CHAPITRE XII
Des Crustacés, des Arachnides et des Insectes.
SECTION I
Des Crustacés.
Ge nombreuse et utile famille est non-seulement répandue sur toutes les plages du globe, mais encore dans les plus vastes mers, au milieu desquelles on en trouve des espèces errantes, soit qu'elles nagent isolées comme les phyllosomes, les érichthes, les smerdis, et même les phronimes, ou bien qu'elles soïent groupées sur ces immenses bancs de fucus arrachés du fond des eaux par les ouragans, et dans lesquels elles semblent retrouver leurs rivages et leurs habitudes.
Tout le monde sait que les contrées les plus chaudes sont celles où ces animaux multiplient davantage et sont ornés des plus belles couleurs. En général, leurs mœurs sont assez connues, et ce que nous avons à en dire n'est que ce simple aperçu que le voyageur saisit en passant.
Les bords des fleuves, les marais fangeux, les ruisseaux, les sables et les rochers de la mer ont leurs crustacés.
Les nombreuses rivières qui se jettent dans limmense baie de Rio de Janeiro, forment dans son contour de vastes marais qui ne présentent souvent qu'une vase très-molle. Ce sont ces
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lieux que les thelphuses ont choisis pour leur domicile, et que des myriades de gélasimes, dont les couleurs sont en harmonie avec leurs habitudes, ont criblés de trous. Dès qu'on vient à troubler la solitude de ces derniers, on les voit s'ériger sur leurs pattes et menacer avec leur plus grosse pince qu'ils lèvent en l'air. Is ne fuient vers leurs retraites que lorsqu'ils sont sur le point d’être pris, tandis que les craintifs tourlourous se tiennent à l'entrée de leur terrier et y rentrent au moindre danger. Il est assez curieux de leur voir creuser leur profonde et dégoüûtante demeure; ils en sortent tout couverts d'une boue noire qu'ils portent à l'aide de leurs pinces et qu'ils vont entasser à quelque distance. Si la terre qu'habitent ces animaux ne contient pas de substance nutritive, nous ne savons ce qui peut fournir un aliment à un aussi grand nombre d'individus qui ne paroissent Jamais abandonner leur stérile contrée.
Si nous dirigeons nos observations sur les bords de la mer du même pays, indépendamment des espèces connues, nous en verrons d'autres fuir la lumière et vivre constamment sousles sables humides ; ce sont les hippes, dont le têt est ovalaire, presque cylindrique. Tous les jours on voit les pêcheurs venir remuer les sables avec les mains, et enlever ces crustacés, dont ils font des appäts. Les portunes et les maïas ne quittent pas le fond des eaux. Lorsque, a notre départ du Brésil, nous retirämes nos ancres, nous trouvämes sur les cables un grand nombre de ces derniers, de même que des millions de nymphons, que leurs longues pattes déliées et fixées sur un corps très-mince, feroient prendre pour des faucheurs marins.
Par-tout où les côtes découpées en baïes ont des eaux peu profondes, les espèces de crustacés sont nombreuses ; comme à l’île de France, aux Mariannes, aux îles des Papous, à la baïe des Chiens- Marins, &c.: mais quand les rochers sont abruptes, battus par la tempête, et que les plages manquent, les grandes espèces seules s’y rencontrent en petit nombre; c'est ce que nous avons pareïllement remarqué à l'île Bourbon, au Port-Jackson, aux îles Sandwich. Dans
ce dernier lieu, on prit à la ligne, par quatorze brasses de profondeur, un gros ranine de couleur rouge, dont les pieds, à l'exception des serres, de forme aplatie et propre à la natation, indiquent un séjour habituel dans l'eau. Il nous paroît que c'est tout-à-fait à tort que des voyageurs ont dit que cet animal quitte la mer pour aller jusqu'au sommet des arbres les plus élevés.
Les hermites ou pagures sont ceux que nous avons trouvés le plus fréquemment : il n'existe peut-être aucun lieu où on ne les rencontre ; maïs les Mariannes, les îles des Papous et Timor, nous en ont offert en plus grand nombre. Les greves de la petite île Kéra, dans la baïe de Coupang, en sont couvertes. A l'instant de la plus forte chaleur, ils cherchent l'ombre sous des touffes d'arbrisseaux ; et, lorsque la fraîcheur du soir se fait sentir, on les voit sortir par milliers, roulant leur coquille, se heurtant, trébuchant, et faisant entendre par leur choc un petit bruit qui les annonce avant qu'on les aperçoive. Toutes les coquilles univalves leur sont bonnes, comme on sait; cependant la plupart étoient logés dans des nérites marines, qui, trèscommunes dans les lieux où nous avons fait cette remarque, ne sont pas les coquilles les plus favorables au développement de ces animaux parasites.
Quand ils aperçoivent quelque danger, ils se sauvent en toute hâte, soit dans des trous qu'ils rencontrent et qu'ils ne creusent pas, soit préférablement sous les racines ou dans les troncs pourris des vieux arbres; rarement dans la mer, quelque près qu'ils en soient. Cette observation que nous avons faite bien souvent, prouve qu'il existe deux familles distinctes de ces animaux; celle qui habite dans les eaux, et celle qui n'y va jamais, ou du moïns que très-rarement. Ce n'est pas que les individus de toutes deux ne puissent vivre plus ou moins de temps hors de l'élément qui leur est naturel, c'est-àdire, les uns dans l'air et les autres dans l’eau; ils en ont la faculté, comme nous nous en sommes assurés; mais le temps nous a manqué
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pour dire jusquà quel pointils pourroïent supporter ces expériences Nous avons remarqué que les espèces marines se distinguoient des autres par leurs yeux arrondis portés à l'extrémité de longs pédoncules cylindriques.
A Guam, à Vaigiou, on rencontre dans les forêts, à plus de mille pas du rivage, de très-gros pagures à pinces violacées, logés dans des buccins revêtus d’une croûte terreuse, qui, très-évidemment, paroissent être dans leur séjour habituel. Quelques-uns ont la faculté de rendre de l’écume lorsqu'on les tourmente. La lumiere les attire; car une nuit que nous étions campés autour d'un feu que nos matelots avoient allumé, nous entendîmes venir d'assez loin un gros pagure, qui, s'étant approché trop près, devint victime de sa curiosité; il fut cuit dans sa maison et mangé.
Nous nous étions particulièrement attachés à faire une collection la plus complète possible de ces singuliers animaux, dont il nous avoit été facile de réunir un grand nombre, que nous comptions soumettre à l'observation du premier entomologiste de JEurope, M. Latreïlle. Nos desirs n'ont pu se réaliser. .
Les crustacés les plus extraordinaires sont, sans contredit, les phyllosomes. Nous en vimes pour la première foïs, en novembre 1817, par 5° de latitude Nord et 56° de longitude à l'Ouest de Paris, en allant des Canaries au Brésil. Nous crûmes être les premiers à les faire connoître, et leur configuration nous détermina à les nommer /yroïdes, ne sachant pas alors que M. Leach venoit de former le genre qui nous occupe. Nous ignorions aussi, avec M. Leach lui-même, que, dès 1781, dans un journal allemand intitulé der Naturforscher, une espèce qui appartient bien certainement à ce genre, avoit été décrite et figurée par J. R. Forster, sous le nom de cancer cassideus. ( Voyez tom. 6, 16.° cah., pag. 206, pl. 5.)
Depuis, nous avons retrouvé ces animaux dans plusieurs mers: aux environs de la Nouvelle-Guinée, par 2° de latitude Nord,
ZOOLOGIE. Sen
en janvier 18109; dans le grand Océan austral, par 18° de latitude Sud; et près des iles des Amis, dans le mois d'octobre de la même année.
Vivans, ils sont transparens dans toutes leurs parties comme du cristal, les yeux exceptés, qui sont bleu de ciel ; ce-qui fait qu'il est impossible d'en donner, sous le rapport de la couleur, une figure rigoureusement exacte. La teinte jaunâtre de ceux qu'on a dans les collections est occasionnée par l'alcool ou la dessiccation. Il est vrai aussi que, par ce moyen, on aperçoit quelques parties de leur or anisation, qui, dans l’état naturel, sont invisibles et confondues dans la transparence générale, comme les muscles des pattes et quelques canaux latéraux qui aboutissent au canal longitudinal ; ce qu'on peut bien voir sur individu qui est dessiné dans la planche 82, figure 1." On voit quelquefois circuler dans ces détours une espèce de sanie blanchâtre ; et nous y avons remarqué de petits points rouges.
Nous ne connoissons rien des mœurs de ces animaux, qui sont condamnés par leur fragilité à fuir les côtes pour vivre au milieu des flots. Ceux que notre filet nous amenoït encore en vie, avoient des mouvemens excessivement lents; bien différens en cela des agiles alimes, qui, transparens comme eux, s'agitoient et nageoïent avec vitesse dans le vase qui les recevoit.
Voyage de l'Uranie. — Zoologie. 66
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GENRE CRABE. — Cancer. Fabr.