CLASSE TROISIÈME
REPTILES
Dans l’opinion de la plupart des auteurs, et cela presque jusque dans ces dernières années, les Reptiles écailleux, réunis aux Batraciens, constituaient l’une des quatre grandes classes admises parmi les animaux vertébrés. C’est en effet parmi eux que l’on classait les Grenouilles, les Salamandres, etc., désignées par le nom de Batraciens tout aussi bien que les Tortues, les Crocodiles, les Lézards et même les Serpents. Quelques auteursen séparaient néanmoins ces derniers, qui forment actuellement l’ordre des Ophidiens, pour en faire une classe à part. Cet ensemble des Reptiles, nus ou écailleux, paraissait former une réunion très naturelle; mais une étude
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plus approfondie a prouvé qu;il n’en était pas ainsi, et elle a conduit à faire des Batraciens un groupe à part que ses affinités véritables rapprochent plutôt des Boissons que des Reptiles proprement dits.
Pourtant, il est fort aisé de distinguer l’ensemble des Reptiles, tels qu’Àlexandre Brongniart et G. Cuvier les avaient circonscrits et tel que nous venons de l’indiquer, d’avec les Mammifères, les Oiseaux ou les Poissons, et leur genre de vie, de même que certaines particularités physiologiques qui leur sont propres, semblent d’abord justifier entièrement cette classification.
Ainsi les Reptiles n’ont ni poils ni mamelles, comme c’est le cas pour les Vertébrés de la première classe; leur corps n’est jamais couvert de plumes, et ils n’ont pas le port spécial qui distingue les Oiseaux; enfin on ne peut pas non plus les confondre avec les Poissons, puisque leurs membres et leur queue ont la même forme extérieure que ceux des Vertébrés supérieurs, et qu’ils ne présentent dans aucun cas les nombreux rayons propres aux nageoires des Poissons. A ces caractères on pourrait en joindre quelques autres encore, mais qui, étant également négatifs, n’auraient k leur tour qu’une valeur également secondaire, et il serait peut-être difficile d’en trouver un seul, ayant une importance véritable, qui fût en même temps spécial aux Reptiles, et commun à tous les animaux que l’on a confondus sous ce nom.
Les erpétologistes du dernier siècle avaient à tort associé les Batraciens aux Sauriens et aux Tortues sous la dénomination commune de Quadrupèdes ovipares, et Alexandre Brongniart fit bien de les en séparer ; mais il n’alla pas assez loin en les regardant comme un ordre de la même classe. En agissant ainsi, il ne tint pas assez compte des caractères qui éloignent les Batraciens des autres Reptiles, pour les rapprocher des Poissons. Les travaux des naturalistes modernes, et plus particulièrement ceux des embryologistes, ont démontré qu’il fallait, comme de Blainville l’a proposé depuis longtemps, établir un groupe à part pour les Reptiles à peau écailleuse, et un autre pour les Batraciens ou Reptiles à peau nue. En effet, les premiers appartiennent , au sous-type des vertébrés allantoïdiens, et les seconds k celui des anallantoïdiens.
La classe des Reptiles, telle qu’elle a été définie dans le mémoire de Brongniart et dans les ouvrages de G. Cuvier, a donc dû être divisée lorsque l’on a mieux connu les particularités anatomiques des groupes que l’on y réunissait d’abord, et l’on a été conduit k faire des Reptiles k peau nue, c’est-à-dire des Gre-
nouilles, des Salamandres, etc., une classe distincte de colle des Reptiles à peau écailleuse, qui sont les Tortues, les Crocodiles, les Serpents, lesAmphisbènes et les Lézards de toutes sortes. Cette dernière catégorie a seule conservé le nom de Reptiles, et Ton a donné à la précédente celui d’Amphi biens ou Batraciens.
Les vrais Reptiles, ou Reptiles écailleux, sont tous des animaux allantoïdiens, sans métamorphoses extérieures, à respiration aérienne, ayant la peau recouverte par un épiderme squamiforme. Ils n’ont qu'un seul condyle occipital ; leurs globules du sang sont toujours elliptiques ; le cœur n’a jamais ses deux ventricules entièrement séparés, et le plus souvent ils y sont largement confondus en un seul; leur cerveau est nettement partagé en quatre parties assez peu différentes entre elles par leur volume, savoir : les lobes olfactifs, les hémisphères, les tubercules optiques et le cervelet; leur génération est implacentaire, habituellement ovipare, quelquefois ovovivipare ; leur température est variable, et leur activité vitale est bien inférieure à celle des Mammifères ou des Oiseaux.
Ce sont des animaux instinctifs, presque tous repoussants, souvent même venimeux, que le froid engourdit et qui sont évidemment inférieurs, par l’ensemble de leurs actes autant que par leur structure anatomique, au reste des vertébrés aériens que nous avons désignés par le nom d’Allantoïdiens.
C’est surtout dans les régions intertropicales qu’ils pullulent, et les localités qui sont à la fois humides et chaudes sont celles qui leur conviennent le mieux. Dans les pays tempérés, ces animaux ne sont ni nombreux ni bien variés en espèces, et c’est à peine si l’on en observe quelques-uns dans les contrées froides.
La bizarrerie des formes que présentent les Reptiles, leur aspect généralement triste, et surtout les propriétés malfaisantes de certains d’entre eux, ont inspiré à toutes les époques et chez toutes les nations les mêmes sentiments de curiosité et do crainte (1). Des préjugés sans nombre ont pris naissance à leur occasion ; les charlatans en ont fait les instruments ou les gages de leur prétendue puissance, et ils ont plus particulièrement joué un grand
(1) Linné rappelle, dans sa définition des Reptiles, qu’il nomme Amphibia, la plupart des mauvaises qualités qui nous rendent ces animaux suspects : « Amphibia plerarjue horrcnt corpore frigido, cille nuda, mulla colore lurido, fade torva, obtutu medilabundo, odore letro,sono rauco, loco squalido, paucioraverteno alroci, singula scelelo cartilagineo, vila tenaci, vi partes amissas reproducendi vivacissima inslructa, ex ovo nata. »
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ISO
rôle dans les anciennes cosmogonies que nous a léguées l’Orient. Les moindres espèces de cette classe inspirent souvent de la frayeur, presque toujours de la répugnance; aussi celles qui sont les plus innocentes sont-elles parfois comprises dans une même réprobation avec celles dont le venin est le plus redoutable : témoin l’inoffensif Orvet que, dans la plupart de nos provinces, on craint à l’égal de la Vipère.
Les Reptiles dont la physionomie nous est le mieux connue, parce que nous avons plus fréquement l’occasion de les voir, sont les Lézards qui, par une rare exception, ne produisent pas toujours sur nous le même effet que les autres animaux de la même classe, et les Serpents, plus particulièrement les Couleuvres et les Vipères. Il faut y ajouter les Tortues, principalement celles qui sont terrestres ou palustres, et que l’on élève assez souvent en captivité. La mer et les grands fleuves de l’Afrique et de l’Asie nourrissent d’autres Reptiles du même ordre, et l’on caractérise aisément plusieurs familles de ces animaux. Les Crocodiles, dont toutes les espèces sont exotiques, sont très curieux à plusieurs égards, et beaucoup de Sauriens non moins remarquables sous différents rapports sont étrangers à nos contrées; enfin le nombre des Serpents que l’on trouve dans les autres parties du inonde est également fort considérable. C’est à tort que les Crocodiles ont été placés par beaucoup d’auteurs dans le même ordre que les Sauriens; ils en different par plusieurs caractères importants. Les Sauriens ont, au contraire, plus de ressemblance avec les Ophidiens dans les principaux points de leur organisation.
Dans l’état actuel de la science, les listes dressées par les erpétologistes ne contiennent pas moins de mille espèces de Reptiles, et elles peuvent être notablement augmentées, si l’on ajoute aux noms des espèces actuellement existantes ceux des espèces éteintes qui ont peuplé le globe pendant la période tertiaire, et surtout pendant la période secondaire.
Durant les différentes époques de la période tertiaire, il a vécu en Europe des Crocodiles de diverses espèces, et des Chéloniens bien plus variés que ceux qu’on y trouve aujourd’hui. Ils y sont associés à quelques Sauriens et à des Ophidiens.
Beaucoup d’animaux de la même classe ont laissé leurs débris dans nos terrains secondaires, et les espèces que ces débris nous font connaître sont plus curieuses encore, parce qu’elles sont toujours plus différentes de celles qui peuplent maintenant le globe. Elles constituent des familles ou même des ordres à part.
GÉNÉRALITÉS. lâl
Parmi les Reptiles de la période secondaire les uns étaient terrestres, comme les gigantesques Iguanodons et les Hyléosaures, non moins grands qu’eux. D'autres avaient des habitudes marines : tels étaient les Mosasaures, de la mer crétacée; les Plésiosaures et les Ichthyosaures, surtout nombreux dans la mer basique, et les Simosauriens, qui caractérisent plus particulièrement le trias. Les formes de certains d’entre eux n’étaient pas sans analogie avec celles de nos Cétacés, mais les principaux traits de leur organisation montrent bien que c’étaient des Reptiles. Quant aux Ptérodactyles, qui sont aussi des animaux de cette classe, ils avaient la propriété de voltiger à la manière des Oiseaux et des Chauvessouris.
Il a été impossible de faire rentrer la plupart de ces Reptiles des faunes secondaires dans les ordres formés pour les espèces actuelles, et nous les réunirons dans un groupe à part sous le nom de Palerpètes (1), qui signifie Reptiles des anciens âges. Les moins différents des Reptiles d’aujourd’hui sont ceux que nous appelons Paléosauriens; ils se rattachent par un grand nombre de caractères aux Sauriens proprement dits, mais ils diffèrent cependant comme famille des Sauriens actuels et tertiaires.
Aux époques très reculées et très différentes de la nôtre, pendant lesquelles vivaient tous ces singuliers Palerpètes, il n’y avait que quelques rares Mammifères, et l’on ne connaît avec certitude aucun reste d’Oiseaux dans les terrains qui renferment leurs innombrables débris. Les Reptiles étaient alors, parmi les animaux existants, ceux dont l’action était prépondérante aussi bien sur le sol exondé qu’au sein des vastes mers qui recouvraient la plus grande partie de notre planète. On a même cru pendant assez longtemps qu’il n’avait point existé de Mammifères antérieurement à la période tertiaire. Cependant quelques espèces prises d’abord pour les Didelphes ont été découvertes dans les couches oolithiques de Stonesfield en Angleterre et de nouvelles découvertes faites dans les assises du terrain de Purbeck viennent de montrer que les Mammifères secondaires étaient plus nombreux qu’on ne l’avait pensé jusque dans ces derniers temps (2) ; aussi ne paraît-il guère douteux qu’on ne trouve également avec eux des restes d’Oiseaux ayant vécu pendant les mêmes époques.
(1) Proposé par Laurillard.
(2) Voir p. H de cet ouvrage et Lyell, Supplément à la cinquième édition anglaise de ses Éléments de géologie.
nErTii.ES.
LesReptiles actuels, les seuls dont nous nous occuperons «lansles chapitres qui vont suivre, se laissent aisément partager en cinq groupes ayant la valeur d’ordres. Ce sont : les Chélonienx, les Crocodiltens, les Ophidiens, les Amphisbéniens et les Sauriens.
A ces cinq ordres s’en ajoutent plusieurs autres, dont les espèces toutes éteintes appartiennent à la période secondaire. Nous avons essayé de résumer, par le tableau qui suit, la classification des Reptiles vivants et fossiles telle qu’elle nous semble pouvoir être établie dans l’état actuel de nos connaissances, et nous y avons joint des remarques sur leur distribution paléontologique.
Reptiles :
CHELONOCH AMP- SIENS.
Chéloniens
Crocodieiens
Ophidiens
Amphisbéniens.