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IV. SOUS-CLASSE DES CYCLOSTOMES

Les Cyclostomes, que l’on associe souvent aux Poissons cartilagineux, et plus particulièrement aux Plagiostomes, leur sont cependant très inférieurs par l’ensemble de leurs caractères anatomiques,

POISSONS

et ils ne leur ressemblent guère que parce qu’ils ont comme eux plusieurs orifices branchiaux de chaque côté du cou. L’ensemble de l’organisation des Cyclostomes est établi sur un plan très différent de celui des autres Poissons, et ils sont à la fois très inférieurs aux Plagiostomes et à tous les autres animaux de la même classe.

Leur corps est cylindrique et tellement verrniforme, que certains d’entre eux (les Myxines) ont été pris pour des vers par Linné. Jls ont la peau muqueuse et sans écailles; manquent de nageoires paires; ont la caudale peu distincte de la dorsale et de l’anale, et leur bouche est entourée d’une grande ventouse à peu près circulaire et souvent armée de pointes cornées, ce qui leur permet d’adhérer aux autres corps à la manière des sangsues.

Ces Poissons n’ont qu’un seul tube pour les narines, et ce tube, qu’on a nommé évent, est tantôt terminé en un cul-de-sac, tantôt en communication avec l’arrière-bouche. Leurs branchies sont transformées en espèces de sacs communiquant avec l’extérieur par des ouvertures multiples qui, dans certaines espèces, restent complètement distinctes les unes des autres. Le squelette est cartilagineux ou simplement fibreux, et la corde dorsale est persistante; la cavité respiratoire est enveloppée par quelques cerceaux fibro-cartilagineux d’une forme toute particulière, et la ventouse buccale est soutenue par deux pièces aliformes d’une consistance analogue. Le cerveau est rudimentaire, et l’intestin a une valvule spirale.

Quelques-uns de ces animaux ont fourni à M. J. Muller le sujet d’une excellente monographie anatomique (1).

On ne connaissait pas les jeunes des Lamproies. M. Auguste Millier a montré que les poissons de ce groupe subissent des métamorphoses, et il a reconnu comme étant les larves des Lamproies dites sucets les Ammocètes, dont on faisait précédemment un genre distinct (2).

Les Branchiostomes , aussi appelés Amphioxes, dont nous faisons un second ordre dans la sous-classe des Cyclostomes, n’ont pas tous les caractères que nous venons d'indiquer ; ils sont surtout remarquables par une grande infériorité d’organisation. Nous parlerons d’abord des Lampètres ou Cyclostomes proprement dits.

(1) Vergleichendc Anatomie der Myxinoiden, in-4. Berlin, 1835. — Unlersuchungen uebcr die Engewcide der Fische. Ibid., 1844.

(2) Archives de physiologie, par J. Millier; 1856, p. 223.

LAMPÈTRES.

Ordre des Lampi'lres (1).

Ce sont les Poissons auxquels le nom de Cyclostomes était réservé en propre avant que l’on eût observé les Branchiostomes, ce qui n’a eu lieu que dans ces dernières années, et la caractéristique que nous venons d’établir leur est surtout applicable. On les divise en deux familles.

La famille des PÉTROMYZONIDÉS ou Lamproies se reconnaît à la présence de sept paires d’ouvertures branchiales. Ses espèces ont aussi l’évent en cul-de-sac; on les partage en plusieurs genres :

Les Lamproies (g. Petromyzon ) sont :

Les unes marines, comme la Grande lamproie (. Petromyzon ma rinus), qui remonte de l’Océan ou de la Méditerranée dans nos principaux fleuves et fournit un assez bon aliment, et la Lamproie d’Omalius ( Petromyzon Omalii) de la côte d’Ostende;

Les autres exclusivement tluviatiles, comme la Lamproie de rivière ( Petromyzon fluviatilis) ; la Lamproie sucet ( Petromyzon Planeri) et un petit nombre d’autres espèces nord-américaines.

Dans plusieurs localités de l’Allemagne les Lamproies tluviatiles sont si abondantes qu’on les fume et qu’on en porte au marché des bottes semblables à celles des asperges. C’est un aliment pour les classes pauvres.

D’autres Lampètres peu différents par leurs caractères sont de l’Amérique méridionale ou de l’Australie. On en fait plusieurs genres.

Les Ammoc'etes (autrefois le g. Ammocœtes) sont plus petites et sans disque buccal. Il y en a en Europe et dans l’Amérique septentrionale ; les nôtres ont été nommées Ammocœtes branchialis et Ammocœtes ruber ; l’une et l’autre sont tluviatiles, et vulgairement désignées par les noms de Lamprillon, Lamproyon, Ci val le, Chatouille, etc. Cette coupe générique ne doit pas être conservée ; les nouvelles recherches de M. A. Millier, que nous avons rappelées plus haut, ayant montré que les Ammocètes ne sont que des larves de Lamproies, ce qui explique en particulier comment on les trouve dans presque toutes les localités que fréquentent ces dernières.

La famille des MYXINIDÉS est celle des Cyclostomes à palais perforé; elle réunit deux genres distincts :

Les Myxines (g. Myxine) qui ont les ouvertures branchiales réu-

(1) Lampelrœ, Ray, Synopsis piscium. — Cyclostomes , Duméril, etc.

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nies extérieurement, et dont il n’y a qu’une espèce connue, la Myxixe glutineuse [Mi/xinc glutinosa de l’Océan boréal ;

Les Bdellostomes (g. fiddlosloma qui ont les ouvertures branchiales séparées; ce sont aussi des animaux marins, mais qui sont particuliers aux mers du Sud. Deux d’entre eux ont six paires d’ouvertures et deux autres sept, ce qui a fait faire de ces derniers un genre à part sous le nom d ’Heptatrèmes. Une cinquième espèce a reçu la dénomination générique de Gastrobronchus.

Ordre des Brancliiostomes.

Les derniers de tous les Poissons et ceux dont l’organisation reste sous l’état le plus simple et le plus inférieur, sont les Branchiostomes, dont les anatomistes se sont beaucoup occupé dans ces dernières années. Ils manquent de nageoires paires, portent le rudiment d’une nageoire impaire commune aux régions dorsale et ventrale, et ont le dessous du ventre un peu aplati et bimarginé, ee qui rappelle, jusqu’à un certain point, le pied abdominal de certains Gastéropodes.

Ces singuliers Poissons ont la bouche inférieure ovalaire, étroite, garnie d’une couronne de filaments tentaculaires mobiles; leur corps est comprimé , atténué et presque semblable à ses deux extrémités; il est rigldule et élastique; leur peau est nue et étiolée; leurs yeux ne sont représentés que par une simple tache pigmentaire existant de chaque côté de la partie antérieure, et ils n’ont pas de narines.

Les Branchiostomes manquent, en outre, d’orifices externes pour la sortie de l’eau qui s’introduit dans leur appareil respiratoire, et eelui-ci a la forme d’un sac allongé; il est entouré par l’appareil vasculaire et se continue en arrière avec le tube digestif, comme la cavité branchiale des Ascidies. Cependant un grand nombre de petites fentes branchiales font, en outre, communiquer le sac respiratoire avec la cavité viscérale, et il y a inférieurement un pore par lequel l’eau désoxygénée est rejetée au dehors. Il paraît que les aliments, qui sont pris à l’état moléculaire, ne sont pas déglutis par les Branchiostomes , comme cela a lieu chez les autres vertébrés, mais qu’ils sont conduits de la bouche à l'estomac par des courants dus à l’agitation des cils vihratiles dont la muqueuse est ici pourvue. L’intestin est fort simple, et l’anus, qui est placé vers le tiers postérieur du corps, est ouvert sur le côté gauche de la nageoire anale.

BRANCHIOSTOMES.

Le système vasculaire des Üranehiostomes n’est pas moins singulier. 11 n’y a pas de cœur proprement dit, et l’on a quelquefois proposé d'appeler Leptocardes [Le/Jtocarclia, Midi.) le groupe formé par ces animaux dans la classe ichthyologique. Toutefois il y a des points contractiles sur le trajet des vaisseaux sanguins. Ces points sont même plus nombreux que chez les autres poissons et leur nature est musculaire.

Il y en a un qui répond au cœur proprement dit; plusieurs tiennent la place des bulbilles des artères branchiales des Chimères, un autre existe sur l’arc aortique ; on en voit aussi un pour la veine porte et un dernier est spécial à la veine cave.

Le sang est incolore.

Le foie est formé comme chez les animaux les plus inférieurs par des cryptes adhérents aux parois de l’intestin, et les reins consistent en plusieurs corpuscules séparés les uns des autres et situés dans le voisinage du pore anal.

La disposition du squelette et celle du système nerveux ne montrent pas une moindre infériorité. On a dit que la moelle épinière était formée par une série de renflements allongés placés bout à bout comme ceux de la chaîne ganglionnaire des animaux articulés, et que le cerveau proprement dit n’existait pas, ou qu’il était formé par le premier de ces ganglions. 11 paraît, en effet, qu’il n’y a point de rendement cérébral bien distinct, ce qui est d’ailleurs en rapport avec la forme lancéolée de la partie antérieure du corps.

La portion céphalique du système nerveux fournit cependant cinq paires de nerfs.

Le squelette est réduit à la corde dorsale et à un anneau également celluleux entourant l’orifice buccal.

Il y a du tissu fibreux pour constituer le rudiment de charpente qui soutient les branchies.

L’état sous lequel restent les éléments histologiques dont sont constitués les différents organes des Branchiostomes rappelle les tissus en voie de formation, tels qu’on les observe chez les embryons des autres poissons, ou bien encore les tissus des animaux inférieurs et ils conservent une simplicité analogue à celle que Ton voit chez ces derniers.

Famille des BRANCHIOSTOMIDËS. — On n’en connaît qu’un seul genre, celui des Branchiostomes ‘ Branchiostomct), aussi appelé Amphioxus, qui sont de très petits poissons à corps lancéolé, tout à fait étiolés, vivant dans le sable ou dans la vase, soit à la mer.

POISSONS

soit dans les étangs salins qui communiquent avec cette dernière.

On les a observés dans un grand nombre de localités, principalement dans la Méditerranée : à Alger, sur les côtes de la Sicile (près de Naples), à Nice et à Cette, dans l'étang de Thau 1 .

On trouve aussi des Branchiostomes sur quelques points des côtes de l'Angleterre, de l'Écosse et de la Norwége, et l’on en a signalé à Bornéo. Peut-être ces derniers sont-ils d’une autre espèce.

Ceux d'Europe ont eux-mêmes été partagés en deux espèces : le Branchiostome des côtes d'Angleterre et de Norwége ou Branchiostoma lanceolatum , qui répond k l’animal que Pallas avait signalé comme un mollusque sous le nom de Limax lanceolatus, et le Branchiostome de la Méditerranée, Branchiostoma lubricum, dont la première indication est due à M. Costa.

Celui de Bornéo a été nommé Branchiostoma Belcherii.

L'organisation si singulière des Poissons de Ce genre a été successivement étudiée par MM. Ratke, Retzius, Muller 2 , deQuatrefages (3), Kolliker, etc. La figure que nous en reproduisons est empruntée au travail de M. de Quatrefages.

Fig. 43. — Branchiostome (*).

(1) Dans l’étang de Thau les Brachiostomes vivent à une profondeur peu considérable, et c’est en draguaut dans la vase pour chercher des Siponcles et d’autres animaux inférieurs que nous les y avons découverts.

(2) Ueber den Bau und die Lebenserscheinungen des Branchiostoma lubricum, dans les Me'm. de l’Acad. de Berlin, pour 1834.

(3) Ann. sc. nat., 3e série, t. IV, p. 197; 1845.

(*> Principaux organes du Branchiosla mn lubricum. a. La bouche garnie de cirrhes. b. L'a» nus. c. Le suc branchial, rf. Le pore ubdomiiiul. e Portion renflée du tube digestif, f Grand cæcum héputiqne. g. Portion grêle du tube digestif, h. Lu corde dorsale. <’. L'aorte. A. Arc aortique. /. Cœur artériel, m, m. fiulbilles des urlères branchiales, n. Cœur de la vciue cave.

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