CRABE BRONZÉ. — CANCER ÆNEUS
Linn. Séba. Fabr. Herbst. Latr. Lamk.
PLANCHE 76, fig. 1. “+
# Cancer , test rugosissima , obtusà, utrinqué quadrilobà , fronte sub-
marginatä 1
« LE dessus du têt est ciselé, comme sculpté, blanchätre ou » roussâtre clair, avec des taches rougeätres; le front est presque » droit,avec deux dents obtuses ; chaque bord latéral et antérieur » a quatre lobes, avec une petite dent près des yeux. »
La description de ce brillant crustacé très-connu appartient à M. Latreïlle. Comme ïl avoit été assez mal représenté jusqu'ici, nous avons cru devoir en donner une meïlléure figure. On le trouve dans plusieurs lieux de la mer des Indes : celui-ci provient des îles Mariannes.
GENRE GRAPSE. — GRraApPsus. Lamk.
GRAPSE PEINT. — Grarsus ricrus. Lamk.
CANCER GRAPSUS. Linn. Séba. Fabr. Herbst.
PLANCHE 76, fig. 2.
e Grapsus, testà posticè lateribus plcatä , anticè ad angulos bidentaté ; fronte plicis quatuor ; brachits brevibus, digitis apice concavis.
Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter encore à M. Latreïlle la description de ce crustacé, en y joignant ensuite nos remarques particulières.
« Tét long d'environ deux pouces, sur près de deux et demi » de large, d'un rouge de sang, ponctué et rayé de jaune ; les côtés » bidentés près des yeux et plissés postérieurement; front divisé » par trois incisions en quatre lobes aplatis, dentelés; côté interne » du corps dilaté en manière de dent, extrémité des doigts en » cuiller. I habite la Caroline, les Antilles, la baie des Chiens- » Marins à la Nouvelle-Hollande et les îles Mariannes. »
En contournant l'île Guam, nous vîmes, sur les rochers du bord de la mer, une foule d'enveloppes de ces animaux, si parfaites et tellement intactes, qu'on eût dit qu'ils s'étoient desséchés eux-mêmes dans cette position. Mais, à la légèreté et au vide intérieur, nous reconnûmes que ce n'étoient que des peaux dont ces crustacés s'étoient dépouillés. Nous n'en surprimes point dans ce travail, qui doit leur être tres-pénible. Il étoit terminé alors, et nous étions en mai. On juge par l'examen de ces enveloppes que les grapses emploient tous les moyens pour que cette opération réussisse. D'abord ils cherchent un lieu convenable hors de l'eau;
et lorsqu'ils l'ont choisi , ils se cramponnent de toutes leurs forces sur la pierre, et finissent par sortir, régénérés, par la partie postérieure, à l'endroit où les pattes s'insèrent au corps. Ils prennent tellement bien leurs précautions pour s'assujettir, qu'après qu'ils ont abandonné ce têt inutile, il tient encore aux rochers et résiste long-temps à l'effort des plus grands vents.
GENRE OCYPODE. — OcyÿPr0DpE. Fabr.
OCYPODE BOMBÉ. — OcyroDE coNVExus. N.
PLANCHE 77, fig. 2.
Ocypode , testä convexä , quadratä; chelis granosis ; oculs extremntare
obtusis, rotundis.
LE corps de cet ocypode est presque carré, bombé en dessus, chagriné et jaune ; les côtés du têt sont un peu dentelés; son bord antérieur est pointu aux deux extrémités, et présente deux ondulations dans la fossette de chaque œil. Les yeux, de forme elliptique, sont placés au milieu de leur pédicule, qui est arrondi par le bout, au lieu d'être terminé en pointe aiguë, comme on le voit dans plusieurs espèces de ce genre.
Les serres sont en cœur, la droite plus grosse que la gauche ; toutes deux chargées de petits tubercules, et dentelées sur leurs bords: Chaque pince a deux rangs de petites granulations à son extrémité. Les autres pattes sont denticulées sur leurs arêtes; elles se terminent par une surface triangulaire, concave en dehors, velue sur un de ses bords, et dont l'extrémité est munie d'un ongle acéré.
En arrière du corps, et de chaque côté, est une surface triangulaire lisse, correspondant à la dernière paire de pattes; le premier article des troisième et quatrième est couvert de poils. Toutes sont d'un jaune plus beau que celui du corps.
Dans une exploration que nous fimes sur l'ile déserte de Dirck- Hatichs, à la Nouvelle-Hollande, nous vimes sur le rivage des milliers de ces crustacés, qui à notre aspect s'élevoient sur leurs longues pattes, dressoïent leurs yeux et sembloïent nous menacer
en fuyant et gagnant les trous qu'ils s'étoient creusés dans le sable. I paroît qu'ils ne faisoient que de changer d’enveloppe ; car leur mollesse étoit extrême. La nuit, ils sortoient en si grand nombre, quen longeant la grève pour chasser des tortues, nous les écrasions sous nos pieds.
Les matelots en prirent pour Îles manger ; maïs à cette époque, qui étoit la mi-septembre de l'hémisphère austral, ils étoïent comme vides et ne purent rien fournir à notre subsistance.
GENRE THELPHUSE. = 7T'A4ELzPHUSA. Latr.
THELPHUSE CHAPERON-ARRONDI. — THerpHusa ROTUNDA. N.
PLANCHE 77, fig. 1.
T'helphusa, testà levt, lateribus turgidä, crenulatä, anticè rotundä ;
colore subtus violaceo.
LE caractère spécifique de ce crustacé est d’avoir au-dessus de son chaperon rabattu , un renflement demi-circulaire très-saïllant et bombé, se terminant latéralement par deux petits lobes arrondis, desquels partent deux raies profondes. Un sillon bifurqué en arrière divise ce renflement en deux parties. De chaque côté, le têt forme deux bosselures considérables, s’élevant au-dessus du centre, et ayant une arête denticulée à leur sommet; elles finissent en devant par deux pointes qui forment l'extérieur de l'orbite. L'œil est presque entièrement caché dans une fossette profonde.
Le dessus du tét est marqué de sillons et d'inégalités : il est d'un brun rougeâtre supérieurement, violacé en dessous; la queue. très-large, cordiforme, blanchâtre, est formée de six pièces. Les pinces sont grosses, alongées et brunes. Les huit autres pattes sont rayées en travers de taches d’un brun plus clair ; leur dernier article est denticulé sur les côtés et muni d'un ongle aigu.
Cette espece a près de troïs pouces de largeur; elle habite les bords des petites rivières de l'île Guam, où elle se creuse des trous profonds. Ces animaux, excessivement défians, s'éloignent peu de leurs terriers et y rentrent au moindre bruit ; de sorte qu'il faut étre preste pour sen emparer.
GENRE PAGURE où HERMITE. — P4Acurus. Fabr.
PREMIÈRE DIVISION
PAGURE POINTILLÉ. — PAGURUS PUNCTULATUS.
Olivier, Encycl. méth. tom. 8, 2.° part. et 77. Liv. pl. 312, fig. 1.
PLANCHE 78, fig. 2.
Pagurus parasiticus, pallidè rufus, oculis albo-cœruleis punctarus ,
chelis hurtis rubris ; simsträ majore. Ov.
CE crustacé, qu'Olivier a représenté en noir, nous le donnons colorié, en modifiant toutefois sa description d'après un individu dont les couleurs n'avoient point été altérées.
Il est grand, puisque de l'extrémité des pattes à celle de la queue, il n'a pas moins de six pouces. Son corselet est quadrilatère, ventru inférieurement, lisse, blanchäâtre avec des taches rondes de la même couleur, et parsemé de faisceaux de poils rougeätres. Nous dirons avec Olivier que le chaperon est presque tridenté, car la dent du milieu ne paroît pour ainsi dire pas. En bas il est séparé du corselet par une ligne irrégulièrement demi-circulaire.
Les yeux sont placés à l'extrémité d'un pédicule gros, long et cylindrique, d’un brun violet; une écaiïlle rougeätre, velue, les accompagne à la base, et leur sommet est muni d’une petite houppe de poil très-courte. Les antennes sont de la longueur de la troisième paire de pieds, jaunâtres en grande partie, rouges à leur base, qui est munie de trois pointes couvertes de poils , celle du milieu
beaucoup plus forte. Les antennules , qui sont rosées, dépassent un peu les yeux.
La queue est vésiculeuse, translucide , terminée par six écaïlles coriaces; le dessus est revêtu de quatre plaques transversales un peu plus solides que le reste, et du bord gauche desquelles partent autant d'appendices lamelleux, trifides, et soyeux à leur extrémité. Is semblent remplacés à droïte par quelques poils.
Les pinces sont fortes, la gauche plus grosse que la droite; toutes Îles deux hérissées de longs poils rouges et de forts piquans de la même couleur en dehors. Il en est de même des deux autres paires de pieds, qui n'ont d'aiguillons qu'aux deux derniers articles. Les dernières pattes sont grêles, et la petite pince qui les termine est munie d'une râpe brune propre à fixer l'animal à la coquille. Cette même particularité s’observe auf$$i à l'extrémité dé la queue.
Le chaperon, les surfaces externes et internes des pattes, le dessus des serres excepté, sont couverts de taches oculées blanches au milieu avec un cercle bleu de ciel.
Cet hermite a été pris aux îles Mariannes ; il paroît habiter aussi Timor et quelques autres lieux entre les tropiques.
PAGURE CUIRASSIER, variété. — PAGURUS CLIBANARIUS.
CANCER CLIBANARIUS. Herbst. Canc. tom. 2, pag. 20, tabl. 23, fig. 1. PAGURE CUIRASSIER. Bosc. Oliv: Latr.
PLANCHE 78, fig. 1.
Pagurus parasiticus , thorace integro levi; carpis manibusque æquabus, muricatis, hirsutis , vittis longitudinalibus sparsis
Nous ignorons ce qui a pu faire donner le nom de cwrassier à ce pagure. Olivier a omis, dans sa description, un caractère spécifique très-tranché; c’est celui des lignes longitudinales qui par-
courent les pattes et tout le têt. Peut-être aussi, l'individu qui a Voyage de l'Uranie. — Zoologie. 67
s30 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
servi à sa description ne le présentoitil pas. En décrivant le nôtre, nous allons indiquer les particularités qui le distinguent.
Le chaperon est ovalaire, d'une seule pièce, un peu convexe, lisse au milieu , velu sur les côtés; son bord supérieur est taïllé à quatre pans avec une très-petite pointe au milieu; l'inférieur est arrondi; sur les côtés sont deux petites saillies orbiculaires. Le fond de sa couleur est rougeâtre, avec trois lignes longitudinales, blanchâtres au milieu et rouges sur leurs bords.
Les pédoncules des yeux, cylindriques et déliés, sont très-alongés et marqués de plusieurs lignes rouges longitudinales. Les antennes extérieures dépassent les pinces ; les antennules sont à-peu-près de même longueur que les yeux. Le corselet est membraneux, trèsmince, parcouru en long par trois lignes rougeâtres. En général, cette partie a, dans tous lès pagures de la première division, àpeu-près la même forme, de sorte qu'on ne doit pas s’y attacher pour les caractères spécifiques.
Les pinces sont presque égales dans toutes leurs dimensions; la troisième pièce est lisse, et la quatrième triangulaire, pourvue de tubercules épineux à sa partie supérieure : les serres en ont aussi de mêlées à leurs poiïls roux; leurs extrémités noires, concaves, s'appliquent parfaitement l'une à l'autre. Les deux paires de pattes qui viennent après dépassent les pinces et les antennes, elles sont parsemées de poils rares et munies d’un ongle noir. Plusieurs lignes très-remarquables parcourent leur longueur. Ce sont ces raies qui, simplement jaunes dans le pagure cuirassier que possede le Muséum, sont bordées dans le nôtre de deux raïes rouges. Les pinces en sont dépourvues et n'ont que des points blanchätres. Les quatre dernières pattes sont courtes; la queue est transparente; ses quatre filets latéraux, placés à gauche, sont très-déliés et simplement bifurqués.
On trouve ce crustacé dans la mer des Indes. Notre individu, qui est peu grand, habitoit une volute lorsque nous le trouvames à la baïe des Chiens-Marins.
PAGURE VIEILLARD. — Pacurus anicuzus. Fabr. Oliv.
CANCER ANICULUS. Herbst. Canc. tom, 2, pag. 37. PaGurus uRSUS. Oliv. Encyclop. méth, pl. 312.
PLANCHE 79, fig. 1.
Pagurus parasiticus ; pedibus manibusque transversè striatis, hirsutis;
chelis ferè æqualibus.
IL paroît qu Olivier a, par inadvertance, décrit deux fois, dans l'Encyclopédie méthodique, ce pagure, sous les noms différens d'ours et de vieillard ; du moins on reconnoît parfaitement le même individu d’après les deux descriptions *. Nous allons indiquer ce que notre pagure offre de particulier.
[ est grand, d’un rouge pâle. Le chaperon est ovale bombé, tridenté et couvert de tâches rougeâtres. Les yeux, noirs à leur extrémité, sont portés sur des pédicules alongés, cylindriques, plus minces au milieu. Leur base est munie d’une lame pointue hérissée de longs poils fauves, de même que la bouche et le contour du chaperon. Les antennes extérieures dépassent un peu les pinces. A
Le corselet est mou, arrondi inférieurement en deux lobes, strié longitudinalement, parsemé de poils et de quelques taches rouges. La queue, vésiculeuse, présente trois poches latérales. Son extrémité est testacée ; les quatre appendiïces latéraux sont munis d'une palette brune en râpe. Quatre plaques quadrilatères crustacées occupent sa partie supérieure. Du bord gauche des trois premières, partent autant de fausses pattes .trifides, velues et recouvertes chacune par
* Lorsque nous avons communiqué cette observation à M. Latreïlle, nous avons eu la satisfaction de voir que ce savant entomologiste l'avait faite également, et qu'il Favaït consignée dans ses notes manuscrites.
une membrane foliacée, arrondie, contenant des œufs; ce qui
indique le sexe de ce crustacé.
Les pinces sont arrondies, obtuses, presque de longueur et de grosseur égales; elles sont marquées de plis transversaux rapprochés qui semblent se recouvrir en faisant le tour du membre. Le bord de chacun de ces plis est rouge, bordé d’une frange de petits-poils courts aplatis, égaux, serrés et blanchätres. Indépendamment de ceux-ci, il en existe supérieurement et inférieurement, deux rangées de très-longs, blanchâtres aussi et rassemblés en faisceaux. Ceux de l'extrémité des serres, comme de toutes les autres pattes, sont d'un rouge cramoisi.
Les quatre pieds suivans dépassent les serres; ils sont velus et ont comme elles des plis transversaux, mâis plus écartés ; leur second tarse est très-comprimé. Les deux dernières paires sont petites, bifurquées, velues, sans plis; l'antérieure a une petite palette brune et rugueuse.
Ce pagure, examiné de près, est élégamment orné. Toutes ses parties qui ne sont pas rouges, présentent une teinte très-légèrement jaunâtre et luisante. Il habite les îles Mariannes : on le trouve aussi à l'ile de France et dans quelques autres lieux de l'Océan austral.
PAGURE SANGUINOËENT. — PAGURUS SANGUINOLENTUS. N.
PLANCHE 79, fig. 2,
Pagurus parasiticus, cruentatus; thorace levi triangulari ; manibus
pedibusque hirsutissimis ; chelä sinistr& mayore.
OX reconnoît ce crustacé à la longueur et à l'aplatissement de son chaperon, dont le milieu est formé par un écusson triangulaire d'une seule pièce. Il est lisse au centre, velu sur les bords, sans pointe antérieurement. Les pédoncules oculaires sont gros, longs,
ZOOLOGIE. 533 cylindriques et fauves ; leur base est munie d’une simple lame hérissée de poils. Les antennes dépassent les pinces et égalent en longueur les plus grandes pattes. Les antennules sont un peu plus longues que les yeux, et pénicillées à leur extrémité. Le corselet est court, mou et plissé dans plusieurs sens.
La queue est très-vésiculeuse, munie latéralement à gauche de deux fausses pattes trifides, velues. Plus bas elle se dilate pour former un prolongement conoïde, recourbé, pointu et couvert de soies à l'extrémité. Les pinces sontd'égale longueur; la gauche est plus grosse. Le dernier article et les serres sont recouverts de longs poils noirâtres, ainsi que les deux paires de pattes suivantes. Des deux dernières, l'une est aplatie avec une petite râpe noire à sa bifurcation ; l'autre est cylindrique.
Le chaperon, le corselet et toutes les pattes sont couverts de taches d'un rouge de sang ; aux extrémités cette couleur disparoît sous des poils noirs et pressés.
Ce pagure est marqué venir de l'Ile-de-France, ce que nous n'assurons pas. Son corps aplati semble indiquer qu'il s'est développé dans une coquille à ouverture étroite.
PAGURE MOUCHETÉ, variété. — PAGURUS GUTTATUS. Olivier. Encyclop. méth. tom. 8, pag. 640 et pl. 311, fig. 2.
PLANCHE 79, fig. 3.
Pagurus parasiticus , sanguineo-violaceus, albo maculatus ; pedibus
hispidis, oculis cœruleis distinctis; chelâ simisträ maore.
CETTE espèce est d'une taille moyenne; son corselet plan, ridé sur les côtés, blanchâtre et lisse au milieu, a deux lobes ventrus inférieurement ; son chaperon est peu avancé, à peine denté, hérissé de longs poils sur les bords, avec un large écusson au milieu; sa couleur est d’un blanc de faïence, avec deux taches bleues. Les
yeux sont noirs, portés sur ün pédicule cylindrique brun. Les an tennules les dépassent.
Les pinces sont légèrement renflées et épineuses , la gauche un peu plus grosse que la droïte. Les seconde et troisième paires de pattes, plus longues qu’elles, se terminent par un ongle noir. Toutes, ainsi que les pinces, sont couvertes de longs poils fauves. Leur couleur est un rouge violacé parsemé de petits points blancs en dessus et en dessous. Mais un caractère très-saillant qui fera reconnoître ce crustacé au premier aspect, et dont on a omis de parler, ce sont de larges lunules, d'un blanc bleuâtre, qui occupent le troïsième tarse des trois premières paires de pattes.
La queue, vésiculeuse, est munie du côté gauche de plusieurs appendices profondément trifides et poïlus. Ce pagure habite les îles Sandwich. Son corps est excessivement aplati, comme si l’on eût employé un effort mécanique; mais on saït que le plus souvent cette particularité tient à l’étroitesse de l'ouverture de la coquille dans laquelle ces animaux vivent.