CHAPITRE IX
Description des Poissons.
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SOUS-GENRE ROUSSETTE. — Serzzium. Cuv.
ROUSSETTE FREYCINET , mäle, — Scyizium FREYcINETI. Cuv.
Scylhum, naribus fimbriatis ; pinnä ani sub caudä, pectoralibus ventralibusque latis, rotundatis ; corpore subrubente , fusco annulato.
CE poisson, que nous avons rapporté de l'ile Vaigiou, appartient à la division des roussettes étrangères de M. Cuvier : nous lui conservons le nom spécifique que ce savant lui a D dans les galeries du Muséum.
Notre individu a environ un pied de long; son corps, arrondi et gros en avant, devient effilé graduellement ; son museau est obtus et arrondi; la bouche, peu éloïgnée, n'en est séparée que par les narines, qui sont frangées. Les lèvres sont saïllantes, plissées ; les dents petites, nombreuses, et sur plusieurs rangées. Les évens, beaucoup plus grands qu'ils ne le sont ordinairement dans ce sousgenre, sont placés très-près et au-dessous des yeux. Les quatrième et cinquième ouvertures des branchies sont plus rapprochées l'une de l’autre que les précédentes, et en partie cachées par la base des pectorales. Ces nageoires, de même forme que les ventrales, maïs
un peu plus larges, en sont éloïgnées de neuf lignes. Les deux dorsales, de grandeur égale, sont triangulaires et obtuses ; leur distance entre elles est de quatorze lignes. L'origine de la première correspond au milieu des ventrales. L'anale, petite, alongée et tout-à-fait reculée sous la caudale qu'elle touche, ne paroît être que son premier lobe. Cette dernière nageoiïre, comprimée , comme tronquée à son extrémité qui offre l'indication d’une échancrure, est formée de deux lobes distincts, dont le premier est le plus grand.
Les appendices génitaux sont peu saïllans, ce qui doit faire supposer que cet individu est un Jeune.
La peau est très-rude. Le fond de la couleur est rougeâtre, avec de larges anneaux d'un brun rougeâtre aussi, mieux dessinés vers la queue. Les dorsales ont chacune deux taches arrondies, de même teinte.
Les deux individus que nous avons déposés au Muséum ont un peu souffert.
Voyage ae l'Uranie. — Zoologie. ; 215)
SoUus-GENRE REQUIN. — CARCHARIAS. Cuv.
REQUIN A NAGEOIRES NOIRES.—CARCHARIAS MELANOPTERUS. N.
SQUALUS CARCHARIAS MINOR. Forskal. For. ægyp. arab. Amphibia, p. 20. SQUALUS USTUS. Duméril.
Oui, en idiome de Guébé.
PLANCHE 43, fig. 1 et 2.
Carcharias subfulvus , piunis omnibus apice nigris.
LE squale dont nous donnons la figure, a été connu de Commerson, qui en a laissé dans ses manuscrits une esquisse au crayon, laquelle à été reproduite dans le grand ouvrage de M. le comte de Lacépède, à la planche #, figure 1 du tome 1.”, sous le nom de squale requin.
Nous ne croyons pas que ce soit cet individu que Commerson . ait voulu décrire sous le nom de requin proprement dit, car ül ne fait que l'indiquer comme une variété, qu'il n'a pas vue plus grande que le dessin qu'il en donne. C'est cependant une espèce bien distincte : elle n'acquiert pas, ïl est vrai, les dimensions des grands squales, maïs nous nous sommes convaincus que sa longueur peut aller au-delà de quatre pieds.
Du reste ses caractères génériques diffèrent si peu de ceux du requin ordinaire, que nous emprunterons à M. de Lacépède ce que nous avons à en dire, en y ajoutant les particularités spécifiques du nôtre.
Sa longueur est d'à-peu-près vingt pouces ; le museau est aplati et très-rond vers le bout, bien qu'il paroïsse pointu dans le dessin, où on le voit de profil; mais la figure 2 en donne une plus Juste
idée, de même que de la configuration de la gueule. Les dents de la mâchoire inférieure sont pointues; celles d'en-haut, plus aplaties, triangulaires et découpées sur leurs bords.
« Toute la partie antérieure du museau est criblée, par-dessus et par-dessous, d'une grande quantité de pores répandus sans ordre, très-visibles, et qui, lorsque l'on comprime fortement le devant de la tête, répandent.une espèce de gelée épaisse et cristalline. » Les ouvertures des branchies sont placées, de chaque côté, plus haut que les nageoires pectorales. Ces branchies, semblables à celles des raïes, sont engagées chacune dans une membrane très-mince.
‘» Toutes les nageoires sont fermes, roïdes, cartilagineuses. Les pectorales, triangulaires et plus grandes que les autres, s'étendent au loin de chaque côté. La première dorsale plus élevée et plus étendue que la seconde, placée au-delà du point auquel correspondent les nageoires pectorales, et égalant presque ces dernieres en surface , est terminée dans le haut par un bout un peu arrondi. » Plus près de la queue, et au-dessous du corps, on voit les deux nageoires ventrales , qui s'étendent jusqu'aux deux côtés de l'anus, et l'environnent comme celles des raïes.
» La seconde nageoïire du dos et celle de l'anus ont à-peu-près la même forme et les mêmes dimensions; elles sont les plus petites de toutes, situées presque toujours l’une au-dessus de l'autre, et très-près de celle de la queue.
» Au reste, les nageoires pectorales, dorsales, ventrales, et de l'anus, sont terminées en arrière par un côté plus ou moins concave, et ne tiennent point au corps dans toute la longueur de leur base , dont la partie postérieure est détachée et prolongée en pointe plus ou moins déliée.
» La nageoiïre de la queue se divise en deux lobes trèsinégaux : le supérieur est deux fois plus long que fautre, triangulaire, courbé, et augmenté aupres. de sa pointe d'un petit appendice
» également triangulaire. Auprès de cette nageoïre, se trouve, sur » la queue, une petite fossette faite en croissant, dont la concavité » est tournée vers la tête. »
Nous ajouterons que, dans le requin à nageoires noires, qui est un mâle, les appendices de la génération sont peu saïllans, et que son museau-est plus arrondi et moins pointu à l'extrémité, que dans les autres individus du même sous-genre. II diffère beaucoup encore pour la couleur, qui est d'un cendré jaunätre, tandis qu’elle est d’un brun foncé dans le squalus carcharias. La sclérotique est verdâtre s l'iris jaune et la pupille transversale. Inférieurement , on remarque une double fausse paupière aussi rude que la peau extérieure et susceptible de recouvrir l'œiïl. Enfin, à l'extrémité de chaque nageoire est une tache noire, plus foncée sur la première dorsale, les pectorales et le lobe inférieur de la caudale.
Ce poisson provient de l'ile Vaïgiou.
Étant aux îles Mariannes, nous en avons vu, sans pouvoir nous en procurer, qui surpassoient celui-ci de plus du double en dimension. Les pêcheurs leur font la guerre pour les empêcher de manger ou d’effaroucher les poissons auxquels ils tendent leurs filets dans des endroits resserrés où l’eau est peu profonde.
Ces animaux nous ont paru avoir l'ouïe très-fne et bien meilleure que la vue; l'un deux que nous observions sur le rivage, arrivoit très-près du bord sans nous apercevoir, et ce n'étoit que lorsque nous venions à parler qu'il s'enfuyoit avec beaucoup de vitesse.
D'après ce que dit Commerson de ce squale et d’après ceux que nous avons vus, nous ne pensons pas qu'il faille croire avec les Arabes, comme le dit Forskal, que la couleur noire de l'extrémité des nageoires soit susceptible de disparoître avec l'âge. D’aïlleurs cette espèce a encore un caractère distinctif; c’est sa couleur, qui n’est jamais semblable à celle du requin ordinaire, quel que soit son âge.
Sous-GENRE LEICHE. — Scrmnus. Cuv.
LEICHE LABORDE, mäle, — SCYMNUS BISPINATUS. N.
PLANCHE 44, fig. 1 et 2.
Scymnus, corpore cylindrico, nigricante; pinms pectoralibus apice
albidis, ventralibus spinatis.
CETTE leïche, qui na que sept pouces quatre lignes de long et dont la couleur est brune foncée, presque noire, est le seul individu de son espèce que nous ayons pu nous procurer à l'île de France. C'est très-probablement un jeune. Son corps est alongé, presque cylindrique ; sa tête et son museau sont arrondis ; ses narines, largement creusées sur les parties latérales de ce dernier, présentent une petite membrane qui semble les diviser comme en deux portions, dont la supérieure est arrondie. Les yeux sont grands, situés vers le sommet de la tête; les paupières ne sont point rondes et forment un angle en arrière; la pupille est jaune et orbiculaire. Les évens, placés à quelques lignes ‘en arrière des yeux, forment comme un D majuscule, dont la convexité seroït tournée en avant; ils sont divisés par une membrane verticale. La bouche est à neuf lignes de l'extrémité du museau ; elle est légèrement arrondie et paroît plus grande qu'elle ne l'est réellement, par les plis que forment les commissures des lèvres. La mâchoire inférieure n'a qu'une seule rangée de dents trèsaiguës et tranchantes, un peu inclinées les unes à droite, les autres à gauche ; la mâchoire supérieure en présente plusieurs rangées plus petites et droites. Les cinq trous branchiaux viennent peu après et se trouvent dans la direction de la commissure des lèvres; le dernier finit où com-
mencent les nageoires pectorales, qui sont peu grandes, arrondies, noires à la base et blanches dans le reste de leur étendue. La première dorsale, excessivement petite, est fort éloignée des pectorales ; la seconde, plus alongée, a peu d’étendue en hauteur. La queue est alongée, grêle, et sa nageoïre est arrondie dans les deux lobes qui la forment. Les ventrales, placées très en arriere, sont fort petites et terminées chacune par un aiguillon. Les appendices de la génération, qui se trouvent à leur partie interne, sont proportionnellement très-développés : à leur base se voit un petit prolongement creux et conique, qui est peut-être le fourreau de l'organe excitateur.
Nous dédions ce poisson à la mémoire d'un ofhcier distingué de notre expédition, M. Théodore Laborde, mort pendant le voyage de /’Uranie.
Un autre très-petit individu femelle , pris par nous au Brésil, et nommé scymnus brasiliensis par M. Cuvier, a à-peu-près la forme du précédent; mais il se fait remarquer par la grosseur démesurée de sa mâchoire inférieure, par sa gueule plus rapprochée de l'extrémité de son museau, par la largeur plus grande de ses nageoires dorsales, et par l'absence d'aïguillon aux ventrales. Les deux lobes de la caudale sont aussi plus profondément divisés. Enfin, sa couleur est d’un brun plus clair, et l’on remarque une large bande d'un brun foncé sous la gorge.
ZOOLOGIE. s 199
Sous-GENRE TORPILLE. — TorPEpo. Dumér.
TORPILLE ŒILLÉE — Torrepo ocELLaTa. N.
T'orpedo , corpore orbiculari, subrubro, maculis fuscis notato.
LA baïe de la Table, au Cap de Bonne-Espérance, est la patrie de cette petite torpille, dont le corps est presque entièrement orbiculaire. Son diamètre est de vingt-une lignes ; sa queue, assez grande, large à son origine, a deux pouces quatre lignes de longueur; sa bouche est grande, ses mâchoires sont proéminentes, ses dents petites et aiguës. Le dessous du corps est d'un blanc rosé, et le dessus, rougeâtre, est parsemé de taches livides, irrégulières, plus foncées à leur contour qu'à leur milieu. Les yeux sont bordés de petites granurlations. L'ouverture anale est large.
Sous-cENRE MOURINE — Raïa. Linn. ; MyLroBATis. Dumér.
RAIE A CINQ AIGUILLONS. — Raïa QUINQUEACULEATA. N.
FANIHI TASSI, en langue des îles Mariannes.
MURCIELAGO DE LA MAR, par les Espagnols qui habitent cet archipel.
PLANCHE 43, fig. 3.
Raïa, rostro elongato in orbem desinente ; corpore ocellis cæruleis
notato ; caudà quinque aculers longissinmms erenatis armatä.
Nous nous bornerons à fixer l'attention sur cette singulière espèce de raïe, prise à Guam, une des îles Mariannes, et dont le dessin, fait sur les lieux par M. Arago, a malheureusement été perdu. Ayant seulement pu conserver la queue d’un animal aussigrand, nous l'avons déposée au Muséum, et nous n'avons pas hésité à la faire représenter dans nos planches.
La raïe à laquelle cette queue appartenoït, du poids d'environ cent livres, a le museau alongé et arrondi à son extrémité. Sa couleur générale est d’un brun foncé, parsemé de taches rondes d’un bleu céleste. La forme particulière de sa queue armée de cinq dards trèslongs, barbelés et saïllans à l'extérieur, nous a déterminés à lui donner le nom de raie à cing agullons. Nous ne pouvons dire précisément quelle est la longueur de cette queue, parce qu'elle nous a paru tronquée par accident. On trouve dans Aldrovandi la figure d’un de ces poissons à deux aiguillons; mais jusqu'ici on n'en connoïssoit pas qui en eussent cinq.
Les habitans des iles Carolines, qui, sans boussole et seulement à l'aide des étoiles, se hasardent dans de frêles esquifs à faire des traversées de cent lieues, montent sur un manche plusieurs de ces dards, et s'en servent, dans leurs pratiques superstitieuses, pour conjurer la tempête.
GENRE DIODON. — Droponx. Linn.
DIODON BLEU, — DropoN CÆRULEUS. N.
PLANCHE 65, fig. 5.
Diodon, dorso cϾruleo ; ventre nigro punctato ; aculeis densis, Basi
triquetris.
CE poisson, dont la forme paroîïtra toujours singulière, a été pris sous l'équateur, au Nord de la Nouvelle-Guinée, par 1 42° de longitude à l'Est de Paris. M. Taunay en a représenté les couleurs. Cependant nous ne pouvons indiquer exactement les caractères des nageoires, parce que l'individu s'étant conservé en boule dans l'alcool, elles se sont desséchées au point que nous n'avons pu compter que douze rayons à celle du dos et une vingtaine environ aux pectorales.
Mais le dos et les côtés de ce diodon colorés d’un beau bleu, son ventre argenté et ponctué de noir, le feront facilement distinguer des autres espèces. Ses nageoires sont arrondies, il a les yeux grands et argentés; et les piquans, fixés au corps par trois points triangulaires , sont très-développés en raison de la petitesse de l'animal.
Ayant parcouru long-temps les contrées équatoriales, nous avons rencontré beaucoup de ces poissons, qui ne se plaïsent que dans les températures élevées. On ne les mange point : aux iles Mariannes, on en a même une certaine horreur, parce qu'on les croit venimeux. Seroit-ce parce qu'ils se nourrissent quelquefois de madrépores! Lors de notre séjour sur ces îles, nous trouvâmes dans l’es-
tomac d’un de ces animaux plus d’une livre de débris pierreux du Voyage de l'Uranie. — Zoologie. 26
madrépore prolifère. Un accident nous priva de faire les expériences qui auroïent pu constater si sa chair est malfaisante ou non. Nous reviendrons sur cet objet lorsque nous traiterons des polypes à enveloppes pierreuses. |
GENRE TÉTRODON. — TErrAoDON. Linn.
TÉTRODON BARIOLÉ. — TETRAODON STRIOLATUS.
Téetraodon orbicularis ; dorso fusco, lines cærulescentibus notato ; basi pinnæ dorsals oculo lato maculatä ; caudä rotundä.
Do tP us ANS GIE:
CE tétrodon, ainsi que la plupart des individus de ce genre; a une forme bien difficile à déterminer. Cependant, comme il est de ceux qui se mettent promptement en boule au moyen de l'air qu'ils avalent, il est tout orbiculaire par-devant. Le sommet de la tête présente une saillie. La queue est forte, épaisse, et sa nageoire, légèrement arrondie, est composée de huit rayons ; l'anale, qui est très-petite, en a le méme nombre ; la dorsale en compte neuf, et les pectorales en ont quinze.
Les épines qui recouvrent tout le corps de ce poisson sont petites et peu saïllantes. La couleur du ventre est blanc jaunâtre; celle de la tête, du dos et de la queue, est brune avec des lignes bleuâtres symétriquement parallèles; sur le museau et la tête, elles forment des demi-cercles dont la concavité est tournée en arrière; sur les flancs, elles sont longitudinales et inégalement ondulées. A la base de la nageoïre dorsale se voit une raïe noire, au-dessous de laquelle est une large tache brune entourée d’un cercle bleuâtre.
La longueur de ce tétrodon est de trois pouces. I habite l'ile Timor.
TÉTRODON FUNÈBRE. — TETRAODON LACRYMATUS.
Tetraodon fuscus ; corpore et pinnis punctis albidis irroratis ; caudé rotundé.
Nous joïgnons ici le tetraodon lacrymatus , assez grande espèce ainsi nommée par M. Cuvier, parce que tout son corps est parsemé de gouttelettes blanches, serrées, sur un fond très-brun. |
I a sept pouces de longueur; sa forme est alongée; ses mächoires sont très-fortes; toutes ses nageoires arrondies et couvertes aussi de taches blanches. Les petits piquans dont le corps est recouvert sont plus nombreux au ventre et sur le dos.
Nous l'avons rapporté des îles Sandwich.
Sous-GENRE BALISTE. Cuv. — BALiISTEs. L.
Division des balistes proprement dits, dans laquelle la queue estarméed'épines courbées en avant , avec des écailles plus grandes derrière les ouies.