Colubridés aglyplies
La deuxième division des Colubridés comprend les Serpents de cette famille qui n’ont aucune de leurs dents maxillaires cannelées. Ce sont des Ophidiens non venimeux; mais certains d’entre eux sont redoutables, même pour l’homme et pour les grands animaux, à cause de leurs grandes dimensions et de la force qu’ils déploient ; toutefois on a beaucoup exagéré le volume des proies qu’ils étaient capables d’avaler. D’autres sont d’une taille moyenne et plus semblable à celle de nos Serpents d’Europe, et il en est de plus petits encore, comme les Calamaires de l’Inde ou leurs congénères américains.
Les Ophidiens aglyphes de la famille des Colubridés sont bien plus nombreux que les précédents ou Colubridés opistoglyphes. Ils ont en général l’écaillure de nos Couleuvres, sont pourvus comme elles de plaques sous-ventrales et sous-caudales, et leur dentition est également établie sur un type analogue; on les confond vulgairement avec la plupart des opistoglyphes, qui ont les mêmes formes extérieures, et quelquefois ils ressemblent à s’y méprendre à certains de ces derniers ; mais aucune de leurs dents n’est cannelée. Il faut donc avoir recours à ce dernier caractère pour assurer leur classification. Les proportions de leurs dents maxillaires permettent d’ailleurs de partager leurs nombreuses espèces en petites tribus dont on a porté le nombre à douze.
1. Les Pythons (g. Python, o. te.), qui arrivent à une grande taille, sont des Ophidiens colubriformes à queue médiocrement allongée, non préhensible ; à tète garnie de grandes plaques ; à lèvres habituellement munies de fossettes, et dont les os incisifs sont armés de deux paires de dents (1). Ils ont deux rangées de grandes plaques sous-caudales. On les divise en plusieurs genres : Python (espèces d’Afrique et de l’Inde), Liusis (de l’archipel Indien et de
(1) Voyez p. 152, fig. 18. Le caractère d’avoir l’os intcrmaxillaire pourvu de crochets s'observe aussi chez les Rouleaux {g. Tortrix), qui sont en même temps assez rapprochés des Uropeltis par leurs yeux recouverts d une simple
reptiles.
l'Australie), Morélie («le l’Australie) et Nardoa (du même continent) .
Les Pythons proprement «lits (g. Python) sont, de tous les Ophidiens propres k l’ancien continent, ceux qui atteignent la plus grande taille. On en possède dans plusieurs musées qui ont 8 k 10 mètres de long, et les voyageurs assurent en avoir rencontré qui avaient jusqu’à 13 mètres et étaient gros k proportion. Les Pythons sont pourvus de rudiments de membres postérieurs ayant la forme de crochets.
2. Les Boas (famille des Boïdés pour plusieurs erpétologistes récents) ont la queue courte et k une seule rangée de plaques, l’éeaillure du corps de forme ordinaire et les plaques céphaliques rarement distinctes.
La plupart des Boas deviennent assez grands. Ils sont grimpeurs et se rendent redoutables par la force avec laquelle ils enlacent de leurs replis les animaux dont ils se sont emparés, et dont ils veulent faire leur nourriture. On les trouve principalement en Amérique ( Boas proprement dits et Eunectes), mais il y en a aussi quelques espèces dans les autres parties du monde, l’Europe exceptée.
Les Éryx (g. Eryx et Cylindrophis ) sont peu différents des Boas, mais ils n’ont pas la queue prenante.
Il y en a une espèce dans le midi de l’Europe et dans l’Asie Mineure : Éryx javelot [Eryx jaculus).
C’est un animal ovovivipare, dont la longueur atteint ordinairement 0m,50. Quelques auteurs en ont fait un vrai Boa.
Les parties sahariennes de l’Egypte et de l’Algérie en possèdent une autre espèce ( Eryx thebaicus ), qui passe aussi pour vénéneuse, mais à tort. Ces Reptiles sont fouisseurs, et pendant la plus grande partie de la journée ils se tiennent cachés dans le sable.
Les espèces des divisions suivantes sont plus particulièrement désignées par le nom de Couleuvres ; toutes ont de grandes plaques céphaliques, de larges écailles ventrales, une, ou plus souvent encore deux séries de larges plaques sous-caudales ; leurs autres écailles sont tantôt lisses, tantôt carénées, et la forme en est assez variable, quoique généralement comparable k celle qu’on
écaille et par les squames uniformes qu’ils ont sur presque tout le corps. La tête osseuse des Rouleaux est aussi très différente de celle des Pythons.
Les Rouleaux ( Torlrix scytnle) sont des petits Serpents propres à l’Amérique méridionale. La convenance de leur classification avec les Pythons, quoique soutenue par plusieurs auteurs, u’est pas démontrée.
OPHIDIENS
leur connaît chez nos Couleuvres européennes; le corps est plus grêle chez les unes que chez les autres ; l’œil est protégé par une écaille spéciale qui se montre sur la convexité de la cornée, et il y a des dents aux os maxillaires, palatins et ptérygoïdiens. Ces dents, de même que celles des Boas, des Pythons et des autres Ophidiens dont nous parlerons à la fin de ce chapitre, ne sont jamais vénénifères ; seulement leurs proportions et leur nombre peuvent varier, ce qui fournit de bonnes indications zoologiques. De ce nombre sont :
3. Les Xénodons (g. Xenodon), dont il y a quelques espèces dans l’Amérique équatoriale et dans l’Inde. Ils ont la tète courte, le crâne peu différent de celui des Vipères, et les dents maxillaires postérieures beaucoup plus fortes que les antérieures, groupées en faisceaux et séparées de celles-ci par un intervalle (p. 154, fig. 24). Ils appartiennent à la division des Diaerantériens de MM. Duméril et Bibron , qui comprend entre autres genres les Periops et les Zamenis.
4. LesPÉaiops (g. Periops ) ont les dents' maxillaires moins fortes, mais plus serrées, et comme disposées sur une double ligne ; leurs yeux sont entourés par un cercle complet de petites plaques différentes des frontales et des labiales. Il y en a une espèce en Algérie et dans le midi de l’Europe (Italie et Espagne): c’est le Périops fer a cheval ( Periops hippocrepis) . Cette espèce est remarquable par l’élégance de sa coloration.
Les Zaménis (g. Zamenis) en sont peu différents, mais ils n’ont pas la même disposition de plaques oculaires.
La Couleuvre verte et jaune ( Coluber viridiflavus ) de France et de plusieurs autres parties de l’Europe, est un Zaménis, et il y a quelques autres espèces du même genre dans les régions qui bornent la Méditerranée à l’est et au sud : Z. trabalis, de la Bussie méridionale ; Z. Daniel, de Grèce et de Perse ; Z. florulentus, d’Égypte et d’Algérie.
5. Les Tropidonotes (g. Tropidonotus ) ont, comme les Périops et les Zaménis, les derniers crochets maxillaires un peu plus longs que les autres et comme fasciculés, mais sans intervalle entre eux et ceux qui les précèdent (p. 154, fig. 23) ; leurs écailles sont habituellement carénées. Nous avons en Europe, et particulièrement en France :
Le Tropidonote a collier ( Tropidonotus natrix ), très connu sous le nom de Couleuvre à collier, à cause du collier jaune qui le distingue ;
Le Tropidonote vipérin ou Couleuvre vipérine, dont les couleurs
REPTILES
i*appellent assez celles de la Vipère commune, ce qui ne le fait saisir qu’avec défiance.
Le genre Tropidonote est assez nombreux en espèces exotiques; à côté de lui se place celui des Coron elles g. Coronella , qui ont les écailles lisses, la tète plus obtuse et la queue moins longue. Nous en avons deux espèces très voisines l’une de l’autre et fort susceptibles d’être confondues : la Coro.nelle lisse ou Couleuvre lisse [Coronella lœvis ou austriaca ), qui est ovovivipare, et la C. bordelaise [C. girundica).
6. Dans leur Erpétologie MM. Duméril et Bibron réunissent sous le nom de Leptognat/nens, ainsi dénommés du g. Leptogmthus, des , Ophidiens aglyphes dont les mâchoires sont faibles et minces; ce genre et ceux qui s’en rapprochent (g. Hydrops, etc. sont étrangers à l’Europe. Parmi eux figure celui des Rachiodons, qui ont les apophyses sous-épineuses des premières vertèbres garnies d’une plaque d’émail, et pénétrant dans l’œsophage, disposition qui permet à ces Reptiles de briser, après les avoir avalés, les œufs, dont ils font leur principale nourriture. Les Rachiodons ont été signalés au cap de Bonne-Espérance et en Abyssinie.
7. Les Lycodons (g. Ly codon), et d’autres encore Roedon, Eugnathe, Pareas, etc.), ont les crochets maxillaires nombreux, sans intervalles, mais les antérieurs sont plus longs que ceux qui suivent. Tous sont étrangers à l’Europe.
8. LesÉLAPHES (g. E lapins ) ont les dents maxillaires toutes égales et également espacées; leur corps est arrondi et leurs écailles sont carénées. Nous en avons deux espèces en Europe, principalement dans le midi et dans les régions du centre : Élaphe a quatre raies ou Couleuvre à quatre raies [E lapins quadriradiatus ; Élajphe d’Esculape ou Couleuvre d’Esculape [Elaphis Æsculapiï).
Les Rhinéchis (g. Rhinechis ) ont la même disposition dentaire, mais leur museau a sa plaque terminale retroussée en rostre. Une espèce de ce genre est répandue tout autour de la Méditerranée ; c’est le Rhinéchis a échelles ( Rhinechis scalaris), appelé aussi Couleuvre d'Hermann et C. d’Agassiz. Un la trouve dans le midi de la France; elle est très agressive.
9. Les Dendropuis (g. Dendrophis, etc.) ont encore la disposition dentaire des Élaphes et du Rhinéchis, mais leur corps est plus gicle et leur queue est fort longue. On n’en voit pas en Europe ; ils ressemblent aux Leptognathes et aux Hydrops par leurs .formes grêles et allongées. Cette disposition se retrouve jusque dans la disposition de leur tète osseuse.
OPHIDIENS
10. Les Plagiodons (g. Plagiodon), du Bengale et de Java, ont les pointes des dents maxillaires et palatines dirigées en dedans et non en arrière.
H. Celles des Coryphodons (g. Coryphodori) sont inégales, et les maxillaires antérieures sont beaucoup plus courtes que les postérieures. Ces Serpents sont propres à l'Inde et à l'Amérique chaude.
12. Viennent, en dernier lieu, les Calamaires (g. Calamaria, etc.), qui sont de petites espèces de Golubridés à corps grêle, cylindrique et tout d'une venue avec la tête et la queue. Ils sont assez nombreux en espèces et ont pour patrie l’Asie méridionale ainsi que l’Amérique.
Famille des ACROCHORDIDÉS. — Parmi les Ophidiens non-veni- I meux, auxquels nous trouvons une dentition aglyplte, il en est deux, I’Acrochorde douteux ( Acrochordus dubius), de Java, et le Chersydre a bandes ( Chersydrus fasciatvs), de Sumatra, qui se distinguent des Vipéridés et des Colubridés par l’uniformité de leur écaillure, qui est entièrement composée de tubercules granuleux. On en a fait provisoirement une famille à part sous le nom d ’ Acrochordidés. Ces Serpents deviennent assez grands.
Les Chersydres vivent dans les eaux de la mer, et ils ont le corps comprimé; quant aux Acrochordes, ils sont terrestres.
Un autre genre, également très singulier par la disposition tuberculiforme de ses écailles, est celui des Xénodermes (g. Xenodermus ). Il paraît devoir être réuni aux Acrochordidés, mais on en fait aussi quelquefois une famille distincte, quoiqu’il ne diffère des Acrochordes que par la présence de plaques ventrales analogues à celles des Couleuvres ou des derniers Boas.
L’espèce unique de ce genre est encore très rare dans les collections : c’est le Xenodermus javanicus. On ne sait encore rien sur sa manière de vivre. Le seul exemplaire connu appartient au musée de Berlin.
D'autres Ophidiens aglyphes ont une apparence assez différente de celle des trois familles qui précèdent, et semblent intermédiaires aux Serpents proprement dits et aux Sauriens serpentiformes: ce sont les Uropeltidés et les Typklqpidés, qui se rattachent d’ailleurs les uns aux autres par certaines analogies dans la disposition uniforme et imbriquée de leurs écailles.
La famille des UROPELTIDÉS présente, entre autres caractères, celui d'avoir le palais dépourvu de dents. Ses espèces ont la queue très courte et de forme habituellement singulière. Elles sont toutes de petite taille.
On les partage en genres sous les noms suivants : Rhinopkis [R. philippinus, des îles Philippines), Uropeltis (des Philippines),
RErmES.
Coloburus (do Ceylan) , et Plecturu.ru* (de l’Inde continentale!.
La famille des TYPHLOPJlJÉS, qui répond au genre Typhlops de Schneider, comprend des espèces presque toutes fort petites, tout à fait vermiformes, ayant les écailles imbriquées, rappelant celles des Scinques, et semblables sur tout le corps. Leurs yeux sont recouverts par l’épiderme, et leur tête présente seule quelques plaques un peu plus grandes que les autres.
Ces animaux doivent incontestablement occuper le dernier rang dans l’ordre des Ophidiens, quoiqu’on les ait placés généralement avant tous les autres. Ils ne sont point venimeux, et ils n’ont même de dents qu’à l’une ou à l’autre des mâchoires, ce qui les a fait partager en deux catégories.
Les Typhlops se distinguent aussi des autres Ophidiens par une forme assez particulière du crâne. Ils ont le mastoïdien et le tympanique court, sont pourvus d’une faible saillie post-orbitaire, manquent de frontal postérieur et ont les os de la région faciale renflés. Leurs vertèbres sont concavo-convexes comme celles des autres Ophidiens, mais elles sont d’une apparence plus simple.
Le nombre de leurs espèces connues ne dépasse pas trente. II y en a dans les deux continents; une seule (le Typhlops vermicularis) existe en Europe, encore ne l’observe-t-on que dans les parties orientales de cette partie du monde, en Chypre, en Grèce, ainsi que dans la Turquie. Elle ressemble beaucoup à un Orvet.
Ordre des Ampliisbènes.
Les anciens ont donné le nom d’Amphisbènes ( A pwlaSauvoç'), qu’on a parfois traduit par les mots Double-marcheurs, à des Serpents très venimeux qui passaient pour avoir deux tètes, l’une à la partie antérieure du corps, l’autre à la partie postérieure; ce qui a fait dire à Pline que ces animaux avaient «une seconde tète, comme si ce n’était pas assez d’une pour répandre leur venin. » Ce venin passait pour mortel. Pour les naturalistes modernes, et cela depuis Linné, les Amphisbènes sont des Reptiles serpentiformes, à corps cylindrique, presque toujours aussi gros en arrière qu'en avant, ayant les squames disposées annulairement, sillonné bilatéralement, et souvent en dessus dans toute la longueur de leur corps, et qui n’ont rien de venimeux. Ils passent la plus grande partie de leur vie sous terre, mangent des insectes et des vers, n’atteignent pas les dimensions de la plupart des Serpents et habitent les parties chaudes ou tempérées de l’ancien continent (Europe
méridionale et Afrique) ainsi que du nouveau. Leurs espèces ne sont pas nombreuses ; mais comme elles diffèrent souvent les unes des autres par des caractères assez importants, on en a fait plusieurs genres.
Ces animaux, qui n’ont probablement, même par leurs deux espèces propres à la région méditerranéenne, rien de commun avec les Amphisbènes des anciens, ne ressemblent exactement ni aux Ophidiens, ni aux Sauriens proprement dits, quoiqu’on les ait tour à tour associés à ces deux catégories d’animaux, et ils semblent devoir former un ordre à part, qu'il convient toutefois de rapporter à la série des Saurophidiens. Ils se partagent en deux familles.
La famille des AMPHISBÉNIDËS comprend plusieurs genres à dents pleurodontes, savoir : les Amphisbènes proprement dits, qui ont des espèces en Afrique et en Amérique; les Lépidosternes, qui sont américains, les Anops qui sont dans le même cas. Les Chirotes, également américains, et les Blanus ( B l anus cinereus), du midi de la Péninsule espagnole et du Maroc, sont aussi des animaux de cette famille. .
Les Chirotes sont les seuls Amphisbéniens qui soient pourvus de membres ; ils en ont deux, les deux antérieurs, et forment une tribu à part dans la famille des Amphisbénidés.
La famille des TROGONOPHIDÉS ne possède qu’un seul genre, celui des Trogonophis, dont l’unique espèce (TrogonophisWiegmanni, ou Amphisbœna elegans ) vit en Algérie, principalement aux îles Zaffarines et dans la province d’Oran. Les Trogonophidés ont, comme les Agamidés, de l’ordre des Sauriens, les dents acrodontes, c’està-dire fixées sur le bord tranchant des mâchoires.
Ordre de» Sauriens.
Les Reptiles de cet ordre ont pour la plupart une certaine analogie, dans leur forme extérieure, avec les Lézards de nos pays, et, dans beaucoup de cas, on les désigne par la même dénomination ; cependant il en est parmi eux dont l’apparence est fort différente. Tels sont entre autres les Caméléons, ou bien encore certaines espèces serpenti formes, comme l’Orvet et le Sheltopusick, que l’on avait même classés, mais à tort, parmi les Ophidiens ou Serpents véritables.
Les Sauriens sont, en général, quadrupèdes, et leurs pattes, dirigées en dehors, ont habituellement cinq doigts; leur ventre porte sur le sol ; leur queue est allongée. Ceux qui ont les pattes
REPTILES
rudimentaires ou qui en sont dépourvus ont néanmoins, sous la peau, des traces fort évidentes de l’épaule et du bassin des autres espèces, ce qui permet de les distinguer des Ophidiens. On peut aussi les reconnaître à leur tympan, qui est apparent extérieurement, ce qui n’a pas lieu chez les Serpents, et à l’ensemble de leur organisation, établie sur lejplan général qui caractérise les Sauriens quadrupèdes.
D’ailleurs les nombreuses espèces de cet ordre diffèrent beaucoup moins des Ophidiens véritables et surtout des Amphisbènes que des Crocodiles, qu’on leur a si souvent associés. Leur tête osseuse s’éloigne sensiblement, par sa conformation, de celle des Crocodiliens, et l’os carré ou tympanique, qui se trouve entre la mâchoire inférieure et le crâne, y conserve sa mobilité; leur épaule est plus compliquée; leur cœur n’a qu’un seul ventricule; leurs poumons ont l’apparence vésiculaire, et leur pénis est double ou plutôt dédoublé, chaque corps caverneux restant indépendant et le sperme s’écoulant par un double jet, comme cela a lieu dans les deux ordres précédents. C’est ce dernier caractère qui avait engagé de Blainville à donner à l’ensemble des Reptiles sauriens et ophidiens le nom commun de Bispéniens.
Les Sauriens actuels, les seuls dont nous ayons à nous occuper, sont nombreux en espèces dans les différentes parties du monde, et l’on en trouve même dans certaines îles qui sont notablement éloignées des continents, dans l’Océanie, par exemple. Les catalogues erpétologiques en énumèrent environ cinq cents espèces, toutes assez régulièrement délimitées dans leur répartition géographique. Il en est de même des genres, et quelquefois les tribus ou même les familles sont aussi dans ce cas. La presque totalité des Agamidés habite l’ancien continent, et la plupart des Iguanidés sont au contraire propres au nouveau. Ici encore nous constatons que ce sont les derniers groupes qui ont le plus de tendance à être cosmopolites. Ainsi les Geckos sont en même temps les plus inférieurs de tous les Sauriens et ceux dont les représentants sont le plus dispersés sur le globe. On a pensé que plusieurs espèces de Sauriens se rencontraient simultanément dans les différents grands centres de populations qui habitent le globe, et l’on a même cité à cet égard YAblephnrus Peronii de la famille des Scinques. « Cette espèce, disent MM. Duméril et Bibron, habite des contrées fort différentes les unes des autres par leur climat et leurs productions naturelles : ainsi elle a été trouvée à la Nouvelle-Hollande, il y a près de quarante ans, par MM. Péron et Lesueur, et plus récemment par
M. Freycinet; elle l’a été à Tahiti et aux îles Sandwich par MM. Quoy et Gaimard; à Java, par le capitaine Philibert; à l’île de France parM. Julien Desjardins. M. Kiener, étant à Toulon, en a acquis un certain nombre d'individus recueillis en Morée, avec d’autres objets d’histoire naturelle, par des matelots montant un des vaisseaux qui avaient fait l’expédition envoyée dans ce pays en 1826. Enfin M. Fortuné Eydoux vient d’en rapporter duPérou plusieurs beaux échantillons (1). » Cependant il est possible qu’il y ait ici quelque erreur au sujet de la provenance des exemplaires observés, ou bien même *une confusion d’espèces, car ces données sont contraires aux faits que l’on a recueillis relativement à la répartition géographique des autres animaux de la même classe.
L’ordre des Sauriens, qui est si riche en espèces, n’en comprend qu’un petit nombre ayant des dimensions un peu considérables ( Varans , Iguanes, etc.); encore ces dimensions restent-elles toujours fort inférieures à celles des Crocodiles actuels, ainsi que de la plupart des Reptiles sauroïdes qui ont habité le globe pendant l’époque secondaire.
Les animaux de cet ordre sont en général insectivores; quelquesuns mangent de la chair, d’autres des œufs, et un certain nombre des fruits ou même des feuilles ; ils recherchent les endroits chauds, et c’est pendant que le soleil darde ses rayons qu’ils ont le plus d’activité.
Certaines espèces aiment les localités les plus arides, d’autres préfèrent au contraire les lieux humides, et il en est d’aquatiques, comme plusieurs Varans ; leur genre de vie est presque entièrement fluviatile. Un genre voisin des Iguanes, et qui est propre aux îles Galapagos, le genre Amblyrhynque, est formé de deux espèces, dont l’une vit à terre et est insectivore, tandis que L’autre fréquente les eaux de la mer, nage avec facilité, quoique n’ayant pas les pieds palmés, et se nourrit essentiellement de végétaux marins.
On mange quelques animaux de cet ordre : ainsi les Iguanes se vendent sur les marchés, aux Antilles et au Grésil, et plusieurs Sauriens sont très recherchés par les indigènes de la Nouvelle-Hollande ou de certaines îles de l’Océanie; le Basilic des îles Moluques est aussi fort estimé dans cet archipel.
La chair de ces différentes espèces alimentaires et celle des autres Sauriens ont des qualités analogues; elle est très ammoniacale, et porte fortement à la peau. On en a conseillé l’usage dans les ma-
(I) Durti. etliibron, Erpét. génér t. V, p. 816.