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CHAPITRE Il

Considérations générales sur quelques Mammiféres et Oiseaux.

Cest en suivant l’ordre successif des lieux explorés par notre expédition, que nous allons faire connoître nos observations zoologiques, et que nous donnerons une idée du genre et de la quantité des collections que nous avons rassemblées dans chacun de ces lieux. Nous y Joindrons les remarques que la briéveté du temps dont nous pouvions disposer, nous a permis de faire sur les mœurs des animaux; les différences qu'ils présentent, soit entre eux, soit comparés avec ceux d'autres contrées, et les modifications diverses que les latitudes et les localités font subir à leur instinct.

SECTION L'° Brésil et Rio de la Plata.

LA première relâche importante de / Urame fut à la capitale du Brésil, où un séjour de cinq mois à deux reprises, et des incursions faites par l'un de nous à quarante lieues dans l'intérieur, nous ont mis à même de présenter les considérations suivantes.

Ce nom de Brésil rappelle tout ce que la nature a de plus beau et de plus fécond. Aux limites de la zone torride et là où commence la zone tempérée de l'hémisphère austral, un sol granitique, alternativement abaïssé en plaines ou s'élevant en montagnes, parcouru, fertilisé par des ruisseaux, des torrens ou des fleuves, est couvert

de la plus riche végétation. « Rien n'égale la magnificence des

forêts du Nouveau-Monde, s'écrie éloquemment M. Mirbel: on ne peut se lasser d'admirer cette quantité infinie de végétaux rapprochés, serrés, confondus, si différens entre eux, et quelquefois si extraordinaires dans leur structure et leurs produits; ces dicotylédons énormes dont l'origine remonte à des époques

» voisines des dernières révolutions de la terre, et qui ne portent

encore aucune marque de décrépitude; ces palmiers élancés contrastant par l'extrême simplicité de leur port avec tout ce qui les environne: ces lianes sarmenteuses, ces rotangs à feuilles chargées d’épines, dont les tiges longues et flexibles s'enlacent les unes aux autres, et, par des circuits et des nœuds multipliés, réunissent comme dans un seul groupe tous les végétaux de ces vastes contrées. En vain, pour s'y frayer un passage, s'arme-t-on du fer et du feu; la hache s’émousse ou se brise sur le bois endurci; la flamme privée d'air s'éteint dans l'épaisseur du feuillage. Le sol est trop resserré pour les germes nombreux qui s'y développent; chaque arbre dispute aux arbres voisins qui le pressent le terrain nécessaire à sa subsistance; les forts étouffent les foibles; les générations nouvelles font disparoître jusqu'aux moindres traces de la destruction et de la mort; la végétation ne se ralentit jamais, et la terre, loin de s'épuiser, devient de jour en jour plus féconde. Des légions d'animaux de toute sorte, insectes, oiseaux, quadrupèdes, reptiles, êtres aussi variés et non moins extraordinaires que les végétaux indigènes, se retirent sous les voûtes profondes de ces vieilles forêts, comme dans des citadelles à l'épreuve des entreprises de l'homme *. »

+ Ceux qui ne sontpas appelés à jouir en réalité d’un aussi beau spectacle, pourront s’en faire

une juste idée d’après admirable gravure faite sur un dessin de M. de Clarac, et représentant une forêt vierge du Brésil. Jamais pinceau ne rendit avec autant de vérité ce merveilleux effet de lumiére éclairant un torrent sous des massifs de végétaux énormes, dont chacun a son port, sa physionomie propre. Il seroit à désirer que le serpent qui anime ce tableau n’y fût pas, ou bien qu'il eût une position différente ; celle qu'on lui a donnée n’est pas naturelle,

Mais ce luxe de reproduction, si étonnant pour ceux qui viennent des contrées où la nature a ses instans de repos, n'offre presque plus maïntenant, dans le règne animal, de nouveautés à montrer à l'Europe. Dès qu'on a commencé à s'occuper d'histoire naturelle, tous les voyageurs ont dirigé leurs recherches vers des lieux qui promettoient de si abondantes et de si faciles récoltes. Et encore, à l'époque actuelle, une foule de naturalistes de toutes les parties de l'Europe, des souverains même, rivalisent de zèle pour mieux faire connoître cette belle contrée du Nouveau-Monde.

On ne peut faire un pas dans le voisinage de l'immense baïe de Rio de Janeiro et sur les nombreuses îles qu'elle contient, sans rencontrer de magnifiques oïseaux, l'ornement de nos collections. Les insectes, plus nombreux encore, volent, sautent, bruïssent de toutes parts. Les papillons sur-tout y sont d'une rare beauté, et leur nombre surpasse tout ce qu'on peut dire. Maïs le phénomène des élaters et des lampyres phosphorescens, dont la lumière fugitive brille et disparoît tour à tour, est ce qui frappe le plus l'étranger, lorsque, dans une nuit obscure, au milieu des boïs, il se trouve entouré par des milliers de ces insectes.

Le Brésil recèle beaucoup d'espèces de mammifères qui toutes sont à-peu-près connues, de même que les mœurs de plusieurs d'entre elles. Cependant deux individus que nous conservâmes assez long-temps nous offrirent quelques particularités qui ajouteront à leur histoire. L'un est le laid coati, auquel de petits yeux et un nez éxcessivement alongé donnent un aspect si singulier.

Cet animal nous fut donné très-jeune. D'abord craïntif et offusqué par la lumière, il recherchoït toujours les lieux sombres et sy blottissoit : libre sur le pont, il devint peu-à-peu familier, s'accoutuma au grand bruit et parvint à supporter l'éclat du jour. H s’attacha tellement à l'inffrmier du bord qui le nourrissoit, qu'il le suivoit par-tout, répondoïit à sa voix par un petit cri, et accouroit d'une extrémité du navire à l’autre pour lui grimper sur les épaules.

Le nom de César donné à ce coati étoit déjà connu de tout l'équipage, et les matelots, qui s'attachent facilement aux animaux paisibles, se plaisoient à lui donner des alimens. L’habitude de ce plantigrade étoit de se coucher à la tête du hamac, ou lit suspendu, de l’un d'eux. Aussitôt que la nuit étoit venue, on le voyoït grimper et parcourir la batterie jusqu'à ce qu'il fût arrivé à son gîte; et lorsque le marin, après avoir passé son temps de service sur le pont, descendoit pour se coucher, il réveiïlloit quelquefois le coati, qui, par des cris perçans, manifestoit son mécontentement; quelques coups s'ensuivoient, les cris redoubloïent; maïs le petit animal ne se retiroit point, et le matelot ne cherchoïit plus à le renvoyer. Aux heures des repas, il nétoit pas moins curieux de le voir parcourir les gamelles en alongeant son museau mobile à travers les jambes des convives. Cette bonté, nous dirons même cette affection des matelots pour de foibles animaux, est vraiment singulière, et nous a toujours surpris dans des hommes d’un caractère grave et souvent peu endurant.

Nous avions un chien avec lequel ïl aimoït beaucoup à jouer, malgré l'inégalité de ses forces. Le chien se prêétoit volontiers à cet amusement, et lon remarquoit quil n'en étoit pas toujours de même du coati, qui souvent le faisoit crier en lui mordant les oreilles. Il n'étoit pas difficile sur le choïx de ses mets; tout lui paroissoit bon : il mangeoït indifféremment de la viande crue ou cuite, du lard salé, du pain, du biscuit mäché, trempé dans le vin ou l'eau-de-vie, des bananes, des crustacés, du miel, &c. I aimoit de préférence le sucre et les méduses; dès qu'on lui en montroit, on le voyoit se précipiter dessus avec une étonnante avidité. I ne faisoit aucune difficulté de boire du vin et de manger les souris qu'il prenoïit lestement. Dans la colère, son cri ressembloit à celui de la musaraigne; il étoit seulement beaucoup plus fort.

Pendant deux mois il fut notre compagnon de voyage. Les

regrets qui accompagnèrent sa mort, survenue par empoisonnement, prouvent bien que, dans les longues navigations, on s'attache aux moindres objets qui peuvent en diminuer la monotonie.

L'autre animal dont nous avons à parler, est le paresseux ou aï, le plus stupide et le plus informe des mammifères; vrai paradoxe d'organisation, dans des lieux où la vie surabonde chez tous les êtres, où l’agilité se joint à l'éclat et la mobilité à l'élégance des formes. Cependant il ne sufisoit pas que la nature l'eût traité en marâtre, il falloit encore que des historiens abusassent du charme de leur style et de la confiance qu'inspiroient leurs observations, pour exagérer l'espèce d'abjection dans laquelle ïül semble vivre, et lui refuser même, par une exception qui seroit unique, ce que la nature a accordé à tous les individus de sa classe, deux orifices distincts pour la génération et la défécation: mais il nen est rién, et ce qu'on a dit de ses mœurs et de son organisation doit être beaucoup modifié.

Nous ferons observer, pour ce qui est des premières, qu'ayant conservé pendant dix Jours un de ces animaux, vivant, nous avons remarqué que ses mouvemens nétoient point aussi lents que l’ont prétendu Pison et ceux qui l'ont copié. Tout notre équipage a vu l'ai dos brulé partir du pont et arriver, en vingt minutes, par les cordages, au haut d'un mât de cent vingt pieds. Un jour même, il se jeta à l'eau volontairement à ce qu'il paroît, et l'on eut occasion de remarquer qu'il nageoït très-bien, portant la tête haute et avec une accélération de mouvemens beaucoup plus considérable que dans l'action de grimper.

Cet animal, comme l'indique sa conformation générale, n'est nullement organisé pour marcher. La position de ses membres écartés du tronc, la direction de ses ongles, nécessitent de longs mouvemens de circumduction pour qu'il puisse traîner sa lourde masse. D'un autre côté, la longueur des membres de devant, presque double de celle des membres de derrière, l'action de leurs

fléchisseurs qui l'emporte de beaucoup sur celle des extenseurs, lui rendent le grimper facile, et lui permettent sur-tout de se fixer avec une force prodigieuse. Aïnsi, il n'est pas obligé, comme on Fa dit, de se jeter par terre, lorsque, après avoir mangé les feuilles d’un arbre, il veut en gagner un autre. Comme il se plaît dans les endroits sombres, ceux qui connoïssent les forêts d'Amérique savent quil doit lui être très-facile de passer d’un arbre à l'autre sans aller à terre, où il auroit beaucoup de peine à cheminer.

H paroît qu'il se nourrit principalement des feuilles d’ambaïba ou cécropie peltée, avec lesquelles nous fournîmes à sa subsistance pendant trois jours. Maïs n'ayant pu en faire une provision considérable, nous essayâmes les divers légumes que nous avions; il les refusa tous, à l'exception des tiges de céleri, qu'il mangeoit lorsquon les lui mettoit dans la gueule. Enfin, il mourut, probablement pour avoir été trop long-temps exposé au soleil *.

: Sonnini a avancé une singulière assertion sur l’organisation des aïs, qu’il dit avoir étudiée sur le vivant, à la Guiïane. Il ne leur accorde qu’une seule ouverture pour trois fonctions diverses, un véritable cloaque, à l'instar des oïseaux. ( Vouveau Dictionnaire d'histoire naturelle, tom. Î[, pag. 153; 1803.)

Voici ce que nous avons trouvé dans les deux sexes : trente côtes, au lieu de vingt-huit; des clavicules bien distinctes; et dans laï femelle, huit vertèbres cervicales, au lieu de neuf.

A la partie supérieure de lPanus du mâle, presque à toucher, on voit un petit tubercule qui a la forme d’un gland; c’est le pénis, qu’on peut faire sortir d’un demi-pouce, en le tirant; un muscle constricteur très-fort lentoure, aïnsi que lanus. Le reste des organes de la génération est contenu dans l'abdomen.

La femelle a deux ouvertures très-distinctes, séparées l’une de l’autre par un intervalle d'environ six lignes. L’inférieure ou l'anus est très-large pour les proportions de individu; la supérieure, un peu moindre , arrondie, ne présentant point de lèvres visibles, est surmontée d’un rudiment de clitoris. Le vagin, qui vient après, profond d’environ deux pouces, est terminé par Putérus, qui, dans lPanimal dont nous donnons la description, contenoit un fœtus de plusieurs mois. La vessie vient ‘ouvrir en haut du vagin.

Dans une injection que nous fimes à la mer, et que le mouvement du navire rendit imparfaite , nous ne vimes point dans le système sanguin les particularités dont parle M. Carlisle, que les artères des membres commencent par se diviser en ramuscules, qui se réunissent ensuite en un tronc d’où partent les branches ordinaires. ( CUVIER, Règne animal, tom. Ï, pag. 216.)

L’aorte descendante se divisoit, comme à Fordinaire, pour donner naissance aux crurales, &c., tandis que de sa portion supérieure partoient naturellement les sous-clavières , d’où naissent les brachiales. Seulement nous remarquâmes une foule de petits vaisseaux déliés,

Voyage de l'Uranie. — Zoologie. 3

Maïs revenant à ces vastes contrées, presque impénétrables, nous les verrons peuplées d'oiseaux ornés des plus belles couleurs. Chaque famille a ses localités propres, où elle semble se plaire davantage. Ainsi les environs de la baïe, où les montagnes sont peu élevées, les bois moins touffus , le terrain cultivé, et où l’on voit des fermes éparses, sont habités par les jolis guit-guits bleus, les pit-pits verts; les tangaras, dont le plumage, d'un beau rouge, contraste avec la sombre verdure du feuillage; ceux non moins brillans qu'on nomme évêques et archevëéques ; les très-petites tourterelles; et dans les jardins, autour des bananiers et des passiflores, bourdonnent de charmans oïseaux-mouches, parmi lesquels se distingue le hupecol, qu'à sa petitesse on prendroit pour un insecte.

pénétrés par Pinjection, qui accompagnoiïent le tronc des artères crurale et brachiale. Ces pièces furent envoyées, dans le temps, au Muséum de Paris.

Nous nous abstenons de toutes réflexions sur l’erreur commise par un homme aussi.judicieux que Sonnini. Cependant, nous ferons remarquer linconvenance de lépithète injurieuse dont il s’est servi envers le chirurgien Bajon, qu’il traite d’ignorant , pour avoir dit, à une époque où Panatomie comparée ne commençoit que de naître, que, dans le tapir femelle, les ovaires ne communiquoient pas avec les trompes de Putérus. ( Dictionnaire cité, tom. XXI, pag. 404.)

L'individu qui a été le sujet de nos recherches, a aussi servi à M. Cuvier pour compléter son travail sur lorganisation ostéologique de ces animaux. Ce savant, dans la premiere édition de ses Ossemens fossiles, n’avoit pu indiquer que laï eût des clavicules, parce que ces os, incomplétement développés, étoient facilement enlevés avec les chairs, en voulant préparer le squelette. Dans la seconde édition de ce bel ouvrage ( rom. V, r.° partie, pag. 71 et suiv.), on trouve la description et la connexion de ces os, qui s’articulent nonseulement avec lacromion, comme dans les autres animaux claviculés, mais simultanément avec lacromion et Papophyse coracoïde; ils ne sont point assez longs pour atteindre jusqu’au sternum, auquel ils ne tiennent que par un ligament.

On sait que la singularité la plus frappante que présente Paï, est d’avoir neuf vertèbres cervicales , sans que son cou en paroisse plus long. Mais, à cet égard, cette anomalie n’est point fixe, pas plus que celle qu’offrent les côtes dans leur nombre, puisque notre aï n’a que huit vertèbres cervicales.

Enfin, dit M. Cuvier en parlant de ces êtres, « on leur trouve si peu de rapports avec » les animaux ordinaires; les lois générales des organisations aujourd’hui existantes s’ap- » pliquent si peu à la leur; les différentes parties de leur corps semblent tellement en » contradiction avec les règles de coexistence que nous trouvons établies dans tout le règne » animal , que Pon pourroit réellement croire qu’ils sont les restes d’un autre ordre de » choses , les débris vivans de cette nature précédente dont nous sommes obligés de cher- » cher les autres ruines dans l’intérieur de la terre, et qu’ils ont échappé par quelque mi- » racle aux catastrophes qui détruisirent les espèces leurs contemporaines. »

ZOOLOGIE. à

Les clairières recelent le coucou guira-cantara, très-rare aux environs de Rio de Janeiro ; le coucou piaye, auquel les nègres attachent des idées superstitieuses : cet oiseau, peu craintif, se laïsse facilement approcher. Il en est de même des nichées d’anis, qui, vivant en famille, s'exposent, à la file sur une même branche, aux coups du chasseur. La pie-grièche à manteau, plus défiante, se tient toujours dans les buissons bas et épais, d'où elle fait entendre son cri fort et répété; tandis que le jacarini, d'un noir bronzé, perché à la cime des mimosas, s'exerce à faire des bonds verticaux qu'il exécute brusquement, en retombant toujours à la même place.

Là où les bois sont le plus touffus, le manakin goîtreux s'agite avec rapidité et fait entendre un bruit semblable à de fortes pétarades. Le toucan, dévastateur des bananiers, fréquente les plaines cultivées; les vangas et les tyrans, les bords des prairies.

Lorsque , dans nos courses, nous arrivions près de petites mares couvertes de plantes aquatiques , nous étions sûrs d'y trouver des jacanas, et, dans les haies des alentours, des tinamous, qui sont les perdrix du Brésil. Le long des ruisseaux, nous surprenions les martins-pêcheurs , qui aiment aussi à se percher au-dessus des torrens; et par-tout nous rencontrions le percnoptère urubu, animal craïntif et vorace, exhalant l'odeur infecte des cadavres dont il fait sa proïe. On le voit dans la rade voler en troupes nombreuses, planer des heures entières à perte de vue, ou bien tournoyer avec défiance autour des immondices que la mer rejette sur le rivage.

Un autre oïseau de proie, habitant de la plaine, est l’épervier anomal | f4/co degener |, dont le cri est aïgre et très-prolongé. Ce singulier oiseau ne paroît pas participer aux mœurs féroces de la famille à laquelle il appartient. Compagnon parasite des troupeaux, toujours sur le dos des bœufs, ïl les débarrasse des ricins incommodes qui leur sucent le sang : excessivement craintif, il fuit l'homme de trèsloin; et ce n'est quavec beaucoup de peine et d'adresse que notre

compagnon de voyage, le maïître-canonnier de /'Uranie, M. Rolland, nous en procura deux, dans l'estomac desquels nous trouvàmes en abondance les animaux dont nous venons de parler.

Tous ces oiseaux recherchent les lieux cultivés par l'homme et que modifie son industrie, parce qu'ils y trouvent sans peine de quoi se nourrir et élever leurs petits. Aussi y sont-ils trèsnombreux.

Quand, abandonnant la plaine et les petites montagnes des environs de Rio de Janeiro, on s'élève sur la chaîne des Orgues, la scène change. Aux effets majestueux que produisent les cimes élevées, les ravins, les précipices et les torrens qui bondissent dans leurs profondeurs, se joint ce luxe admirable d'une végétation perpétuelle, d'autant plus vigoureuse et plus fraîche, qu'elle est sans cesse humectée par les nuages qu'elle-même attire et produit.

Là, les espèces d'oiseaux devenues moïns nombreuses, ne sont pas les mêmes que celles que nous venons de laisser. On ne trouve plus que le cotinga jaune, le cassique jupuba remarquable par son croupion rouge, le gros-bec plombé, le picucule à gorge blanche, et celui dont le bec est singulièrement recourbé comme une faucille. Le joli manakin aux longues pennes y fait entendre ses espèces de roucoulemens amoureux. Aux bords des torrens, où la végétation se trouve moins pressée, apparoïît quelquefois le colibri tacheté, être aérien, qui, par la vivacité de ses mouvemens, semble se reproduire dans mille lieux à-la-foïs. Sur la pente opposée, à l'endroit où lon vient de fonder une colonie de Suisses, habite l’oiseau-mouche dont le nom de >wbis-émeraude exprime l'éclat de ses couleurs. C'est aussi le séjour des tangaras variés de diverses nuances : ces charmans oiseaux vivent en petites troupes et paroïssent aimer l'ombrage des grands boïs et les lieux humides; c'est-là du moïns que, souvent au milieu des nuages, nous avons rencontré, sur-tout, les espèces nommées tricolor et septicolor. Les tamatias se plaïsent aussi dans la solitude : le brun, peu fuyard, jouit de la faculté toute particulière

d'imprimer à sa queue des mouvemens latéraux aussi forts que ceux que la plupart des autres oiseaux exécutent du haut en bas.

Si dans ces lieux se trouve une ferme isolée qui ait étendu ses cultures aux alentours, on est certain d'y voir arriver des cassiques huppés, des pies-grièches, des légions d'aras, d’amazones et d'autres perroquets, fléaux des plantations.

Enfin, lorsqu'on est parvenu au point le plus élevé des montagnes, vers le second registo ou corps-de-garde des douanes, établi dans le seul lieu où l’on puisse passer pour pénétrer dans le district de Canta-Gallo, on est frappé de la solitude profonde qui règne autour de soi.

C'est-là que s'opère le partage des eaux, qui ne sont encore que de simples filets glissant sur la surface des rochers, mais qui, promptement grossis par leur réunion, ne tardent pas à tomber en cataractes, à mugir en torrens, et, bientôt libres de tout obstacle, coulent paisiblement en larges rivières. Vers le Nord descendent les sources do Ribeiro, de Sant- Antonio, de Rio do Conego formant la rivière das Bengalas, qui augmente les eaux de Rio Grande; et au Sud, celles de Rio Macacu, dont l'embouchure est dans la grande baïe de Rio de Janeiro. ;

A ces hauteurs, les oiseaux deviennent plus rares, et il faut parcourir de grands espaces pour rencontrer la pie à gorge ensanglantée d'Azzara, l'élégant couroucou, ou bien quelques pénélopes. On entend de temps à autre, dans la profondeur des bois, le pic solitaire frapper de son bec l'écorce des arbres; tandis que l'autour huppé et le roï des vautours planent au-dessus des aïguiïlles de granit, qui, semblables à d'immenses tuyaux d'orgues, en ont fait donner Île nom à ces monts sourcilleux. C’est aussi la demeure des singes; et là, par les sommités seules des forêts, ces animaux peuvent traverser des espaces considérables sans toucher la terre. Ceux qu'on y trouve le plus ordinairement, et dont le Brésilien se nourrit, sont l'atèle arachnoïde, une autre espèce noire, le

gentil tamarin, le sajou, et, dans les régions plus inférieures et plus chaudes, le doré marikina. Nous y avons aussi entendu, sur le soir, les effroyables hurlemens de l’alouate : renvoyés et augmentés par les échos, ils épouvanteroient le voyageur le plus intrépide qui ne connoitroit pas l'animal qui les produit *. Voilà pour les mammifères et les oiseaux, ceux de mer exceptés, sur lesquels nous reviendrons aïlleurs, les remarques principales que nous ayons été à portée de faire au Brésil. Maïs nous ne laïsserons point F'Amérique, sans parler des rives de la Plata.

Si, du vingt-troisième parallèle Sud on s'avance vers le trentesixième , la scène change au point qu'il semble que ce n'est plus le même continent; et après la traversée qui sépare le nouveau monde de l'Afrique, les regards ne sont pas frappés par une plus grande métamorphose.

Aux alpes du Brésil on voit succéder, de chaque côté du grand fleuve, un sol aplati; aux vastes forêts et à leurs gigantesques végétaux, d'immenses plaines verdoyantes, couvertes de graminées; aux fréquens coups de tonnerre des montagnes des Orgues, ces vents furieux venant du pôle, nommés pamperos, qui rendent la navigation si dangereuse.

Dans quelques endroits de cette terre d’alluvion percent des monticules de granit et de schiste, seuls indices qui rappellent

» C'est dans ces mêmes lieux que nous nous procurâmes le myrmecophaga tamandua dont le squelette a servi aux observations de M. Cuvier pour son ouvrage sur les ossemens fossiles.

Ce fourmilier, que les Brésiliens nomment tamandua mirim, a été pris dans la colonie suisse, à quarante lieues de Rio de Janeiro. Sa peau est excessivement dure. Voici quelques détails d'organisation recueillis à Ja hâte : le foie, volumineux , avoit cinq lobes; sa vésicule étoit très-grosse; la rate fort longue, granuleuse , rougeâtre et frangée; le pancréas avoit plus de six pouces de longueur ; l’œsophage s’'inséroit au milieu de l'estomac, lequel étoit à demiplein de fourmis de la petite espèce ; le pylore fort gros et renflé ; les intestins grèles, depuis cette ouverture jusqu'au colon, étoient longs de sept pieds, et le colon, à lui seul, mesuroit huit pouces; il présentoit des stries sur sa longueur. Deux capsules surmontoient les reins ; les testicules, placés dans l'intérieur du ventre, étoïent ronds et assez gros.

Un paquet de glandes, plus gros que la moitié du poing , occupoit la partie antérieure du sternum , en s'étendant de chaque côté du cou. Ce sont ces glandes qui sécrètent le suc visqueux qui enduit la langue longue, rétractile et charnue de cet animal.

ZOOLOGIE. 24 au voyageur quil na point encore quitté le sol de l'Amérique. D'immenses troupeaux de bœufs, de mulets, de chevaux, errent dans ces solitudes herbeuses. Ces derniers sur-tout ne connoïssent de limites vers le Sud que le détroit de Magellan, où ils aïdent aux migrations du Patagon. Des bandes de tigres, de chiens sauvages, accompagnent ces troupeaux, et trouvent toujours à leur suite une proie facile; comme, en Afrique, les lions et les tigres poursuivent les gazelles voyageuses : mais si le cheval et le bœuf paisibles craïgnent le jaguar, celui-ci redoute l'homme, qui, pour avoir son élégante fourrure, le poursuit sans relâche, l'atteint d'un plomb mortel, ou bien l’enlace quelquefois avec adresse.

Ces grands animaux parcourent presque seuls les plaines de Montévidéo et de Buénos-ayres, et les petites espèces semblent sêtre retirées pour leur faire place. Aïnsi, l'ancien continent a fourni à cette partie du nouveau ces grands types quil avoit perdus et dont on retrouve les ossemens fossiles enfouiïs dans des débris d'alluvion auprès de la ville de Montévidéo.

Si ce n'étoit pas nous écarter de notre sujet, nous chercherions à décrire les mœurs des peuples de ces contrées, issus du mélange des Européens avec la race indigène, et menant une vie à demi sauvage à la suite des troupeaux; nous ferions voir qu'ils sont à ces déserts verdoyans ce qu'est l'Arabe aux sables brûlans d'Afrique, indomptés comme lui, cruels et hospitaliers tout-àa-fois : toujours à cheval, ïls franchissent dans un jour des espaces considérables, avec cette différence que le noble animal, compagnon de fortune du Bédouiïn, n'est rien pour le barbare Gahouche, qui dans ün instant le force, l’excède et l’abandonne pour en prendre un autre. Ce ne sera point en Amérique que se renouvellera la scène touchante de l’Arabe pleurant sur le corps du cheval expirant qui vient de luï sauver la vie *.

Les espèces d'oiseaux les plus remarquables de ces contrées sont

* Voyez Châteaubriant, {rinéraire.

nomades comme les mammifères. Ce sont des autruches, dont les troupes. vagabondes semblent établir davantage les rapports qui existent entre les déserts du nouveau monde et ceux de l’ancien : des carouges et des troupiales couvrant de leurs volées mnombrables les prairies dont ils fouillent la terre pour y trouver des insectes. Nous avons remarqué tant de variété dans leur parure, que plusieurs différences individuelles pourroïent bien ne tenir qu'à des disproportions d'âge.

Une espèce plus petite, le carouge à épaulette, nous a paru avoir les habitudes et le ramage de notre étourneau. Comme lui ïl se plaît dans les roseaux et sur les bords des marais fangeux que couvrent les eaux limoneuses de Rio de la Plata. On rencontre aussi l'étourneau militaire, dont la poitrine est rouge, et le carouge Gasquet, vivant en petites troupes isolées.

Le gobe-mouche leucomele, le traquet à lunette, dont l'œil est entouré d'une membrane jaune lichénoïde, habitent des halliers de faux artichauts épineux : car aucun massif d'arbres ne vient borner l'horizon de ces solitudes sans fin, pour en rompre la monotonie; : seulement d'énormes cactus étalés en candélabres forment des haies épineuses impénétrables, d'une couleur glauque, sur laquelle contraste le beau jaune de leurs fleurs. Dans les lieux arides et rocaïlleux, entre les blocs de granit, se montre le cactus opuntia, dont les fruits violets, hérissés de milliers de piquans imperceptibles, sont les seuls que cette terre ingrate puisse offrir à l’homme.

Sur les rives de la rade, le tyran à ventre jaune, le même que celui du Brésil, dispute à des légions de mauves et de goëlands les nombreux cadavres de bœufs et de chevaux jetés à la voirie. L'ibis des boïs, avec ses longues pattes et son grand cou, domine par-dessus toutes ces troupes voraces; sa défrance, que sert parfaitement son organisation, est extrême, et il s'envole long-temps avant qu'on ait pu l'approcher.

Une grosse espèce de wnamou à long cou et dont le corps est

ZOOLOGIE. à

arrondi, y est très-commune ; sur le rivage, nous navons fait » . . ° . . qu'entrevoir des oïes blanches, qui ont le bout des aïles noir.

SECTION IL

Cap de Bonne-Espérance.

Nous n'avons point eu la faculté d'observer les mammifères de ce pays, et nos courses se sont bornées à l’espace compris entre les montagnes qui forment la péninsule du Cap de Bonne-Espérance proprement dit.

Au premier aspect, le voyageur est frappé de la sécheresse qui règne sur l'extrémité australe de l'Afrique, où ne s'offrent que des montagnes de grès arides et escarpées. On voit évidemment que Vart du laborieux Hollandais a tout fait pour forcer la nature à produire. La végétation y est triste dans son ensemble, quoique de belles liliacées, de brillans gnaphaliums et de superbes bruyeres contribuent à jeter un certain éclat sur les détails; mais les protéas aux feuilles soyeuses et argentées, qui, par leur abondance, forment en partie la physionomie végétale, répandent sur le paysage la monotonie de leur teinte.

Les deux genres d'oiseaux les plus communs sur cette langue de terre, et que nous avons pris plaisir à observer, sont les souimangas et les promérops. Nous ferons connoître plus loin les rapports naturels d'organisation qui lient ces oïseaux avec certaines familles de la Nouvelle-Hollande, de même que la ressemblance des localités qu'ils habitent.

Le moïs d'avril est l'époque à laquelle les souïmangas fréquentent les environs de la montagne de la Table; ils y sont attirés par la grande quantité de protéas mellifères, dont les cônes leur fournissent en abondance une liqueur sucrée; et lorsque ces arbrisseaux ne sont

pas fleuris, ce sont les virgilias qui nourrissent ces charmans oïseaux. Voyage de l'Uranie, — Zoologie. À

Les fleurs de ce dernier arbre ressemblent à celles du robnia pseudoacacia ; eHes en ont la blancheur et le parfum, mais paroissent ne contenir qu'une très-petite quantité de nectar. Aussi voit-on les souïmangas voltiger de branche en branche, et plonger leur langue rétractile et plumeuse dans chaque fleur.

On les a comparés, avec Juste raison, aux grimpereaux; ils sont vifs et légers comme eux, et ne restent sur un arbre que le temps convenable pour le parcourir dans tous les sens; ce qu'ils font à l'aïde de leurs ongles crochus. Soit qu'ils volent ou qu'ils cherchent leur nourriture, ils poussent un petit cri perçant qui les fait distinguer de loin. Le soir, ils ont un chant prolongé et dont les modulations sont plus agréables.

Ces oiseaux sont faciles à conserver vivans. Nous en avons eu un pendant quelques jours, qui, du matin au soir, ne faisoit que tremper sa langue dans l'eau sucrée : d'où vient que les habitans du cap les nomment Decs de sucre. L'espèce la plus commune aux environs du Cap, celle dont on pourroït se procurer une centaine dans un jour, est le sourmanga à collier. Celui à capuchon violet, remarquable par ses longues pennes, est beaucoup moïns répandu et plus difhcile à approcher. Nous avons observé que la dentelure du bec n'est point un caractère constant dans tous les individus.

Le second genre que nous ayons à mentionner est celui des promérops, qui, comme les souïfmangas, ont une langue plumeuse, canaliculée, et recherchent les plantes mellifères. On les rencontre par petites troupes de cinq ou six; et, à l'époque dont nous parlons, il étoit facile de reconnoître les jeunes, qui n'avoient pas encore leur longue queue. Si le plumage de cet oïseau n'est pas brillant, du moins sa forme a une certaine élégance, sur-tout quand il est posé. Il n'en est pas de même lorsqu'il vole; par les secousses qu'il se donne, par les bonds et les ondulations qu'il est obligé de faire, on voit que sa queue l'embarrasse beaucoup, et qu'il na pas été fait pour cet exercice.

Ses ongles sont crochus, etil est doué d’une force excessive dans

les serres; de sorte que si l’on ne prend pas garde à ceux qu'on a

blessés, ils les enfoncent dans les chairs et font promptement venir le sang. :

SECTION IIl.

[les Timor, Rawak et Vaigiou.

L'ÎLE Timor, située vers la partie la plus méridionale de l'archipel d'Asie, à distances presque égales des îles de la Sonde et des Moluques, est pauvre en mammifères, maïs assez bien peuplée d'oiseaux.

Le sol de Coupang, madréporique et schisteux, n'offre pas cette brillante végétation que le voyageur devroit s'attendre à rencontrer par le treizième parallèle, etqui se fait remarquer même dans la partie Nord de l'ile.

À quelques lieues des bords de la mer, les arbres, en général, n’ont pas cet énorme développement que nous retrouverons bientôt; leur teinte est blafarde; elle est même toute blanche là où dominent les mélaleucas.

Les tourterelles et les perroquets sont les espèces les plus communes. C'est de là que viennent la jolie colombe kurukuru, {a colombe Maugé et le colombar unicolor. On y voit le petit kakatoës blanc, beaucoup plus gentil et plus susceptible d'éducation que la grosse espèce de la même couleur, du port Jackson; la belle perruche érythroptère; celle à face bleue , qui habite aussi l'extrémité Sud-Est de la Nouvelle-Hollande, et qu'on ne peut conserver longtemps, parce qu'elle succombe facilement aux convulsions.

Nous vimes là, pour la première fois, le philédon corbi-calao, qui se montrera aussi au port Jackson. Cet oiseau, dont la langue est échancrée et les serres excessivement fortes, se nourrit de baies.

Coupang est la patrie des langrayens, dont le vol est semblable à celui des hirondelles, et qui ont la faculté de planer des journées entières dans les régions élevées ; des choucaris verts; des petits drongos, friands de la liqueur qui découle du latanier ; de diverses espèces de moucherolles ; et comme il y a beaucoup d’arbrisseaux et de sous-bois, dans lesquels se plaisent les petits oïseaux, on y trouve le padda ou calfat, quelques souïmangas, diverses espèces de bengalis, et, sur les casuarinas de la petite île de Kéra, le guépier à longs brins.

En laissant Timor et s'élevant vers le Nord, après avoir traversé les Moluques et navigué parmi plusieurs îles dépendant de ce nombreux archipel, connu sous le nom d%s des Papous, on arrive à celle de Vaigiou, directement placée sous l'équateur. À proprement parler, notre navire nétoit point mouillé sur cette grande île, mais tout auprès, à un demi-quart de lieue, dans la jolie petite baïe de l'ile Rawak, d'où nous faisions de fréquentes excursions sur Vaigiou.

De tous les lieux que nous avons parcourus, aucun ne nous a offert une végétation plus vigoureuse et plus belle que les îles qui nous occupent; par-tout, depuis la sommité des montagnes jusqu'au bord de la mer, dans laquelle des arbres entiers inclinent leurs rameaux, elle nous rappeloit la majesté et la richesse de ces forêts profondes que nous avions admirées au Brésil. Sur beaucoup de points, la plage est ainsi envahie par le règne végétal. Bien plus, nos canots voguoient souvent au travers de forêts marines, dont les grands végétaux croiïssent au sein des eaux salées.

Ailleurs, malgré les plus grands efforts, on ne peut pénétrer dans ces sombres retraites. Arrêté à chaque pas par des lianes tortueuses, embarrassé dans les débris des arbres que le temps a détruits, accablé par la chaleur, on ne tarde pas à préférer des routes plus faciles et plus sûres: mais on ne peut oublier l'impression profonde que font éprouver le calme et la majesté de cette belle nature.

Les oiseaux qui habitent ce séjour, semblent, par leurs proportions, participer de sa grandeur : on n'y voit presque point de ces espèces naînes au brillant plumage; comme perdues dans ces vastes forêts, qui d'ailleurs manquent de graminées et de petits insectes, elles ne sauroïent y vivre, et recherchent de préférence les endroits plus découverts et mieux accommodés à leur existence. En revanche, c'est le refuge des calaos, des grosses colombes muscadivores , des pigeons couronnés plus grands encore, des perroquets verts, de l’ara noir microglosse, des cassicans, de la nombreuse famille des loris, des gros martins-chasseurs, et de quelques oiseaux de proie.

Les défrans calaos occupent presque toujours la cime des arbres élevés, des muscadiers sur-tout, dont ïls recherchent les fruits qu'ils avalent tout entiers et qui donnent à leur chair un excellent goût. Quoique leurs ailes soïent peu développées, on les entend voler de loin, ainsi que l'a remarqué Dampier; ce qui tient à ce que leurs longues pennes, écartées à l'extrémité, font vibrer l'air avec force. Cet oïseau est un exemple de ce que peuvent les localités sur les mœurs des animaux. Ici, environné de fruits, il en fait sa nourriture, tandis que, s'il étoit né dans les déserts de l'Afrique, il se repaîtroit de la chair des cadavres, comme font les calaos d'Abyssinie.

Les tourterelles muscadivores et à tubercule font entendre de sourds roucoulemens, effrayans pour celui qui n'en devineroïit pas d'abord la cause; en même temps que des troupes légères de loris rouges et tricolors passent avec rapidité en poussant des cris perçans. Il nous étoit facile de nous procurer de ces derniers, qui revenoient sans cesse à un arbre dont ils mangeoïent les fleurs. Nous avons remarqué une singulière particularité dans ces animaux; c'est que leurs couleurs sont infiniment plus éclatantes après la mort que lorsqu'ils sont vivans.

L'existence de ces brillans oiseaux, que les naturels façonnent a la domesticité, semble exclusivement liée à leur terre natale;

car ils mouroient, malgré tous nos soins, dès que nous avions perdu les côtes de vue.

I existe une petite espèce de kakatoës noir , semblable au blanc pour la forme et le cri, et tellement LEE, que nous ne pümes nous le procurer.

Sur la petite île de Rawak seulement, on rencontre beaucoup de cassicans Sonnerat; oiseau vif, agile, rusé, susceptible de vivre familièrement avec l'homme; possédant une variété de chant qu'il seroit difhicile de rendre; tantôt criant très-fort, sur-tout le matin, d’autres fois sifant d’un ton grave et par coups, ou bien avec rapidité; et imitant avec une rare facilité le chant des autres oiseaux.

Les cassicans fréquentent habituellement les sommités des cocotiers, pour y trouver des insectes; mais nous n'avons point remarqué qu'ils poursuivissent les petits oiseaux, comme on le pense généralement.

Une belle espèce de martin-chasseur, que nous avons dédiée à notre collègue, M. Gaudichaud, chargé de la partie Botanique du voyage, se trouve aussi sur cette île ; nous ne l'avons rencontré que là. On doit à M. Levaïllant la division naturelle de ces oïseaux en chasseurs et pêcheurs. Cette distinction, fondée sur des caractères peu saillans, tirés de la forme du bec, est bien mieux établie d'après leurs mœurs. Nous l'avions déjà faite pour nous avant de connoître l'opinion de notre compatriote. En effet, les martins-chasseurs, qui sont tous, en général, trèsgros, habitent le milieu des bois, dans les lieux humides, où ils fouillent pour trouver des insectes et des vers; aussi ont-ils presque toujours le bec terreux; c’est du moins ce que nous avons vu sur Ceux que nous avons tués à Rawak,aux Mariannes et à la Nouvelle-Hollande, où on les trouve fort avant dansles terres loin des ruisseaux. Si quelquefois ils fréquentent les bords de la mer, c'est pour s'emparer des petits pagures qu'ils enlèvent avecla coquille.

Dans les marécages de l'ile de Bony, nous vimes un gallinacé qui nous a présenté des caractères suflisans pour en former un genre

nouveau, et que la longueur de ses pieds nous a fait nommer wégapode. n'est qu'à demi sauvage, vole à peine et en effleurant la terre. Le pigeon couronné vit en domesticité à Vaigiou; les insulaires lui donnent le nom de #ambrouc. Nous avons trouvé, dans des cabanes abandonnées, des ceintures et des émouchoirs faits de plumes de casoars, qui semblent indiquer que ces oïseaux habitent aussi cette île.

Les oiseaux de paradis ne sont point rares; maïs il est difficile de se les procurer. Nous en vimes deux dans l'aïguade d'Entrecasteaux, sans pouvoir les atteindre. Ils volent par ondulations, à la maniere des promérops à longue queue du Cap de Bonne-Espérance. Alors leurs belles plumes sont réunies en un seul faisceau.

Nous terminons ce que nous avons à dire sur ce pays par les phalangers, seul mammifère que nous ayons pu nous procurer.

Ces animaux, que les naturels nous apportoient pour être mangés, semblent remplacer ici les paresseux de l Amérique. Stupides comme eux, ils passent une partie de leur vie dans l'obscurité; et lorsque trop de lumière les fatigue, ils s'y soustraïent en se blottissant la tête entre les jambes. Ils ne sortent de cette position que pour manger, ce qu'ils font avec beaucoup d’avidité. Dans les bois, ils se nourrissent de fruits aromatiques, comme nous l'avons vérifié; et à défaut, les nôtres dévoroïent de la chair crue. Leur peau est tellement fine et tendre, qu’en se battant ils sen arrachoïent des lambeaux. La même chose arrivoit, lorsque, se fixant à l’aide de leurs griffes aiguës, on vouloit les enlever de force par leur fourrure. Ordinairement, deux de ces animaux, habitués dans une même cage, vivoient en bonne intelligence : en ajoutoit-on un troisième, ils se battoïent à outrance en grognant et poussant des cris perçans.

Que de beaux oïseaux, que de mammifères encore inconnus habitent ces admirables contrées, et où l'on pourroit se les procurer en y séjournant beaucoup plus long-temps qu'il n'est permis de le

faire à des navigateurs, dont la mission se borne à explorer une partie des côtes! L'île de Vaigiou a plus de quatre-vingts lieues de circonférence , et l'on nous donna à entendre que, dans l'intérieur, se trouvoit une nombreuse population rassemblée dans une sorte de grande ville.

SECTION IV

[les Mariannes.

LAISsANT cette terre équatoriale, et continuant notre navigation vers le nord, nous arrivämes aux Mariannes, où la quantité de malades que nous avions alors nous força de séjourner longtemps; de sorte que nous eûmes le loisir de connoître les productions zoologiques de l'île Guam, la plus grande de toutes, et qui en est en même temps la capitale.

Cette Île n’a que quarante lieues de tour. Son sol est élevé, montueux, en partie volcanique et en partie formé de calcaire madréporique. Les montagnes, qui ont toutes subi l’action du feu, sont arides et peu boisées. Les forêts recouvrent le calcaire et forment une demi-ceinture à l'île, en avoisinant les bords de la mer. La végétation naturelle, peu brillante, se ressent de linfluence du sol sur lequel elle se développe; tandis que les cocotiers et les arbres à pain, produits de la végétation artificielle, et placés dans un terrain convenable, joignent la magnificence à l'utilité.

Cet archipel n'a quun mammifere qui ne luï aït pas été apporté; c'est la roussette Kéraudren, dont les nombreuses troupes n'occasionnent point de dégâts, parce que les insulaires ne cultivent presque pas d'arbres à fruits.

Nous avouons que nous fûmes étrangement surpris, lorsque, étant, avec M. Bérard, sur la petite ile aux Cocos, nous vimes ces animaux, bravant l'éclat du soleil, voler en plein jour. Jusqu'à

ZOOLOGIE. 33 cet instant nous avions Cru que, fuyant la lumière, ïls ne sortoïent que pendant les ténèbres *. Ils planent à la manière des oïseaux de proie, et saccrochent, dans le repos, aux arbres ou bien sur les rochers. Les Marïannaïis en mangent la chair, malgré l'odeur désagréable qu'elle exhale.

Une petite espèce de cerf axis, qui a été apportée des Philippines, a tellement multiplié, que l'on ne connoît pas de lieu qui en contienne proportionnellement davantage; car il existe à Guam plus de mille de ces animaux. On nourrit de leur chair les équipages des navires qui touchent à cetteïle, et le nôtre n'eut presque pas d'autres vivres pendant le temps que nous y demeurâmes. Cela n'empéchoit point que les habitans n’en fissent, de leur côté, une assez grande Consommation. |

Ce cerf a le bois peu développé; son pelage est noirâtre et rude. Le faon est fauve, et n'a point de taches comme celui d'Europe, à quelque äge qu'on le prenne. Les femelles doivent mettre bas vers la fin de mars, puisque, dans les premiers jours d'avril, on nous apportoit fréquemment de jeunes cerfs.

L'habitude qu'ont ces animaux de se jeter dans la: mer lorsqu'ils sont poursuivis, nous donna occasion de remarquer avec quelle vitesse et quelle force extraordinaires ils nagent, ayant tout le cou, jusqu'au poitrail, hors de l'eau. Leur frayeur est si grande, qu'ils s'élancent quelquefois dans les brisans qui déferlent sur eux avec fureur. Dans les boïs, ces pauvres bêtes sont sans cesse dévorées par des légions d'insectes, qui, déposant leurs larves sur leur peau, la couvrent d'ulcères dégoûtans?.

+ M. Salt a vu aussi, à Mahavilly, dans le Mysore, des chauve-souris de quatre pieds d'envergure, voler en plein jour. ( Voyage de Valentia, tom. Il, pag. 130.)

? M. Cuvier décrit le crâne et le bois de cette espèce de cerf, dans ses Ossemens fossiles. Voici ce qu'il en dit:

« Les bois des figures 39 et 40 viennent des Mariannes, dont ils ont été rapportés par » MM. Quoy et Gaiïmard. Ils sont trés-gros, très-rudes et de couleur cendrée, et lon y »remarque, dans laisselle du maître andouiller, une petite excroïssance qui manque aux

> espèces voisines. Celui de la fig. 39 tient à un crâne qui ne paroît jamais avoir eu de

Voyage de l'Uranie. — Zoologie. S

Le nombre des rats s’est considérablement accru ; de même qu'à l'ile de France, ils sont le fléau de certaines cultures, qu'ils ravagent avant que les fruits aïent acquis leur maturité.

Les oiseaux paisibles sont d'autant plus nombreux dans cette petite île, que, ne redoutant point de guerre, ils multiplient en soute sécurité. Nous placerons les colombes au premier rang de ces hôtes innocens ; et nous indiquerons comme la plus belle, l'espèce kurukuru*, qui se fait remarquer par son beau plumage verdâtre mélangé de jaune et par sa calotte purpurine : elle est excessivement commune ; et dans nos promenades, nous la distinguions, sans la voir, à ses roucoulemens si plaintifs, qu’ils ressembloïent à de vrais gémissemens. Les Marïannaïs la nomment totot et les Papous 7anobo. Elle fait sa principale nourriture du fruit rouge d’une

» canines, dont le frontal est relevé longitudinalement entre les cornes, et a, en avant des » orbites, vers la base du nez, deux convexités longitudinales fort remarquables. Celui de » la figure 40 appartient à un individu empaillé, qui manque aussi de canines, et dont le » crâne a les mêmes formes : il est à-peu-près de la taille d’un axis ordinaire; malheureuse- » ment il a perdu la plus grande partie de son poil. On voit cependant qu'il Pavoit roide, » ondulé et d’une couleur gris brunâtre; ses fesses et les poils du dessous de sa queue sont » blancs; la queue ëést assez courte: il y a aussi quelques poils blancs au-dedans des oreilles.

» C’est incontestablement une espèce particulière, bien qu’assez voisine de la précédente » (cervus equinus). M. Desmarest a donné cet individu, dans sa Mammalogie, pag. 426, » sous le nom de cervus marianus, que nous lui conservons. :

» Un faon rapporté des mêmes îles par ces voyageurs, et considéré comme dela même espèce, » est généralement d’un roux de cannelle foncé, sans taches. Le dessous du corps et le dedans des » cuisses de devant est d’un roux plus pâle ; la gorge est blanchâtre ; ïl y a une tache blanche au » bout de la mâchoire inférieure, et une sous la base de chaque oreïlle. Le dedans et le bord anté- » rieur des cuisses de derrière sont blancs, ainsi que les fesses et le dessous de la queue qui est » courte; les quatre jambes fauves. » ( Ossem, foss. seconde édition , tom. IV, pag. 45.)

+ Dans l'ouvrage qui fait suite aux Oiseaux de Buffon, par M. Temminck ( 47.° livraison, planche 254), ce naturaliste fait figurer une colombe qu’il regarde comme la femelle de Pespèce kurukuru. Elle a le dessus de la tête cendré, avec une bande jaune au-dessus de Pæil. Si c’est une femelle, nous ne pensons pas qu’elle doive appartenir à cette espèce. Ces oiseaux sont très-communs dans Vile de Guam; nous en avons tué un grand nombre; nous avons même possédé assez long-temps un couple, mâle et femelle, pris sur le nid, dont les individus ne différoient pas le moins du monde lun de l'autre, tant pour la couleur que pour la grosseur; et tous ces oiseaux avoient l’élégante calotte purpurine qui les distingue. Voila bien certainement ce qui existe dans cette île; peut-être ailleurs fa femelle présente-t-elle quelques différences.

orangine épineuse | #monia trifoliata |, qu'elle transporte par-tout et contribue par ce moyen à multiplier d’une manière fort incommode. :

La colombe Dussumier y est aussi très-nombreuse; vient ensuite l'érythroptère à gorge blanche, et enfin une nouvelle espèce, de couleur rousse; si rare que nous ne pûmes en avoir que deux individus.

Le martin-chasseur à tête rousse infeste les forêts. Les habitans le chassent d’auprès de leurs maisons, parce qu'ils le croïent capable de dévorer les petits poulets, opinion que nous ne partageons pas. On trouve le chlorocéphale à Rota, île distante de dix lieues.

Le merle des colombiers, sa des Mariannaiïs, conserve ici les mêmes habitudes familières qu'on lui reconnoît à Manille. Aussi agile qu inquiet, il ne peut demeurer sur un arbre sans en parcourir toutes les branches, autant pour être en action que pour y chercher sa nourriture. Son chant tient de son caractère et a beaucoup de variété; il siffle, il se plaint, il gazouiïlle, ou bien chante un petit air de courte’durée.

Des souimangas rouge et noir sans reflets métalliques habitent entre les larges feuilles des palmiers et pompent leur sève sucrée. Le moucherolle à queue étalée en éventail se tient dans les buissons, et le râle tiklin, qui ne vole pas, dans les fourrés les plus épais. I y a aussi des corbeaux noirs. Les bords de la mer sont couverts de hérons noirs et de hérons blancs, de corlieux, de tourne-pierres, de pluviers dorés, de chevaliers. Dans les maraïs on chasse les canards, la poule d'eau et le petit héron aux aïles noires : ce dernier est nommé 4akag par les insulaires. La chouette commune appartient aussi à cette île, où elle elle est connue sous le nom de #70onm0u ; mais nous n'y avons rencontré ni aucun autre oiseau de proie ni perroquets.

Tinian a fourni une nouvelle espèce à notre genre mégapode, beaucoup plus petite et d'une couleur différente de celle de Vaigiou. La tradition rapporte que très-répandue autrefois dans l'archipel,

se

les anciens peuples Mariannais l’élevoient comme on fait à présent des volailles.

Enfin, nous pouvons assurer que, sous le rapport de l'ornithologie *, comme de toutes les autres parties de l’histoire naturelle, il n'existe pas, dans le grand Océan, d'île qui soit maintenant mieux connue que celle de Guam, naguère ignorée; nous aurons occasion de le prouver aïlleurs, en traitant de chaque classe d'animaux séparément.

SECTION V

Lles Sandwich.

Nous n'avons que fort peu de chose à dire des oiseaux propres aux trois cônes volcaniques de cet archipel que nous avons visités, et rien, absolument rien sur les mammifères, qui paroïssent se borner aux cochons et aux chiens. On mange aussi ces derniers, dont les variétés sont trèsnombreuses, comme en Europe.

N'ayant eu que peu de temps à rester sur chacune de ces iles, nous ne pûmes parcourir leurs hautes montagnes intérieures; et nos courses se bornèrent à celles des côtes, déjà assez élevées pour que trèssouvent elles soient couvertes de nuages.

En oïseaux, nous ne citerons que deux moucherolles noir et blanc ; de petits figuiers d'un vert jaunâtre, le nouveau genre psittasin de M. Temminck, nommé 7aouhi par les Sandwichiens, qui a des rapports avec les perroquets pour les formes, mais qui en diffère beaucoup par un vol lent, soutenu et uniforme , tandis que celui des perroquets est brusque, et s'opère comme si le corps étoit placé de travers.

* Ainsi, c’est à tort et par une fausse indication, que dernièrement on a dit, dans un bel ouvrage , que le calao à casque sillonné habitoit les Mariannes : ces oiseaux ne se touvent point dans cet archipel.

Les plantations d'arum, toujours inondées, recèlent des foulques et des poules d'eau ordinaires. On trouve au bord de la mer des corlieux gris et des chevaliers, et sur les rimas ou arbres à pain, la chouette commune, que les indigènes connoïssent sous le nom de pouéhou.

Mais, chose surprenante, malgré toutes nos recherches et nos courses dans les montagnes environnant les” bords de la mer, des trois îles d'Owhyhi, Mowi et Wahou, nous n'avons pu nous procurer ni même voir l'héorotaire | certhia vestiaria |, très- petit oiseau dont les plumes d’un rouge éclatant forment les élégans manteaux des chefs. Quand on pense que, pour fabriquer un de ces ornemens, qui a quelquefois cinq pieds de hauteur, ül faut des centaines, peut-être des milliers de ces oïseaux, l'étonnement redouble de ne pas en rencontrer à chaque pas. Il faut croire qu'on a fini par en diminuer tellement le nombre, que maintenant ils se trouvent relégués dans les profondes vallées ou sur les trèshautes montagnes que nous apercevions dans l'éloignement *.

On peut faire quelques rapprochemens naturels entre les Sandwich et les îles de France et de Bourbon. Leur sol a partout subi l'action du feu. Les hautes montagnes de Mowna Roa et Mowna Kaah ressemblent aux Salazes de Bourbon. Leur pente commence au bord de la mer et s'élève successivement jusqu'à deux mille cinq cents toises, dit-on, pour les premières; les secondes, moins imposantes, mais peut-être plus abruptes, n'en comptent que quinze cents. Très-souvent on se méprendroit sur la nature des produits volcaniques des unes et des autres, tant la similitude est parfaite; et sur la plage qu'habite une partie de la population d'Owhyhi, on diroit que la lave vient d'y couler.

* Il paroîtroït, d’après ce que rapporte Dixon, que Poiseau qui fournit les plumes jaunes, seroit un promérops ou un guépier, dont les naturels sempareroient facilement, et auquel ils arracheroïent le peu de plumes colorées dont il est orné, et qu’ils renverroïent ensuite. Nous avons bien aperçu dans les vallées profondes quelques-uns de ces oiseaux , mais qui ne nous ont pas paru faciles à approcher. Nous pensons donc que le fait avancé par le voyageur anglais demande confirmation.

Wahou, au contraire, ressemble à l'ile de France; ce sont ses montagnes peu élevées, affaissées, dont les arêtes adoucies et décomposées par le temps, fournissent abondamment aux vallons une excellente terre végétale qu'on s'empresse de cultiver. Par-tout la végétation y est vigoureuse et pressée. Il n’en est pas de même à Owhyhi, la plus considérable de ces îles, où d'immenses coulées de laves plus récentes ont tout envahi, et où l’on est obligé de pratiquer des cultures à travers leurs interstices.

Enfin, de même qu'aux îles de France et de Bourbon (avant qu'on y transportât des cerfs* et plusieurs espèces d'oiseaux), on ne peut faire aux Sandwich qu'une très-mince récolte en zoologie.

SECTION:VI

Nouvelle-Hollande.

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