TERRE D'ENDRACHT ET NOUVELLE-GALLES DU SUD
CETTE immense contrée, encore si peu connue, s'est offerte à nous sur deux points différens. Le premier, la baïe des Chiens- Marins, située à l'Ouest, est d’une sécheresse et d’une aridité effrayantes. Par-tout des dunes de sable recouvrant un grès rougeàtre ne présentent à la vue que des mimosas et autres arbrisseaux contournés et rabougris. Qu'on ajoute à cela le manque absolu d’eau douce, et l'on concevra facilement qu'une perpétuelle stérilité doit être le partage de cette terre de désolation.
Cependant elle a, nous ne dirons pas ses habitans, parce que la tribu que nous y avons vue ne sauroït constamment y demeurer et y vivre; mais enfin elle est fréquentée par l'espèce humaine,
* Il se pourroit bien que les cerfs des îles de France et de Bourbon fussent de [a même espèce que ceux des Mariannes, et que les Hollandais, à qui appartint d’abord la première de ces iles, en eussent pris les premiers individus à Manille ou au continent de FInde.
ZOOLOGIE. 29 malgré la privation qu'elle y éprouve d'un des élémens les plus indispensables à son existence. Les animaux de cette baie qui vivent dans ses petites îles, ou sur le continent non loïn du rivage, ont bien été forcés de s'accommoder à cette nécessité. Ainsi, les kanguroos, les péramèles, les phalangers, beaucoup d'oiseaux qui s'éloignent peu, boivent l'eau de la mer. Les naturels qui séjournent sur la presqu'ile Péron, où ils trouvent, en poissons , une nourriture assez abondante, sont probablement forcés d'en faire autant; et chez eux l'habitude a rendu nuls les effets délétères de cette boisson, si toutefois elle est dangereuse par elle-même.
On trouve sur les îles de Dorre et Bernier, le kanguroo à bandes, que MM. Péron et Lesueur ont fait connoître. ‘II existe aussi dans celle plus grande de Dirck-Hatichs. C'est seulement sur cette dernière que nous avons trouvé une quantité d'assez grands trous pratiqués sous des touffes de mimosas, dont les branches s’étaloient sur la terre, et que nous supposons être ceux d'une très-grande espèce de péramèle. Ces animaux, que nous ne fimes qu'entrevoir parce qu'ils rentroïent au gîte avec une extrême rapidité, nous parurent de la taille d'un moyen kanguroo. La nuit ils vont sur le bord du rivage fouiller dans les débris que la mer y entasse. Ils courent fort vite, toujours à quatre pattes et sans faire de bonds. Nous ne pûmes nous en procurer. Une chose qui est à remarquer, c'est que sur le continent nous ne vimes point de semblables terriers.
Les environs recèlent beaucoup de kanguroos-rats, à en juger par une infinité de têtes entières que nous trouvâmes avec des débris d'oiseaux, de serpens, de lézards, de crustacés, de poissons même, au bas de l'aire d’un aïgle ou autour à ventre blanc et à dos gris. Le nid de cet oiseau, haut de cinq à six pieds, formé de branches d'arbres symétriquement rangées en rond, et présentant l'apparence d'une petite tour, étoit construit sur un rocher isolé, dont la mer venoit battre le pied. Il étoit plein jusqu'a sa partie supérieure, et contenoit un œuf de la grosseur et de la forme de celui d’une
poule, de couleur fauve avec des plaques brunes. La femelle le couvoit; et par la disposition de son aire, dont on peut voir la figure dans atlas historique de notre voyage, elle voyoit tout ce qui se passoit autour d'elle et s'envoloit à notre approche. Cook fait mention d'un semblable nid qu'il vit dans une partie opposée de la Nouvelle - Hollande. Ces oïseaux, par leur nature, sont tenus de vivre solitaires : ils consomment tant de chair, que plusieurs familles réunies sur un même point, auroïent bientôt dépeuplé d'animaux toute une contrée.
Au bas des dunes élevées de la presqu'île Péron où M. de Freycinet avait établi son observatoire, l'un de nous tua le petit péramèle Bougainville, que nous représentons planche j. Nous en vimes plusieurs qui tous étoient de même taille, ce qui feroit supposer qu'ils nacquièrent pas beaucoup plus de développement. Dans ce lieu tous les petits sentiers conduisant d’une touffe d'arbres à une autre, ont été faits par ces mammifères, qui trouvent sous ces réduits un asile assuré contre les attaques des aïgles, des autours et des chiens sauvages qui fréquentent cette plage.
Les oïseaux de terre les plus remarquables sont divers traquets, parmi lesquels se trouve /e traquet élégant ; quelques philédons; des tourterelles à reflets métalliques ; un moucherolle noir et blanc ; de grosses corneïlles toutes noires; une nouvelle espèce de mérion, que nous avons nommée 7rérion leucoptère, et le mérion natté, remarquable par sa vivacité. Maïs un oïseau très-singulier est celui dont le chant ressemble au son d’une clochette qu'on frapperoit brusquement. Il ne le faisoit entendre qu'au lever du soleil, etnous nous plaisions à l'écouter sans pouvoir en distinguer l’auteur. Ce nest que dans une autre partie, au port Jackson, qu'on nous le fit connoître, en nous en cédant un, qui fut perdu avant d'avoir été décrit. Il est d’un vert jaunâtre , pas plus gros que le philédon grivelé, avec lequel il a beaucoup de ressemblance.
Le port Jackson , au Sud-Est de la Nouvelle-Hollande, est le
second point de ce continent que visita la corvette /’Urame, après avoir parcouru cet espace immense du grand Océan, qui la sépare des îles Sandwich.
Nous ferons précéder d'une légère esquisse topographique, ce que nous avons à dire sur les mammifères et les oiseaux de cette contrée.
Toute la partie du comté de Cumberland qui s'étend depuis la mer jusqu'aux Montagnes-bleues, peut être considérée comme une plaine ondulée, au milieu de laquelle se trouvent quelquefois des collines assez hautes. Les bancs de grès dont le sol est formé, se montrent à nu sur plusieurs points, et nuisent au développement et à la propagation des végétaux, qui là, comme Sur la côte, sont maigres et rabougris. Des landes sablonneuses et stériles s'étendent depuis la ville de Sydney jusqu'à Botany-bay, dans l'espace de plusieurs lieues.
Ce nest quen s'avançant vers le centre, le long des rivières, dont les débordemens fertilisent la terre, qu'on trouve de ces majestueuses forêts d'eucalyptus, dans l'intérieur desquelles ces arbres gigantesques, séparés par de larges intervalles libres de lianes et d'arbrisseaux, permettent de circuler à l'aise. Sous leurs ombrages, se développent de magnifiques prairies naturelles, auxquelles la renoncule, l'antropogon, lavena et l'aristida donnent le même aspect qu'à celles de France. Dans les moiïs de décembre et de janvier, revêtues de toute leur parure, elles nous auroïent occasionné l'illusion la plus complète, si les grands végétaux et les nombreux oiseaux qui nous environnoient, ne nous eussent sans cesse rappelé que nous foulions un sol étranger.
Après avoir fait environ neuf lieues vers le Nord-Ouest, on rencontre la rivière Nepean, qui coule au pied des Montagnesbleues. Là existe une démarcation naturelle, que nous ne franchirons qu'après avoir fait connoître quelques particularités zoologiques de ce quon peut appeler la plaine.
Parmi les grands quadrupèdes, on trouve encore, en assez grande Voyage de l'Uranie. — Zoologie. 6
quantité, des chiens sauvages; mais la guerre impitoyable qu'on leur fait en aura bientôt anéanti l'espèce. Il en est de même des paisibles kanguroos , à la destruction desquels on s'attache bien davantage, parce qu'on se nourrit de leur chair et que leurs fourrures servent à faire des vêtemens ou des chapeaux. Déjà l’on n’en aperçoit presque plus aux environs de Sydney; ils sont rares sur les Montagnes-bleues, et ce n'est que dans les contrées les plus reculées qu'on en voit encore des troupeaux.
Les Européens détruisent, avec autant d'activité, les grandes espèces de phalangers, dont les longs poils soyeux leur sont de quelque utilité. Les petites espèces seules échappent. On extermine les malfaisans dasyures , animaux nocturnes qui commettent les mêmes dégâts que chez nous les fouines, avec lesquelles ils ont des rapports de mœurs.
Ces mammifères, en désertant les bords de la mer, trouvent dans les naturels d’autres ennemis qui se nourrissent de leur chair; car la nature, avare de ses dons envers ce peuple misérable, Jui a refusé presque tous ces végétaux utiles, ces fruits délicieux, qu'elle répand ailleurs avec tant de profusion. Obligé de se nourrir sur-tout d'animaux, il est sans cesse errant dans ces vastes déserts; et il né peut se fixer nulle part sur une terre qui exige une industrie agricole supérieure à la sienne, pour lui offrir des produits utiles à sa subsistance.
Ainsi, l'on peut calculer le temps où ces animaux, si nombreux lors de l'arrivée des Anglais aux Terres australes, n'existeront plus que comme des objets de curiosité, et finiront enfin par disparoître tout-à-fait, pour faire place aux troupeaux, bien plus utiles sans doute, de bœufs, de chevaux, de brebis, &c. devenus indispensables à l’homme civilisé, et qui l'accompagnent dans ses grandes migrations. C'est donc la destinée de ces terres conquises, de voir, nous ne dirons pas seulement des espèces de mammifères étrangères y succéder aux espèces indigènes, mais la population elle-même
s'éteindre et être remplacée par une population nouvelle et toujours envahissante.
Le contraire de ce que nous venons de dire s'observe pour certaines espèces d'oiseaux, dont le nombre augmente dans les lieux cultivés et fréquentés par l'homme. Aïnsi, la tribu si variée des perroquets est plus commune aux environs de Sydney, de Parramatta, de Windsor, que par-tout aïlleurs. Dans les Montagnes-bleues mêmes, c'est auprès des fermes isolées que nous avons trouvé le plus de jolies perruches omnicolores. Il en est de même du kakatoës blanc ou à crête, du familier cassican, de quelques philédons, du corbi-calao sur-tout, aussi commun dans la plaine qu'il est rare dans les montagnes; des élegans traquets, dont les buissons fourmillent, &c. Déjà nous avons fait cette remarque à l'égard du Brésil. Elle est évidente pour tous les pays où la culture est en vigueur, et c'est à ses plantes céréales que l'Ile de France doit cette grande quantité de petites perruches à tête grise.
Parmi ces nombreuses variétés d'oiseaux que nous ne pouvons toutes énumérer et encore moins faire connoître par leurs habitudes, nous citerons l'énorme martin-chasseur choucas, vivant au milieu des forêts. Sa voix a un éclat extraordinaire ; et lorsque plusieurs se réunissent, ils se plaisent à faire un bruit terrible, ressemblant à des éclats de rire immodérés. Dans ce bruyant concert, chaque acteur semble avoir sa partie.
Nous reviendrons encore aux cassicans, qu'on peut considérer comme les corbeaux de cette contrée : ils sont plus gros que ceux des îles des Papous , et leur chant paroît avoir moins d'élégance; maïs en revanche leur plumage est plus varié, quoïqu'il ny entre que deux seules couleurs, le blanc et le noir. Cependant nous en possédions une espèce nouvelle tout-à-fait grise, et beaucoup plus grosse qu'une corneiïlle.
Nous ferons mention du philédon corbi-calao et de la perruche a tête bleue, connue ici sous le nom de perruche des Montagnes-
bleues, parce qu'elle habite de préférence cette contrée. Ces deux espèces d'oiseaux sont absolument les mêmes que celles que nous avons trouvées à Timor, à une distance de 24° en latitude ou de huit cent soixante-quinze lieues. Nous viîmes la dernière sur les bords de la Nepean, se nourrissant de fleurs non épanouies d’eucalyptus; et le corbi-calao au cou nu, dans les grands bois des environs de Parramatta, où il conserve son goût pour les baïes et son chant aussi bruyant que sous la zone torride. Il est bon de prévenir que lorsqu'on ne fait que le blesser, il enfonce avec force ses griffes dans les chairs et fait des blessures très - douloureuses. Les cris qu'il pousse dans ces instans attirent ses semblables, espèce d'instinct commun à beaucoup d’autres oiseaux.
Enfin, laissant cette partie basse du comté de Cumberland, et franchissant ces fameuses Montagnes-bleues, si long-temps inaccessibles, nous irons au-delà jusqu'à la plaine de Bathurst, en continuant à donner une légère idée de la constitution du sol, afin d'indiquer les affinités naturelles que doivent avoir avec lui les animaux qu'on y rencontre.
Toute la première zone de montagnes peu élevées qui borne l'horizon dans le Nord-Ouest, est composée de grès rougeûtre, en couches horizontales, présentant, sur quelques parties, des escarpemens à pic. Cest le propre de cette roche d'offrir cette disposition , qu'on retrouve dans plusieurs montagnes d'Afrique, notamment sur celle de la Table, au Cap de Bonne-Espérance; disposition qui rendit si long-temps impraticables les Montagnesbleues, jusqu'à ce qu'ayant reconnu les arêtes qui réunissent leurs points les plus élevés, on put se frayer un passage jusqu'aux pitons de granit, dont la configuration tout-à-fait différente ne présente plus les mêmes difhicultés. II n'existe point de transition entre ces deux formations. On descend les montagnes quartzeuses par une rampe très-roide, où l'on n'a pu éviter de tracer la route, et l'on entre de suite sur le sol granitique.
La première partie est aride, desséchée, sillonnée par des vallées profondes qui ressemblent à de vraïs bassins à paroïs perpendiculaires et sans eau. Cette sécheresse fut aussi un des obstacles qui s'offrirent à ceux qui tentèrent de pénétrer plus avant.
A-t-on dépassé le grès, l'aspect change tout-à-coup; on ne rencontre plus qu'un système de montagnes arrondies en pitons, ou bien présentant des ados qui retiennent une abondante terre végétale, sur laquelle d'épaisses graminées forment des prairies continues. Des rivières, des ruisseaux, coulant paisiblement ou tombant en cascades, suivent les sinuosités des vallons, débordent dans les lieux bas et inondent les prairies. C'est où leurs ondes sont tranquilles que le paradoxal ornithorynque et les cygnes noirs font leur habitation. Les casoars, nommés z4ran par les indigènes, recherchent les plaines humides, et l’une d'elles a pris le nom d’Æz, qu'on donne à ce volumineux oiseau, qui est à la Nouvelle-Hollande ce que sont les autruches à la sablonneuse Afrique, ou bien aux pampas verdoyantes de l Amérique australe.
Sur les hauteurs on trouve le crave noir à aïles blanches, animal stupide, armé de serres aiguës; des coucous; le kakatoës banksien, si différent du blanc par son vol lent, mesuré, et par son cri aigre; plusieurs espèces de perruches, parmi lesquelles nous signalerons celle à bandeau rouge, qui conserve longtemps après sa mort l'odeur aromatique des fruits d'eucalyptus dont elle se nourrit; enfin une foule d'autres oiseaux inconnus, dont les dépouilles, pénibles à préparer dans un voyage fait avec rapidité, n'ont pu être rapportées en France par l'effet de notre naufrage.
Mais le premier oiseau de la contrée, sans contredit, est le beau ménure, qui déploie en lyre élégante les plumes de sa queue. I se plaît sur les monts rocailleux, et le poste de Spring-Wood est l'endroit où il y en a le plus.
Après avoir franchi les points les plus escarpés des montagnes, on les voit diminuer insensiblement de hauteur jusqu’à la vaste
plame ondulée de Bathurst, que traverse la rivière Macquarie. Jusque-là on voyage dans une forêt continue d’eucalyptus; et lorsqu'on en est sorti, la vue s'étend au loin sur une immense prairie couverte de hautes et épaisses graminées. C'est là que se réfugient des caïlles dont le plumage est diflérent de celui des nôtres.
Des hirondelles noires et blanches vivent en troupes autour de la ville naïssante; et leurs nids en terre, suspendus aux maïsons, ont pes ouverture un tube cilyndrique piolenee de quelques pouces *.
Parmi les mammifères, nous n'avons distingué qu'un kanguroo cendré, dont le poil est laïneux, semblable à celui d’une fourrure que nous avons déposée aux galeries du Muséum. Le gouverneur avoit dans son beau jardin de Sydney plusieurs de ces animaux, qui atteignent une grande taille.
Dans les régions montagneuses, ils préfèrent les hauteurs aux vallées humides. I en est de même des phalangers. Lors de notre séjour, on avoit tout nouvellement découvert à Bathurst une grosse espèce de péramèle, dont nous dûmes un individu à l’obligeance de M. le capitaine Lawson.
Toute cette partie du comté de Cumberland qui repose sur des couches de grès, même une portion des Montagnes-bleues, nous ont paru avoir plusieurs rapports d'organisation générale avec la péninsule que forme le Cap de Bonne-Espérance. Comme en Afrique, le sol alternativement y est ou montueux, ou pré-
? Parmi quelques oïseaux que nous acquimes au port Jackson , se trouva une sorte de grimpereau, dont la mandibule supérieure seulement offroit Ia singulière anomalie d’être recourbée en haut. Cette courbure ne commençoit qu’à la partie moyenne, et alloït vers la pointe. La mandibule inférieure étoit droite. Étoit-ce accidentel ! L’empaiïlleur qui nous le vendit, assura que non. Cet oiseau n'a été ni décrit ni figuré, non plus qu'un superbe Céréopsis, vivant dans le jardin du gouverneur. Son plumage étoit gris de lin, marqué de larges lunules ou yeux bruns.
Un autre bel oïseau fort rare est le loriot prince-régent , dont nous apportions un individu. (Voyez planche 22.)
sente des plaines sablonneuses , arides, recouvertes d'arbres plus ou moins rabougris, d'un aspect monotone zet triste. Les arbrisseaux et les plantes herbacées ont leurs feuilles dures, épineuses : mais la plupart ont un caractère particulier, c'est que leurs fleurs sont remplies d'une liqueur sucrée abondante, seule nourriture que la nature ait pour ainsi dire accordée à quelques espèces d'oiseaux, et pour laquelle ïls ont reçu, par une admirable prévoyance, une langue rétractile en pinceau, remplissant l'office d'un siphon vivant. C'est ainsi que nous avons vu au Cap de Bonne-Espérance les soumangas et les promérops, toujours suspendus aux virgilias et aux protéas, employer presque tout leur temps à pomper un aliment aussitôt digéré que pris.
Au port Jackson, une famille tout entière participe de la même organisation. Si les philédons ont aussi la langue plumeuse, et sont obligés de picorer comme les abeïlles, la nature ici plus soïgneuse a mis à leur portée, avec une sorte de profusion, un bien plus grand nombre de végétaux mellifères. En effet, on ne peut faire un pas sans rencontrer d'énormes bañksias dont les cônes élégans fournissent un suc abondant; des forêts entières de gigantesques eucalyptus; des xanthoréas, plante ou arbre singulier, tout-à-fait propre à la Nouvelle-Hollande, comme ses kanguroos et ses ornithorynques; des mélaleucas, des styphélias, et une foule d’autres arbres donnant plus ou moins de liqueur mielleuse aux oiseaux qui parcourent leurs branches.
Le plus grand des vrais philédons est celui à pendeloques. Vient après une espèce grisâtre, dont nous avons nourri pendant quelques jours des individus, en leur présentant de l’eau sucrée dans laquelle ils plongeoïent tout d'abord leur langue effilée.
Nous avons dit vraïs philédons, parce que le corbi-calao, le philédon à front blanc et le philédon olive qui est très-rare , sont des oiseaux qui, quoique placés dans ce genre, diffèrent infiniment des premiers, non-seulement par la forme de leur langue simple-
ment échancrée à la pointe sans être rétractile, ce qui fait qu'ils ne se nourrissent point de sucs, maïs encore par leurs mœurs beaucoup plus vagabondes, si l'on peut se servir de cette expression, que celles des philédons proprement dits; car ces derniers, comme tous les oiseaux qui sont ainsi organisés, demeurent par nécessité fixés à certaines espèces de végétaux, dont ils ne peuvent s'éloigner sans courir le risque de périr.
Il seroïit curieux de rechercher si, ayant constamment la tête plongée dans les corolles des fleurs, le sens de la vue chez eux est moins parfait. Tout ce que nous savons, c'est qu'en général ils se laissent approcher de fort près.
SECTION VII . Lles Malouines.
Les Malouines, sur lesquelles nous fîmes naufrage et qui manquèrent devenir notre tombeau, sont le dérnier point qui doit nous occuper sous le rapport des oiseaux terrestres proprement dits. Nous n'avons rien à dire des mammifères; car, à l'exception du chien antarctique, seul quadrupède appartenant d'une manière spéciale à ces îles, et dont nous n'avons fait qu'entrevoir un individu , qui, vu l'état de détresse dans lequel nous étions, fut aussitôt mangé que tué, tous les autres, comme bœufs, chevaux, lapins, cochons, y ont été apportés par les Français ou les Espagnols qui, à diverses reprises, tentèrent d'habiter une terre qui ne paroît propre qu'aux herbivores ou aux phoques amphibies.
Si l'on considère le peu de profondeur de la mer entre les Malouines, placées à-peu-près vis-à-vis le détroit de Magellan, et l'Amérique , on sera naturellement porté à croire que jadis elles firent partie de ce continent. La surface de ces îles offre des montagnes de grès et des terrains bas et unis : le sol, dans les premières de ces localités, est nu, aride, de couleur grisätre, dépourvu
-de végétation, dans les secondes, il est tourbeux, couvert de graminées, et découpé en criques salées, ou parsemé d'étangs d'eau douce. Des brumes épaisses et continuelles répandent une teinte sombre et mélancolique sur ces plages désertes, où l’on ne trouve pas un arbre : leur ressemblance est parfaite sous ce rapport avec les vastes pampas de Rio de la Plata. Seulement on voit de loin à loin, sur le bord de la mer, de foibles arbrisseaux clairsemés et rabougris, du genre epetrum , qui portent des baïes dont se nourrissent plusieurs petites espèces de chardonnerets et de passereaux, une grosse grive et l'étourneau à poitrine rouge. Ces deux - derniers paroïssent au commencement de l'hiver, lors de la maturité de ces fruits.
Le dactylis aggloméré, roseau flexible de plus de six pieds de haut , couvre les petites îles de la baie Françaïse, et sert de refuge à un merle noir que nous avons aussi trouvé au cap Horn, et à des légions de manchots, comme nous le dirons ailleurs.
Plusieurs variétés de caracaras | fz4co Novæ-Zelandiæ |, diverses espèces de busards, dont nous donnons des figures, et le percnoptère aura, habitent ces solitudes.
Les plus audacieux de ces oïseaux de proïe sont les caracaras. Nous en avons vu passer à nous toucher de l'aïle, sur-tout lorsque nous portions quelque pièce de gibier. Après avoir abattu une oïe, labandonnoiït-on un instant pour en poursuivre d'autres; au retour, on la trouvoit dévorée par ces animaux; et pour nous soustraire à leur rapacité, il fallut prendre le parti d'enterrer les produits de notre chasse. Dans le camp même, ïls venoïient enlever les restes de nos repas. Cependant ils paroïssoient vivre en paix avec les petites espèces timides, et jamais nous navons vu qu'ils les poursuivissent.
Enfin , après que nous eûmes détruit ou fait fuir les oïes, nous nous rabattimes sur ces larrons eux-mêmes, dont nous trouvâmes
la chair excellente. Si jusque-là nous ne nous en étions pas nourris, Voyage de l’'Uranie, — Zoologie. 7
c'étoit moins par répugnance, que parce qu'un seul ne valoit pasun coup de fusil, dans une circonstance où nous devions être trèséconomes de nos munitions.
Les vautours, au contraire, aussi craïntifs que voraces, planoïent des journées entières au haut des montagnes, et l’on ne pouvoit les atteindre que par surprise. Quelques-uns de ces oïseaux avoïent la portion nue de leur tête d'un rouge cramoisi. Peut-être que cette différence appartient aux mâles.
De grosses bécassines, volant horizontalement et peu loin, à la manière des caïlles, abandonnoïent le soir les prairies, pour venir chercher des insectes sous les pierres du rivage. De petits troglo- : dytes, peu différens des nôtres, se tiennent dans des bruyères ; et quelquefois nous entendions sur les récifs qui se prolongent dans la baie, les aboïemens du bihoreau pouacre.
A l'exception de quelques petits oïseaux, tous les autres sont dans l'usage d'émigrer pendant l’hiver, lorsque la terre est recouverte d'une épaisse couche de neïge, au travers de laquelle les chevaux et les bœufs sont obligés de fouiller pour trouver leur nourriture.
ZOOLOGIE. si