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CLASSE PREMIÈRE

La classe qui renferme les animaux les plus parfaits est celle des mammifères, dont les espèces sont si remarquables par la complication de leurs organes et par la supériorité de leurs fonctions. Les vertébrés qu’elle comprend sont les mômes dont on faisait autrefois deux catégories distinctes sous les noms de quadrupèdes vivipat'es et de cétacés. Leur réunion en une classe unique est justifiée par un ensemble de caractères aussi importants que faciles à saisir.

Celui de ces caractères qui leur a valu le nom sous lequel on les désigne maintenant consiste dans la présence de mamelles, organes spéciaux de sécrétion uniquement développés chez les femelles, et qui sécrètent le lait dont celles-ci nourrissent leurs petits pendant un temps plus ou moins long.

Toujours pourvus d’un cerveau plus considérable que celui des autres vertébrés, les mammifères ont aussi des aptitudes plus diverses que ces derniers, et les hémisphères cérébraux, ainsi que l’intelligence, acquièrent même dans certains d’entre eux un développement considérable. C’est surtout ce que Ton remarque dans les espèces qui sont éducables telles que nos principaux animaux domestiques. Toutefois des mammifères d’un même ordre, et quelquefois des mammifères d’une même famille, peuvent offrir à cet égard des différences remarquables, et il serait impossible de diviser, comme on a quelquefois proposé de le faire, les animaux de cette classe en deux catégories, suivant qu’ils ont le cerveau pourvu ou au contraire dépourvu de circonvolutions.

Le squelette des mammifères présente plusieurs particularités remarquables dans la conformation de ses éléments osseux. Les os du crâne sont peu nombreux, du moins chez les individus adultes, attendu que plusieurs des pièces qui sont distinctes dans le fœtus ou même pendant le premier âge, se soudent d’assez bonne heure les unes aux autres; l’occipital s’articule avec l’atlas au moyen de deux condyles; la mâchoire inférieure porte par un condyle sur la cavité glénoïde du temporal ; cette mâchoire est formée d’une seule pièce osseuse pour chaque côté, etc.

On peut ajouter à ces dispositions ostéologiques, qui sont propres aux mammifères, que ces animaux sont les seuls qui aient

MAMMIFERES.

dos dents à plusieurs racines. Quant à leurs viscères de la nutrition, ils affectent aussi certaines dispositions qu'on ne retrouve point ailleurs: le parenchyme pulmonaire a une apparence qui lui est propre ; les plèvres sont complètes, et la cavité thoracique, dans laquelle sont logés les poumons et le cœur, toujours double, est séparée de la cavité abdominale par un diaphragme; le sang est chaud, et ses globules sont circulaires, sauf dans un petit nombre d’espèces.

Les téguments des mammifères ne sont pas moins caractéristiques: ils sont formés par des phanères de la catégorie de ceux auxquels on donne le nom de poils ; ils existent chez toutes les espèces, et le plus souvent sur la presque totalité du corps. Les cétacés eux-mêmes n’en sont pas entièrement dépourvus, et l’on voit sur la plupart d’entre eux, principalement sur la tête et au museau des jeunes sujets, quelques poils épars très faciles à reconnaître. Les tatous, qui ont la peau en partie osseuse, ont aussi des poils : quelques-unes de leurs espèces en sont même abondamment pourvues pendant l’hiver; enfin les pangolins, quoique presque entièrement recouverts d’écailles onguiformes, n’en sont pas non plus absolument privés.

Nombre et distribution géographique des mammifères . — On connaît dans la nature actuelle environ 1700 espèces de ces animaux, et pourtant nous n’avons pas encore observé tous ceux qui existent. Chaque année on découvre des cétacés que les naturalistes n’avaient point encore décrits, et il n’y a que très peu de temps qu’on a pu étudier le gorille, qui est cependant le plus gros de tous les singes, et l’un de ceux qui ressemblent le plus à l’homme. Combien de petites espèces de mammifères nous restent à découvrir; combien d’autres ne nous sont encore qu’incomplétement connues?

Quoi qu’il en soit de ces nombreux desiderata de la science mammalogique, on a pu établir avec précision les données principales de la répartition des animaux mammifères à la surface du globe, soit sur les continents ou sur les principales îles, soit dans les différents bassins maritimes. Buffon avait déjà observé plusieurs de ces grands faits; ses vues «à cet égard ont été étendues et singulièrement élargies depuis qu’il a été possible aux naturalistes de comparer d’une manière plus complète les espèces de l’Afrique ou celles de l’Inde à celles de l’Amérique méridionale, et les unes ainsi que les autres avec celles de l’hémisphère boréal. L’examen des mammifères qui vivent à Madagascar, et plus encore celui de la faune propre aux terres australes, ont aussi permis

d'ajouter des remarques importantes à celles que Buffon avait déjà faites. O11 les a complétées par un examen comparatif des mammifères propres à chacune des grandes régions du monde actuel avec celles qu'on 11e retrouve plus qu'à l’état fossile.

Les mammifères sont de tous les corps organisés les plus compliqués dans leur mode d'organisation , et ceux qui occupent le rang le plus élevé dans la hiérarchie zoologique; ce sont aussi ceux de tous les êtres vivants dont la répartition à la surface de notre planète a été réglée avec le plus de précision et suivant les lois les plus rigoureuses. La dispersion de quelques-uns d'entre eux sur tous les points du globe est le fait de l'homme, et point du tout celui de la nature ; elle est postérieure aux grands phénomènes diluviens, ou même tout à fait récente. Les mammifères ainsi rendus cosmopolites sont des mammifères domestiques, tels que le chien, le cheval, le bœuf, etc., ou bien encore parasites, comme les rats et les souris, et, sans l’intervention de l'homme, ils seraient restés cantonnés dans les limites qui leur avaient été imposées à leur origine, car lors de la création chaque continent a reçu les espèces qui lui convenaient le mieux. Ni le cheval, ni le bœuf, ni le mouton, ni la chèvre, n’existaient en Amérique lorsque les Européens s’y sont établis, et les sauvages de la Nouvelle-Hollande n'avaient d’autre animal domestique que le chien.

Les caractères des différentes faunes dont le globe terrestre est peuplé se sont conservés dans les espèces sauvages de chacune des grandes circonscriptions géographiques. La région méditerranéenne, le nord de l’Europe, l’Asie septentrionale et les parties froides de l’Amérique forment, sous le rapport de leurs productions mammalogiques, un ensemble assez uniforme dans lequel on peut néanmoins reconnaître certaines divisions secondaires, caractérisées elles-mêmes par le mélange du fond commun avec certaines espèces particulières. Une faune ayant ainsi ses modifications secondaires occupe l’Afrique depuis la haute Égypte et les pentes méridionales de l’Atlas jusqu'au cap de Bonne-Espérance. L'Inde et ses îles nourrissent d’autres espèces que l'Asie boréale; les parties chaudes de l’Amérique septentrionale diffèrent notablement par leurs mammifères des parties froides ou tempérées du même continent, et la différence avec les populations propres à l’ancien continent est plus grande encore si l'on examine les espèces qui peuplent l'Amérique méridionale; enfin, on remarque en Australie des animaux qui n'ont plus aucune ressemblance avec ceux des autres parties du monde.

Cependant il s’établit par certaines îles de l’Océanie une sorte de mélange de quelques genres australiens avec ceux de la région indienne, et l’on constate que chaque groupe naturel, et souvent chaque espèce, ont une aire d’habitat qui leur est propre. Les centres d’apparition des espèces sont donc plus nombreux qu’on ne le croirait au premier abord ; ils sont aussi d’importance très diverse : l’étude des autres classes du règne animal nous fournira de nombreuses preuves à l’appui de cette proposition. Comme on le voit, les questions que soulève l’étude de la géographie zoologique sont aussi délicates qu'intéressantes, et elles ont une grande importance philosophique.

Madagascar nous offre un exemple remarquable des conclusions curieuses auxquelles peut conduire l’observation des différentes faunes. Ses espèces terrestres sont toutes différentes de celles de l’Afrique, et souvent même elles n’appartiennent pas aux mêmes genres. Cette terre, quoique éloignée de quatre-vingts myriamètres seulement de la côte inozambique, n’est donc pas, comme on le disait autrefois une île dépendant du continent africain : c’est un centre à part, peut-être le reste de quelque grand continent dont une portion considérable se sera abîmée sous les eaux de l’Océan indien.

Plusieurs des faunes dont le globe est actuellement peuplé ont été autrefois plus riches en espèces qu’elles ne le sont aujourd’hui. Celle qui s’étend en Europe et dans les régions adjacentes se composait antérieurement d’un nombre plus considérable d'espèces, et elle possédait en particulier des animaux de grande taille (carnivores, proboscidiens, jumentés et ongulés), qui la rendaient aussi riche et aussi variée que le sont maintenant la faune de l’Afrique ou celle de l’Inde. L’Amérique méridionale a possédé aussi ses espèces gigantesques, et il en a été de même pour la Nouvelle-Hollande, qui nourrissait pendant l’époque pleistocène des marsupiaux aussi grands que les édentés gigantesques de l’Amérique ou que les grands pachydermes existant alors dans l’hémisphère arctique.

Antérieurement à ces populations, dont quelques-unes ont déjà subi tant de pertes, d’autres faunes s’étaient succédé sur le globe, et celles qui ont vécu pendant la période tertiaire ont été plus particulièrement riches en animaux mammifères. On compte en Europe six de ces faunes successives dont l’apparition a précédé celle de l’homme et des mammifères actuels ou diluviens (l). Au con-

(1) Voyez Paul Gervais, Zoologie et paléontologie françaises. In-i, 1 848 à 1 S52.

traire, on ne connaît qu’un très petit nombre d’animaux de la même classe dans les faunes qui ont vécu pendant la période secondaire (1), et l'on n’en a encore signalé aucun dans les dépôts de la période primaire ou de transition.

Classification des mammifères. — Beaucoup d’auteurs se sont occupés de la classification des mammifères. Dans l’antiquité, Aristote en a jeté les premiers fondements ; Albert le Grand, au moyen âge, s’en est préoccupé à son tour; elle a fait des progrès sérieux au dix-septième siècle par les travaux de Ray, et, au dixhuitième, Linné l’a perfectionnée à diverses reprises, en même temps que Brisson et surtout Buffon et Daubenton ajoutaient de nombreuses et importantes observations à celles que la science possédait déjà relativement aux animaux dont elle s’occupe. Bientôt après, les recherches ou les essais de Storr, de Pallas, de Blumenbach, de Vicq d’Azyr, de P. Camper, et les travaux d’E. Geoffroy Saint-Hilaire, de Georges et Frédéric Cuvier, de Blainville, ainsi que ceux de plusieurs naturalistes contemporains, ont fait de la mammalogie l’une des branches les plus perfectionnées de toute la zoologie. Nous avons donné ailleurs (2) un résumé des progrès principaux dont la science est redevable aux naturalistes de toutes les nations qui se sont adonnés à l’étude des animaux mammifères, et nous ne saurions, sans sortir des limites du présent ouvrage, chercher à les rappeler en ce moment. Qu’il nous suffise de dire que les classifications qui ont eu le plus de crédit sont celles de Linné, de G. Cuvier et de Blainville; ce sont les seules dont nous parlerons.

Linné a distingué sept ordres parmi ses Mammalia, ou animaux mammifères: 1° les Primates, répondant aux bimanes et aux quadrumanes des mammalogistes plus récents; 2° les Bruta, association fautive des édentés aux rhinocéros, aux éléphants, au morse

(1) Ce sont : 1° le Spalacotherium Brodiei et le genre Plagiaulacodon, de l’argile de Purbeck (Angleterre), étage crétacé; 2“ le Thylacotherium Broderipii, les Amphitherium liucklandi et Prevostii, ainsi que le Slereognalhus , de l’oolith* moyenne de Stonesfield (Angleterre), terrain jurassique ; 3° le Microlestes antiquus, des brèches triasiques du Wurtemberg.

Tous ces mammifères sont de petite taille et assez comparables à certains de nos insectivores modernes, quoique paraissant leur être inférieurs en organisation, autant qu’il leur sont autérieurs chronologiquement. Le Stéréogathus a paru se rattacher à la série des Bisulques omnivores. Quant au Microlestes, il est trop incomplètement connu pour qu’on puisse rien en dire sous le rapport zoologique.

(2) Paul Gervais, Hist. nat. des mammifères.

MA MM ITERES.

et aux sirénides; 3° les Feræ, ou carnivores, comprenant aussi les insectivores et les marsupiaux, dont on ne connaissait à cette époque qu’un fort petit nombre d’espèces, toutes réunies dans un même genre sous le nom de Didelphis; h° les Glires ou rongeurs; 5° les Pccora ou ruminants; 6° les JidLuæ ou la plus grande partie des pachydermes tels qu’ils ont été définis par les classificateurs plus récents; 7° les Cete ou cétacés.

Les neuf ordres admis par G. Cuvier sont ceux des Bimanes , Quadrumanes , Carnassiers (divisés en Chéiroptères, Insectivores et Carnivores] , Marsupiaux (ancien genre Didelphis], Rongeurs, F dentés, Pachydermes (divisés en Proboscidiens , Pachydermes ordinaires et Solip'edes), Ruminants et Cétacés (divisés en Cétacés herbivores et souffleurs).

De Blainville a établi trois sous-classes de mammifères, et il a considéré que la première mérite seule, à cause de l'importance des caractères qui en distinguent les principaux groupes, d’être partagée en ordres.

Cette première sous-classe est celle des Mammifères placentaires, nommés Monodelphes par cet auteur. Elle comprend six ordres ou degrés d’organisation bien distincts: 1° Quadrumanes ; 2* Carnassiers; S" Edentés (divisés en: terrestres ou Édentés proprement dits, et aquatiques ou Cétacés)', h° Rongeurs ; 5“ Gravigrades les Eléphants en sont les représentants terrestres, et les Cétacés herbivores les représentants aquatiques ) ; 6° Ongulogrades, ou les Pachydermes ordinaires, les Solipèdes et les Ruminants ).

La deuxième sous-classe est celle des Marsupiaux ou Didelpkes, dont la gestation utérine fort courte est complétée par une gestation mammaire dite marsupiale.

La troisième sous-classe, celle des Monotrèmes ou Ornithodelphes, ne renferme que les deux genres Ornithorhynque et Echidné, qui sont si inférieurs aux autres mammifères par l’ensemble de leur organisation, qu’on a quelquefois proposé d’en faire un groupe parmi les ovipares. Cuvier les réunit cependant aux Édentés.

Chacune des trois classifications que nous venons d'exposer nous donné l’état de la science à l’époque de sa publication, et elle en marque, à beaucoup d’égards, les derniers progrès. Sans prétendre résumer toutes les acquisitions que la mammalogie a faites récemment, nous avons cherché à en indiquer les nouvelles tendances dans la disposition méthodique formulée par le tableau suivant.

Dans ce nouvel essai il est tenu compte de certains caractères auxquels on ne recourait] pas autrefois, et la comparaison des

MAMMIFERES

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