‹ Zoologie médicale (volume 2)Chapitre 8 sur 96 · DE L’HOMME CONSIDÉRÉ AU POINT DE VUE ZOOLOGIQUE · texte numérisé non relu

DE L’HOMME CONSIDÉRÉ AU POINT DE VUE ZOOLOGIQUE

Avant de commencer l’énumération des principaux groupes de mammifères inscrits dans le tableau qui précède, et de parler des produits que chacun d’eux fournit à la médecine, à l’économie domestique ou à l’industrie, nous croyons utile de rappeler en quelques mots les traits principaux de l’histoire de l’homme envisagée au point de vue de la zoologie.

L'homme emprunte son organisation à la classe des mammifères, et par le plus grand nombre de ses caractères il se rapproche singulièrement de la famille des simiadés, c’est-à-dire des singes. 11 a plus particulièrement des rapports avec ceux de ces animaux qui vivent dans l’ancien monde, c’est-à-dire avec les Pithécins et certaines espèces appartenant au groupe de ces derniers ont même tant d’analogie avec lui dans leur extérieur et dans leur disposition anatomique, qu’on leur a donné la dénomination d’anthropomorphes, signifiant à forme humaine, pour exprimer cette analogie. Tels sont l’orâtfgoutang des îles de Sumatra et de Bornéo, le chimpanzé et le gorille de Guinée, ainsi que les gibbons, dont les différentes espèces vivent sur le continent de l’Inde ou dans les îles qui s’en rapprochent. Linné réunissait même ces différents animaux dans un genre unique avec l’homme (genre Homo, Linné).

Nous n’avons pas besoin de dire ici que ce mode de classification est maintenant abandonné, et que le genre humain a été débarrassé de ces espèces qui, tout en s’en rapprochant par la formule dentaire (1), par la forme aplatie du sternum, par l’absence de queue et par le manque de callosités (2), n’en sont pas moins des singes véritables , c’est-à-dire des animaux assez différents de l’homme, même par leurs caractères zoologiques, pour qu’on ne les associe pas à lui comme étant ses congénères. Et nous ne parlons point ici, bien entendu, des caractères moraux qui font de l’homme un être si différent de tous les autres. Par ces derniers caractères) il est tellement au-dessus du reste des animaux, que l’on a pu dire que, s’il se rattache au même règne par son organisme, il tient de la divinité par la supériorité de son intelligence.

Les aptitudes si spéciales et si remarquables qui distinguent le genre humain à l’égard des autres genres d’animaux; son existence possible sous tous les climats, quelque diversité que présentent ces derniers; l’esprit de sociabilité qui préside à ses relations de chaque jour; la perfectibilité dont il est susceptible et dont l’éducation assure les progrès; son action sur le reste de la nature, qu’il sait faire travailler à son profit en conquérant les forces physiques auxquelles elle est assujettie; les ressources qu'il s’est ménagé par la culture d’un grand nombre d’espèces, soit animales, soit végétales; la multipieité de ses industries, auxquelles tous les

(1) La formule dentaire est la même chez l’homme et chez les singes Pithécins : 32 dents chez l’adulte, savoir : \ incisives, 7 canines et r molaires de chaque côté, et 20 dents de lait: \ incisives, 7 canine et 7 molaires de chaque côté.

(2) Les gibbons ont cependant des callosités.

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corps terrestres peuvent servir d'instrument ou de matière première, sont autant de signes distinctifs qui révèlent la supériorité de l’homnle, en même temps qu’ils lui permettent l’exercice de plus en plus libre des qualités morales dont il est doué; ils donnent ft sa puissance sur le globe une étendue que la faiblesse de son organisation semblait d’abord lui interdire.

Maître de la création actuelle ou en lutte avec quelques-uns des êtres qui la composent avec, lui, l’bottiine agit sur un grand nombre de ces êtres par la ebasse, par la pêche et par l’économie rurale. S’il repousse et s’il détruit sans pitié ceux qui sont nuisibles à ses sociétés ; s’il réussit à multiplier, pour ainsi dire, à sa volonté ceux qu’il s’est appropriés par la domestication; d’autre part il recherche les moyens de maintenir dans une proportion numérique en rapport avec ses besoins et dans des conditions favorables d’exploitation les espèces libres, soit terrestres, soit lluviatiles ou marines, dont il tire partie pour son alimentation ou son industrie. La zoologie et la botanique, ainsi que toutes les notions même vulgaires qui se rattachent à l’utie ou à l’autre de ces deux sciences, l’éclairent et le guident dans ces différents cas, et il réussit d’autant mieux dans ses entreprises ou dans ses essais qu’il tient davantage compte du naturel et des aptitudes physiologiques des espèces qui l’intéressent. Aussi la connaissance des animaux et des végétaux qui vivent dans chacune des contrées habitées constamment ou fréquentées accidentellement par le genre humain a-t-elle un attrait réel pour l’homme civilisé, et leur étude est inséparable de celle de l’homme lui-même. Notre espèce réagit autant sur la nature que la nature agit sur elle, et, sous ce rapport, comme sous tant d’autres, les études ethnographiques, ainsi que celles qui sont le plus spécialement du ressort de la zoologie, se prêtent un mutuel secours, et s’éclairent aux mêmes sources. Les données auxquelles ces études arrivent sont également du domaine de l’histoire et de celui de l’histoire naturelle, lorsqu’elles ont trait aux motifs qui règlent les rapports commerciaux des peuples, à ceux de leurs migrations ou de leurs envahissements successifs, aux produits et aux richesses qu’ils échangent pacifiquement entre eux, à ceux qu’ils se disputent ou qu’ils s’imposent les armes à la main, ou bien encore aux qualités physiques et morales que les nations tiennent des conditions dans lesquelles la nature a placé chacune d’elles. L’archéologie et la paléontologie se confondent avec l’anthropologie, lorsque, remontant la série des âges, nous cherchons à connaître quelles sont les premières

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races d’hommes qui ont habité notre sol (1); quelles modifications leur ont imprimées les conquêtes successives des peuples voisins ; à quelles populations animales déjà éteintes les premiers habitants des Gaules, ou ceux des autres pays, ont succédé; a quelles espèces, soit féroces, soit simplement sauvages, vivant aux temps héroïques, ces premiers des humains ont disputé le territoire que les nations civilisées cultivent aujourd’hui.

Parmi les caractères physiques qui distinguent plus particulièrement notre espèce d’avec les animaux qui s’en rapprochent le plus par leur structure, les plus importants sont tirés de sa station naturellement et complètement verticale; de la position de sa tête, si avantageusement équilibrée au-dessus du tronc , malgré la grosseur presque disproportionnée de l’encéphale; de l’expression toute particulière de son visage; de la ditférence considérable qui existe entre ses membres supérieurs, restés libres pour la préhension ou la mimique, et ses membres inférieurs, qui servent essentiellement à la marche.

En associant dans un même genre l’homme et les principaux singes, les naturalistes linnéens avaient donc fait trop bon marché de toutes les particularités physiques qui font de l’homme un type générique si distinct parmi les mammifères primates. L’extension plus grande que l’on accordait du temps de Linné aux divisions de cette valeur ne pouvait justifier une semblable association, et l’on doit s’étonner de l’avoir vu reproduire par quelques auteurs du dix-neuvième siècle.

Peu de temps après Linné, Blumenbach, modifiant l’un des premiers la classification suivie par le célèbre auteur du Systema naturœ, proposa non-seulement de séparer génériquement l’homme d’avec les singes, mais aussi de le retirer de l'ordre qui renfermait ces derniers, et dans lequel le naturaliste suédois plaçait avec eux les lémuridés et les chéiroptères. Blumenbach fut ainsi conduit à admettre, sous le nom de Bimanes, un nouvel ordre de mammifères destinés à recevoir le seul genre Homo, et l'espèce unique qu'il y classa fut Y Homo sapiens de Linné, c'est-à-dire le véritable homme.

Cet ordre nouveau tira son nom de la particularité, qui est en effet spéciale à l’homme, d’avoir les membres supérieurs disposés en mains, c’est-à-dire préhensiles et à pouce opposable aux autres

(1) Voyez pour 1rs vertébrés fossiles qu'ou a observés en France: Paul Gervais, Zoologie cl Paléontologie françaises.

rronrE.

doigts, et les membres inférieurs en forme de pieds plantigrades, mais il faut remarquer que, relativement à la valeur du caractère sur lequel elle repose, cette distinction ordinique n’en est pas moins exagérée, puisqu'elle lui accorde plus d’importance qu’il n’en a réellement. On sait, en effet, que certains genres appartenant aux Quadrumanes diffèrent les uns des autres par des différences que l’on peut considérer comme bien plus considérables que celle-là. Ainsi il y a des animaux de cette dernière catégorie qui manquent de pouce aux membres supérieurs, et d’autres chez lesquels ce doigt n’est pas opposable, ce qui n’empêche pas de les ranger parmi les Quadrumanes; les Galéopithèques, par lesquels on termine habituellement la même série, n’ont à leur tour aucune des extrémités sous la forme de véritable main.

C’est dans la masse du cerveau de l’Homme, ou mieux encore dans la disposition toute particulière de ses hémisphères, et non dans la forme de ses membres, que l’on aurait dû chercher le caractère principal par lequel il se distingue des autres Mammifères, même de ceux qui semblent se rapprocher le plus de lui; mais ce caractère n’a pas paru suffisant à tous les naturalistes pour justifier l’admission d’un ordre distinct, et comme l’organisation de l’Homme a, sous presque tous les autres rapports, une incontestable analogie avec celle des premiers Singes, beaucoup d’auteurs sont revenus tà l’ordre des Primates de Linné. Us y classent donc les Bimanes aussi bien que les Quadrumanes, ce qui fait mieux ressortir les rapports de structure qui les rattachent les uns aux autres.

Si fondée qu’elle paraisse au point de vue de l’organographie, cette opinion n’a cependant pas été partagée par tous les savants.

A certains égards, les Singes anthropomorphes diffèrent moins entre eux qu'ils ne s’éloignent de l’Homme, tout en ayant en rudiment quelques-uns des caractères qui acquièrent chez lui un si complet développement. D’autre part, l’intelligence humaine est tellement supérieure à celle des autres Mammifères, même à celle des plus parfaits, qu’elle semble devoir faire classer l’Homme dans un groupe à part, ou même tout à fait en dehors du règne animal. En outre si, à défaut d’une comparaison plus complète, on met les unes à côté des autres les charpentes osseuses d’un Homme et celles d’un Orang, d’un Chimpanzé et d’un Gorille, ou simplement leurs têtes respectives, on reconnaît immédiatement dans la dépouille de l’Homme des indices de l’incomparable supériorité

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qui le caractérisé de son vivant, et l’on voit que, tout en s’en rapprochant à beaucoup d’égards, les animaux qu’on a classés à côté do lui ont déjà tous les caractères de la bestialité, et qu'il n'y a pas do place dans leur boîte crânienne pour le cerveau si parfait et si complet qui sert de substratum aux facultés mentales de notre espèce. Mais ce sont là encore des différences relatives plutôt que des différences absolues, et, si l’on peut dire avec Fénelon : « Ce dedans de l’Homme, qui est tout ensemble si hideux et si admirable, est précisément comme il doit être pour montrer une boue travaillée de main divine, » il faut ajouter qu’en formant le corps des animaux, l’Auteur de toutes choses n’a pas fait preuve d’une moindre puissance, et qu’en employant des modèles analogues dans la création de l’Homme et des premiers Mammifères, ce n’est que par de simples modifications dans les détails, ou par des inégalités dans le développement des organes, qu’il a obtenu des résultats si différents.

Le classement de l’Homme avec les autres animaux est donc nécessaire au point de vue de la biologie; au contraire, il n’a pas de raison d’être, si l’on n’envisage notre espèce que sous le rapport moral. Cette remarque a été faite depuis longtemps.

Galien définissait l’Homme un animal divin (ÇSov 9c~ov); c’est aussi pour exprimer ce double caractère de la nature humaine que Pascal et d’autres ont dit : « L’Homme n’est ni un ange, ni une bête; il tient de tous les deux. » Mais, nous l’avons déjà dit, ce n’est que de l’Homme physique, c’est-à-dire de l’Homme animal, que s’occupe l’anatomiste; et dans ces conditions éloigner l’Homme du reste des animaux pour ne voir que ses qualités morales ou les particularités anatomiques, d’une valeur toujours secondaire, par lesquelles il diffère des premières espèces animales, c’est s’exposer à méconnaître ce que sa nature a de plus accessible à nos moyens d’analyse.

En outre, on justifierait par là les prétentions des personnes qui nient les ressemblances organiques de l’Homme avec les espèces supérieures du type des animaux vertébrés, ou qui contestent la légitimité des conclusions que les naturalistes modernes ont tirées de leur examen simultané. On créerait en même temps un danger réel pour la médecine, puisqu’on la forcerait à rejeter d’un même coup toutes les données que l’étude attentive des animaux a fournies à l’anatomie et à la physiologie humaines aussi bien qu’à la pathologie.

Établir, pour y placer l’Homme, un règne à part dans les classifications naturelles, ce serait donc méconnaître les remarquables décou-

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vertes par lesquelles Buffon, G. Cuvier, Ê. Geoffroy ou de Blainvi lie, et avant eux les anatomistes ou les philosophes de tous les temps, ont démontré les rapports intimes qui rattachent la notion anatomique de l'Homme et la théorie de ses fonctions à celles des animaux supérieurs, et permettent d’éclairer l'étude de notre espèce parcelle du règne animal.

En continuant à observer le genre Homo conformément aux principes de la zoologie, on pourra non-seulement arriver à une connaissance plus précise de ses caractères principaux, mais encore classer avec plus de certitude les nombreuses populations entre lesquelles se partage le chiffre de 775 000 000 auquel on évalue la totalité des individus humains qui peuplent le globe. Déjà les caractères soit physiques, soit moraux, qui distinguent les principales nations ont été appréciés avec plus de justesse, et ces nations ellesmêmes, aussi bien que les différents rameaux auxquels elles appartiennent, ont pu être classées avec précision, et leurs rapports de filiation ont été mieux compris. On trouvera dans les ouvrages spécialement consacrés à l’ethnographie tous les développements relatifs à cette branche importante de l’histoire de l’homme (1).

Buffon, Linné, Blumenbaeh, G. Cuvier, de Blainville et la plupart des grands naturalistes ont établi qu’il n’y a qu’une seule espèce dans le genre humain. Ils se fondent principalement, ainsi qu’on le fait pour les autres groupes des êtres organisés, sur la I possibilité d’une fécondité continue entre les individus des diffc- I rentes races. On ne s’étonnera point que les ethnographes n’aient I pas toujours été d’accord sur cette grave question de l’unité de l’es- I pèce humaine, si l’on se rappelle avec quelle incertitude certains na- I turalistes procèdent souvent dans les questions de spécification, alors même qu’il s’agit des animaux dont l’étude offre le moins de diffi- I cultés. Ainsi l’on voit des naturalistes donner à l’espèce une

(1) Voyez, indépendamment des mémoires et articles spéciaux publiés par un I grand nombre d'auteurs en reuom ou de voyageurs: Buffon, De l’Homme , dans J son Hisl. nat. gén. el part. — Blumenbaeh, De generis hvmani, etc. — Lacépède, I Histoire naturelle de l’Homme. — Walckenaer, Essai sur l’histoire de l’espèce I humaine. — Virey, Hisl. nat. du genre humain. — Bory de Saint- Vincent, ! Usinât. de l’Homme. — A. Desmoulins, Histoire des races humaines. — Prichard, Hisl. nul. de l’Homme, trad. deM.Roulin. — D’Omalius d’Halloy, Éléments d'clhno- I graphie. — Maupied, Prodrome d’ethnographie. — Ilollard, De l’Homme cl des races humaines , et, dans beaucoup de traités généraux de zoologie, les chapitres relatifs au même sujet,

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étendue presque aussi grande que celle du genre proprement dit, tandis que d’autres multiplient d’une manière véritablement exagérée le nombre des espèces qu’ils admettent comme distinctes, qu’il s’agisse des animaux supérieurs ou de ceux qui s’éloignent davantage de nous. Sans sortir de la classe des Mammifères, on trouvera de nombreux exemples de ces espèces purement nominales dans les différentes familles des Singes, des Makis, etc.

Nous le dirons donc sans crainte d’être contredits, les naturalistes ne possèdent pas encore le véritable critérium de l’espèce, et si les notions théoriques dont la science s’est enrichie sous ce rapport ont une importance incontestable, elles sont souvent d’une application fort difficile dans la pratique, et il serait peut-être déplacé de demander h l’ethnographie une précision dont la zoologie véritable est encore si éloignée dans bien des cas.

Les résultats auxquels cette science est parvenue par ses intéressantes recherches n’en sont pas moins dignes d’attention. Elle a permis d’ajouter aux caractères moraux que l’on tire de la comparaison des langues ou de celle des religions, ainsi que des rapports sociaux des peuples, les caractères appelés physiques ou naturels , par lesquels ces peuples se distinguent les uns des autres, et qui sont différents selon les contrées ou les origines des nations. Dans ce but, elle note quelle est l’apparence générale du corps; quelles sont les particularités de la tête osseuse et celles de certaines autres parties du squelette; ce qu’il y a de distinctif dans les traits du visage ; les différences que présente la coloration ; celles du système pileux, etc.

Les questions que soulève cette branche importante de nos connaissances scientifiques sont donc aussi intéressantes que variées ; mais de nombreuses difficultés en entravent encore la marche. C’est ce que l’on ne tarde pas à reconnaître, si l’on cherche à établir définitivement, suivant les principes de la classification méthodique, la série naturelle des différentes sortes d'Hommes, telles que l’histoire nous les montre ou comme nous les observons à la surface du globe, à la suite des modifications que le temps, les progrès de la civilisation, les mélanges occasionnés par les conquêtes et d’autres causes encore leur ont fait subir.

Quoi qu’il en soit, on peut admettre trois groupes principaux de populations humaines :

1" Celui des peuples de couleur «langue ou brune, souvent réunis dans les ouvrages d’ethnographie sous le nom de race caucasique,

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parce qu’on a cru longtemps qu’ils descendaient tous du Caucase ou des régions environnantes. Ils se partagent en six rameaux que l'*on désigne par les noms d’européen, de scythique, d ’araméen, de per si que, d’hindou et d’abyssin. Les deux derniers comprennent des Hommes dont la nuance est déjà très foncée, ce qui les a fait quelquefois classer dans une race à part sous le nom de race brune. Dans ce cas, on leur associe habituellement les Malais.

2° Celui des peuples jaunes, qui répondent à la race mongolique de beaucoup d’auteurs. 11 comprend les rameaux mongol, hyperboréen, sinique, malais et américain.

Les Américains, qui se sous-di visent en septentrionaux et méridionaux, forment une race à part dans quelques classifications, sous le nom de race rouge. Le rameau hotlentot et le rameau bos~ chisman, l’un et l’autre propres à l’Afrique australe, se rapprochent, à certains égards, des Hommes jaunes par leurs couleurs, mais ils ont aussi des rapports d’organisation avec les Nègres, auxquels ils sont même inférieurs à plusieurs égards. Ce sont les plus petits et les plus dégradés de tous les Hommes.

3» Les peuples de couleur noire. Les uns sont Africains : rameau cafre et rameau nègre ; les autres sont Polynésiens ouAustraliens : rameau papou, habitant les Fidji , la Nouvelle-Calédonie, les Nouvelles- Hébrides, les îles Salomon et une partie de la Nouvelle-Guinée; rameau andamène, habitant les îles d’Andaman,l’Indo-Chine,Luçon, la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Hollande et Van-Diemen.

Pour terminer ce qui est relatif au genre humain, il nous reste à dire quelques mots au sujet de son ancienneté sur le globe.

Il parait bien démontré, par tous les faits maintenant connus, que l’époque de la création de l’Homme est récente, géologiquement parlant. Plusieurs populations d’êtres organisés, fort différentes les unes des autres par l’ensemble des diverses espèces, soit animales, soit végétales, qui les ont composées, avaient vécu pendant les premières périodes de la vie du globe avant que le genre humain, ainsi que les animaux et les végétaux aujourd’hui existants, n’eussent apparu sur la terre. Les êtres organisés actuels n’ont donc pas été contemporains de ceux que l’on trouve enfouis dans les terrains de la période dite tertiaire, et ils sont plus différents encore de ceux qui ont peuplé le globe terrestre pendant les périodes secondaire et paléozoïque. Notre espèce est plus particulièrement dans ce cas. Les débris humains que l’on trouve enfouis dans les couches régulières du sol, ne se rencontrent que dans des couches récentes, et il n’y en a pas même dans les terrains

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tertiaires ; par conséquent leur ancienneté est bien moindre que celle de la plupart des autres débris organiques généralement appelés fossiles, dont les terrains de sédiments sont remplis en tant de lieux.

Quelques-uns de ces ossements humains que l’onregarde comme fossiles, paraissent même avoir été ensevelis en même temps que ceux de certains animaux d’espèces éteintes qui caractérisent les premiers sédiments de la période actuelle; du moins les trouvet-on enfouis dans les mêmes couches qu’eux, plus particulièrement dans les cavernes; et, dans certains cas, rien ne permet d’assurer qu’ils y aient été déposés à une date plus récente.

S’il en était réellement ainsi, on devrait reconnaître que, tout en étant postérieur à l’époque dite tertiaire supérieure, l’Homme a vécu en Europe alors que les grands ours (J rsa s spelœus et arctoicleus ), les hyènes ( Hyœna. spelœa, intermedia et prisai , les grands félis [F élis spelœa), les éléphants ( Elephas primigenius , le rhinocéros à narines cloisonnées ( Rhinocéros tic/iorinus) et d’autres animaux non moins remarquables, dont la race a été anéantie, abondaient dans nos contrées. Si les gisements humains qu’on a signalés en Amérique sont authentiques, l’Homme y aurait été contemporain des Mastodontes et des grands Édentés dont on recueille si abondamment les débris dans cette partie du monde. Toutefois la présence des ossements humains dans les assises diluviennes qui sont situées en dehors des cavernes, est encore très contestable ; et, si l’on devait faire quelque objection à l’opinion que nous exposons ici sur l’époque à laquelle appartiennent les fossiles humains et ceux des animaux domestiques trouvés dans les cavernes dites à ossements, ce serait d’en reporter l’enfouissement à une date encore trop éloignée, puisqu’on n’a pas démontré que notre espèce avait été réellement contemporaine des grands animaux éteints qui viennent d’être énumérés.

CITAriTRE II.

DES MAMMIFÈRES TERRESTRES QUI ONT, COMME L’HOMME, LE DÉVELOPPEMENT PLACENTAIRE ET LES DENTS DE PLUSIEURS SORTES.

C’est à cette grande et importante division des Mammifères qu’appartiennent les Primates, ou quadrumanes; les Chéiroptères ou

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