PHOQUES
ces animaux, pas plus que ceux qui vivent à terre, n’ont été répandus avec irrégularité à la surface de notre planète. Les phoques des mers boréales diffèrent spécifiquement, et même pour la plupart génériquement, de ceux des mers australes; et si bon compare les Cétacés sous le même rapport, on remarque qu’une faune maritime occupe les régions boréales maritimes qui relèvent du grand bassin polaire et atlantique septentrional, tandis qu’un autre ensemble d’espèces peuple les eaux de l’hémisphère austral et celles du Pacifique ainsi que la mer des Indes. La Méditerranée relève de la première grande circonscription, mais elle y forme par certaines de ses espèces une sous-division digne d’être signalée. La mer Rouge se rattache au contraire, par ses espèces aussi bien que par sa position géographique, au système de la faune australe. Les Thalassothériens,qui nagent avec moins de facilité, les Sirénides par exemple, sont limités d’une manière bien plus étroite. Ainsi, dans F Atlantique, les Lamantins des parages américains sont d’une autre espèce que ceux de la côte occidentale d’Afrique.
Quoique les eaux salées occupent à la surface du globe une étendue bien plus considérable que l’ensemble réuni des continents et des îles, les mammifères marins sont beaucoup moins nombreux que les animaux de la même classe qui vivent à terre ou dans les eaux douces ; mais si les Thalassothériens le cèdent aux autres par le nombre de leurs espèces, ils l’emportent sur elles par leurs dimensions. Vivant dans un milieu plus dense que le nôtre, ils sont parfaitement appropriés à ce mode d’existence, autant par leur masse et par la graisse qui les allégit, que par leur forme et la disposition de leurs organes locomoteurs. Plus volumineux en moyenne que les mammifères des autres ordres, ils ont aussi des espèces qui sont supérieures à toutes les autres par l’énormité de leurs dimensions.
Parmi les mammifères marins qui fréquentent les côtes de l’Europe tempérée ou qui les habitent constamment, on distingue plusieurs espèces de phoques et des cétacés de plusieurs familles; mais il n’y a pas de sirénides. Nous dirons cependant quelques mots des espèces de ce dernier groupe à cause des divers genres d'utilité que l’on peut en tirer.
Ordre des Pliotfucs.
Les Phoques joignent au caractère d’être pourvus de quatre membres onguiculés, mais courts et empêtrés, celui d’avoir trois sortes de dents; toutefois leurs molaires sont uniformes, ainsi que
80 MAMMIFERES.
nous l’avons déjà fait remarquer; leur cerveau a ses lobes olfactifs (nerfs olfactifs «les anthropotomistes) de même forme que ceux de l’homme et «les singes. Ces mammifères vivent «1e poissons et d’autres animaux marins. Il y a trois familles de Phoques:
La famille des TRICHJÉCHIDÉS ou les Morses (g. Trickechus), dont l’unique espèce est de grande taille et vit dans les régions arctiques;
La famille des OTARIDËS ou Phoques à oreilles (g. Otaria et
Arctocephaius ) ;
La famille des PHOCIDÉS, qui se partage elle-même en trois tribus: 1° les Stemmatofi.xs (g. Macrorhine et Stemmatope) ; 2° les Pélagins (g. Sténorhynque , Lobodon, Pelage, Lepjtonyx et Ommatophoque ; 3° les Callocéphalins (g. Callocephalus et Halichœrus).
On prend quelquefois sur nos côtes de la Méditerranée le Pelagius monachvs ou phoque moine, et sur celles de l’Océan, de la Manche ou de la mer du Nord le'Stemmatopus cristatus, ainsi que les Callocephalus vitulinus (veau marin ordinaire,;, Callocephalus discolor et Callocephalus leporinus.
Les Phoques sont nombreux sur les côtes désertes qui avoisinent les pôles, ou dans certains parages peu fréquentés des côtes de l’Amérique du Sud ou de l’Australie. Des bâtiments armés exprès vont leur faire la chasse, afin de procurer au commerce l’huile et la peau de ces animaux. Leur chair a un goût désagréable, ce qui n’empêche pas qu’on la mange dans certains parages et dans certaines circonstances; ainsi MM. Quoy et Gaimard rapportent que, pendant le voyage autour du monde de la corvette française V Uranie, l’équipage s’empara du phoque à trompe ( Macrorhinus proboscideus) , dont la chair contribua pendant trois jours à l'alimentation de cent vingt hommes.
Ordre des Sirénides.
Les espèces de cet ordre sont peu nombreuses; elles manquent de membres postérieurs , ont les membres antérieurs disposés en palettes natatoires, la queue forte et élargie transversalement près de son extrémité , les mamelles, au nombre de deux et pectorales, et les dents de deux sortes. Leur corps est pisciforme et presque dépourvu de poils.
Les Sirénides constituent trois genres bien distincts, auxquels il taut ajouter celui des Ualithériums, qui a autrefois vécu en Europe, et n’est connu que par les ossements qu'il y a laissés dans le sol.
SIRÉNIDES. 81
Les Rytines ou Stellères (g. Jiytinu ) paraissent manquer entièrement de dents, du moins dans l’âge adulte. Leur espèce est propre aux régions les plus septentrionales du grand Océan, où elle est devenue très rare; on croit même qu'elle y a été complètement anéantie depuis une cinquantaine d’années.
Les Dugongs (g. Halichore ) ont une forte paire d’incisives supérieures et plusieurs paires rudimentaires de dents inférieures qu’on peut également regarder comme des incisives; leurs molaires sont uniradiculées. Ces animaux ont la queue échancrée.
Ils vivent dans la mer Rouge, dans la mer des Indes et dans certains parages de la Nouvelle-Hollande, principalement vers le détroit de Torrès. En Australie on se sert actuellement de l’huile de leur foie, à laquelle on reconnaît les mêmes propriétés médicinales qu’à l’huile de foie de morue.
Les Lamantins (g. Manatus ) ont les incisives si rudimentaires, qu’on peut dire qu’elles sont nulles ; leurs dents molaires sont multiradiculées. Les supérieures ont trois racines et les inférieures deux seulement. La queue de ces animaux est arrondie, au lieu d’être échancrée.
Il y a des lamantins au Sénégal et au Chadda ou Benné ( Manatus senegalensis e t M. Vogelii), et d’autres en Amérique, dans le golfe du Mexique et dans les grands fleuves de l’Orénoque et des Amazones [Manatus americanus et M. latirostris ) .
Ces animaux mériteraient de fixer l’attention des naturalistes. Leur chair est abondante et, dans beaucoup de lieux, on peut encore se les procurer abondamment. Leur peau est susceptible d’être employée dans les arts, et il est également possible d’utiliser avantageusement plusieurs autres de leurs organes.
Comme nous l’avons fait remarquer ailleurs, les animaux de ce genre pourraient être inscrits sur la liste des espèces domesticables à plus de titres que beaucoup d’autres qu’on y a déjà placés. Il serait facile, en effet, de parquer les lamantins dans des lacs d’eau douce ou d’eau saumâtre, comme ils le sont naturellement en Afrique et dans l’Amérique. Leur transport dans nos régions offrirait seul des difficultés; mais, en fait de domestication, il ne faut pas songer uniquement à l’Europe. Ce serait déjà faire un grand pas que de donner aux autres parties du monde le moyen de profiter plus utilement des animaux qui y vivent à l’état de liberté. En effet, beaucoup d’espèces, faute de ménagements, tendent déjà à disparaître devant les progrès de la culture et de la civilisation, qui devraient au contraire chercher à les conserver pour les utiliser.
Ces réflexions trouvent en partie leur justification, surtout en ce qui concerne les lamantins, dans le passage suivant que nous empruntons aux voyages de M. de Castelnau:
« Presque tous les jours, pendant que l'expédition descendait de Nauta a I’ebas (haut Amazone), on pêchait, dit cet infatigable naturaliste, des Vaccas marinas (lamantins), qui forment la base de la nourriture animale des habitants. L'un de ces animaux a été gardé cinq ans dans un parc à tortues. Lorsqu'on l’y mit, il était très jeune et n avait qu un mètre de long. Pendant qu'il y avait séjourné, il avait acquis environ la moitié en sus (lj. »
On tiouve les lamantins cités dans quelques anciennes pharmacopées pour leur rocher ou oreille interne dont on faisait une poudre usitée autrefois en médecine.
Ordre des Cétacés.
Les Cétacés sont, de tous les Mammifères, ceux dont l'organisation est le mieux appropriée pour la vie aquatique : aussi leur forme est-elle en apparence peu différente de celle des Poissons ; toutefois il est facile de les en distinguer, même extérieurement, et 1 ensemble de leurs caractères, soit anatomiques, soit physiologiques, montre de la manière la plus évidente que ce sont bien des animaux de la première classe. Par leur génération placentaire et par le grand développement de leur cerveau, les Cétacés occupent même un rang élevé parmi les Mammifères, et autant que l'on peut en juger par le petit nombre d’observations dont leurs différents genres ont été l’objet, ils sont aussi remarquables par leur intelligence.
Leur corps fusiforme se termine par une rame caudale large et échancrée, et ils ont le plus souvent sur le dos une nageoire cutanée; leurs narines sont disposées en évent et ouvertes sur le front par un orifice simple ou double; leurs mamelles sont placées près de anus, et leurs dents, toujours uniradiculées et souvent fort nomreuses, ont en général une forme conique, et elles sont appointies. a peau des Cétacés n’est pas entièrement dépourvue de poils, mais elle n en présente que quelques-uns épars sur le corps ou sur la tête; cependant le museau de l’Inia de Bolivie en est habituellement couvert. Par contre le pannicule graisseux des Cétacés est très développe, et ces animaux fournissent en quantité consierable une huile que l'on emploie à de nombreux usages.
(1) Ce Castcluau, Histoire de son voyage dans l'Amérique du Sud, (. V, p. 32.
CÉTACÉS CKTODON’TES. 83
Cette huile clos cétacés est un mélange d’oléine, de margarine et d'un peu de Cétine ou blanc de baleine associés à un autre principe gras que les chimistes ont nommé P/iocénine. On retire aussi des Cétacés diverses substances utiles pour la médecine, et les fanons des baleines, ainsi que les dents ou les os des cachalots, sont également des objets importants pour le commerce. La cétine, nommée à tort spermaceti ou blanc de baleine, se trouve abondamment dans la matière huileuse qui gontle la tête des cachalots.
On peut partager les Cétacés en deux sous-ordres : les Cétodontes ou les cachalots et les dauphins, qui sont les Cétacés pourvus de dents apparentes, et les Baleines ou Cétacés à fanons.
Sous-ordre des Cétodontes.
Les espèces de ce groupe ont des dents et point de fanons. Elles forment trois familles : les Physétéridés ou Cachalots, les Ziphidés et les Delphinidés.
La famille des PHYSÉTÉRIDÉS comprend les deux genres Cachalot et Kogia.
Les Cachalots (g. Physeter) sont d’énormes Cétacés à tête renflée en avant, et à dents inférieures fortes et coniques. Ils doivent le premier de ces caractères à l’accumulation d’une substance grasse, mélange de cétine et d’huile proprement dite, qui s’amasse au-dessus de leur rostre et dans toute la grande excavation en forme de cirque qui se voit sur leur tête osseuse, en avant d’une crête due au relèvement des os maxillaires et de la partie postérieure des incisifs. C’est à cause de ce grand développement céphalique que les Physétéridés ont reçu le nom de Cétacés macrocéphales, sous lequel on les désigne souvent, et c’est surtout pour se procurer la cétine contenue dans cette énorme masse qu’on leur fait la chasse.
La cétine, aussi appelée sperma ceti et blanc de baleine, était autrefois encore plus employée en médecine qu’elle ne l’est aujourd’hui; son utilité dans les arts est des plus grandes. On s’en servait, sous forme de potion, contre les phlegmasies des organes pulmonaires et contre les coliques néphrétiques. De nos jours, on l’emploie en cérat et en pommades pour oindre les crevasses du sein, les pustules de la variole, etc.; elle joue aussi un rôle en parfumerie, principalement dans la fabrication du cold-cream, sorte d’adoucissant employé pour la peau.
Fourcroy l’avait considérée comme identique avec l’adipocireou gras de cadavre, mais elle a une autre composition. Quand on l’a
8 h MAMMIFÈRES.
isolée des corps gras auxquels elle est associée dans le cachalot, c’est une substance blanche, plus brillante que la cire, cristalline, à cassure écailleuse, et d’apparence onctueuse. Considérée au point de vue chimique, elle peut être regardée comme un palmitate de cétyle, c’est-à-dire comme une combinaison de l’acide palmitique, que fournissent aussi certains palmiers, avec de l’étbal, ou alcool éthylique. Ce dernier s’obtient en saponifiant le blanc de baleine.
L’huile des dauphins contient aussi de la cétine, et il est très probable qu’il en existe avec plus d’abondance encore dans l’excavation crânienne des Kogies (g. Kogià), qui sont de petits cachalots propres à la mer des Indes et au grand Océan, ainsi que dans la tête des hyperoodons, des ziphius et des platanistes.
L ’ambre gris [ambra cinerea des officines est une concrétion spéciale aux véritables cachalots, que l’on emploie assez souvent en médecine. On la trouve en pleine mer, flottant à la surface des eaux ; dans d’autres cas elle est rejetée sur le rivage par la vague. Il y en a surtout auprès de Madagascar, à Java, aux Moluques, aux Maldives, en Chine, aux Antilles, et en général dans tous les parages habituellement fréquentés par les cachalots. Les courants en portent aussi dans d’autres lieux.
L’ambre s’amasse dans les intestins des cachalots, et il est rendu sous forme de boules irrégulières composant en partie les excréments de ces animaux. C’est donc une sorte de coprolithe, et l'on y voit fréquemment les débris des mollusques dont les cachalots se nourrissent, par exemple des becs cornés de céphalopodes de la famille des Poulpes. Cependant l’opinion la plus répandue est que l’ambre gris ne se forme que dans certaines maladies des gigantesques Cétacés qui le fournissent, et l’on dit que tous les individus n’en produisent pas.
Il a l’apparence pierreuse, et ressemble un peu à de la pierre ponce ou à certains lignites terreux. Sa densité n’est pas très grande; on peut le rayer avec l'ongle ou l’entamer avec les dents. Sa cassure est irrégulière et il est un peu friable. Son odeur, dans les circonstances ordinaires, est faible, un peu suave; sa couleur est gris noirâtre, légèrement cendrée et piquetée. Certains cachalots le fournissent en grande quantité, et. l’on cite un baleinier qui en trouva 50 livres dans les intestins d’un seul de ces animaux, et 130 livres dans ceux d’un autre. La Compagnie hollandaise des Indes orientales possédait une masse d’ambre du poids total de 982 livres; mais cette masse énorme résultait peut-être de l’agrégation des fèces de plusieurs cachalots, car à sa sortie des intestins,
CÉTACÉS CÉTODO.A’TES. 85
ou lorsqu’on l’en extrait , l’ambre n’a pas habituellement la consistance que nous lui connaissons dans le commerce.
On a émis des opinions assez diverses et presque toujours fort erronées sur l’origine de l’ambre. Avicène croyait que c’était un bitume qui découlait de quelque fontaine de la mer; d’autres y ont vu des excréments d’oiseaux, de crocodiles ou de phoques, et le produit des organes génito-urinaires ou biliaires des cachalots. Marco Polo avait déjà dit qu’il provient des baleines, c’est-à-dire de certains Cétacés de grande taille ; et les détails donnés par l’Écluse dans ses Exotica, par Kæmpfer dans ses Amœnitates, ainsi que par Swediaur (1) et par les voyageurs modernes, ont montré que les cachalots la fournissent exclusivement.
Pelletier et Caventou, qui en ont donné l’analyse à une époque très rapprochée de nous, la regardaient comme formée par des calculs biliaires; mais la présence de débris de céphalopodes montre bien qu’elle s’amasse dans l’intestin et point dans la vésicule biliaire oii les aliments n’entrent pas. La bile que l’ambre renferme est de la bile versée dans les intestins. D’après les chimistes que nous venons de nommer, elle y est représentée par ^ d’une substance assez analogue à la cholestérine, qu’ils ont nommée cimbréinc. Des principes odorants sont mêlés à cette ambréine et lui donnent son odeur. Romé de Lille pensait, sans doute avec quelque raison, que cette odeur, dont l’analogie avec celle du musc a été souvent remarquée, était due aux poulpes musqués (g. Eleclon) dont les cachalots paraissent faire une ample consommation. On pourrait également supposer que l’ambre doit sa couleur noirâtre à l’encre de ces mollusques et des autres céphalopodes dont ils se nourrissent. Quelques auteurs assurent que l’ambre s’amasse principalement dans le cæcum des cachalots.
Cette substance a une pesanteur spécifique moindre que celle de l’eau ordinaire (de 0,84â à 0,8â9). Elle est employée comme antispasmodique et comme stimulant. Elle passe aussi pour avoir des propriétés aphrodisiaques.
Il y a probablement plusieurs espèces de cachalots, mais on n’a pas encore réussi à établir leur diagnose comparative, et le plus souvent on les réunit encore sous la dénomination unique de Physeter macrocephalus. Il échoue quelquefois de ces animaux sur nos côtes. Un cachalot est venu se perdre en 17âl à l’embouchure de l’Adour, auprès de Bayonne (2); un autre a été laissé par le reflux
(t) Journal de physique, 1781.
(2) Demeuve ( Dicl . pharmaceutique, édition de 1695) dit que l’on trouve de
dans la baie de la Somme, le 19 janvier 1769, auprès de Saint- Valéry, et, en 178 h, trente ont échoué simultanément sur la côte de Bretagne, à Primelin, non loin d’Audierne Finistère . On en voit aussi de temps à autre sur les côtes de la Grande-Bretagne ou sur celles de la Belgique, de la Hollande, du Hanovre, etc. (1 . Leur présence dans la Méditerrannée est beaucoup moins certaine, et Ton ne mentionne encore comme étant de ce genre qu'un grand cétacé qui se perdit auprès de Nice en 1726. Mais était-ce bien un cachalot? C’est ce qui n’est pas démontré, et liisso n’y voit qu’une grosse espèce de dauphin, à laquelle il donne le nom de Delphinus Bayeri (2).
Autrefois la pêche des cachalots, de même que celle des baleines, se faisait principalement dans les régions du Nord ; mais ils y sont devenus rares, et les progrès de la navigation ont permis de les poursuivre dans le Sud. Il a été publié, il y a quelque temps, en Amérique, une carte de la distribution hydrographique de ces animaux.
Les cachalots mâles deviennent notablement plus grands que les femelles.
La famille des ZIPHIDÉS réunit quelques espèces moins grandes que les cachalots véritables, et qui , sauf quelques petites dents rudimentaires, ne présentent qu’une ou deux paires de ces organes réellement comparables par leur volume aux dents des cachalots. Ils se partagent en cinq genres, dont quatre ne comprennent qu'une seule espèce chacun. Ce sont les Hyperoodons H. BiUzkopf, de l’océan Atlantique) ; les Ziphius [Z. cavirostris, de la Méditerranée) décrits par G. Cuvier comme fossiles; les Berardius B. Aj'nouxii, des parages de la Nouvelle-Zélande) ; les Dioplodotis ( D . deim-
l’ambre gris « aux côtes du Médoc , principalement lorsque le vent d’occident souffle impétueusement; « et Donadei ( Journ . de physique pour 1790) rapporte en avoir trouvé aussi dans le golfe de Gascogne un morceau du poids d'un kilogramme et qui, d'abord mou et visqueux, acquit bientôt la solidité et la dureté de celui du commerce.
(1) Albert le Grand a parlé du blanc de baleine d’après deux cachalots échoués l’un à Utrecht et l’autre sur les côtes de la Frise. Ambroise Paré en signale un autre laissé par les eaux à l’embouchure de l’Escaut, à peu de distauce d'Anvers, en 1577 (OEuvres complètes d’Amb. Paré, nouvelle édition. Paris, 1840, t. III, p. 779), et l’Écluse, que nous avons déjà cité, eu a enregistré deux autres : l’un pour 1601, l’autre pour 1605. En 1723, il en vint un à l'embouchure de l’Elbe, et en 1788 douze périrent à Waldcrwick, sur la côte de Suffolk.
(2) Lacépède cite un cachalot qui aurait été pris en 1713 sur les côtes de la Sardaigne; mais on n'a pas nou plus la preuve que ce serait bien un cachalot véritable. Ou a aussi parlé d’auimaux de ce genre pris dans l'Adriatique.
CÉTACÉS CÉTODONTES. 87
rostris, de la mer des Indes, et D. curopœus, de la Manche), et les Mésoplodons [M. sowerbensis, ou Delphinus micropterus , de l’océan Atlantique, de la Manche et de la mer du Nord).
La famille des DELPHINIDËS se partage en cinq tribus, dont chacune offre quelque espèce digne d’être mentionnée ici.
Les Platanistins comprennent trois genres fort curieux ayant encore une certaine analogie avec les précédents : ces genres sont ceux des Platanista ou Dauphins du Gange, des Inia ou Dauphins à long bec, de l’Amazone et de ses affluents, et des Stenodelphis, de 1 embouchure de la Plata. Les anciens connaissaient déjà le plataniste, et nous savons par Élien qu’ils en recherchaient la matière grasse pour en faire des emplâtres (1).
Les Delphixins se divisent en Lagénorhynques , Delphinaptères, l'ursiops ou Tursio, Delphinus ou Dauphins véritables, et Delphinorhynques.
Les Orcins, en général plus gros que les autres et à rostre plus court, sont les genres Orque, Globicéphale, Grampus et Béluga.
Les Moxodoxtixs, ou Narwals, n’ont qu’une seule espèce, le Monodon monoceros, remarquable par la grande dent qui lui sort de la bouche comme une épée. Cette dent, qui est quelquefois double, fournit un très bel ivoire; on en donnait autrefois un prix fort élevé. Elle sert à cette espèce, qui est par excellence le Cétacé des mers polaires, a percer la glace de manière à pouvoir arriver jusqu’à la surface pour y respirer, et comme les narwals vivent en troupes, ce sont les mâles adultes qui sont spécialement chargés de ce soin.
Le Béluga serait peut-être mieux classé avec les Narwals, auxquels il ressemble à tant d’égards, qu’avec les Orcins, quoi qu’il manque de la grande dent des premiers. On a de la peine à le distinguer du narwal femelle, et les Groënlandais le désignent par le même nom.
Le Béluga, qui a reçu le nom générique de Delphinaptère parce qu’il manque de nageoire dorsale, a des dents aux deux mâchoires, tandis que les Narwals en manquent, ou du moins n’en ont d’autres que la grande défense qui les a fait appeler Monodon par Linné et Ceratodon par Pallas.
Les Phocéxixs, ou les Marsouins, sont le Marsouin de nos mers g. Phocœna et le Neomeris, espèce sans nageoire dorsale qui fréquente les côtes du Japon.
(t) Élien dit en parlant du Gange: « C'ele procréât, quorum adeps unguentorum usum prœstal. » Lib. XII, c. 41.
On possède au musée de Copenhague la tête d'une très petite espèce de marsouins propres aux côtes du Groenland.
On mange encore dans beaucoup d'endroits la chair des dauphins, et l'usage n'en est pas même abandonné en France. Autrefois elle y était plus estimée, et Belon nous apprend qu’il en paraissait de son temps sur la table de François Ier. La cervelle de ces animaux n’a pas comme leur chair le goût d’huile de poisson qui répugne dans cette dernière. Quant à leur graisse, elle sert pour l’éclairage; on l’utilise cependant aussi dans les arts.
Les côtes de la France et de la Belgique sont visitées ou même habitées constamment par une douzaine d’espèces de Delphinidés, dont voici les noms :
Orca gladiator [Orque, Épaulard ou Gladiateur de la Méditerranée et de l’Océan ;
Globicephalus mêlas ou Delphinus globiceps de quelques auteurs : de l’Océan et de la Manche;
Grampus rissonius ou Dauphin de Risso : de la Méditerranée;
Grumpus griseus ou Dauphin gris : de l’Océan;
Tursiops tursio ou Nésarnack : de la Méditerranée et de l’Océan ;
Delphinorhgnchus rostratus : de l’Océan, de la Manche et de la mer du Nord;
Lagenorhynchus leucopleurus : de la mer du Nord, où les pêcheurs l’appellent Temninck;
Delphinus delphis ou Dauphin proprement dit, nommé aussi BecdJ oie, etc. : de la Méditerranée, de l’Océan, de la Manche et de la mer du Nord;
Delphinus Tethyos : de la Méditerranée ;
Delphinus marginatus : de la Manche, à Dieppe ;
Delphinus dubius : de l’Océan;
Phocœna Iiondelcti ou Marsoin proprement dit : de l’Océan, de la Manche, et de la mer du Nord.
Sous-ordre des Baleines.
Gros Cétacés dépourvus de dents apparentes et dont la mâchoire supérieure porte de longues papilles cornées constituant les fanons ou baleines du commerce. Ces animaux ne forment qu’une famille :
La famille des BALËNIDÉS. Elle se subdivise elle-même en deux genres principaux : les vraies Baleines, ou Baleines congénères de la Baleine franche, et les Borquals ou Baleines à ventre plissé, dont on fait deux sous-genres.
Ces Cétacés sont, avec les cachalots, les plus volumineux de tous
CETACES BALEINES.
les Mammifères et aussi de tous les animaux existants; ils ont jusqu’à 60 pieds (20 mètres) et plus de longueur. Leur tête est plus forte à proportion que celle des Delphinidés, et elle est allongée ou régulièrement arquée ; dans aucun cas elle n’est rentlée ni brusquement tronquée en avant comme celle des Physétéridés. Les mâchoires inférieures ont dans leur rainure gingivale de petites dents rudimentaires biparties qui n’apparaissent point à l’extérieur, et ne sont un peu reconnaissables que chez les jeunes sujets (1).
On recherche ces animaux pour leurs baleines ou fanons et pour leur huile. Leurs os servent à fabriquer du noir animal. On arme spécialement des navires pour la pèche des baleines, et les campagnes auxquelles cette pêche donne lieu sont toujours longues et difficiles, parce que ces grands Cétacés ont fui les baies plus rapprochées des pays civilisés, où on les prenait autrefois, ce qui a obligé les baleiniers à se rendre sur les côtes occidentales de l’Afrique, dans les parages du cap Horn, à la Nouvelle-Zélande et dans les mers du Japon, ainsi que sur la côte nord-ouest d’Amérique, ou dans les régions arctiques et antarctiques les plus voisines des pôles. Les Russes, les Danois, les Anglais, les Français et les Américains se livrent surtout à cette pêche.
Les Groënlandais sont très friands de la couche graisseuse sousépidermique des baleines mangée fraîche. Ils lui trouvent, disentils, un goût de fruit.
On prenait autrefois des baleines jusque sur les côtes de France, dans le golfe de Gascogne et dans d’autres parties des mers de l’Europe ; mais on n’a que trop constaté qu’elles avaient abandonné successivement les parages où l’homme les inquiétait. Quelques naturalistes pensent, mais à tort, que c’étaient bien des baleines franches que l’on pêchait alors sur nos côtes; mais il est plus probable que c’étaient des rorquals, ou bien encore, des baleines australes, animaux qui, tout en étant devenus plus rares dans les mêmes régions, s’y montrent encore quelquefois. Comment, en effet, expliquer dans la première opinion que les vraies baleines ne viennent plus même individuellement dans nos mers.
Les Baleines proprement dites (g. Balœna ) ont la partie rostraledu crâne étroite, fortement arquée et supportant de longs fanons noirs. C’est à cause de ce dernier caractère, et parce qu’elles sont plus massives et plus grosses, qu’on les préfère aux Rorquals. L’espèce des régions arctiques est le Balœna mysticelus ; celles de
(1) Voir les travaux d’É. Geoffroy et ceux de M. Eschricht.
l'océan Atlantique et du Pacifique ontreçu plusieurs dénominations,’ mais on n’en distingue encore avec certitude qu’une seule sorte : celle nommée Balœna austrulis.
Les Rorquals (g. Rorqualus ) ont, sous la gorge et sous le ventre, de grandes cannelures longitudinales formant comme des plis de la peau. Leur tête est plus allongée et moins arquée, et leurs fanons sont plus courts. Ces animaux sont aussi plus élancés et moins chargés de graisse que les baleines du genre précédent. Comme ils sont aussi plus vifs dans leurs mouvements et plus dangereux, et qu'ils donnent moins de profit, on évite le plus souvent de les poursuivre. Lorsqu’on les attaque, ils fuient horizontalement au lieu de plonger comme les baleines. L’huile qu’on en retire et qui passe quelquefois dans le commerce provient surtout d'individus échoués naturellement. Des échouages ont lieu de temps en temps sur nos côtes, et il se passe peu d’années sans que l’on n'en signale.
C’est aux Rorquals qu’appartiennent les baleines à longues nageoires [Balœna lonqimrma, capensis, etc.), dont on a vu des exemplaires dans des lieux très éloignés les uns des autres, tels que les côtes de la Hollande, les îles Bermudes , le Cap et les mers du Japon. On en a fait un genre à part, sous le nom de Kyphobalœna. Quelques auteurs pensent qu’elles ne constituent qu'une seule espèce.
D’autres Rorquals, distingués génériquement sous le nom de Pterobalœna , ont les nageoires moins allongées ; nous en avons de trois espèces dans les mers d’Europe : le Rorqual rostre [ Rorqua lus rostratus ) (1) qui vient presque sur nos côtes, soit dans l’Océan, soit dans la Manche et qu’on appelle aussi Pterobalœna commuais, parce qu’il est plus répandu; le Rorqual grand [ Pterobalœna giyas) et le Rorqual meneur ( llorqualus minor ), qui se tient plus au Nord. Celui-ci n’a que quarante-huit vertèbres; sa longueur totale ne dépasse pas 10 mètres.