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ATLANTE BRUNE

Atlanta fusca, nobis.

PLANCHE 21, Fiqures 15-29.

Atlanta , testä vitre, discoideä, latè carinatd, tenuissimä , pellucidi, pallidé fulvé vel rose ; spirä minimd, exsertiuscul&, conic& ; anfractibus quinis vel senis, convexis ; ultimo carinalo ; aperturà ovato-subacutä , posticè reflexiusculä, anticè leviter emarginatà ; peristomate tenui, acuto.

Operculum vitreum, sub=-triangulare ; tenue, pellucidum , paucispi-

ralum.

La coquille de cette espèce est discoide , transparente comme dans les autres espèces, mais légèrement colorée de jaune fauve ou de rose pâle. La spire, composée de cinq à six tours, forme une petite saillie conique du côté droit ; le dernier tour, assez renflé, est muni d’une large carène qui se prolonge jusqu’à l'ouverture. Celle-ci est ovale-aiguë, très-peu échancrée à sa partie antérieure; ses bords sont tranchants, un peu réfléchis et réunis à leur partie postérieure. — L’opercule est de forme subtriangulaire et semblable, pour les autres caractères, à celui des espèces précédentes.

L'animal a le mufle assez grand et un peu recourbé; les yeux sont de grandeur médiocre ; les tentacules allongés et obtus à leur extrémité. — Cet animal est d’une couleur brune foncée ; l'extrémité de la nageoire

et l'expansion foliacée sous-cperculaire, sont les seules parties qui ne soient pas colorées (fig. 22). Dimensions. — Cette espèce n’a guere plus de deux millimètres de longueur.

Elle paraît se trouver dans toutes les mers; c’est l'espèce qui nous a paru la plus commune, après l’4tlante de Péron.

Nous avons fait représenter (fig. 15-21) une variété de cette espèce, qui se distingue par des dimensions un peu plus grandes, par le prolongement de la carène dans l'intervalle des deux derniers tours, par l’échancrure moins profonde de l'ouverture et par la coloration de l'animal qui n’est pas aussi foncée, si ce n’est à la nageoiïre. C’est dans cette variété que la coquille présente ordinairement une légère teinte fauve; dans les autres individus, cette teinte est rosée.

Nous avons fait représenter aussi (fig. 28 ) une petite Atlante qui nous a paru être le jeune individu de cette espèce.

ATLANTE TURRICULÉE.

Atlanta turriculata, d'Orbigny.

Voyage dans l'Amériq. mérid., tom. V, pag. 173, pl. XX, fig. 5-11.

PLANCHE 21, FiGures 30-35.

Atlanta, testé vitred, discoided, late carinatä, tenuissimdä, pellucidä ; spird minim&, exsertà, turriculatä; anfractibus quinis, convexiusculis; ultimo carinato; aperturä ovato-subacutä, posticé

reflexiusculé, anticé leviter emarginatä; peristomate tenut, acuto.

Operculum OLÉrEU , sub-ovatum » tenue, pellucidum , paucispiratum.

La coquille de cette espèce ressemble beaucoup à celle de l’AÆtlante brune (A.fusca) par sa forme et par la plupart de ses caractères; mais elle s'en distingue d’une manière tranchée par sa spire saillante et turriculée ; c’est même, jusqu’à présent, la seule espèce du genre Atlante dont la spire présente cette forme remarquable.

L'animal est aussi presque entièrement semblable à celui de l’espèce précédente; le mufle est seulement un peu moins long et la nageoire moins grande. Il en diffère également par les couleurs, comme le montre la figure que nous en donnons.

Dimensions. — Cette espèce a les mêmes dimensions que la précédente.

Nous l'avons trouvée assez commune dans l'océan Pacifique et dans les mers de l'Inde. M. d'Orbigny, qui a le premier décrit cette atlante, dit l'avoir recueillie dans l'océan Pacifique.

NUDIBRANCHES. 393

NUDIBRANCHES. — Cuvier.

L'ordre des Nudibranches, qui ne se composait, il n'y a pas longtemps encore, que d’un assez pett nombre de genres et d'espèces, est devenu aujourd'hui un des plus riches de la classe des Gastéropodes, nonseulement par le nombre, mais encore par la diversité des animaux qui le constituent.

L'organisation de ces Mollusques, à laquelle Cuvier a consacré, comme on le sait, quelques-uns de ses plus beaux mémoires, a été aussi, tout récemment, l'objet de nouvelles et nombreuses recherches. Des particularités anatomiques fort remarquables ont été signalées dans certains Nudibranches, et, de tous les groupes qui composent l’embranchement des Malacozoaires, il n’en est peut-être pas dont la structure soit actuellement aussi bien connue et offre autant d'intérêt pour l'anatomie et la physiologie comparées.

Parmi les faits qui ont été récemment mis au Jour, se trouve surtout la disposition singulière qu'affecte le foie dans un certain nombre de ces Gastéropodes. Chez les Éolides et dans les autres genres qui appartiennent à la même famille, cet organe ne forme plus une masse compacte, logée avec les autres viscères dans la cavité abdominale; mais il est représenté par

des cœcums qui naissent de l'estomac, se ramifient quelquefois à la manière de vaisseaux, et vont se terminer dans les appendices extérieurs qui constituent les organes respiratoires. Les observateurs qui les premiers, en France du moins, ont vu ces cœcums ramifiés partant de la poche stomacale, les avaient pris pour des canaux gastro-vasculaires analogues aux canaux gastro-vasculaires des Méduses, et, de l’analogie de disposition concluant à une analogie de fonctions, ils avaient été conduits à considérer ces Mollusques comme des animaux chez lesquels le tube digestif servait à la fois pour la digestion, la circulation et la respiration, ainsi que cela a lieu dans les animaux rayonnés que nous venons de citer; contrairement à toutes les notions acquises sur l’organisation des Mollusques et à toutes les idées de rapports généralement admises entre les caractères extérieurs des animaux et leur structure intérieure, ces Nudibranches auraient donc présenté le fait étrange d’être des Mollusques Gastéropodes par leur forme extérieure, et des Zoophytes, voisins des Méduses, par leur organisation interne (1).

(1) Mixe-Evwarps, Sur l'existence d’un appareil gastro-vasculaire chez la Calliopée de Risso, Mollusque de la famille des Éolidiens, Ann. des se. nat., 1849, tom. XVIII de la 2° série, pag. 330.

DE Quarreraces, Sur quelques faits relatifs à l’histoire des animaux invertébrés, Comptes rendus de lAcad. des se. de Paris, séance du 24 octobre 1842, tom. XV, pag. 798. — Mémoire sur PÉolidine paradoxale, Ann. des sc. nat., 1843, tom. XIX de la 2° série, pag. 274, — Mémoire sur les Gastéropodes phlébentérés, Ann. des se. nat., 184%, tom. I de la 3° série, pag. 129. — Lettre

NUDIBRANCHES. 395 Ces idées, émises d’après des observations très-incomplètes et pour étayer des théories préconcues sur la dégradation animale, ne méritaient peut-être pas l'attention qui leur a été accordée, et encore bien moins la faveur avec laquelle elles ont été accueillies un instant dans la science (1); dans une série de communications adressées à l’Académie des sciences, nous avons fait voir qu’elles ne reposaient que sur des faits inexacts ou mal interprétés (2); et les zoologistes qui, en France ou à l'étranger, se sont aussi occupés de l'étude de ces Mollusques, sont arrivés à des résultats semblables à ceux que nous venons d’énoncer (3).

sur les Mollusques gastéropodes phlébentérés, Comptes rendus de l’Acad. des sc. de Paris, juillet 1844, tom. XIX, pag. 190.

(1) Mrxe-Enwaros, Rapport sur une série de mémoires de M. À. de Quatrefages, Comptes rendus de l’ Acad. des sc., 15 janvier 4844, tom. XVIII, pag. 67.

(2) Souzeyer, Observations sur les Mollusques gastéropodes désignés sous le nom de Phlébentérés par M. de Quatrefages, Comptes rendus de l’Acad. des sc., août 1844, tom. XIX, pag. 355. — Observations anatomiques et physiologiques sur les genres Actcon, Éolide, Vénilie, Calliopée, Tergipe, etc., même recueil, janvier 1845, tom. XX, pag. 73. — Réponse à une note de M. de Quatrefages, même recueil, janvier 1845, tom. XX, pag. 238. — Anatomie des genres Glaucus, Phylliroé et Tergipe, et quelques observations nouvelles sur le Phlébentérisme, mème recueil, mars 1846, tom. XXII, pag. 473.

(3) Azmanx, “On the anatomy of Actæon, etc.,” the Annals and magazine of natural history, sept. 1845, vol. XVI, pag. 145.

ALper et Hancock, Remarks on the genus Eolidina, etc.,” même recueil, août 1844, vol. XIV, pag. 125.—‘‘From the report of the British association for the advancement of science for 1844,” Lon-

Mais, ainsi que cela n’a lieu que trop souvent, l'erreur reconnue n'a pas tardé à se reproduire sous une autre forme. Les naturalistes qui avaient assigné un rôle aussi insolite à l'appareil digestif de ces Gastéropodes, ont cherché à le justifier plus tard en lamoindrissant; cet appareil n’a plus été considéré alors comme servant en même temps à la circulation et à la respiration, mais comme venant en aide seulement à ces deux fonctions, on plutôt, comme exécutant dans l’économie une fonction tout à fait nouvelle à laquelle on a donné le nom d'irrigation organique (1). Nous ne croyons pas devoir insister plus longtemps ici sur ces aberrations qui sont aujourd’hui, nous pensons, généralement appréciées à leur véritable valeur; nous renvoyons, du reste, à la réfutation que nous en avons donnée ailleurs et à

dres, 1845. -— ‘* Notices of some new and rare British species of naked Mollusca,” the Annals and magazine of natural history, nov. 1846, vol. XVIII, pag. 289.—‘* On a proposed new order of Gasteropodous Mollusca,”” même recueil, juin 1848, vol. I de la 2° scrie, pag. 401.

EmsLeron et Hancock, ‘* On the anatomy of Eolis, ” the Annals and magazine of natural history, janvier 1845, vol. XV, pag. 1 et 77, et vol. I de la 2° série, févr. 1848, pag. 88.

E. BrancuarD, Mémoire sur l’organisation des Mollusques opisthobranches, Ann. des sc. nat., mars 1848, tom. IX de la 3° série, pag. 172.

(1) Mizxe-Enwarps, Observations sur la circulation, 47n. des sc. nat., 1845, tom. III de la 3° série, pag. 275.

DE QuarrerAces, Note sur le Phlébentérisme, 477. des sc, nat., 1845, tom. IV de la 3° série, pag. 275.

NUDIBRANCHES. 397 celle qui en a été donnée aussi depuis par d'autres anatomistes (4).

De tout ce qui a été dit de l’organisation des Nudibranches dont il est ici question, il ne reste aujourd'hui que le fait plein d'intérêt que nous offre le foie ramifié ou désagrégé de ces Mollusques. Cette disposition remarquable, dont la raison est encore inconnue, a conduit les malacologistes à séparer les Nudibranches qui la présentent, de ceux qui, comme les Doris, les Tritonies, les Scyllées, etc., ont un foie compacte et logé dans la cavité viscérale, et à diviser ainsi l'ordre formé par ces Gastéropodes en deux grands groupes. Les recherches récentes de MM. Alder et Hancock, en Angleterre, ont fait voir, en outre, que les Mollusques nudibranches qui ont un foie ramifié, devaient eux-mêmes former deux autres groupes dis-

(4) Soureyer, Considérations sur la circulation dans quelques groupes de la série animale, Archives d'anatomie, dans Archives de médecine, 1846, pag. 105.

I. Grorrroy-SainT-Hicaire, Rapport sur plusieurs mémoires, notes et lettres de M. de Quatrefages et de M. Souleyet, relatifs à l’organisation des Mollusques gastéropodes, dits PAlébentérés. Comptes rendus de l’Acad. des sc., janvier 1851, tom. XXXIT, pag. 33.

Ca. RoBix, Rapport à la Société de biologie par la commission chargée d'examiner les communications de M. Souleyet, relatives à la question désignée sous le nom de PnLéBENTÉRISME, Paris, 1851. — Cette question et tous les incidents de la longue discussion à laquelle elle a donné lieu, ont été exposés de la manière la plus complète dans ce rapport auquel nous renvoyons, par conséquent, ceux de nos lecteurs qui désireraient en prendre une

entière connaissance.

tincts; ces naturalistes ont fait connaître, en effet, un certain nombre de ces Mollusques chez lesquels les cœcums hépatiques ne se rendent plus dans des appendices respiratoires extérieurs, mais se ramifient seulement dans la cavité viscérale. Cette disposition concorde, chez ces Nudibranches, avec l'absence des organes branchiaux qui paraissent remplacés par toute la surface cutanée (1).

Les faits que nous venons d'exposer vont nous permettre de déterminer les affinités d'un genre de Mollusques, le genre Phylliroé, dont la classification a jusqu'à présent offert de très-grandes difficultés aux malacologistes.

(1) Azner et Hancock, Mémoire déjà cité, the Annals and magazine of natural history, juin 1848, vol. I de la 2° série, pag. 401.

NUDIBRANCHES. 399

GENRE PHYLLIROË. — Phylliroé, Péron et Lesueur.

Nous avons déjà fait, précédemment, l'histoire de ce genre; nous avons vu qu'établi par Péron et Lesueur qui l'avaient placé parmi les Ptéropodes, il en avait été séparé par Lamarck qui l'avait rangé dans son ordre des Hétéropodes, et que depuis il avait été rapporté à l’un ou à l’autre de ces deux groupes par presque tous les zoologistes. M. Rang, qui avait parfaitement reconnu combien les Phylliroés ressemblent peu, tant aux Ptéropodes qu'aux Hétéropodes, est le seul qui n’ait pas suivi, dans la classification de ces Mollusques, l’exemple de ses prédécesseurs, mais pour leur assigner une place encore moins convenable en les mettant auprès des Biphores, dans la famille des Salpiens. Ces dissidences et cette incertitude des malacologistes , sur les rapports naturels des Phylliroés, s'expliquent facilement, comme nous allons le voir, par les caractères singuliers que présentent ces Mollusques.

Description extérieure.

Les Phylliroés ont le corps allongé, très-comprimé latéralement, lamelliforme, terminé supérieurement et inférieurement par un bord mince et comme tranchant. Assez élevé à sa partie moyenne, ce corps diminue graduellement de hauteur en avant, ainsi qu'en

arrière où il se prolonge en une queue également trescomprimée qui ressemble assez bien à la queue d’un poisson ; antérieurement, il se termine par une tête sub-proboscidiforme, surmontée de deux longs tentacules lamelleux et rétrécis en pointe à leur sommet (1). Ces organes, qui paraissent assez peu contractiles, sont entourés d’un repli de la peau à leur origine; par leur position et par la manière dont l’animal les porte souvent, ils donnent à la tête de ces Mollusques, comme on l’a déjà dit, un peu l'aspect de celle d’un taureau ou d’un bélier (pl. 24, fig. 4 et 2).

Péron et Lesueur ont figuré des yeux à la base de ces tentacules ; nous verrons, en décrivant le système nerveux, que ces Mollusques présentent, en effet, deux points oculaires qui sont appliqués immédiatement sur les ganglions cérébraux et qui ne peuvent être vus, par conséquent, qu à travers la peau.

Au côté droit du corps et vers sa partie moyenne, se voit une ouverture qui est celle de lanus (fig. 1 et 2, a); deux autres orifices sont placés sur un tubercule commun qui se trouve du même côté, mais plus en avant et à peu de distance du bord inférieur du corps ; l’un de ces orifices est celui de Poviducte ; l’autre placé en dessus et en avant du précédent, est l'orifice de la verge (fig. 1 et fig. 2, 0’, v’).

Les Phylliroés n’offrent extérieurement pas d’autres

(4) La forme aplatie de ces tentacules n’est pas un résultat de la contraction opérée par la liqueur conservatrice, comme Île dit M. d'Orbigny ; c’est done à tort que ce naturaliste décrit ces organes

comme rozds et coniques.

NUDIBRANCHES. 401

parties à décrire ; ces Mollusques n'ont rien qui ressemble ni au pied des Gastéropodes, ni à la nageoire abdominale des Hétéropodes, ni aux expansions natatoires des Ptéropodes; leur corps se termine postérieurement, comme nous l'avons dit, par une queue très-comprimée que la plupart des zoologistes, à l’imitation de Péron et Lesueur, ont considérée comme une nageoire caudale, mais qui n'a que l'apparence et non les caractères d’une véritable nageoire.

Description anatomique.

La peau, dans les Phylliroés, est mince, gélatineuse, transparente et marquée ordinairement de petites taches ou de points colorés ; elle est doublée de faisceaux musculaires très-grêles qui, de la tête où ils prennent leur origine, se portent un peu en rayonnant vers les bords supérieur et inférieur du corps, ainsi qu'à son extrémité postérieure; les faisceaux qui se rendent dans cette dernière partie, ne se prolongent pourtant pas jusqu'à la dilatation terminale qui a été considérée comme une nageoire caudale.

Les Phylliroés n’ont, à l'extérieur, aucun organe qui puisse être regardé comme un organe branchial ou respiratoire ; nous n'avons vu, sur aucun des nombreux individus que nous avons étudiés, les points tuberculeux que M. d’Orbigny dit exister à la surface de la peau, et que ce naturaliste a décrits comme des branchies rudimentaires. Les parties intérieures que

Péron et Lesueur ont prises pour des branchies in- Bonite. — Zool. Tome II. Partie 1H, 26

ternes, ce qui a été adopté par Lamarck, ont, comme nous le verrons plus tard, des fonctions tout à fait différentes ; du reste, la disposition du manteau ne permet pas de supposer que les organes de la respiration soient placés à l’intérieur dans ces Mollusques. L'on doit donc admettre que les Phylliroés respirent seulement par leur peau molle et vasculaire, comme l'avait pensé Cuvier, et cette manière de voir se trouve aujourd'hui confirmée par d’autres exemples de ce mode de respiration dans un certain nombre de Mollusques nudibranches, ainsi que nous l'avons dit pré-

cédemment (1).

L'appareil circulatoire des Phylliroés présente aussi beaucoup d’analogie, dans sa disposition, avec celui des nudibranches.

Le cœur est situé à la partie supérieure et moyenne du corps, entre les deux cœcums hépatiques dorsaux (pl. 24, fig. 3, ce); ilest composé d'une oreillette assez grande, à parois très-minces, et d’un ventricule pyriforme qui donne naissance, comme d'ordinaire, à l'aorte par son sommet. Cette aorte descend à gauche de l'intestin, et se divise, au-dessous de celui-ci, en deux troncs principaux, l’un postérieur, l’autre antérieur : le premier se subdivise en trois grosses branches qui se rendent aux ovaires; le second, un peu plus volumineux et que l'on peut considérer comme la continuation de laorte, se dirige en avant, donne

(4) Les Clios, parmi les Ptéropodes, nous eu ont aussi offert un

exemple.

NUDIBRANCHES. 403

une grosse branche à la partie antérieure de l'appareil générateur et quelques autres plus grèles qui se jettent dans les parois du corps, et vient se terminer en dessous de la masse buccale à laquelle elle fournit plusieurs rameaux qui vont probablement se distribuer aux autres parties du tube digestif (fig. 3).

On comprend facilement que, dans un animal d'aussi petites dimensions et chez lequel la respiration n'est plus localisée dans un organe, mais se fait par toute la surface de la peau, le système veineux doit être fort peu apparent; les vaisseaux qui le constituent, n'ont une marche convergente qu'aux approches du cœur et viennent aboutir à un tronc veineux branchial très-volumineux, ou plutôt à un sinus médiodorsal qui nous paraît tout à fait analogue à celui dans lequel se rendent les veines branchiales, dans la plupart des nudibranches, et que nous décrirons plus loin chez les Éolides; comme dans ces Mollusques, ce sinus vient s’aboucher dans l'oreillette, à sa partie postérieure (fig. 3) (1).

L'appareil digestif présente une disposition peu compliquée dans les Phylliroés.

L'orifice de la bouche, situé à l'extrémité anté-

(4) Ce vaisseau ou sinus a été bien représenté par Péron et Lesueur, dans la figure qu’ils ont donnée du Phylliroé ; MM. Quoy et Gaimard, qui l’ont aussi indiqué, ont méconnu ses véritables connexions en le prenant pour un utérus dans lequel viendrait se rendre l’oviducte. (Zoo!. du Voy. de l’Astrol., tom. IT, pag. 405, et pl. 28, fig. 10.)

rieure de la tête, a une forme arrondie ou un peu ovalaire dans le sens vertical (fig. 2). À cet orifice fait suite une masse buccale volumineuse et probablement un peu protractile, armée de mâchoires cornées qui rappellent, par leur forme et par leur mécanisme, celles des Tritonies, des Éolides, etc. (fig 307; 8; 9, #); sa paroi inférieure offre, en outre, un renflement lingual garni d’une bande longitudinale de crochets disposés par petites séries transversales (fig. 10 et 11)

L'œsophage, qui a son origine en arrière de cette masse buccale, est très-court et ne consiste même qu'en un simple rétrécissement qu’entoure le collier nerveux (fig. 3 et 8). L’estomac, qui vient de suite après, est assez volumineux et ovalaire (fig. 3, e). Cet organe se continue directement en arrière avec l’intestin qui se porte dans le même sens, sans former aucune inflexion, et qui, après un trajet assez court, vient se terminer vers la partie moyenne du corps, du côté droit, comme nous l'avons déjà indiqué (fig. 3, 4, à, a); à quelque distance de sa terminaison, cet intestin présente ordinairement une petite dilatation arrondie.

De chaque côté de la masse buccale se voit une glande salivaire allongée et aplatie, qui s'ouvre dans la bouche par un canal excréteur court et très-grêle (fig. 3, 8, s, et fig. 13).

Au point où l'estomac se continue avec l'intestin, l’on voit naître supérieurement deux grands cœcums qui se portent, l’un en avant, l’autre en arrière ; infé-

NUDIBRANCHES. 405

rieurement, part du même point un autre CœCumM senmblable qui se dirige en bas et qui se divise ensuite en deux branches disposées comme les cœcums supérieurs. Les parois de ces cœcums sont recouvertes dans toute leur étendue, excepté à leur origine, de granulations jaunâtres ou d’un brun plus où moins foncé (fig. 3 et 12, f, f, f). Péron et Lesueur avaient pris ces parties pour des branchies internes (1); M. de Blainville, le premier, les a considérées comme

(1) Une observation, que nous avons eu occasion de faire plusieurs fois, nous a rendu compte de cette détermination des organes de la respiration donnée par Péron et Lesueur, dans les Phylliroés. Lorsqu'on examine ces Mollusques à l’état vivant, on les voit souvent remplir leur estomac d’eau, et ce liquide remonte ensuite dans les cœcums hépatiques, sans passer dans l’intestin, comme si une valvule fermait l'entrée de ce canal ; après avoir séjourné un certain temps dans les cœcums, cette eau est chassée au dehors par la contraction successive de ces organes et de l’estomac, et, quelquefois, nous avons vu un courant se faire ainsi d’une manière assez régulière, du dehors au dedans et du dedans au dehors, sur les individus qui étaient soumis à nos observations. Ce fait et l’absence de branchies externes dans les Phylliroés, nous avaient conduit aussi à regarder les cœcums hépatiques comme les organes respiratoires de ces Mollusques, avant que nous eussions connaissance de l’opinion déjà émise par Péron et Lesueur à ce sujet, et ces cœcums se trouvent même représentés sous cette désignation, sur les dessins faits pendant notre voyage. — Les matières alimentaires penètrent aussi dans les cœcums du foie, pendant l’acte dela digestion, ce que MM. Quoy et Gaimard ont regardé comme devant faire rejeter la détermination donnée de ces cœcums par M. de Blainville (Foy. de l'Astrol., tom. Il, pag. 405); mais l’on sait aujourd’hui que, dans presque tous les Nudibranches, les matières alimentaires

pénètrent ainsi dans les canaux hépatiques.

des lobes hépatiques, détermination qui est justifiée non-seulement par la structure de ces cœcums et par leurs connexions avec le tube digestif, mais qui se trouve complétement confirmée,en outre, par ce que l’on connaît aujourd’hui de la structure du foie dans plusieurs Mollusques nudibranches.

L'appareil générateur des Phylliroés présente, dans sa disposition, la plus grande ressemblance avec celui des Gastéropodes que nous venons de citer.

Cet appareil commence postérieurement par deux ou trois petites masses arrondies qui ont été généralement considérées comme des ovaires (1). Ces pares, recouvertes à leur surface de grosses granulations saillantes, offrent, sur un point de leur circonférence, une espèce de pédicule qui donne naissance à un oviducte (fig. 3 et 4, o, 0, o); les conduits, qui naissent ainsi de chacun de ces ovaires, se réunissent en un canal unique qui se dirige en avant (fig, 4, d), et qui, après avoir traversé un renflement ovoide (fig. 4, d'), se continue avec un second oviducte ou utérus d’un calibre beaucoup plus considérable, réuni par des circonvolutions très-serrées en une petite masse globuleuse, située en dessous de l'estomac (fig. 3 et 4, m, m, m); cet utérus s'ouvre à l'extérieur par

(1) Nous avons toujours trouvé ces ovaires au nombre de trois ; on n’en voit que deux sur l’individu qui a été figuré par Peéron et Lesueur, et qui a servi plus tard aux observations de M. de Blainville. Eschscholtz en a compté jusqu'à six dans l’espèce qu'il à

désignée sous le nom de Ph. Lichtensteinir.

NUDIBRANCHES. 407 un des orifices que nous avons déjà indiqués (fig. 3 et 4, o!).

Avant de s’aboucher avec la matrice, le premier oviducte communique avec un autre conduit qui forme aussi un assez grand nombre de circonvolutions et qui vient aboutir à la verge (fig. 3 et #4, z, z, 2). Nous avions considéré d’abord ce conduit comme l'organe sécréteur mâle ou le testicule; mais, par des raisons que nous donnerons plus tard, lorsque nous nous occuperons de l'appareil générateur des Éolides, des Glaucus, etc., qui offre une disposition tout à fait analogue, nous ne le regardons plus que comme un simple canal déférent, et nous croyons que les organes qui ont été décrits par tous les auteurs comme des ovaires, sont des organes hermaphrodites sécrétant à la fois les zoospermes et les ovules.

La verge est constituée par un gros tube charnu qui, comme dans beaucoup d’autres Mollusques, devient extérieur en se retournant comme un doigt de gant ; ilest terminé par un tubercule rugueux, sur lequel se voit l’orifice du canal déférent et que déborde un appendice charnu, terminé en pointe (fig. 5); lorsqu'il est rentré dans l’intérieur du corps, cet organe forme plusieurs replis en avant de la matrice (fig. 3 et 4, v, »). Nous avons déjà indiqué la position de son orifice qui est antérieur et supérieur à celui de ce dernier organe (fig. 3 et 4, v').

Le système musculaire ne se compose, chez les Phylliroés, que des petits faisceaux que nous avons

déjà décrits et qui doublent l'enveloppe extérieure. Il n'y a plus ici, en effet, d’organe spécial pour la locomotion ; comme nous le verrons bientôt, c’est le corps tout entier qui concourt à cette fonction ; le système musculaire devait donc avoir une disposition correspondante, c’est-à-dire être distribué à peu près également dans toutes ses parties (1).

Le système nerveux est assez développé dans les Phylliroés.

Deux paires de ganglions composent l'anneau œæsophagien. Les ganglions de la première paire ou les ganglions cérébraux, placés en dessus et accolés sur la ligne médiane, donnent naissance à un assez grand nombre de nerfs (fig. 3, 14, 15).

Un de ces nerfs, plus volumineux que les autres, a son origine à la partie antérieure et un peu en dessus de ces ganglions ; après avoir donné une branche qui se distribue à la partie supérieure de la tète, ce nerf pénètre dans le tentacule correspondant et y forme, à la base, un petit renflement d’où partent deux filets nerveux qui parcourent ces appendices jusqu'à leur extrémité (fig. 3, 14). Trois autres nerfs partent du bord externe des mêmes ganglions, en arrière du précédent : Le premier se perd dans la masse buccale; le second se

(4) Nous ferons remarquer que la partie postérieure du corps, que l’on a généralement regardée comme une nageoire caudale, est, contrairement à cette détermination , la seule qui ne soit pas doublée par ces faisceaux musculaires

NUDIBRANCHES. 409

rend aux parties antérieures de la bouche et aux levres ; le troisième descend sur les côtés de l'œsophage et vient aboutir à un ganglion buccal unique, placé en dessous de ce conduit, à son origine(fig. 3,14). —Ce ganglion buccal, un peu allongé transversalement, fournit en avant trois nerfs : un, médian et très-grêle, qui paraît se rendre à la langue ; deux autres, latéraux et plus volumineux, qui se perdent sur les côtés de la masse buccale. Par son bord postérieur, le ganglion buccal donne encore naissance à deux filets nerveux qui se portent en arrière, le long du tube digestif auquel ils sont entièrement destinés (fig. 3 et 17).

Outre les nerfs que nous venons de décrire, les ganglions de la première paire en émettent deux autres volumineux, par leur partie postérieure; l’un de ces nerfs paraît se distribuer surtout à l'appareil de la génération ; l’autre se divise en trois branches qui se ramifient dans la peau et qui nous ont paru envoyer aussi quelques filets au cœur et aux cœcums du foie; ce dernier nerf communique avec le précédent, par une de ses branches, à peu de distance de son origme (fig. 3, 14, 16).

Les deux nerfs, dont nous venons de parler, doivent être considérés, d’après leur distribution, comme des nerfs viscéraux destinés surtout aux appareils de la génération et de la respiration. D’après cela, les ganglions cérébraux fourniraient ici des nerfs aux viscères, contrairement à ce que nous avons cherché à établir précédemment, dans nos généralités sur le système nerveux des Mollusques céphalés; mais nous

expliquerons plus tard cette anomalie apparente, en parlant du système nerveux des Éolides, des Glaucus, etc., qui est tout à fait semblable, par sa disposiion, à celui des Phylliroés.

Les deux autres ganglions de lanneau nerveux, situés sur les côtés de l’œsophage, sont moins volumineux que les ganglions cérébraux auxquels ils sont unis par un étroit pédicule. Chacun de ces ganglions donne naissance postérieurement à un gros nerf qui se porte, de chaque côté, en longeant la partie inférieure du corps, jusqu'à peu de distance de son extrémité postérieure, et fournit successivement un assez grand nombre de branches qui se perdent toutes dans l’enveloppe extérieure; de leur partie inférieure partent encore deux commissures, dont une plus longue et plus gréle, qui complètent le collier nerveux, en les unissant au-dessous de lœsophage (fig. 3, 14,15, 16). Nous considérons ces ganglions comme ceux qui sont affectés aux organes de la locomotion; il est même à remarquer que les nerfs qu'ils fournissent, rappellent tout à fait, par leur disposition, les nerfs qui se distribuent au pied, chez les Gastéropodes, quoique les Phylliroés n'offrent, comme nous l'avons dit, aucune trace de cet organe.

À la base des nerfs tentaculaires, se voit, sur les ganglions cérébraux, un point noirâtre formé par une petite saillie que recouvre une couche de pigment, et qui doit être considéré, par conséquent, comme un œil rudimentaire (fig. 14 et 16).

Sur le bord postérieur de ces ganglions, se trouve

NUDIBRANCHES . 411

aussi un organe auditif tout à fait semblable à celui que nous avons déjà décrit dansles Ptéropodes(fig. 1#,

Les Phylliroés sont des Mollusques pélagiens assez communs dans les mers des régions chaudes. Ce sont des animaux apathiques, qui ne se meuvent que lentement à l’aide des ondulations de tout leur corps, et le plus souvent, sans direction déterminée. Nous les avons toujours vus nager horizontalement, comme les Firoles, les Carinaires, etc., mais non renversés comme ces derniers Mollusques ; leur forme lamelleuse ne leur permettant que difficilement de se maintenir dans leur position normale, on voir leur corps s’incliner successivement, d’un côté à l’autre, pendant la nataion, et exéculer ainsi des oscillations presque continuelles.

Les Phylliroés se montrent à la surface de la mer, surtout au crépuscule, comme les autres Mollusques pélagiens ; mais nous en avons aussi rencontré pendant le jour. Nous ne pouvons rien dire sur leur genre de nourriture, ni sur les circonstances relatives à leur reproduction, n'ayant pu recueillir d'observations à ce sujet.

(1) Nous avons publié dans les 4rnales françaises et étrangeres d'anatomie et de physiologie de l’année 1839, quelques dessins du système nerveux des Phylliroés, qui, exécutés d’après des croquis faits pendant notre campagne, sont incomplets et même inexacts sous quelques rapports. Ges dessins mavaient, du reste, d'autre but que de faire connaître l'organe auditif de ces Mollusques.

La classification de ces Mollusques a beaucoup embarrassé les malacologistes, et l’incertitude la plus grande règne encore sur la place qu’il convient de leur assigner. Cette incertitude s'explique facilement par l'absence, chez les Phylliroés, des caractères qui ont été presque généralement employés pour la classification des Malacozoaires ; ainsi, les Phylliroés n'ont ni le pied des Gastéropodes, ni les longs bras tentaculaires qui couronnent la tête des Céphalopodes, et, quoiqu'ils aient été rapportés par presque tous les auteurs aux Ptéropodes ou aux Hétéropodes, ils n'ont évidemment pas aussi les caractères des animaux de ces deux groupes; on peut encore bien moins les rapprocher, comme l’a fait M. Rang, des Mollusques acéphalés, Faut-il donc les considérer comme les premiers représentants d'un type nouveau dans l'embranchement des Mollusques ? D’après les détails que nous avons donnés précédemment, on peut voir que leur organisation se rapproche tout à fait de celle des Gastéropodes, et a surtout de grands rapports avec celle des Gastéropodes nudibranches : ainsi, le système nerveux des Phylliroés offre, dans ses parties centrales, la disposition qui est particulière aux Doris, aux Tritonies, aux Éolides, etc.; l'appareil générateur, si important pour la classification de ces animaux, présente cette forme de l’hermaphrodisme qu’on ne trouve encore que dans les Mollusques de ce groupe ; les mêmes analogies se retrouvent dans l'appareil circulatoire, dans les organes digestifs, dans la forme du

foie représenté par de longs cœeums, comme dans

NUDIBRANCHES. 413

les Éolides et les autres genres de la même famille; enfin, l’on connaît aujourd’hui, ainsi que nous l'avons dit précédemment, un certain nombre de nudibranches chez lesquels ces cœcums hépatiques ne se prolongent pas dans des appendices extérieurs affectés à la respiration, mais chez qui cette fonction s'exécute par la surface de la peau, comme dans les Phylliroés ; nous savons, du reste, par les observations de MM. Van Beneden et Nordmann, sur le développement des Éolides et des Tergipes, que les appendices branchiaux n'apparaissent qu’assez tard dans ces Mollusques qui ressemblent ainsi aux nudibranches dont nous venons de parler, et aux Phylliroés, dans les premiers temps de leur vie. Il ne manque donc aux Phylliroës, pour ne différer presque en rien des Gastéropodes auxquels nous les comparons ici, que le pied dont sont pourvus les Mollusques de cette classe; mais l'absence de cet organe ne nous semble pas devoir les faire exclure du voisinage des Éolidiens dont les rapprochent de si nombreuses affinités. Le pied subit, en effet, des modifications très-diverses dans les Gastéropodes, d’après les mœurs et les habitudes de ces animaux, et chez quelques-uns, le Glaucus, par exemple, la dégradation de cet organe de la locomotion est portée si loin, que son existence a été, pendant longtemps, méconnue par les zoologistes; on conçoit done que cette partie puisse même disparaître entierement dans d’autres Mollusques qui, comme les Phylliroés, sont destinés à vivre dans les hautes mers, et chez lesquels un pied semblable à celui des Gastéropodes

ordinaires n'eût plus été d'aucun usage. Nous avons vu précédemment que la nature avait souvent alors fait subir à ce pied une transformation qui le rendit propre à la natation; ici, elle a pu l’annihiler d’une manière complète, en disposant tout le corps de ces Mollusques pour ce mode de locomotion.

D'après ces considérations, nous croyons que dans un système naturel, c'est-à-dire basé sur l’ensemble de l'organisation et non sur un seul caractère, les Phylliroés doivent être rangés parmi les nudibranches dont ils ont presque tous les caractères anatomiques ; l’absence du pied et la forme particulière de leur corps, en rapport avec leurs mœurs pélagiennes, les distinguent cependant d’une maniere assez tranchée des Mollusques de cet ordre pour qu'ils méritent de constituer, dans ce même ordre, une famille distincte de toutes celles qui le composent (1).

(4) Dans un mémoire que nous avons adressé à l’Académie des sciences, en mars 1846, nous avons déjà fait connaître l’opinion que nous émettons ici sur les affinités naturelles du genre Phylliroé (voy. les Comptes rendus, tom. XXII, pag. 473); nous croyons devoir le rappeler, pour ne pas paraître plagiaires envers des naturalistes qui ont adopté depuis notre manière de voir, sans nous

citer.

NUDIBRANCHES. 415

PHYLLIROË BUCÉPHALE,

Phylliroe bucephalum, Lamarck.

PLancne 24, Ficures 1-18.

Phylliroe, corpore ovali, elongato, pellucido, fusco punctato; caudä

posticé rotundat&; tentaculis longis, acutis.

Le corps de ces Mollusques est transparent, marqué de petits points d’un brun rougeûtre, plus ou moins nombreux et serrés. Les viscères sont ordinairement aussi assez vivement colorés (fig. 3).

Dimensions. — La taille de cette espèce varie de deux à trois centimètres.

Elle est assez commune dans l'océan Atlantique.

Après avoir examiné un grand nombre de ces Mollusques, nous sommes très-portés à croire que la plupart des espèces qui ontété proposées dans ce genre, devront être rapportées à celle-ci. Ces espèces ont été établies, en effet, d’après la coloration qui est très-variable dans ces animaux, ou d’après des ‘différences, dans la forme du corps, qui nous ont paru n'avoir aussi rien de bien fixe; c'est ainsi, par exemple, que l’échancrure de l'extrémité postérieure du corps, qui a été considérée comme un caractère spécifique, est le plus souvent accidentelle ou n'est qu'un résultat de la contraction des tissus.

Genre ÉOLIDE. — £olidia, Cuvier.

Ce genre a été établi par Cuvier, dans le tableau élémentaire (1), pour de petits Mollusques qui avaient été placés d’abord parmi les Doris; il est à remarquer que ce célèbre anatomiste qui s’est attaché à faire connaître, dans plusieurs mémoires, l’organisation des gastéropodes Nudibranches, se soit borné, pour les Éolides, à une simple description extérieure qui n’est même pas sans inexactitudes. M. de Blainville, qui a souvent complété ou rectifié les travaux de Cuvier sur ce sujet, n’a aussi donné, à l’article Éorine du Déctionnaire des sciences naturelles, qu'une simple caractéristique de ce genre, en émettant toutefois la pensée que, sous le rapport de leur structure anatomique, ces Mollusques ne différaient probablement pas des Doris. Ce n'est que dans ces dernières années que l’organisation de ces Nudibranches a été étudiée et, l’on peut le dire, d’une manière complète. M. Lowen (de Stockholm) serait, au rapport de M. Milne- Edwards (2), le premier qui ait observé la disposition remarquable du tube digestif dans les Éolides. Quelque temps après, en 1842, M. de Quatrefages fit, sur

(1) Voir cet ouvrage, tom. II, pag. 388.

(2) Annales des Sc. nat., tom. XVIII de la 2° série, 1842, pag. 331

NUDIBRANCHES. 417 ces Mollusques , de nouvelles observations qu'il adressa d'abord à l’Académie des sciences, et qu'il consigna ensuite dans un mémoire précédemment cité; ce travail, malgré de nombreuses et graves erreurs, n’a pourtant pas été sans utilité pour la science, en provoquant de nouvelles recherches par la singularité même des faits qui s’y trouvaient énoncés. Un peu plus tard, en 1844, nous avons aussi présenté à l’Académie des sciences, sur le genre Éolide, des observations insérées en partie dans les Comptes rendus de cette année et dans ceux de l’année 1845. MM. Alder, Hancock et Embleton ont publié en Angleterre, de 1843 à 1848, une série d'articles sur le même genre, dans lesquels ils ont décrit, avec une grande exactitude, ses caractères extérieurs ainsi que les détails de son organisation intérieure (1). Enfin, nous devons encore mentionner ici les observations de M. Delle Chiaje qui, dès 1842, avait figuré, sur les planches de son grand ouvrage, les particularités anatomiques remarquables que présentent les Éolides, et les avait interpretées d’une manière tres-convenable, comme le prouve ce que cet auteur en a dit dans la dernière partie de cet ouvrage, publiée plus récemment (2).

Nous n’entrerons pas ici dans la discussion de toutes les questions qu'a soulevées l’organisation de ces Mollusques ; nous nous bornerons à exposer le

(1) Mémoires déjà cités, p. 392.

(2) Descrizione e notomia degli arimali invertebrati della Sicilia

citeriora , tom. VII, pl. 88, et t. VIII, p. 10.

Bonile, — Zooïl, Tome II. Partie IH. 27

résultat de nos observations, renvoyant, pour les opinions différentes qui ont été émises sur le même sujet, aux communications que nous avons faites à l’Académie des sciences.

Description extérieure.

La forme générale du corps, dans les Éolides , est assez bien connue pour que nous n’entrions pas ici dans une description détaillée à ce sujet; en parlant des caractères extérieurs de ces Mollusques, nous n'insisterons donc que sur ceux qui nous paraissent n'avoir pas été encore indiqués d’une maniere suffisamment précise.

Le pied est plus ou moins large dans les diverses espèces de ce genre; dans quelques-unes, il dépasse à peine le corps de l'animal et se rapproche un peu, par sa forme, du pied des Scyllées ; dans d’autres, au contraire, il s'étale de chaque côté en un bord saillant et très-mince { pl. 24 À, fig. 1, 2, 3); mais, dans tous les cas, ce pied se termine, en avant, par un bord épais et arrondi qui se prolonge en pointe sur les parties latérales, et qui est creusé d’un sillon marginal dans toute son étendue. Cuvier avait pris, pour des tentacules , ces pointes latérales du bord antérieur du pied, erreur qui a été commise, aprés lui, par d’autres auteurs, et qui a fait assigner à tort trois paires de tentacules à ces Mollusques (pl. 24 À, fig. 3).

La face supérieure de l’animal, plus ou moins convexe, est recouverte, dans une grande partie de son

NUDIBRANCHES. 419

étendue, par ces petits appendices mous auxquels on a donné le nom de papilles branchiales, de cirrhes branchiaux, eic., et qui varient beaucoup, dans leur forme et leur disposition, suivant les espèces.

Sous le rapport de ieur forme , ces appendices sont tantôt allongés et coniques, tantôt renflés et fusiformes, d’autres fois très-grêles et comme filiformes ; dans l'Éolide de Cuvier, is sont aplatis et un peu imbriqués, comme on l’a dit, à la manière de petites écailles (1).

Sous le rapport de leur disposition, ils sont rangés tantôt par séries transversales ou obliques (pl. 24 A, fig. 4), tantôt de manière à former des festons, des touffes, etc. , de chaque côté de la ligne médiane.

Ces appendices se distinguent encore par les couleurs très-vives dont ils sont ornés dans la plupart des espèces.

Quelle que soit leur disposition, ils ne recouvrent jamais toute la face supérieure de l'animal; ils sont toujours séparés , sur la ligne médiane, par un intervalle plus ou moins considérable où se voient, en avant, les tentacules proprement dits , et, vers le milieu du corps, une légère saillie formée par la poche du cœur dont les battements sont très-apparents, dans

ce point, pendant la vie (pl. 24 A, fig. 1, #).

(1) C’est à tort que M. d’Orbigny a prétendu que les papilles branchiales des Éolides étaient toujours cylindriques ou coniques, et jamais aplaties où en lames (voy. dans l’Amérique méridionale , t. V, p.190); cette dernière forme existe dans l’espèce que nous citons ici.

Les tentacules varient aussi, dans leur forme , suivant les espèces; ils sont tantôt allongés et coniques, tantôt pédiculés à leur base et renflés à leur partie supérieure qui offre alors des plis ou des feuillets saillants, comme chez les Doris. Ces organes sont tréscontractiles , mais ils ne sont jamais rétractiles comme ceux des Tritonies et des Doris, ainsi que l’ont avancé quelques naturalistes.

En arrière des tentacules dont nous venons de parler, se voient, dans quelques espèces, deux points noirs placés sous la peau, qui sont les yeux ; mais ces organes ne sont plus apparents dans la plupart des Éolides.

La face supérieure de l'animal présente encore l’ouverture anale qui est située du côté droit, vers le milieu du corps, et se trouve ordinairement cachée par les appendices branchiaux , ce qui a fait méconnaitre sa position par Cuvier et par d’autres naturalistes ( pl. 24 A, fig. 4, a).

Les faces latérales, ordinairement peu élevées, sont lisses et transparentes ; elles n’offrent rien de remarquable, si ce n’est le tubercule des organes de la génération qui se trouve placé en avant, du côte droit. Ce tubercule présente deux ouvertures séparées par un petit sillon, celle de l’oviducte qui est en arriere, et celle de l’organe mâle qui est en avant et un peu en dessus de la précédente (pl. 24 À, fig. 2, o!, w').

L’extrémité antérieure de l'animal, formée par la tête, présente latéralement deux appendices tentaculaires , de forme conique, qui correspondent aux ten-

NUDIBRANCHES. 421 tacules labiaux des Doris, et qui sont très-développés dans quelques espèces.

La partie postérieure , terminée en pointe, se prolonge plus ou moins en arrière du corps proprement dit, ou des dernières papilles branchiales.

Description anatomique.

L’orifice de la bouche est placé à l’extrémité antérieure de l’animal; il est circonscrit par une sorte de bourrelet labial circulaire, offrant seulement une petite interruption, en forme de gouttière, à sa partie inférieure. Ce bourrelet est lui-même bordé, dans son pourtour, par un autre bourrelet plus petit, formé par la partie antérieure de la tête et se prolongeant, sur les côtés, avec les appendices tentaculaires dont nous avons précédemment parlé (pl. 24 À, fig. 3).

L’orifice buccal communique avec la masse buccale par un canal assez large que l'animal peut développer au dehors, un peu à la manière d’une trompe; en d’autres termes, la masse buccale est exsertile comme chez les Tritonies (fig. 13 ).

Cette masse buccale, d’un volume assez considérable, est armée, comme dans ces derniers Mollusques, de deux màchoires cornées et latérales, qui sont mues par une épaisse couche musculaire, et dont la disposition ainsi que le mécanisme sont aussi tout à fait semblables (pl. 24 A, fig. 11,12,13, 14, et pl. 24 B, fig. 6,7, 8). Sa cavité intérieure présente inférieurement une langue saillante, en forme de segment de

cercle, et recouverte, sur sa convexité, de lames cornées imbriquées, offrant un bord libre fortement denté (pl.248B,6e:2,3, 4) (4):

L’œsophage prend naissance à la partie supérieure de la masse buccale; il a d’abord un calibre peu considérable , mais après avoir traversé l'anneau nerveux, il s'évase rapidement pour se continuer avec la poche stomacale (pl. 24 À, fig. 12,13, 14, e’).

Celle-ci, d'abord assez grande et de forme oblongue, se prolonge, en se rétrécissant progressivement, Jusqu’à l’extrémité postérieure de la cavité viscérale où elle se termine le plus souvent en un petit appendice cœcal (pl. .24/À5 fis-11,424e re):

L’intestin nait de la partie antérieure de cette poche stomacale, du côté droit. Il forme un gros tube qui se porte immédiatement en arrière et qui, après quelques inflexions plus ou moins marquées, vient se terminer du même côté, vers le milieu du corps, comme nous l'avons déjà indiqué (mêmes figures, £, à).

Les Éolides sont généralement dépourvues de glandes salivaires (2).

(1) La forme de ces mâchoires cornées varie un peu suivant les espèces ; il en est de même des lames cornées linguales qui forment quelquefois de grands crochets imbriqués, simples ou dentés sur les bords, comme MM. Embleton et Hancock en ont donné des figures dans leur mémoire.

(2) MM. Embleton et Hancock ont décrit, dans quelques espèces, une très-petite glande salivaire qui se trouve enchässée dans les parois de la masse buccale. Nous avons trouvé, sur une espèce de la Méditerranée, deux glandes salivaires formées par deux longs cœcums, décrivant de nombreux replis sur les côtés de l’œsophage.

NUDIBRANCHES. 423

Le foie offre, comme nous l'avons déjà dit précédemment , une disposition fort singulière dans ces Mollusques. Cet organe ne se trouve plus, en effet, dans la cavité viscérale ; mais , lorsqu'on a mis à découvert la poche stomacale, l’on en voit partir, de chaque côté, des canaux dont le nombre et la disposition varient un peu suivant les espèces, et qui pénètrent dans l'épaisseur de la paroi supérieure du corps où ils se ramifient en suivant, dans leur distribution, celle des papilles branchiales ; chacune de ces papilles reçoit un prolongement de ces canaux qui en parcourt le centre et qui est recouvert, dans la plus grande partie de son étendue, d’une couche plus ou moins épaisse de granulations jaunâtres ou brunûtres (pl. 24 À, fig. 11,12, 5, 7). La disposition de ces granulations varie, du reste, d’une manière assez notable dans les diverses espèces du genre; elles forment tantôt une couche uniforme ou lobulée autour du canal central; d’autres fois ce canal donne naissance, dans toute son étendue , à de petits cœcums simples ou ramifiés que recouvrent aussi les granulations. La structure de cette partie centrale des appendices branchiaux, les connexions des canaux qui la parcourent avec la poche stomacale, enfin l’absence complète du foie dans la cavité viscérale où se trouve ordinairement logé cet organe, ont conduit à considérer ce système de canaux et les granulations qui recouvrent leurs dernières ramifications, comme représentant l'appareil hépatique de ces Mollusques, détermination qui est aujourd’hui généralement admise. Ainsi le foie n'offre

pas seulement ici la particularité d’être constitué par un grand nombre de lobes séparés ou d’être multiple, il présente encore la singularité remarquable et non encore expliquée d’être placé dans les branchies.

Chez les Éolides , la substance du foie occupe seulement, comme nous venons de le dire, l’intérieur des papilles branchiales; mais nous verrons que, dans d’autres genres de la même famille , les canaux qui en partent pour se rendre à l'estomac, sent recouverts dans presque toute leur étendue par les granulations hépatiques.

Ces canaux, dans les Éolides, ne sont également pas enveloppés par les granulations jusqu'à leur extrémité; ils se prolongent, pour ainsi dire, au delà de la substance du foie et se terminent au sommet des appendices branchiaux par un petit renflement ovoide (pl. 24 À, fig. 5, 7) (4).

(1) D’après MM. Alder et Hancock, ce prolongement des canaux hépatiques s’ouvrirait à l’extérieur, et les papilles branchiales seraient ainsi perforées à leur extrémité ; mais nous croyons nous étre assuré que c’est là une erreur qui doit être attribuée sans doute à ce que ces papilles présentent en effet, à leur sommet, un point arrondi et parfaitement transparent, qu’il est très-facile de prendre pour un orifice. Serait également erronée, par conséquent, l'opinion de M. de Quatrefages qui considère le petit renflement ovoïde, par lequel les canaux hépatiques se terminent au sommet des papilles branchiales, comme un organe particulier, sécrétant des organes urticans, analogues à ceux des Actinies, des Médusaires, etc.; il est très-facile de faire passer dans cette poche les matières qui remplissent les canaux hépatiques, et de s’assurer ainsi qu’il existe une communication directe entre ces parties.

NUDIBRANCHES. 425

Les appendices dorsaux des Éolides ne servent pas seulement de réceptacle au foie, ainsi que nous venons de le voir, ils sont encore chargés, comme dans les autres nudibranches, des fonctions respiratoires. En effet, si l’on pousse un liquide coloré dans les vaisseaux qui viennent aboutir à l'oreillette du cœur, on voit le liquide se répandre dans des canaux qui parcourent la base des papilles branchiales, et remonter ensuite le long de ces papilles, pour s’épancher dans un réseau vasculaire très-fin qui recouvre leur surface. Dans l’Éolide de Cuvier, ce réseau émane de deux troncs principaux qui occupent les bords de chaque papille et qui appartiennent, l’un au système veineux général ou afférent, l’autre au système veineux branchial ou efférent. Mais la disposition de ces vaisseaux varie un peu suivant les espèces; dans quelques Éolides, par exemple, les appendices branchiaux présentent une dilatation membraneuse qui parait être plus particulièrement le siége de la respiration.

Les branchies des Éolides ne différent donc pas, par leur structure, de celles des autres nudibranches ; elles s'en distinguent seulement par la cavité intérieure dont ces organes sont creusés, et dans laquelle pénétre l’appareil hépatique.

L'appareil circulatoire présente une disposition tout à fait analogue à celle qui existe dans les Tritonies, les Scyllées, etc.

Le système veineux général comprend, comme dans ces derniers Mollusques, deux parties distinctes : les

veines qui proviennent des visceres, et celles qui appartiennent au pied et à l'enveloppe extérieure. Celles-ci sont bien apparentes à la base des papilles branchiales et peuvent même être injectées assez facilement dans les grandes espèces; dans l'Éolide de Cuvier, chacune des lignes suivant lesquelles s’insèrent ces papilles, est parcourue par une veine volumineuse qui sert à la fois de veine cave et d’artère branchiale; c’est en effet dans ces vaisseaux que se rend le sang des parties voisines, et ce sont les branches qui en émanent qui le distribuent aux branchies. Quant au système veineux viscéral, il nous a paru semblable à celui des Doris, des Tritonies, etc., c’est-à-dire constitué par un certain nombre de vaisseaux qui des viscères se portent dans l'enveloppe extérieure, aux points occupés par les organes respiratoires (41).

(1) Cette partie du système veineux est celle dont l'existence a été le plus contestée par les naturalistes qui avaient d’abord prétendu que le système veineux manquait complétement dans les Éolides. Les veines viscérales sont, en effet, beaucoup moins apparentes dans ces Mollusques que chez les Doris, les Tritonies , etc., où elles constituent de gros vaisseaux que l’on peut injecter avec une très-grande facilité; mais si, par leurs petites dimensions et par leurs tissus fort peu résistants , les Éolides ne peuvent se prêter à ce moyen de démonstration , l’analogie n’en doit pas moins faire admettre que ces Mollusques ne diffèrent pas, sous ce rapport, des nudibranches que nous venons de citer. Nous devons dire cependant qu'après avoir examiné de nouveau et sur un grand nombre d’individus les deux vaisseaux qui, de la partie postérieure de la masse buccale , se rendent dans l’enveloppe extérieure (pl. 24 B, fig. 1), et que nous avons décrits ailleurs comme des veines satellites de

NUDIBRANCHES. 427

Le système veineux branchial ou efférent est mieux délimité et plus apparent que le système veineux général ou afférent. Après avoir traversé le réseau vasculaire qui recouvre les papilles branchiales, le sang passe, comme nous l'avons vu précédemment, dans une veine qui longe l’un des bords de ces appendices; toutes ces veines aboutissent à des veines plus considérables qui parcourent la base des branchies et dont la disposition est par conséquent toujours en rapport avec celle de ces organes; c’est ainsi que, dans l'Éolide de Cuvier, ces veines forment une série de canaux qui, de chaque côté de la ligne médiane, se portent de dehors en dedans, parallèlement aux veines qui portent le sang aux branchies. Tout le système veineux branchial vient aboutir généralement à trois troncs principaux Gu sinus, l’un postérieur et médian , les deux autres antérieurs et latéraux, qui se trouvent dans l'épaisseur de la paroi supérieure du corps et qui versent directement le sang dans Poreillette (pl. 24 B, fig. 1).

Cette oreillette, assez volumineuse, reçoit ces trois troncs veineux par sa partie postérieure et médiane, et par ses deux extrémités latérales qui sont un peu recourbées en avant; c’est du moins la disposition que lon trouve dans l'Éolide de Cuvier et que nous avons fait représenter sur nos planches; ses parois, très-minces , sont doublées de quelques fibres muscu-

l'aorte antérieure, nous sommes restés dans le doute sur la nature de ces parties.

laires qui circonscrivent, par leur entre-croisement, de petits espaces en forme de losanges (pl. 24 B, fig. 1).

Le ventricule , qui fait suite à l’oreillette en avant, est pyriforme et a des parois beaucoup plus épaisses ; sa structure est du reste la même que dans la plupart des autres Mollusques Gastéropodes.

Le cœur est contenu , comme chez les autres nudibranches, dans un péricarde assez résistant qui adhère à la paroi supérieure de la cavité viscérale, sur la ligne médiane (pl. 24 B, fig 4) (1).

De la paroi antérieure du ventricule naît l'aorte qui se divise, presque immédiatement après son origine, en deux troncs principaux, l’un antérieur, l'autre postérieur. Le premier, après avoir fourni une grosse branche à l'appareil générateur (matrice et organe mâle), se porte en avant, vers la masse buccale, et se distribue aux parties antérieures de l'animal, comme dans les autres Mollusques. Le second se rend dans l'ovaire où il se distribue en grande partie; quelques branches sortent de cet organe, pour se jeter dans le pied qu'elles couvrent de leurs ramifications (pl. 24B,

fig:4

L'appareil de la génération est entièrement semblable à celui des autres nudibranches et surtout des Tritonies cr

(4) Nous avons trouvé, annexé au péricarde, un petit organe glanduleux dont nous ignorons entièrement les usages (pl. 24 B, fig. 1, y).

(2) La description que Cuvier a donnée de cet appareil, dans ses

mémoires, est inexacte,

NUDIBRANCHES. 429

Cet appareil se compose d’abord d’un organe volumineux qui occupe, en arrière, une grande partie de la cavité abdominale (pl. 24 À, fig. 11, o); cet organe, en forme de grappe plus ou moins serrée, est incontestablement l'ovaire; mais nous examinerons bientôt sil n'aurait pas en même temps d’autres usages. Un canal très-grêle d’abord, que nous devons regarder, d’après cela, comme un oviducte, naît par des ramifications de cet ovaire ; après un assez court trajet, ce canal présente un renflement considérable, formant deux ou trois replis serrés , et s’amincit ensuite de nouveau de manière à reprendre presque son premier calibre. (pl. 24 À, fig. 41, d, d', et pl. 24 B, fig. 1).

L’oviducte, dont nous venons de parler, se continue antérieurement avec deux autres conduits (pl. 24 A, fig. 20, d, d',); l'un, beaucoup plus large, à parois gélatineuses et comme boursouflées, est réuni, par des circonvolutions très-serrées, en une masse globuleuse qui occupe la partie antérieure de la cavité abdominale (pl. 24 À, fig. 11, z7,), et recoit, près de sa terminaison à l'extérieur, le canal long et grêle d’une petite vésicule oblongue (pl. 24 A, fig. 18,19, 20, x); l’autre conduit, faisant suite à l’oviducte, est un long tube entortillé qui va aboutir à l'extrémité de la verge (pl. 24 À, fig. 11 et 20, z). Le premier de ces conduits , qui est représenté dans sa disposition normale (fig. 18et19,77,m, m)et déroulé (fig. 20,»,m,m), a été pris par Cuvier pour le testicule dans les Tritonies, les Scyllées, etc. ; mais c'est évidemment le second oviducte désigné sous le nom de matrice; et, la vésicule

qui vient aboutir près de son orifice extérieur, est celle qui est connue sous les noms de vésicule de la pourpre, de vésicule copulatrice, etc. ; quant à l’autre conduit, ses connexions avec la verge nous l’avaient d’abord fait regarder comme le testicule; mais, dans d’autres nudibranches et même dans quelques espèces du genre Éolide, cette partie se trouve réduite à un canal trèscourt qui se rend presque directement à la verge, ce qui nous porte à la considérer plutôt comme un simple canal déférent. D’après cette dernière détermination, l'organe que nous avons décrit comme l’ovaire, serait dans les nudibranches, comme chez les pulmonés, un organe hermaphrodite sécrétant à la fois les zoospermes et les ovules ; c’est du reste un point que l’observauon microscopique permettra d’éclaircir avec assez de facilité.

La verge est formée par un organe creux et exsertile, comme dans beaucoup d’autres gastéropodes (pl. 24 À, fig. 18, 19, 20, v); son orifice se trouve placé, comme nous l’avons déjà vu, en avant et un peu en dessus de celui de l’oviducte (fig. 18, 20, v’).

Le système musculaire, dans les Éolides, est tout à fait semblable à celui des autres nudibranches, des Doris, des Tritonies, etc.

Le système nerveux présente aussi, dans sa disposition , la plus grande analogie avec celui des Mollusques que nous venons de citer.

L'anneau nerveux se compose de quatre petites

NUDIBRANCHES. 431

masses ganglionnaires qui sont placées transversalement en dessus de l’œsophage.

Les deux ganglions intermédiaires, plus volumineux et de forme oblongue, donnent naissance antérieurement à cinq paires de nerfs qui se rendent aux tentacules, au pourtour de la bouche, aux appendices tentaculaires de la tête, à la masse buccale et aux ganglions buccaux; de leur extrémité postérieure part un autre nerf qui se distribue à l’appareil digestif, au cœur et au péricarde ; enfin, ces ganglions fournissent encore par leur bord externe, au niveau de la commissure qui les unit aux ganglions latéraux, deux nerfs qui nous ont paru se rendre aux branchies; un de ces nerfs, plus volumineux que l'autre, donne, en outre, du côté droit, une branche considérable qui se perd dans l'appareil générateur (pl. 24 A , fig. 15,16, et pl. 24 B, fig. 1) (1).

Les deux ganglions que nous venons de décrire sont unis, en dessous de l’œsophage, par une commissure très-grêle de laquelle part, du côté droit, un filet nerveux qui nous à paru se terminer aussi aux papilles branchiales.

Les deux autres ganglions du collier nerveux, placés en dehors des précédents et plus petits, donnent naissance chacun à deux nerfs qui vont se ramifier dans le pied; ces ganglions communiquent entre eux par

(4) Le ganglion droit fournit encore, par sa partie postérieure et supérieure , un filet nerveux très-grêle que nous n’avons pu suivre jusqu’à sa destination.

une commissure assez large qui complète le collier inférieurement (pl. 24 À, fig. 15,16, et pl. 24 B, fig. 1). Les ganglions buccaux, situés en dessous de l’œsophage et à la partie postérieure de la masse buccale, forment un petit système assez compliqué dans ces Mollusques. Ces ganglions fournissent antérieurement et tout près de la commissure qui les réunit sur la ligne médiane, un petit filet nerveux très-grêle qui nous a paru se rendre à la langue. De leur bord externe naissent trois autres cordons nerveux dont fun est le nerf qui unit les ganglions buccaux aux ganglions sus-œsophagiens; un autre se dirige en dehors et en avant, pour se perdre aussitôt dans la masse buccale ; enfin, le troisième, qui a son origine entre les précédents, se renfle presque immédiatement en un petit ganglion ovoide duquel partent plusieurs filets nerveux qui se distribuent surtout à l’œsophage; un de ces nerfs, un peu plus volumineux, longe ce canal et va se perdre sur les parois de la poche stomacale où il présente encore un certain nombre de renflements ganglionnaires (pl. 24 À, fig. 17, et pl. 24 B, fig. 1). D’après la description que nous venons de donner, le système nerveux central des Éolides ne se composerait que de deux paires de ganglions, contrairement à ce que nous avons cherché à établir précédemment (1); mais, nous avons vu que les masses ganglionnaires médianes ne fournissent pas seulement les nerfs qui sont destinés aux organes des sens, et que, de leur partie

(1) Voir la page 69 de ce volume.

NUDIBRANCHES. 433 postérieure et externe, parlent d'autres nerfs qui se rendent exclusivement aux viscères; nous croyons donc qu'il faut les considérer comme constituées par la réunion des ganglions cérébraux et de ceux qui sont affectés aux organes de la vie végétative. Cette manière de voir se trouve confirmée par ce qui existe chez les Tritonies, dont le système nerveux est tout à fait analogue à celui des Éolides; dans ces nudibranches, les masses ganglionnaires centrales sont divisées, par un rétrécissement bien marqué, en deux parties qui correspondent évidemment aux ganglions cérébraux et à ceux dont les nerfs sont destinés aux viscères.

Dans l’Éolide de Cuvier, les yeux sont appliqués sur les ganglions cérébraux et forment seulement une pelite saillie à leur surface, comme nous l'avons déjà vu chez les Phvylliroés; mais, dans d’autres espèces, ces organes adhérent à la peau et communiquent alors avec ces ganglions par des nerfs optiques bien distincts.

On voit également à la face supérieure des ganglions cérébraux, en arrière des veux, la petite capsule qui représente l'organe auditif dans ces Mollusques (pl. 24

A , fig. 15).

Les Éolides paraissent être des Mollusques assez communs dans toutes les mers; mais elles ne se montrent ordinairement sur les rivages qu'a certaines époques de l’année, du moins dans nos climats ; on les rencontre aussi quelquefois en pleine mer, sur les plantes marines erranies.

Bouite, — Zool. Tome fl. Partie I

Nous en avons quelques espêces sur nos côtes, entre autres la grande et belle espèce que nous avons fait représenter sur nos planches et qui est désignée, par la plupart des zoologistes, sous le nom d’Éolide de Cuvier. Cette Éolide est commune sur les côtes de la Manche pendant les premiers mois de l’année ; M. Bouchard- Chantereaux , à qui nous devons d’avoir pu en faire une étude complète, en a donné une très-bonne description, accompagnée de détails pleins d'intérêt sur les mœurs, les habitudes et le mode de reproduc-

tion de ces Mollusques (1).

Le genre Cavoline, établi par Bruguière, dans les planches de l'Encyclopédie, et que quelques auteurs ont cru devoir conserver, doit être réuni au genre Éolide; sous le rapport de leurs caractères extérieurs, les Cavolines ne diffèrent pas des Éolides, comme l'ont déjà reconnu plusieurs observateurs ; nous nous sommes assurés que l’organisation intérieure était

aussi tout à fait la même.

(4) Catalogue des Mollusques marins des côtes du Boulonnaïs ,

pag. 33.

NUDIBRANCHES. 435

GENRE JANUS. — Janus, Vérany.

Ce genre a été proposé par M. Vérany (1), pour un petit Mollusque nudibranche très-voisin des Éolides ; nous devons à l’obligeance de ce naturaliste d’avoir pu en faire l’étude sur plusieurs individus qu'il a bien voulu mettre à notre disposition.

Les Janus diffèrent extérieurement des Éolides par la disposition des appendices branchiaux qui se prolongent jusqu’à l'extrémité antérieure de l'animal, autour de la tête, et par la position de l'anus qui est postérieur et médian comme dans les Doris. Le bord antérieur du pied, parcouru par un sillon marginal, ne se prolonge pas en pointe sur les parties latérales ; mais cette forme du pied n’est pas propre aux Janus, car on l’observe aussi dans quelques espèces d'Éolides. Nous considérons également, comme un caractére simplement spécifique, la disposition particulière qu'offrent les tentacules postérieurs ou dorsaux dans l'espèce sur laquelle M. Vérany a établi ce genre, et que nous reproduisons d’après ses dessins (DEC, RUE D à

L'organisation intérieure des Janus présente la plus grande analogie avec celle des Éolides.

(1) Revue zoologique, 1844, pag. 302; et Magasin de zoologte , 1845, Mollusques, pl. 136.

Les organes de la respiration et de la circulation sont tout à fait semblables; les troncs vemneux qui portent le sang dans l'oreillette du cœur, nous ont présenté seulement une disposition s’éloignant un peu de celle que nous avons décrite dans l'Éolide de Cuvier ; ces vaisseaux n'aboutissent plus, postérieurement, à un sinus médian, mais se jettent isolément et en assez grand nombre dans l'oreillette.

L'appareil digestif est le seul qui diffère d’une manière un peu notable du même appareil chez les Éolides.

La masse buccale est munie, comme dans ces derniers Mollusques, de deux màchoires cornées, disposées de la même manière, mais d’une forme un peu différente (pl. 24 C, fig. 41, 12). La langue est aussi d’une autre forme et recouverte en partie de crochets cornés; ces crochets, qui ne peuvent être vus qu'à un fort grossissement, sont rangés par lignes transversales sur sa face inférieure , de chaque côté de la ligne médiane, et s'étendent en avant jusqu’à son sommet; en arrière, ils se prolongent dans une sorte de cœcum que l’on voit à la partie supérieure de la masse buccale, en dessous de l’œsophage (fig. 9, 10,225:

L’estomac diffère encore sensiblement de celui des Éolides; au lieu de se prolonger, en se rétrécissant , jusqu'à la partie postérieure de la cavité viscérale, il forme une poche ovoïde assez grande, qui occupe seulement le milieu de cette cavité (fig. 3, e).

Les canaux hépatiques ne constituent que trois

NUDIBRANCHES. 437

troncs principaux qui s'abouchent dans l'estomac, sur les côtés et à la partie postérieure de cet organe; ces trois troncs se subdivisent ensuite en un grand nombre de branches qui se rendent dans les appendices branchiaux (fig. 3).

l'intestin est disposé comme dans les Éolides ; il se porte seulement un peu plus en arrière, et, au lieu de rester latéral, il vient s'ouvrir sur la ligne médiane (fig. 3, &, et fig. 1, a). Cet orifice est entouré de granulations jaunätres comme dans Îles Doris.

Nous n'avons trouvé aucune trace de glandes salivaires dans ces Mollusques.

La disposition du foie est la même que chez les Éolides. Les prolongements des canaux hépatiques, qui pénètrent dans les appendices branchiaux, sont entourés, à l'extrémité de ces appendices, par une petite masse de granulations brunâtres au dela desquelles ces canaux se terminent également par un petit renflement, en forme de vésicule ovoide; mais, en outre, des granulations plus fines nous ont paru doubler les parois des canaux hépatiques dans presque toute leur étendue, de sorte que le foie aurait réellement, d’après cela, une disposition ramifiée dans ces Mollusques (fig. 3, 4).

L'appareil de la génération est entièrement semblable à celui des Éolides ; le canal qui joint l’oviducte à la verge, et que nous avons considéré comme une sorte de canal déférent , est seulement beaucoup mois

long que dans l’£olide de Cuvier (Hg. 3, 5).

Enfin , le système nerveux des Janus ne diffère aussi

: Fe à , à < en rien d’important de celui des Eolides (1).

Le genre que MM. Alder et Hancock ont proposé, en Angleterre, sous le nom de F’enilia (2), dénomination qu'ils ont remplacée plus tard par celle de Proctonotus (3), nous paraît devoir être réuni à celui que nous venons de décrire; en effet, les Mollusques sur lesquels ces deux genres ont été établis, diffèrent également des Éolides par la disposition des appendices branchiaux, autour de la tête, et par la position postérieure et médiane de l'anus. Quant au genre Zéphyrine (Zephyrina), établi par M. de Quatrefages, et que ce naturaliste a rapporté plus tard au genre F’enilia de MM. Alder et Hanock (4), il a été caractérisé d’une manière trop incomplète par son auteur, pour qu’il soit possible de dire ce que c'est; nous croyons cependant que ce n'est qu'une Éolide.

(1) Les détails que nous donnons ici sur le genre /anus sont extraits du mémoire que nous avons présenté à l’Académie des sciences, dans la séance du 43 janvier 1845, et que nous avons cité précédemment ; M. E. Blanchard a publié depuis, sur ce genre, un mémoire très-détaillé dans les Annales des sciences naturelles, tom. XI de la 3° série, 1849, pag. 76.

(2) The Annals and magazine of natural history. vol. XI, pag. 161 (1844).

(3) Monograph of the nudibranchiate Mollusca, pl. 42 (1845).

(4) Ann. des sc. nat., tom. I de la 3° série, pag. 130 et 191 1844).

NUDIBRANCHES. 439

GENRE GLAUCUS. — Glaucus, Forster.

Les Glaucus sont assez bien connus dans leurs caractères extérieurs ; il n’en est pas de même de leur organisation interne sur laquelle on n’a encore que des renseignements très-incomplets et même presque entièrement inexacts. L'étude de ces Mollusques présentait des difficultés très-grandes avant les recherches récentes qui ont dévoilé l’organisation singulière des Éolides; les analogies qui rapprochent celles-ci des Glaucus sont, en effet , tellement grandes, que c'est à peine si ces derniers méritent d’être conservés en un

genre distinct.

Les Glaucus peuvent être considérés comme des Éolides dont les cirrhes branchiaux sont supportés par des prolongements plus où moins pédiculés , disposés par paires sur les parties latérales du corps, et dont le pied rudimentaire n’est plus propre à la reptauon. Par leurs autres caractères extérieurs, les Mollusques de ces deux genres se ressemblent entièrement; nous noterons seulement encore la position un peu plus latérale des tentacules postérieurs où dorsaux, chez les Glaucus (pl. 24 bis, fig. 1).

Les mêmes analogies se retrouvent dans leurs caractères anatomiques ; on reconnaitra facilement ces analogies sur les figures que nous donnons, sans que nous

e entrions dans une description détaillée à ce sujet.

Ainsi, l’on peut voir que les appendices branchiaux et l'appareil circulatoire rappellent tout à fait, par leur structure et par leur disposition, ee que nous avons décrit chez les Éolides (pl. 24 bis, fig. 3 c, et fig. 4,5, 6).

Il en est de mème de l'appareil digestif. La masse buccale est semblable, dans tous ses détails, à celle des Éolides (pl. 24, fig. 20, 21, et pl. 24 bis, fig. 7, 8, 9,10). L'estomac forme également une vaste poche qui se prolonge, en se rétrécissant, jusqu'à l'extrémité postérieure de la cavité viscérale; mais cette poche, au lieu de donner naissance latéralement à un certain nombre de canaux hépatiques, comme dans les genres précédents , envoie des prolongements dans les appendices qui supportent les cirrhes branchiaux, et c’est dans ces prolongements que viennent aboutir les ramifications hépatiques (pl. 24, fig. 19, e, e). Enfin, la disposition de l'intestin est encore la même que chez les Éolides ; l’orifice anal est seulement un peu plus postérieur et tout à fait latéral (même fig., #, £, à).

Les Glaucus sont pourvus de deux glandes salivaires oblongues, blanchâtres, très-déprimées et comme foliacées, s’ouvrant par un canal excréteur court et grêle en dessus de la cavité buccale, sur les côtés de l’œsophage (pl. 24, fig. 19, 20, s, s).

Le foie occupe le centre des appendices branchiaux et présente une forme ramifiée; le canal hépatique central se termine à l'extrémité de chacun de ces appendices par une vésicule ovoide, comme dans les Éolides (pl. 24 bis, fig. 3, 4).

L'appareil générateur offre la même conformation

NUDIBRANCHES. 441 que dans les genres précédents; il ne diffère que par la longueur considérable du second oviducte ou de Îa matrice qui forme une masse étroitement pelotonnée (pl. 24, fig. 26, »+, mm), et par le volume également trés-grand de la verge qui est d’une forme prismatique triangulaire , et terminée par un crochet corné à son extrémité (fig. 19, 22, 23, 24, 26, v, »). Les deux orifices de cet appareil sont situés au côté droit de l’animal, entre les deux premiers groupes branchiaux ; ils sont réunis sur un tubercule commun, comme chez les Éolides (pl. 24, fig. 19, 27).

D'après les figures que nous donnons du système nerveux , l’on peut voir que ce système ressemble encore tout à fait à celui des Éolides, par la disposition des ganglions qui composent l'anneau œsophagien et par la distribution des nerfs qui en émanent; il n’en differe guère que par la forme de ces ganglions et par les trois commissures qui réunissent les ganglions latéraux

Cp bis. fe HM2set344 15):

© Nous n'avons trouvé aucune trace d’yeux dans ces Mollusques. L'organe auditif, tout à fait analogue à celui que nous avons déjà décrit dans d’autres Mollusques, est situé, de chaque côté, au point de réunion des ganglions de l'anneau nerveux (fig. 41, 13).

Les Glaucus différent des autres Mollusques de la même famille par leurs mœurs pélagiennes; on ne les renconire qu'en pleine mer, à la surface de l’eau, où ils paraissent se maintenir sans efforts el toujours dans

une position renversée ; aussi la face dorsale de leur

corps est-elle toujours moins colorée que la face inferieure, par suite de l'exposition de celle-ci à la lumiere. Ces Mollusques n’exécutent que des mouvements peu étendus, à l’aide des contractions qu'ils impriment à tout leur corps et surtout aux appendices branchiaux. Ils rendent leurs œufs sous la forme de longs cordons gélatineux et cylindriques, comme la plupart des Nudibranches (pl. 24, fig. 25 ).

D'après l'examen que nous avons fait d’un grand nombre d'individus, nous croyons, avec M. de Blainville, MM. Quoy et Gaimard, etc., que ce genre ne renferme encore qu’une seule espèce, et que les différences qui ont été observées dans le nombre et la forme des appendices branchiaux, différences qui ont été exagérées dans quelques figures, ne constituent

tout au plus que des variétés.

NUDIBRANCHES. 44

GENRE TERGIPE. — Tergipes, Cuvier.

Cuvier a établi ce genre pour un petit Mollusque que Forskal avait fait connaitre sous le nom de Zirnax Tergipes, et qui se rapproche encore beaucoup des genres que nous venons d'étudier. Il est sans doute inutile de dire que le caractère sur lequel ce genre a été établi et qui lui a fait donner le nom de Tergipes, savoir l’existence, à l'extrémité des appendices branchiaux, de petits suçoirs qui serviraient à lanimal pour marcher sur le dos, n’est qu'une erreur qu'il faut probablement attribuer à lhabitude qu'ont les Tergipes, comme les autres genres de la même famille , de se tenir à la surface de l’eau, dans une position renversée.

Les Tergipes se distinguent des genres précédents : par leurs branchies en forme de petites massues et disposées sur une seule rangée longitudinale, de chaque côté de la ligne médiane; par leurs tentacules postérieurs, évasés supérieurement en cornets, COMME CEUX des Scyilées (1); par leur tête élargie en forme de

(4) Quelques auteurs n’ont pas fait mention des tentacules antérieurs des Tergipes; nous avons vu bien distinctement , sur les individus que nous avons examinés, quoique contractés par lalcool, deux petites saillies placées en avant des tentacules , et qui nous paraissent correspondre aux tentacules buccaux des Éolides (fig. 16, 18).

voile semi - circulaire. Leur pied, pourvu d'un sillon marginal à son bord antérieur, ne dépasse pas latéralement le corps de l'animal; l'anus est au côté droit, comme dans les Éolides, mais situé plus antérieurement ; enfin les orifices de l'appareil générateur se trouvent également du même côté, à peu de distance de la tête (pl. 24 bis, fig. 16, 17, 18).

L'organisation intérieure des Tergipes se rapproche encore beaucoup de celle des Éolides, des Janus, etc.

Les organes de la respiration, représentés par les appendices dorsaux, ont une structure tout à fait semblable; dans l'espèce que nous avons étudiée, le Tergipe couronné, ces appendices présentent à leur face interne trois replis membraneux qui paraissent étre plus particulièrement le siége de la respiration (fig.20).

L'appareil circulatoire ne diffère de celui des genres précédents que par la position plus antérieure du cœur, et par la longueur moins considérable des deux troncs aortiques (fig. 23).

Le tube digestif offre aussi beaucoup d’analogie avec celui des Éolides; mais il en diffère en même temps d’une manière assez notable dans quelques-unes de ses parties. La masse buccale est petite et de forme ovoide; elle est dépourvue de màchoires et munie seulement d’un renflement lingual, entierement semblable à celui des Glaucus (fig. 25, 26, 27, 28). L’œscphage est court et d’un très-petit calibre. La poche stomacale, assez grande, occupe toute l'étendue de la cavité viscérale et se rélrécit progressivement jusqu'à

son extrémité postérieure (fig. 22, €, €). L'intestin

NUDIBRANCHES. 145 nait de sa partie antérieure et supérieure, du côté droit; après un trajet très-court, il se termine du même côté, sur la face dorsale, entre les deux premiers appendices branchiaux (fig. 20, r, et fig. 46, a).

L'orifice buccal présente, à son pourtour, de pettes vésicules qui communiquent avec l’intérieur de la bouche, par des canaux excréteurs très-déliés, et qui nous paraissent devoir étre considérées comme des glandes salivaires; ces vésicules sont réunies en peütes grappes, de deux à quatre chacune (hs:125,:26):

Le foie est constitué par une masse granuleuse jauuàtre, qui remplit l’intérieur des appendices branchiaux (fig. 24); de chacun de ces appendices part un canal hépatique qui vient se rendre directement dans la poche stomacale (fig. 22).

L'appareil générateur nous à paru tout à fait semblable à celui des Éolides , etc.; ‘la verge est très-petite et reçoit, à son orifice, le canal d’une vésicule allongée qui n’existe pas dans les genres précédents (fig. 23et 29, v, y).

Le système nerveux des Tergipes offre une disposiuon différente de celle que nous avons rencontrée dans ces mêmes genres. Le collier nerveux se compose de six ganglions étroitement groupés autour de l’'œsophage : deux de ces ganglions , situés en avant et au-dessus des autres, fournissent trois nerfs qui se rendent aux tentacules et à la bouche; les nerfs buccaux aboutissent à deux petits ganglions sphériques qui se voient à la partie postérieure de la masse buc-

cale, et qui envoient plusieurs filets à cette partie. Deux

autres ganglions, situés en arrière et au-dessous des précédents, donnent chacun un nerf qui va se perdre dans le pied. Les deux derniers ganglions de l’anneau nerveux, placés en arrière des précédents et d’un volume inégal, donnent naissance à quelques nerfs qui nous ont paru se distribuer aux visceres (fig. 30, 31). Les ganglions de la première paire, ou les ganglions cérébraux, présentent un petit point noirâtre formé par un œil rudimentaire, comme dans quelques-uns des Mollusques que nous avons déjà examinés. L’organe auditif se voit également au point de réunion de ces ganglions, avec ceux de la seconde paire (fig, 30).

M. Nordmann, qui a publié récemment un mémoire très-détaillé sur le genre Tergipe (1), a rapporté à ce genre deux espèces qui nous paraissent devoir en être séparées, d’après la forme de leurs tentacules et d’après quelques autres différences dans leur organisation intérieure. M. de Quatrefages a proposé, pour une espèce semblable, le genre 4mphorine ( Amphorina) qui, d’après cela, mériterait peut-être d’être conservé (2).

(1) Ann. des sc. nat., tom. V de la 8° série, 1846, pag. 109. (2) Mème recueil, tom. I de la 3° série, 1844, pag 145.

NUDIBRANCHES. 447

Genre CALLIOPÉE, — Calliopæa, d'Orbigny.

Les Calliopées forment un genre bien distinct de ceux qui précèdent ; M. d'Orbigny, qui l'a proposé, n'en avait donné qu'une description assez incomplète (1); M. Vérany a, le premier, bien reconnu ses caractères (2). L'organisation intérieure des Calliopées est encore peu connue; les observations de M. Milne- Edwards sur le tube digestif de ces Mollusques, observations que nous avons citées précédemment (3), sont les seules, à ce que nous croyons, qui aient été publiées à ce sujet. Nous avons pu étudier ce genre d’une manière complète sur une espèce décrite par M. Vérany, sous le nom de Calliopee de Souleyet (4), et dont ce naturaliste a bien voulu nous adresser plu-

sieurs individus parfaitement conservés.

Les Calliopées ressemblent encore aux Éolides par la forme de leurs corps et par la disposition de leurs branchies; mais ces Mollusques n’ont que deux tentacules qui nous paraissent correspondre aux tentacules postérieurs ou dorsaux des Éolides, plutôt qu'aux

(1) Magasin de zoologie, année 1837, pl. 108.

(2) Catalogo degli animali invertebrati marini del golfo di Genova e Nizza, 1846, pag. 23.

(3) Voir la page 394 de ce volume.

(4) Loco cit., pag. 23.

tentacules buccaux de celles-ci, comme Fa dit M. d'Orbigny; ces tentacules sont allongés, terminés en pointe et aplatis, du moins dans lespèce que nous avons examinée. Les yeux se voient à la base et en arriere de ces organes. La tête forme, en avant, une sorte de bourrelet arrondi qui circonscrit supérieurement et sur les côtés l’orifice buccal. Le pied est un peu élargi à son bord antérieur, qui est pourvu d’un léger sillon marginal. L’anus est tout à fait antérieur et médian. Les orifices de l'appareil générateur sont séparés; celui de l’oviducte est à sa place ordinaire; celui de la verge est situé plus en avant, à la base du tentacule droit (pl. 24 C, fig. 13, 14, 15).

C’est surtout par leur organisation intérieure que les Calliopées différent des genres que nous avons précédemment étudiés.

Cependant ces différences ne portent ni sur les organes de la respiration, ni sur ceux de la circulation, qui sont encore semblables à ceux de ces genres, par leur disposition et par leur structure. Le cœur est seulement plus antérieur encore que dans les Tergipes, et les deux troncs aortiques sont, par suite, très-courts, comme dans ces derniers Mollusques (fig. 19, c).

L'appareil digestif s'éloigne notablement par sa conformation de celui des Éolides et même des Tergipes ; cet appareil offre au contraire une très-grande analogie avec celui des Elysies, ainsi que nous le verrons par la suite. La masse buccale, de forme ovoide et marquée de stries transversales , n'offre, comme celle des Ter-

gipes, aucune trace de parties dures ou de mâchoires;

NUDIBRANCHES. 449 mais sa cavité présente inférieurement un renflement lingual armé de crochets volumineux et comme imbriqués (fig. 20, 23, /', et 24); la série que forment ces crochets se prolonge dans une sorte de cœcum qui fait saillie au-dessous de la masse buccale (fig. 21, 22, /'). L’œsophage, d’un très-petit calibre à son origine, s’élargit, en arrière de l’anneau nerveux, et présente supérieurement une petite dilatation arrondie qui forme comme un premier estomac; après avoir repris son premier calibre, il se dilate de nouveau pour constituer la poche stomacale. Celle-ci, bien moins grande que dans les genres précédents, se continue directement, sur les côtés, avec deux larges canaux hépatiques, subdivisés en un grand nombre de branches qui se rendent dans les appendices branchiaux (fig. 18, e). L'intestin nait de la partie antérieure et supérieure de l'estomac; il se porte en arrière, en décrivant une petite courbure à droite, et vient s'ouvrir, après un trajet fort court , sur la ligne médiane (fig. 18, à, et fig. 13, à).

Les Calliopées sont munies de deux glandes salivaires très-allongées (fig. 18, s, s); l’orifice buccal est entouré, en outre, de petites vésicules semblables à celles que nous avons décrites dans les Tergipes (fig. 20, 21, 22).

Les prolongements des canaux hépatiques, qui pénetrent dans les appendices branchiaux, s’y renflent d’une manière considérable et présentent la disposition que nous avons représentée (fig. 16, 17); mais ce n’est pas seulement cette partie qui doit être considérée comme constituant le foie des Calliopées; les

Bonile. — Zool. Tome IT, Partie HI. 29

canaux hépatiques ont également leurs parois recouvertes de granulations verdâtres, et forment par conséquent aussi une portion de cet organe (fig. 48).

La conformation de l'appareil générateur, chez les Calliopées, diffère entièrement de celle que nous avons décrite dans les Éolides et les autres genres de cette famille. Cet appareil étant tout à fait analogue à celui des Élysies, dont nous donnerons plus tard une description très-détaillée, nous nous bornerons à indiquer succinetement ici les différentes parties qui le constituent. 11 se compose : 1° d’un ovaire en forme de grappe (fig. 25, 0, 0); 2° d’un oviducte renflé sur une partie de son trajet (fig. 25, d'); 3° d’une matrice qui reçoit, assez loin de son orifice extérieur, le canal d’une vésicule copulatrice (fig. 25, 7, m, x, ol et fig. 15, o!); 4° d’un organe sécréteur mâle, formé par des cœcums ramifiés et disposés symétriquement de chaque côté de la ligne médiane (fig. 25, z,z); 5° d’un canal déférent qui communique avec l’oviducte et qui se porte presque directement à un organe excitateur dont l’orifice est situé, comme nous l’avons dit, à la base du tentacule droit (fig. 25, v, v’, fig. 26, et fig. 15, v’); 6° enfin, d’un appareil sécréteur accessoire, annexé à cette deruière partie de l'appareil générateur.

Le système nerveux ressemble à celui des Tergipes; les ganglions qui composent le collier nous ont paru seulement dans des connexions un peu différentes, (fig. 27 et 28). Les yeux ne sont plus aussi en rapport immédiat avec les ganglions cérébraux.

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GENRE DORIS. — Doris, Cuvier.

DORIS SANDWICHIENNE.

Doris sandwichiensis, nobis.

Doris, corpore ovali, planulato, molli, lævi ; dorso albido, subcæruleo, in medio violaceo, maculis albis et purpureis distincto ; velo lato, undulato, purpureo; tentaculis superioribus clavatis ; appen-

dicibus oris latis ; branchiis octo ramosis, roseo punctatis.

Cette grande et belle espèce a le corps ovalaire, aplati, mou, lisse; le dos, d’un blanc bleuâtre sur les côtés, et de couleur violacée sur la ligne médiane, est marqué dans toute son étendue de taches pourprées de différentes grandeurs et irrégulièrement disposées ; les bords du manteau trés-larges, minces et ondulés, sont d’une belle couleur pourpre, interrompue en dessous par une bande blanchâtre qui entoure le pied et qui se prolonge, en avant, au delà de la bouche et de ses appendices. Les tentacules supérieurs, en forme de massue et lamelleux à leur sommet, sont également d'une couleur pourpre très-foncée. Les appendices buccaux sont larges, à bords onduleux et comme frangés. Le pied, de couleur jaunâtre, a à peine la moitié de la largeur du corps; ses bords sont minces et ondulés comme ceux du manteau. Les branchies forment huit arbuscules disposés en cercle autour de

l'anus; cette ouverture est placée au centre d’un tubercule arrondi et saillant.

Cette Doris habite les iles Sandwich; nous l’avons recueillie à Hawaï, la principale des îles de ce groupe. Sa longueur est de douze à quatorze centimetres.

Elle a beaucoup de rapports avec la Doris bordée (Doris marginata), décrite par MM. Quoy et Gaimard dans la Zoologie du oyage de l’Astrolabe (A); mais elle en diffère par sa forme moins allongée et surtout par sa coloration.

(1) Voir cet ouvrage, tom. I, pag. 255, pl. 17, fig. 1-5.

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