses, visibles de chaque côté dans l’ombilic; le dernier tour, beaucoup plus grand que les autres, est muni d’une carène cartilagineuse

mince , très-large en dessus , se rétrécissant brusquement en arrière et se prolongeant Jusqu'à l'ouverture, en formant une saillie à peme marquée (41). ouverture est grande, cordiforme, modifiée par l'avant dernier tour de la spire, à bords légèrement sinueux et tranchants; elle se continue en avant avec un canal creusé sur le bord antérieur de la carène. — Dans le jeune âge , cette coquille est globuleuse , entièrement vitrée, enroulée un peu obliquement du côté droit, et marquée de lignes longitudinales, fines et rapprochées (fig. 10, 11, 12, 13).

L'opercule est vitré, subtriangulaire, mince, transparent et marqué de stries transversales d’accroissement.

L'animal a le mufle assez gros, allongé, légèrement renflé à sa partie moyenne; la tête est bombée en dessus et en avant des yeux, ce qui la fait paraître

(4) Cette carène n’est pas formée de deux lames convergentes, laissant entre elles un espace qui communiquerait avec l’intérieur de la coquille, comme l’ont avancé quelques auteurs ; elle n’est constituée que par une seule lame qui ne présente aucune fissure intérieurement. La partie inférieure ou rétrécie de cette carène offre seulement, à l'extérieur, une petite rainure médiane qui n’est pas bien indiquée sur notre figure et qui la fait paraitre comme double; cette dernière portion de la carène se continue, sur les côtés, avec une couche cartilagineuse très-mince qui recouvre dans ce point la partie crétacée de la coquille et qui s’arrête brusquement à peu de distance de la base de l'ouverture. Ces détails ne peuvent étre bien vus que sur des individus frais, et s’altèrent toujours plus ou moins sur les coquilles conservées dans l'alcool.

beaucoup plus grosse que le mufle; les yeux sont grands, séparés sur la ligne médiane et dirigés en dehors (fig. 7); en avant de ces organes et sur les côtés du mufle, se voient les tentacules qui sont courts, orèles et terminés en pointe mousse. La nageoire est de grandeur médiocre, de forme subquadrangulaire ; la ventouse est au contraire trés-grande et presque aussi large que la nageoire; l'expansion foliacée, qui termine la partie de l'animal sur laquelle se fixe l’opercule, est assez développée. Nous avons déjà dit que le bord du manteau présentait en avant un prolongement canaliculé, analogue à celui des Mollusques siphonobranches.

Les viscères qui remplissent les premiers tours de la coquille, sont d’une couleur violacée très-foncée ; les autres parties de l'animal présentent la même coloration, mais beaucoup plus affaiblie, surtout en dessus de la tête et vers les bords supérieur et antérieur de la nageoire.

Dimensions de la coquille : (1)

millimètres.

Longueur (d'avant en arrière, y compris la carène). 12

Hauteur (en y comprenant également la carene).... 10 Largeur ou épaisseur (à l’ouverture)............ à)

Nous avons trouvé cette espèce dans les océans Indien et Atlantique ; mais elle ne paraît pas très-com-

(4) Pour l’évaluation des dimensions de la coquille, comme pour sa description, nous la supposons placée sur lanimal, celui-ci étant dans sa position normale, comme le représente la figure 2 de la planche 18, la tête tournée en avant.

HÉTÉROPODES. 367

mune, car nous n'en avons recueilli qu'un assez petit nombre d'individus (1). Un seul nous a présenté les dimensions que nous venons de donner; la plupart ont seulement de huit à dix millimètres de longueur et de six à huit millimètres de hauteur, l'épaisseur se trouvant aussi diminuée dans les mêmes proportions ; enfin, il en est dont la taille est encore plus petite. Ces différences tiennent sans doute à l’âge des individus.

On rapporte généralement cette espèce à M. Lesueur; mais nous croyons, comme M. d'Orbigny en a déjà fait la remarque, que l’Atlante désignée par ce naturaliste sous le nom d’Atlante de Kéraudren est une espèce différente de celle que nous venons de décrire; celle-ci se distingue en effet de l’Atlante de Péron par des caractères trop tranchés, pour qu'un observateur aussi attentif et aussi exact que M. Lesueur se fût borné à indiquer pour toute différence , entre les coquilles de ces deux espèces, la cessation de la carene dans l'intervalle des deux derniers tours. Il nous paraît donc très-probable que c'est M. Rang qui, le premier, a observé et décrit l’Atlante désignée aujourd'hui sous le nom d’Atlante de Kéraudren; mais les figures que ce naturaliste en a données, dans son Wemotre sur le genre Atlante d’abord, et plus tard dans le Magasin de zoologie de l'année 1832, ne sont pas

(1) L’on sait qu’elle se trouve aussi dans la Méditerranée ; M. Vérany nous a communiqué des individus recueillis par lui dans les environs de Nice, et qui sont en tout semblables , par la forme ei les dimensions, à ceux que nous avons rapportés.

complétement exactes, tant pour les caracteres de l'animal que pour ceux de la coquille. M. d'Orbigny a fait représenter depuis cette espèce dans la partie zoologique de son voyage (1), mais d’une manière inexacte aussi pour l'animal, ce que cet auteur a reconnu lui-même en donnant une figure supplémentaire dans laquelle les parties extérieures de cet animal sont indiquées plus exactement, mais dans un état de contraction qui ne permet pas de bien apprécier la forme de quelques-unes de ces parties. Enfin, plus récemment, M. Cantraine a encore publié, dans sa Halacologie méditerranéenne, une figure de l’Atlante de Kéraudren qui, quoique assez incomplète, nous paraît cependant se rapprocher un peu plus des véritables caractères de cette espèce, que celles que nous venons de citer (2).

(1) Voyage dans l’Amér. mérid., tom. V, pag. 169, fig. 16-23, et pl. 20, fig. 3, 4.

(2) Nous devons dire aussi que l’espèce désignée par MM. Quoy et Gaymard, dans la Zoologie du Voyage de l’Astrolabe (pl. 29, fig. 18-23), sous le nom d’ {tante de Kéraudren, diffère beaucoup de celle-ci, tant pour les caractères de l’animal que pour ceux de la coquille.

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