HOMMAGES
Ortlrc ilt'» Uordiacés.
Ces Vers sont connus depuis longtemps, mais comme on le pense bien, ce n’est que depuis quelques années, et cela grâce aux travaux de MM. Dujardin, de Siebold et Meissner, que leurs affinités avec les Filaires ont été définitivement établies.
Gesner en avait déjà observé dans l’eau et sur des plantes cultivées. C’est Linné qui leur a donné le nom de Gordius, à cause des nœuds qu’ils forment en se tortillant. Cuvier les place, sous la dénomination de Dragonneaux, à la fin des Annélides, tandis que de Blainville et Lamarc.k les rapprochent avec raison des Filaires.
Les Gordius (1) ressemblent extérieurement aux Filaires, mais ils ont le tube digestif incomplet, et ils subissent une demi-métamorphose. Ces Vers passent une partie de leur vie à l’état libre. Ils forment un groupe très remarquable sous divers rapports.
On trouve souvent en été, dans des flaques d’eau après des inondations, dans l’eau des fontaines, dans les canaux ou même dans les rivières, des Vers extraordinairement grêles et longs qui se tortillent et sont fins comme une corde de violon ; ils ont jusqu’à un pied de longueur et même au delà : ce sont les Dragonneaux (2). Au mois de juin on voit quelquefois apparaître, après une pluie d’orage, sur les plates-bandes des jardins, des Vers tout aussi minces ou même plus minces, mais qui sont moins longs; ils se tortillent également dans tous les sens ; on les découvre quelquefois aussi sur les arbustes, là où un instant avant on n’avait, rien observé : ce sont les Mermis.
(1) Grube, Ueber einige Anguillulen, und d. Entwickel von Gordius aquaticus ( Wiegm . Archiv , 1849, I, p. 358). — V. Siebold, Ueber die Wanderung der Gordiaceen (Uebers. d. Arb. u. Verhand. dé Soldes. Ges. f. vaterl. Kullur, 4830, p. 38). — V. Siebold, Enlom. Zeil. Stettin, 4850, p. 238. — Girard Charles, Historical Sketch o[ Gordiacea (Proceed. Acad nat. Sc. Philad., 4 857, t. V, p. 279). — Leidy, A Flora and Fauna wilhin living Animais [Smilhsonian Contributions lo knowledge , t. I, 1854, p. 6, note). — V. Siebold, Beilràge sur Naturgesch. der Mermiten ( Zeitschr . fur wiss. Zoo/., t. V, 1853, p. 201). — Meissner, Beilrüge sur Anal, und Physiol. von Menais albicans {Idem, t. V, p. 207). — Beitriige sur Anal, und Physiol. der Gordiaceen {Idem, t. V p. 1 ; 1856).
(2) II s’en est rencontré de beaucoup plus longs, soit dans certaines sources des Pyrénées, soit en Languedoc, dans la terre humide. Ils passent pour envahir, dans quelques circonstances, le corps des bestiaux, mais ce ne peut être qu'aceidentellement. Nous en avons trouvé à Montpellier dans la terre d'un vase à fleurs; leur longueur variait entre 0,40 et 0,50.
VERS
Ces Vers apparaissent parfois en grande abondance et brusquement. On les croirait tombés du ciel. D'où viennent-ils donc?
Ce sont des Mermis qui ont passé la plus grande partie de leur existence dans le corps de quelque espèce d’insectes aux dépens desquels ils se sont développés, et quand le terme de leur évolution approche, ils quittent leur hrtte, s’accouplent et déposent leur progéniture dans un lieu convenable pour le développement. Ils deviennent principalement libres lorsque le Hanneton sort de terre, c'est-à-dire au mois de mai.
MM. Leidy et Meissner ont tout récemment fait une étude spéciale de ces Vers. La femelle dépose dans l’eau des millions d’œufs réunis sous la forme d’un fin cordon, que M. L. Dufour avait pris pour un Ver parasite des Gordius. En trois semaines l’éclosion a lieu. Les embryons ne ressemblent aux parents ni pour la forme ni pour la construction. M. Meissner a vu les jeunes larves de Gordius pénétrer dans le corps de larves d’insectes, et s’y enkyster, mais il n’a pu les suivre plus loin.
Ces Vers ont une organisation plus simple que les Nématoïdes en général ; ils ont une bouche, mais point d’anus; une glande qui s’ouvre en avant et des organes sexuels mâles ou femelles s’ouvrant en arrière. Les mâles des Gordius ont le corps bifurqué en arrière. Les embryons diffèrent des adultes par des piquants qui ornent l’extrémité céphalique.
M. Leidy croit avoir trouvé un jeune Gordius enkysté dans le mésentère de la Grenouille.
La famille des GORDIDÉS ne comprend jusqu’à présent que les trois genres Gordius, Mermis et Chordode.
Le genre Gordius ( Gordius , L.) est celui qui paraître plus nombreux en espèces. La plus commune en Europe est le
Gordius aquatique (Gordius tirjualicus). — On la nomme communément Dragonneau, nom qui était donné primitivement au Ver de Médine ; elle est aussi appelée Crinon, etc.
Ce Ver se distingue surtout parce que l’extrémité céphalique de son corps est légèrement gonllée au bout. Il est de couleur brune et acquiert jusqu’à deux pieds de longueur. Il pond ses œufs réunis sous la forme d’un fil, comme le font les Crapauds. M. Meissner a vu l’accouplement, et il a pu suivre tout le développement des embryons.
Au moment de leur éclosion, ils n’ont point de tube digestif et leur tète est armée d’un capuchon portant douze stylets sur deux rangs et un stylet principal et central qui leursert à perforer les tissus.
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La seconde espèce reconnue par MM. de Siebold et Mcissner, ou le Gordius subbifurcus , diffère surtout parce que l’extrémité antérieure de son corps n’est pas gonflée et parce que l’extrémité postérieure en est légèrement bifurquée dans les deux sexes, comme son nom spécifique l’indique.
M. de Siebold admet l'existence d’une troisième espèce sous le nom de Gordius tricuspidalus (1).
Voici un exemple bien remarquable d'un Dragonneau introduit dans le corps d’une jeune fille, et dont le docteur Hessling a fait part à M. de Siebold (2) : Une jeune fille a en effet vomi une femelle vivante de Gordius oquaticus ayant 23 pouces de long. C'était une vachère du lac Schliersee, dans les montagnes de la Dernière.
Nous transcrivons ici les renseignements que le docteur Hessling a donnés à cet égard à M. de Siebold :
« N. N..., âgée de vingt-deux ans, fille d’un laboureur aisé du Schliersee, était d'une constitution robuste et jouissait d’une santé continuelle. A l'âge de quinze ans, la menstruation se produisit chez elle sans les moindres difficultés, et elle n’éprouva jamais de dérangements. Au mois de janvier 1853, elle tomba malade avec les symptômes suivants : La jeune fille au teint vermeil et aux joues rouges devint pâle ; son caractère, autrefois gai, devint changeant, tantôt turbulent, tantôt profondément mélancolique, accompagné d’une peur indicible, venant de dangers imaginaires, de grandes inquiétudes, et d’un tremblement dans tous les membres. Ajoutez â cela une douleur pénétrante à lapartie postérieurede la tète, de temps à autre des souffrances asthmatiques, de fréquentes envies de rire, souvent des sanglots et des bâillements pendant des heures entières, des horripilations légères ; son pouls était agité et inégal. Les affections gastriques faisaient défaut : il n’y avait ni disposi-
(1) Z eitschr. fürwiss. Xool., vol. VII, p. 143.
(2) On distingue plusieurs autres espèces parmi les Gordius européens. M. Baird (in Gray, Calai, of thespec. of Entozoa in tlie British Muséum ), en admet neuf, en tenant compte de ses propres observations, ainsi que de celles de Muller et de MM. Charvct, Dujardin, de Siebold, etc.
Nous en avons étudié un autre qui venait de l’Algérie ( Gordius bifurcatus, P. Gerv.).
Le Musée de Hambourg possède un Gordius rapporté de Calcutta par un capitaine de navire, et qui est assez semblable au Gordius aqualicus. M. Baird nomme Gordius sphenura une espèce également trouvée dans l’Inde.
Le même auteur cite, mais avec doute, comme appartenant à la Jamaïque, un Gordius encore difTérent, qu’il appelle Gordius platyura.
VERS
lion pour le vomissemenl, ni vomissement réel, ni manque d’appétit. A la question si elle ne se rappelait pas avoir mangé quelque chose de nuisible, elle répondit négativement de la manière la plus formelle. Le médecin de Schliersee la traita comme hystérique, et les calmants firent disparaître le mal, à l’exception des coliques dans le bas-ventre. Après neuf mois, la même maladie se manifesta de nouveau ; les symptômes ci-dessus revinrent avec une plus grande véhémence; le tremblement des membres, les angoisses, la difficulté de la respiration étaient insupportables. Comme alors il y avait absence d’appétit, envie de vomir, et que la langue était chargée, jaunâtre, on donna un vomitif. Au quatrième vomissement se montra, à la grande frayeur de la malade, un Gorclim. Immédiatement après cessèrent tous les symptômes nerveux, et cette jeune fille redevint alors aussi bien portante et aussi forte qu’auparavant. La menstruation, qui avait cessé depuis la première maladie, reparut aussi avec une marche régulière. »
M. de Siebold fait remarquer qu’il ne regarde pas ce Ver comme étant réellement un helminthe de l’homme, mais bien comme un pseudo-helminthe. N’est-ce pas plutôt un helminthe erratique? Il avait acquis son développement dans le corps de quelque insecte, et, en émigrant du corps de celui-ci, il s’est sans doute perdu dans l’estomac de la jeune fille. Il est probable que cette fille hystérique a avalé le Ver dans quelque breuvage ou avec sa nourriture, peutêtre même avec l’insecte qui l’avait nourri, et en effet l’on observe quelquefois chez les tilles hystériques des goûts tout à fait désordonnés.
Mais peut-on mettre sur le compte du Gordius les symptômes signalés plus haut d’après le médecin cité? Cela est fort douteux, dit de Siebold, et nous partageons sa manière de voir (4).
Le Gordius aquaticus a été trouvé par M. de Siebold dans les Carabus violaceus, Feronia melanaria, Omaseus mêlas, Dytiscus margina/is (larve), Locusta viridissima , Decticus verntcivorus et Gomphocerus niridulus.
Le Gordius subbifurcus , dans les Carabus hortensis , Proeusles coriaceus, Feronia melanaria, Feronia métal l ica. Pterostichus nigrita Omaseus mêlas, Molops elutus, Pœcilus lepidus, Barpulus hottentota, Calathus cisteloides , Pelar blaptoides, et Drassus fuscus (2).
(1) Itntomologische Zeitung, avril 1834, p. 107.
(2) Quelques cas île parasitisme des Gordius dans les insectes avaient été précédemment signalés par de Blainvillc et par Leblond (Atlas du Trait é des
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M. Felhieu a observé sur un Gordius long (le deux pieds quatre pouces, et qu’on avait trouvé sur le bord de la Loire, que ces Vers peuvent reprendre la vie après leur dessèchement. Il avait gardé ce Ver vivant pendant neuf mois dans une assiette contenant du sable; il le trouva un jour desséché par suite de l’évaporation de l’eau. 11 voulut le mouiller de nouveau avec de l’eau pour lui faire reprendre sa forme avant de le mettre dans la liqueur, et, à sa grande surprise, le Ver revint à la vie, et il ne mourut que deux mois après (1).
Le g. Mermis ( Mermis ), établi par M. Dujardin, renferme aussi plusieurs espèces, vivant à peu près dans les mêmes conditions, mais qui offrent entre elles des différences notables. Les deux principales ont été nommées par M. de Siebold Mermis niiirescens et Mermis albicans; elles ont, comme les Gordius, une bouche, mais point d’anus, et elles portent sur la tête des papilles, que l’on ne distingue pas chez ces derniers. Ces deux espèces montrent des différences notables dans la forme de leurs œufs. On les trouve dans la terre humide ou même quelquefois sur les arbustes. Le mâle du Mermis nigrescens est encore inconnu; on connaît celui du M. albicans.
Nous avons trouvé, à la fin du mois de mai 1853, après une forte pluie d’orage qui avait succédéjt une grande sécheresse, un Ver de plusieurs pouces de longueur, entortillé et fin comme une corde de violon, qui recouvrait en si grande abondance les platesbandes des jardins, que le matin on vint nous annoncer de divers côtés, en nous apportant les pièces à l’appui, que pendant la nuit il y avait eu une pluie de Vers. C’étaient des Mermis sortis probablement pendant la nuit du corps des Hannetons (2). Cette apparition de Vers a eu lieu à Louvain, dans la nuit du 31 mai au 1er juin.
Nous ajouterons ici le résultat de quelques observations remarquables faites par M. de Siebold, et qui doivent nécessairement conduire à la découverte de faits importants manquant encore dans l’histoire des Dragonneaux (3).
M. de Siebold a trouvé le Mermis albicans en abondance dans la larve de YYpomineuta cognatella. Il y vit dans la cavité du corps,
l'ers intestinaux de Bremser, édition française par Ch. Leblond, Paris, 1837, p. 56).
(1) Ann. des sc. nat., t. VI, p. 493.
(2) Bulletin de V Academie des sciences de Belgique, 1853 et 1856
(3) Ces Vers appartiennent peut-être aune même famille, et ils ont certainement une grande analogie eutre cui.
VERS
entre le peau et le tube digestif; arrivé à un certain degré de développement, le Mermis traverse les parois du corps du patient, la tète en avant, devient libre, s’accouple, acquiert ses organes sexuels, et se complète ainsi après son émancipation.
Ce Mermis pénètre ensuite dans la terre humide, y passe l’hiver, change de peau, et met au monde des petits, qui vont à la recherche de leur victime au printemps suivant.
M. de Siebold a mis de jeunes larves d ’Yponomeuta cogmtella, de Pontia cratœgi, de Liparis chrysorrhea et de Gastropacha neustria , en présence de ces embryons, et au bout de quelques heures ils avaient traversé la peau de ces larves et vivaient dans l’intérieur de leur corps sans qu’elles en parussent aucunement incommodées. Quelques larves portaient deux et jusqu’à trois embryons de Mermis.
D’après M. de Siebold, ces Vers quittent leur hôte avant que celui-ci se transforme en chrysalide ou nymphe , et ee n’est qu’exceptionnellement qu’on en trouve dans les Insectes parfaits. Au moment où ils quittent l’insecte, leurs organes sexuels n’existent point encore, et ils ne se développent, comme nous venons de le voir, qu’après qu’ils sont devenus libres.
Il paraît que le Ver désigné sous le nom de Gringo ou Pilo, en Lombardie, et qui a été décrit par le professeur Gius. Bals. Crivelli, sous le nom d’ Autoplectus protognostus (1), appartient à cette même espèce, et n’est qu’un Mermis atbicans.
Le Mermis albicans a été observé par M. de Siebold dans les Meloe proscarabeus , Nantis religiosa, Gomphocerus Mario, Gomphocerus bipustulus, Athalia spinarium (larve) , Vanessa lu (larve) ?, Zygœna Minos, Notodonta ziczac, Pygœra bticep/iala, Liparis chrysorrhea, Gastropacha pruni? Euprepia caza, Catocala sponsa, Cucullia tanaceti, Mamestra pisi, Episema graminis, Tortrix textana, Pentium salicana, Yponomeuta padella, Y. cognatella et Cardylura pubescens, ainsi que, assure-t-on, dans le Succinea amphibia, qui est un Mollusque;
Voilà donc des Vers qui, contrairement à ce qui était admis il y a à peine quelques années, par les helminthologistes les plus en renom, passent une partie de leur existence en liberté et pour ainsi dire à l’état de vagabondage, et l’autre, enfermés dans une prison vivante, préparant, dans le silence de la retraite, les matériaux qui doivent servir à la conservation de leur espèce. Tous vivent librement à la sortie de l’œuf, et quelquefois ils reprennent même
(1) Memorie dell’ I. H, tnsttluto Imnbardo di scierise leltcre ed arti, t. Il,
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ice premier genre de vie pour s’accoupler et se reproduire. Au conl traire, les Filaires de Médine sont enfermés pour toujours, quand I l’acte le plus important de leur vie s’est accompli.
Quand on fait un pas en arrière, on est tout surpris de voir que Iles helminthologistes les plus célèbres du siècle dernier ne connaissaient pas un seul exemple certain de l’introduction des Vers «dans le corps des animaux, et que ce n’est que depuis quelques iannées que ces faits ont été mis hors de toute contestation. Aux yeux «de Rudolphi et de Bremser, les Vers n’avaient d’autre origine que Iles tissus des animaux aux dépens desquels ils vivent.
On n’a encore décrit qu’une espèce de Mermis exotique, le Me nuis spiral is, Baird, de Rio-Janeiro.
Le genre Chordohe ( Chordodes ) est également étranger à nos conitrées; il a pour type le
Ghordode pileux ( Chordodes pilosus). — Ce Ver a été envoyé de "Venezuela par le docteur Siegert, au Muséum de Hambourg : M. Sie- Igert l’a trouvé dans le corps du Blnbera gigantea, Serv., de l’ordre •des Orthoptères. Il avait d’abord 0,212 de longueur, et au bout de neuf jours, il avait atteint dans l’eau plus du double.
Ce qui paraît surtout caractériser ce Ver, c’est qu’il est comme poilu vers l’une de ses extrémités.
M. de Siebold avait d’abord exprimé des doutes au sujet de ce •caractère, mais il paraît s’être assuré par lui-même que ce n’est, point un accident (1).
Remarques sur le genre Trichina.
Quelques autres Vers nématoïdes, signalés chez l’homme, n’ont pas encore été classés d’une manière satisfaisante, ce qui tient à l’impossibilité dans laquelle on a été jusqu’ici de les étudier complètement. Plusieurs devront probablement être rayés de la liste des espèces; d’autres ne sont peut-être que des jeunes arrêtés i dans leur développement.
Les Trichines (g. Trichina, Üwen) sont plus particulièrement | dans ce dernier cas.
Trichine spirale (Trichina spiralis). — M. Richard Owen a fait connaître ce Ver en 1835 (2) ; il en avait observé un grand nombre sur un muscle de l’homme, qui lui avait été remis par M. Wormald, attaché à l’hôpital de Saint-Bartholomée, à Londres. U est vrai de
(1) Docteur K. Mobius, Zeitschr. fiir wiss. Zoologie, vol. VI, 1834.
(2) Transact. of the Zool. Soc. of London, 1833, vol. I, p. 313.
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dire que déjà, en 1622, Tiedemann avait déjà observé des vésicules analogues à celles recueillies par M. Wormald 1).
Ces Vers sont logés dans des kystes de 0"",',32 de longueur et de 0',l,,,,038 de largeur. On les observe surtout dans les muscles de la vie de relation, et M. Luschka (2) cite le cas d'une femme, qui s’était livrée à la boisson, dont tous les muscles étaient tellement infestés de ces helminthes, qu’ils avaient l'air d’en être semés à la surface et dans l’intérieur. Ces kystes sont généralement blancs et opaques; quelques-uns, toutefois, ont des parois assez transparentes pour laisser distinguer le Ver à travers leur épaisseur.
D’après M. Luschka, on trouve deux couches dans chaque kyste : l’extérieure, produite par l’organisme, et qui est enveloppée d'un réseau vasculaire; l’intérieure, dépendant de la Trichine.
Dans la plupart des kystes on ne rencontre qu'un seul Ver, mais quelquefois ou en trouve deux et même trois.
La ténacité de la vie est si grande chez ces petits animaux, qu’on les voit encore se mouvoir au bout de quinze jours, et après avoir été soumis à des températures variées, même au-dessous de zéro.
Le Ver est allongé et cylindrique, et, comme tous les Nématoïdes, effilé à l’une de ses extrémités. La tête, qui a été prise pour le bout opposé, est, dit M. Luschka, obtuse, presque tronquée; on voit par moments s’élever à son extrémité une papille qui disparaît ensuite.
On distingue dans ces Vers un tube digestif complet avec un œsophage très long qui occupe presque la moitié de la longueur du corps. A côté du tube digestif, qui avait d’abord échappé aux observateurs (3), est logé le rudiment de l’appareil sexuel. C’est à M. Luschka que l’on doit la connaissance de ces derniers détails relatifs à l’organisation des Trichines.
Nous ne discuterons pas la question, quelquefois agitée, de savoir si les Trichines forment réellement le passage entre les Nématoïdes et les Spermatozoïdes, ces derniers n'étant pas plus animaux que les globules de sang, qu’on a aussi regardés comme tels; mais il résulte clairement de leur séjour enkysté, comme de l’état rudimentaire de leurs organes sexuels, que ces parasites des muscles sont des Vers arrêtés dans leur développement, et
(1) Froriep's Nolizen, 1822, t. I, p. 6i.
(2) Zeilschr. für wiss. Zoologie, 1851, t. lit, p. 69.
(3) M. Owen a ainsi caractérisé le genre Trichina : « Animal pclluciduni, üli- » forme, teres, posticc atlenuatum; os liucare; auusnullus; tubus intestinalis « genitaliaque inconspicui; in vesica externa, cellulosa, clastica plerumque soliii tarium. »
G0RD1ACÉS.
qui attendent un autre milieu pour continuer leur évolution ascendante. Ce que sont les Trichines adultes et dans quelles conditions elles vivent plus tard, c’est ce que l’on ignore jusqu’à présent.
La Trichine spirale ( Trichina spiralis) a été observée sur l’homme en Angleterre, en Allemagne et en Danemark.
On prétend l’avoir aussi trouvée sur le Cheval, le Chat, le Chien, le Cochon, etc. (1).
Onchocerque réticulé ( Onchocera reticulata) (2). — Ce Ver n’a été observé que depuis peu d’années , et il n’a été vu que par un petit nombre de naturalistes.
Il a le corps filiforme et élastique, la bouche terminale petite et orbiculaire, une tête non séparée du corps. L’extrémité caudale du mâle est déprimée en dessous et bordée de deux lobes; le corps de la femelle est enroulé en spirale, aminci en arrière ; le vagin s’ouvre en avant. La surface du corps est finement réticulée.
Le mâle a âO millimètres de long.
Creplin en a fait un hilaire; MM. Diesing et Hermann en avaient fait une Trichine; depuis lors M. Diesing l’a placé dans un genre à part qui ne comprend encore que cette espèce.
Elle a été découverte en 18è0 par le docteur Bleiweiss,de l’Institut vétérinaire de Vienne (Autriche), dans les muscles et dans l’épaisseur des parois d’une artère du Cheval. M. Gurlt l’a observée depuis à Berlin.
Espèces douteuses de Nématoïdes.
D’autres espèces de Nématoïdes sont douteuses et pourraient bien n’avoir été établies que par suite de quelque méprise.
De ce nombre est I’Ophiostoma Pontieri, H. Cloquet. — Ce Ver, que Degland a signalé en 1823 dans le Recueil des travaux de la Société de Lille (p. 166), et dont il est parlé dans plusieurs ouvrages d’helminthologie, n’est probablement, comme le pense M. Diesing, qui le cite toutefois encore parmi les Helminthes douteux, qu’un Ascaride lombricoïde mutilé.
Le Ver désigné par M. Diesing sous le nom de Nematoideum hominis, Pruner, t. II, p. 329, est lui-même la Lirujuatula serrata, dont il est question plus haut, 1. 1, p. 501.
(1) Voyez Diesing, Helminthes, vol. Il,p. 113.
(2) Trichina reticulala, Dies Hermann , (Est med. Wochcnbl., 1841. — Filaria reticulala, Creplin, in Iirsch etGrub, Encyvlop.', 1846, t. 1, sect. 44. — Onchocerca reticulala, Die-., Aliad. de JVissensch. Wien, 1855.
VERS
Le Dàgtyliijs acui.eatus de Curling est un Ver de la famille des Lombricidés, et dont nous avons déjà parlé. (Voir plus haut, p. 92.)
Ordre des Acantliocéphalés (1).
Les Échinorynques (g. Echinorhynchus , O. F. Muller) forment un groupe à part qui s’éloigne de tous les autres Helminthes par plusieurs caractères importants. On les désigne, comme ordre, par le nom d ’Acanthocéphalés.
Ils ont généralement le corps allongé, cylindroïde, comme celui des Nématoïdes, dont ils se rapprochent le plus par leurs caractères extérieurs, mais dont ils s’éloignent cependant par diverses autres particularités.
Ces Vers sont terminés en avant par une trompe mobile logée dans une gaine à la fois protractile et rétractile, couverte de plusieurs rangées de crochets souvent placés en quinconce ; ce qui leur a valu le nom qu’ils portent (2).
Ils n’ont pas de tube digestif.
Ils sont dioïques.
Les mâles sont plus petits que les femelles; ils montrent deux ou trois testicules dans l’intérieur du corps, et, à la partie postérieure, un appendice membraneux sous forme de vésicule ou de bourse pour servir à l’accouplement. Le pénis est simple.
Les femelles ont les ovaires libres , flottant dans l’intérieur du corps et qui produisent des œufs très petits à double ou triple enveloppe, elliptiques ou fusiformes, sans vésicules germinatives. Ces œufs llottent dans la cavité intérieure, comme les ovaires; ils sont saisis par l’extrémité d’un oviducte et évacués par la partie postérieure du corps.
Les embryons, du moins dans les espèces qu’on a étudiées, portent déjà plusieurs crochets à la tête avant leur éclosion ; une des plus remarquables sous ce rapport estl ’ Echinorhynchus strumosus, qui vit dans l’intestin du Phoque.
Nous avons trouvé de jeunes Échinorhynques enkystés qui avaient déjà la forme des adultes, et nous sommes très portés à croire que ces Vers se développent directement comme les Nématoïdes, tout en changeant d’hôte, comme eux, avec l’âge. Ainsi les jeunes Échinorhynques vivraient d’abord aux dépens d’ani-
(1) Iv. M. Dicsiug, Zwiilf Arien von Acanlhocephalcn (douze espèces d'Echinorhÿnques), iu Denlcschriflen K. A Ica d. (1er Wissenschaften . Wieu, 1856, t XI.
(2) Ey/vsç, crochet ; trompe,
AOAXTHOUErilALES.
maux différents de ceux qui leur servent de gîte définitif lorsqu'ils deviennent sexués.
Dans une très jeune Plie [Pleuronectes plntessa) nous avons trouvé une grande quantité d’Échinorhynques à tous les degrés de développement qui provenaient évidemment des petits Crustacés avalés par ces Poissons, et dont leur estomac était encore plein.
Ces Vers hantent les cinq classes de Vertébrés, et sont presque toujours, pour ne pas dire toujours, logés dans le tube digestif.
Si l’on tient compte des dernières observations de M. Meissner sur le développement des Gordius, les Échinorhynques sembleront beaucoup plus voisins des Nématoïdes qu’on ne l’avait cru jusqu’à présent (1).
Cet ordre ne comprend qu’une seule famille, les ÉCHINORHYN- CHIDES, et toutes ses espèces sont rapportées encore à un seul genre. On en connaît une centaine jusqu’à présent, et on n’en a pas observé sur les Poisson ssélaciens.
Il n’a pas encore été trouvé d’Échinorhynques sur l’homme.
Ecuinoruynque du cochon (E’cliinor/vjnc/ius gitjas). — A cause de sa grande taille ce Ver doit avoir été observé depuis fort longtemps, et il n’a pu avoir été confondu qu’avec les Ascarides dont il diffère cependant notablement, même à un examen superficiel.
Son corps est très allongé, cylindrique, blanc ou légèrement bleuâtre, un peu aminci en arrière, et ridé transversalement dans toute sa longueur. Sa trompe est presque globuleuse ; elle porte six rangées de crochets disposés en quinconce. Le mâle a le corps terminé par une bourse piriforme; la femelle a le corps arrondi.
Celle-ci a jusqu’à 0,n,3 et au delà de longueur; le mâle n’a que 80 à 100 millimètres. Le corps a de 8 à 10 millimètres d’épaisseur.
Ce Ver habite le canal intestinal du Sanglier et du Cochon. Natterer l’a observé dans le Pécari . M. Diesing le cite aussi dans la Hyène rayée.
Il a été trouvé assez communément en France, en Autriche et en Allemagne, fixé solidement aux parois de l’intestin, et quelquefois dans la cavité abdominale après avoir traversé les parois
(1) Peudaut l’impression de cette feuille, nous recevons le nouveau travail de M. Guido Wagener sur le développement et l’orgauisation de ces Vers : Beitràge sur Enlujickcl. d. Eingewcidewürmer, mémoire couronné pur la Société hollandaise des sciences à Harlem en 1855. ( Natmtrkund . Verhandelin. von de IJolland. Maatschappy der Welenschappen le Haarlem. 1 3e partie, Harlem, 1 857). Un résumé de ce travail, fait par l'auteur, se trouve dans le Zcil. f. tViss. Zoologie, t. IX.
VKKs.
Hi/i
du canal digestif. Cloquet, <jui a fait un travail spécial sur ce Ver, dit qu’on le trouve communément dans les Cochons tués aux abattoirs de Paris, surtout dans ceux qui viennent du Limousin. Le même Échinorhynque a été aussi observé en Hollande par M. van der Hoeven.
M. Blanchard a donné une figure de cette espèce dans le Hcgtià animal de Cuvier, Zoomiytes, pi. 35.
Échino&hyn que polymorphe ( Echinorhynchm polymorphus). — C’est Phipps qui , l’un des premiers , a parlé de ce Ver dans sou Voyage au pôle nord. Il l’avait observé sur l’Eider. Il a été retrouvé dans la plupart des Canards.
Le corps est rouge et varie considérablement de forme, puisqu’il y a des individus qui sont cylindriques et d’autres obovales; il est quelquefois séparé en plusieurs parties par des étranglements, ou même se termine postérieurement par une grande poche, de ma- I nière à éloigner par sa forme l’idée d’un Échinorhynque ; la peau I est tantôt régulièrement hérissée de pointes, tantôt hérissée seulement à son milieu ou en avant, et avec la partie postérieure nue et lisse, ou enfin elle est devenue lisse sur toute sa surface. La trompe porte jusqu’à huit rangées transversales de crochets qui disparaissent plus tard ; elle est oblongue ovale ou en forme de bulle. Le corps du mâle est terminé par une bourse copulatrice. '
Ces Vers atteignent de 20 à 25 millimètres de longueur.
On les trouve dans le canal intestinal du Canard domestique et de la plupart des Canards sauvages, ainsi que dans les Oies, les Cygnes, la Foulque, la Poule d’eau, les Plongeons et les Harles. Nous les avons observés plusieurs fois dans la Poule d’eau, en Belgique, au milieu de l’hiver.
Ce Ver est remarquable par sa belle couleur rouge.
L’Echinorhynque strumeux (Echinorhynchus strumosus) est uu beau Ver trouvé par Rudolphi dans les intestins du Phoca vitulim , à Greisfwald. M. Bellingham l’a observé sur le Phoca variegala, en Irlande ; d’autres l’ont vu encore dans les Phoca fœtida et gryphus (1 ) . i Nous l’avons trouvé en abondance dans le Phoca vitulina de nos côtes.
Il a servi de sujet de thèse à M. Burov en 1835.
Nous en faisons mention à cause de sa singulière conformation à l’état adulte et des crochets qui arment la tète des embryons avant leur éclosion. Lus œufs flottent au milieu du corps, dans une masse lactescente ou brunâtre, selon qu’on l’observe à la lumière réfléchie
(l) Sysl. helm., t. Il, p. 17 et 4S.
COTYLIDES. 1 65
ou directe, et qui est formée de spermatozoïdes. Les embryons, avant la ponte des œufs, portent deux forts crochets en avant, puis deux autres crochets beaucoup plus petits et plus délicats en arrière. Ils sont immobiles et ne ressemblent aucunement aux crochets des Cestoïdes.
Une des plus jolies espèces du même groupe est I’Ëchinorhynqüe protée ( Echinorhynchus proteus), qui vit en abondance dans les intestins de l’Éperlan ( Osmerus eperlanus).
Ce Ver est fort allongé, a le cou fin et eflilé, et porte à son extrémité céphalique un renflement assez considérable qui lui donne un aspect tout particulier. Il se fait également remarquer par sa couleur rouge.
Sous le nom d’ÉCHiNORHYN que lamellique [Echynorhynchus lamelliger), M. Diesing a décrit un Ver très remarquable, parasite des appendices pyloriques du Naucrates cluctor, et qui devra servir de type à une nouvelle division générique. Le corps est segmenté, et vers le milieu chaque segment porte sur ses flancs une lamelle à bords dentés comme une crête de coq (1).
CLASSE TROISIÈME
COTYLIDES.
Cette classe n’est pas sans offrir des caractères distinctifs assez importants. En effet, les Vers qu’elle renferme n’ont, jamais la forme allongée et arrondie des précédents : leur corps est toujours aplati comme une feuille ou comme un ruban; leur peau ne porte jamais ni soies ni cils; les sexes sont réunis, et toutes les espèces présentent des ventouses, les unes à l’état sexué, les autres à l’état agame (Scolex des Cestoïdes) ; ce qui nous a engagé à leur donner le nom de Cotylides.
Presque tous ces Vers vivent à l’état de parasites, mais depuis les Sangsues, qui se nourrissent passagèrement de sang, jusqu’à ceux qui ne peuvent vivre que dans certains organes ou même à leurs dépens, on trouve tous les intermédiaires. On peut cependant ajouter que dans cette classe d’animaux parasites par excellence, il y a encore des Vers terrestres, d’autres rtuviatiles et quelquesuns qui sont marins.
(1) Silzunçjsberfchte ci. K. Akad. d. TT/ss., t. XII, p. 681; avril, lS5i.
VERS
Ceux qui sont à la tète du groupe ont une organisation encore assez élevée, qui ne le cède même en rien aux plus parfaits des Annélides; mais l'état de dégradation de quelques parasites est tel qu’il ne leur reste plus absolument que la peau et les organes sexuels.
En effet, comme nous en avons vu des exemples dans les Crustacés C parasites, il y a aussi des Vers cotylidesqui ne sont pour ainsi dire , qu’un sac à œufs.
Cette classe se partage naturellement en quatre ordres :
1” Les Polypocles ou les Péripates;
2" Les Hirudinées ou fJdellaires, c’est-à-dire les Sangsues;
3° les Trématodes, comprenant les Polycotylés, ordinairement appelés Polystomes, et les Distomaires ou les Douves;
4° les Cestoïdes, dont les Hydatides ou Vers vésiculaires ne sont 1 que l’état agame.
Ordre des Poljpodcs d).
Animaux assez semblables extérieurement à des Myriapodes, 2 mais à anneaux moins consistants et à appendices pédiformes \ incomplètement articulés et représentant plutôt des mamelons terminés par un petit bouquet de soies que des pattes véritables; | tête assez distincte, pourvue de deux tentacules antenniformes etl d’une paire de stcmmates; bouche pourvue d’une paire de mâchoires cornées; organes génitaux mâles et femelles monoïques; 1 chaîne ganglionnaire nerveuse dédoublée.
Famille unique : les PÉRIPATIDÉS; g. unique: Péripate (Péri- : palus) . — Le genre très curieux auquel Guilding a donné ce nom dans son énumération des Mollusques propres aux îles Caraïbes i et dont il a fait une classe de Mollusques, n’a pas tardé à être I retiré d’avec ces derniers animaux pour être reporté parmi les J Vers. Toutefois on a beaucoup varié au sujet du rang qu’il doit occuper dans la série des Helminthes.
Dans la note citée précédemment, l’un de nous a émis, d’après , de Blainville, l’opinion que le Péripate formait une classe inter- j médiaire aux Myriapodes et aux vers Chétopodes ; mais depuis lors il est revenu à l’idée, aussi acceptée par MM. OErstedt, Milne Edwards etGrube,quo c’est, un genre d’Annélides (2), et plus
(1) Classe des Mollusca polypoda, Guilding, Zool. Jotirn. , 1826. — Classe des Enlomozoa malacopoda, Blaiuv. in P. Gcrv., Ann. d'anal, et de pliys., t. Il, p. 309; 1838. — Peripaleæ , OErsted, in Wïegmann's Archiv, t. I, 1 S44. — Onychophora, Grube (die famil. der Ânneltden).
(2; Voici en quels termes nous avons alors parlé des affinités du g. Péripate
IlIRUDINÉliS. 1(57
récemment M. Blanchard a aussi soutenu la même manière de voir (1).
Les Péripatos sont vivipares; on les trouve tantôt à terre, sur le sol humide ou sous les pierres, tantôt dans Peau. Ils ont été observés aux Antilles,, à la Guyane et au Chili, ainsi qu’à la montagne de la Table, au cap de Bonne-Espérance.
L’espèce de cette dernière localité est le Peripatus brevis (Blainv., in P. Gerv. ) .
Les Péripates sud-américains ont été distingués en trois espèces, sous les noms de P. iuliformis, Edwardsii et Blainvillii.
M. le professeur Lacordaire nous a dit avoir trouvé le Peripatus Edwardsii parasite sur les branchies d’un poisson du genre Loricaire qu’il avait retiré de la rivière Approuague, dans la Guyane française.
Ordre des ilirudinées.
Les Hirudinées ou Bdellaires, qui comprennent les Sangsues et autres Vers analogues, ainsi que les Malacobdelles, ont en général le sang rouge ; elles sont apodes, et, sauf dans une tribu, toujours
après avoir rappelé les observations anatomiques dont il avait été l’objet de la part de Blainville et de M. Edwards : « M. Straus supposait, lorsqu’il publia son beau travail sur l’ Anatomie comparée du Hanneton et des animaux articulés, que les Pollyxènes, insectes de la classe des Myriapodes, conduisent directement aux Annélides et particulièrement à celles que l’on nomme Léodices; il admettait aussi l'existence d’un genre inconnu, intermédiaire aux Myriapodes et aux Annélides, et qui devait les joindre plus intimement encore. On pourrait dire, en suivant cette manière de voir, que les Péripates fournissent ce genre prédit par la science, et, dans uu travail sur les Myriapodes, publié en 1837, nous avons déjà exposé cette opinion. Mais les passages d’un groupe à uu autre existent-ils partout où l'on en admet? Certainement non. Une étude plus approfondie des animaux démontre même que l’on doit être fort sobre de pareilles suppositions, et contrairement à l’opinion que nous avions alors adoptée, nous croyons aujourd’hui que les Myriapodes cl les Vers doivent être plus éloignés les uus des autres dans la méthode, et que les Péripates n’en sont pas le point de jonction, mais us groupe représentant les Myriapodes dans la série des Vers à laquelle ils appai tiennent... Les Péripates constituent donc un groupe de Vers tout à fait distinct, et ce groupe pourrait former à lui seul une classe dans le sous-type des Eutomozoaires vermiformes. L'opinion récemment émise par un autre anatomiste, que les Péripates sont de la même classe que les Malacobdelles, parce que celles-ci ont aussi le système nerveux bilatéral , ne nous parait pas susceptible d’être admise. » (P. Gerv., Dict. unie, d’hist. nat., art. PéniPATE.)
(1) Dans la partie zoologique de I ’Hist. du Chili, publiée par M. Cl. Gay.
VERS
abranches. Leur système ganglionnaire forme une chaîne unique ou médiane, sauf toutefois chez les Malacohdelles, dont les deux séries ganglionnaires restent disjointes comme chez les Péripates. Leur corps est annelé extérieurement, et il porte en arrière une grande ventouse circulaire à l’aide de laquelle ces animaux peuvent se fixer; les lèvres de leur bouche remplissent aussi, dans bien des cas, une fonction analogue.
Ils se nourrissent du sang des autres animaux. Quelques-unes de leurs espèces sont terrestres; d’autres sont marines; mais la plupart vivent dans les eaux douces. En général, elles se contentent du sang ; des Poissons, mais quelques-unes piquent avec avidité les Mammifères lorsqu’ils vont à l’eau pour boire et s’y baigner. On a utilisé I cette habitude en faisant de certaines Sangsues des animaux médicinaux dont on se sert pour les saignées locales.
Il n’y a qu’une seule famille dans cet ordre, celle des HIRUDINI- NES ou Bdellaires hirudinées, qui se partage d’ailleurs en plusieurs tribus.
Ces Annélides, et plus particulièrement celles que l’on emploie j en médecine, ont été l’objet de curieuses observations zoologiques, ainsi que d’études anatomiques et physiologiques très 1 nombreuses; beaucoup de mémoires et même divers ouvrages , étendus ont été publiés à cet égard (1).
(I) Nous citerons plus particulièrement les suivants, soit parce qu’ils ont le caractère monographique, soit parce que la synonymie et la classification des Hirudinées y ont été traitées avec plus de détail :
Johnson, A Treatise of the médicinal Leech. Londres, 1816. — Savigny, Famille des Hirudinées (dans son Syslème des Annélides, 1820). — Caréna, ilonogr. du g. IHrudo ( Mém . del r. Acad, del sc. di Torino, t. XXV, 1823. — Moquin-Tandon, Monogr. de la famille des Hirudinées, in— 1, 1826 thèses de la Faculté des sciences de Montpellier). — De Blainville, Essai d'une monographie de la famille des Hirudinées, in-8, 1827 (extrait du tome XLVIIi du Dictionnaire des sciences naturelles). Blainville ne fait pas mention dans son travail de la monographie de M. Moquin-Tandon qu’il n’a pas connue, et qui n’est en effet que très peu antérieure à la sienne. La thèse de M. Moquin a été soutenue devant la Faculté des sciences de Montpellier en décembre 1826. Les noms employés par M. Moquin sont au contraire mentionnés dans le grand article Vers de Blainville, qui est un système complet d’helminthologie pour l'année 1828.
— De Filippi, Mem. ingli Annelidi dette famiglia di Sanguisughc, iu-4. Milan, 1837. — Fr. Muller, de Hinulntibus circa Herolinum bucusque observatis dissert, sool., in-8. Berlin, 1814. — Moquin-Tandon, Monogr. de la famille des Hirudinées. Paris, 1846, in-8 avec allas. — Grube, Familie Hirudinacea (dans scs Familien der An-neliden, p. 106 et 148); 1830.
hirudinées. 169
On peut partager les Hfcudinidées ou les Bdellaires Hirudinées en cinq tribus distinctes :
1° Les / ’lranchiobdellins ou Hirudinées branchifères ;
2° Les Ichthyobdellins ou Hirudinées piscicoles, soit marines, soit lluviatiles, dont la bouche est entourée d’une ventouse presque aussi grande que celle de l’extrémité anale;
3" Les Gnathobdellins ou Hirudinées pourvues de mâchoires, et dont les Sangsues médicinales font partie : leur ventouse orale est rudimentaire et bilabiée ;
k° Les Glossobdellins ou Hirudinées siphoniennes, dont la bouche porte au lieu de mâchoires une petite trompe exsertile;
5° Les Microbdellins ou le g. Branchiobdella, Odier, non Blainv. [Microbdella, Blainv.).
L — La tribu des Branghiobdellins (Branchiobdellina) comprend quelques Hirudinées qui diffèrent des autres Annélides de cette famille par la présence de branchies distinctes placées sur les côtés du corps. Les espèces peu nombreuses qu’on y rapporte ont en outre une ventouse buccale circulaire et semblable à la ventouse anale, quoique plus petite. Il y en a de deux genres :
Celui des Orobranches (g. Orobranchus, Quatrefages) a pour type l' Hirudo branchiata décrite parMenzies (1).
C’est une espèce de l’océan Pacifique, qui vit sur les Tortues marines; elle a sept paires de branchies à trois branches.
Le g. des Branchiobdellions (Branchiobdellion) , qui porte aussi, comme la plupart de ceux de cette famille , plusieurs autres noms (2), a les branchies bien plus nombreuses et d’apparence foliacée.
On y signale deux espèces : B. torpedinis, Rudolphi in Savigny, et B. orbiniensis, Quatrefages; toutes deux parasites des Torpilles, et vivant sur leurs branchies.
La première paraît propre aux Torpilles de la Méditerranée, et la seconde à celles de nos côtes de l’Océan. Leurs caractères comparatifs n’ont pas été établis d'une manière définitive.
II. — La tribu des Ichthyobdellins (Ic/ithyobdellina) a deux ventouses circulaires, l’une buccale, l’autre anale, semblables à celles des Hirudinées précédentes, mais elle manque de branchies. Elle réunit aussi deux genres dont il serait peut-être plus convenable de faire deux tribus distinctes.
(1) Trans. of lhe Linn. Soc. London, t. I, p. 188, pl. 17, fig. 3.
(2) Brancliiobdellon, Rudolphi, cité par Savigny. — Polydora, Okcn, 1815; — Branchellion, Savigny; 1817. — Branchiobdella, Blainv.; 1817.
L'un tle ces genres, nonlftlé Pontobdei.i.k \Pontobdella) 11), n’a que des espèces marines dont le corps est fusiforme et toujours plus ou moins verruqueux. Les Pontobdelles ont huit yeux, sont assez grandes, vivent principalement du sang de Poissons, et ont déjà été observées dans plusieurs mers.
Rondelet connaissait une de celles qui se trouvent dans la Méditerranée, le P. muricuta, qui attaque surtout les Raies; il l’appelait Hirudo marina. Les autres ont été nommées P verrucata (de la Méditerranée et de l’Océan) ; P. areolata (d’origine inconnue) ; P. lœvis (de la mer de Gènes) ; P. vittata (du port de l’île Unalacha) ; P. indica (de la mer des Indes).
Le second genre (2), ou les Ichthyobdeli.es [Ichthyobdella), a les articulations peu évidentes, la peau lisse, la ventouse orale irrégulièrement quadrilatère et les yeux au nombre de quatre.
On connaît une espèce de ce genre autrefois nommée Hirudo geometra ou H. piscium, qui vit dans nos rivières européennes, où elle s’attache plus particulièrement au corps et aux branchies des Cyprins et de quelques autres Poissons. Elle est fort élégante; sa longueur varie entre 2 et 3 centimètres. Cette Sangsue marche à la manière des Chenilles arpenteuses. Dans certains cas, son abondance est telle que la respiration des Poissons en est gênée, et qu’ils ne tardent pas à périr.
Nous avons trouvé une seconde espèce, remarquable par ses couleurs, sur les branchies du Loup de mer [Anarrhicas lupus). C’est probablement Y Ichthyobdella sanguinea d’QErsted 3).
Une troisième espèce, Ichthyobdella hippoglossi, V. R., vit sur le Flétan ( Pleuronectes hippoglossus).
III. — La tribu des Gnathobdellins est formée d’espèces plus nombreuses, ayant davantage l’apparence des Sangsues ordinaires, qui doivent même être placées parmi elles. Leur sang est rouge comme celui des Hirudinidées qui précèdent, mais elles n’ont pas la ventouse orale circulaire ; leur ventouse anale est seule dans ce cas, celle de la partie antérieure du corps étant, au contraire, bilabiée; ce qui donne à leur bouche l’apparence d’un bec de flûte plutôt que celle d’une ventouse proprement dite, mais sans pourtant l’empêcher de remplir la fonction de suçoir. La bouche a d’ailleurs deux
(1) Pontobdella, Lcach; 1815; — Ébl, Okcn; 1815. — Albione, Saviguy ; 1817. — Plionnio, Goldfuss; 1820.
(2) Ihl, Oken; 1815. — Piscicola, Blainv., in Lamarek ; 1818. — llœmocharis,
avigny; 1820. — Ichthyobdella, Blainv.; 1827.
(3) Rdgion mar., p. 80.
MIIUDINÉES. 171
ou trois pièces dures beaucoup j)lus développées que celles des Uranchiobdellins ou des tchthyobdellins,et qui font l'office de mAchoires. Chez les Erpobdelles, ces espèces de mâchoires sont remplacées par de simples plis. LesHirudinidées de cette tribu pondent leurs œufs réunis dans des espèces de cocons, tandis que dans les deux tribus précédentes les œufs sont isolés.
Les Gnathobdellins, que l’on pourrait aussi nommer Hirudinidées ou Hirudinées proprement dites, constituent plusieurs genres dont nous parlerons, en ayant soin de rappeler les noms d’Iatrobdelles, Hippobdel/es, Pseudobclelles, Pnléobdellex , Géobdetles et Erpobdelles , par lesquels de Blainville a remplacé les dénominations génériques beaucoup plus difficiles à retenir que les auteurs leur avaient données. Nous aurons soin, toutefois, d’employer ces derniers lorsqu’ils seront les plus usités ou qu’ils ne prêteront pas à quelque confusion.
Genre Sangsue [Hirudo, partim L. ; latrobdella, Blainv.) (1). — Les espèces de ce genre ont le corps sensiblement déprimé ; elles prennent, en se contractant, la forme olivaire; leur tête n’est pas distincte, et l’on voit sur leurs premiers anneaux cinq paires de points oculaires ; leur bouche a trois grandes mâchoires demiovalaires, comprimées, disposées radiairement, et présentant sur leur face libre une rangée de nombreux denticules au moyen desquels les Sangsues entament la peau dans l’acte de la succion, et qui font plaie.
Ce sont des espèces lacustres. On les trouve, en effet, de préférence dans les mares, dans les étangs, dans les fossés remplis d’eau. Elles pondent dans la terre humide de gros cocons à surface spongieuse et tomenteuse. Ces Hirudinées sont les seules que l’on puisse employer en médecine.
Voici les noms et les caractères que les auteurs leur ont assignés; nous les emprunterons en partie à la Monographie des Hirudinées de M. Moquin-Tandon (2).
1. Sangsue médicinale ( Hirudo medicinalis, Linné, etc.). — Corps déprimé; dos généralement gris olivâtre, avec des bandes plus ou moins distinctes; bord olivâtre clair; bandes marginales du ventre droites.
Cette espèce fournit plusieurs variétés.
(1) Partie du g. Hirudo des anciens auteurs. — Sanguisaga, Savigny; 1817. latrobdella, de Blaiuv.; 1828.
(2) Nouvelle édition, Paris 1846, in-8 avec allas de 14 planches coloriées.
VERS
On la trouve naturellement en Europe et dans quelques parties de l’Afrique septentrionale. C’est la plus fréquemment employée, et celle dont on fait surtout l’exportation. On en a distingué à tort,
Sangsues médicinales.
Fig . 1 17. — A, Vue en dessus, et B, vue en dessous.
JL -R
Fig. 118. — Vue en dessus.
comme formant des espèces différentes, les flirudo officinahs, chl rogaster (1), provincial! s, etc.
Les variétés que les Sangsues de cette espèce constituent ont été énumérées avec soin par MM. Brandt, Moquin, Hbrard, etc. Les figures ci-après en représentent quelques-unes vues du côté du dos et du ventre; de simples tronçons sullisent pour les faire reconnaître.
(I) Brandt, Hfedisinischc 7.nol., t. II, pi. 28, fig. 1-2.
HIRUDINÉES.
On désigne quelquefois les principales variétés de Sangsues médici-
Fig.j119. — Variétés de la Sangsue médicinale.
I, Variété caténée; 2, v. lessellée; 3, v. à ventre maculé; -i, v.à ventre pointillé; 5, v. sériale; 6, v. provençale; vues en dessus ; 7, v. sériale; vues en dessous.
nalespar lesnoras de Sangsue verte, noire, rouge
2. Sangsue truite ( Hirudo troctina, Jonhson) (1). — Corps déprimé; dos généralement verdâtre, avec six rangées de petites taches plus ou moins séparées ; bords orangés ou rougeâtres; bandes marginales du ventre en zigzag.
Des sources et des ruisseaux de l’Algérie, ainsi que de toute la Barbarie. On la trouve souvent mêlée aux Sangsues du commerce que l’on emploie en Europe.
Cette Sangsue, dite dans le commerce Dragon d'Alger, est aussi bonne pour le service médical que la vraie Sangsue médicinale.
M. de Quatrefages a proposé de réglementer la pèche des Sangsues de l’Algérie pour en obtenir des résultats plus avantageux. Au Maroc, de semblables mesures paraissent avoir été prises depuis assez longtemps. L’exploitation de ces Annélides y a été monopolisée. L’idée de ce monopole est duc à M. Trennery, commerçant honorable établi depuis longtemps au Maroc.
Jaune, fauve ou grise.
Fig. 120. — Sangsue truite.
(t) La même que YHirudo intorrupla, Moquin-Tandon ; 1326.
VEllS.
On trouve surtout ces Sangsues clans les lacs du district du nordouest, appelé le Gharb. L’exploitation de celte branche de commerce remonte déjà à une trentaine d’années. Les Sangsues sont expédiées du Maroc à Gibraltar; de là des steamers les emportent en Angleterre, et elles passent ensuite dans l'Amérique du Sud et dans d’autres contrées éloignées.
En Angleterre, on paye sur les Sangsues un droit de douane qui s’élève à un peu moins de 3 fr. le mille.
3. Hiruclo verbana, Caréna. — Corps déprimé; dos vert sombre, avec six bandes plus ou moins interrompues ; bandes marginales j du ventre droites.
Ce n’est peüt-être qU’une variété de la Sangsue dite médicinale.
On la trouve en Italie, dans le lac Majeur, et, d’après Risso, aux environs de Nice.
U. Hirudo marginata, Risso. — Dos d’un vert olivâtre intense, ] avec des lignes de points noirs ; bords d’un rouge de safran vif.
Des environs de Nice.
Hirudo mysomelas, Henry, Serullas et Virey (1). — Corps très déprimé, d’un vert olivâtre très foncé, avec trois bandes plus ou moins distinctes, jaunâtres, bordées de noir.
Du Sénégal, particulièrement des lacs Mboroo et Nghier. Elle suce moitié moins de sang que la Sangsue médicinale. Cette espèce ' est en effet plus petite que la nôtre; on s’en sert néanmoins.
L’administration française achète ces Sangsues là fr. le mille, de nègres qui sont tenus, à cause de l’élévation de ce prix, de lui en fournir toute l’année et autant que l’exige le besoin de nos hôpitaux.
Le commerce en achète aussi, mais il les paye moins cher.
A Richarton, qui est situé à trente-cinq lieues dans l’intérieur, on avait autrefois établi auprès du fleuve des bassins à Sangsues ; ils ont été abandonnés.
5. Hirudo yranu/osa, Savigny. — Dos d’un vert brun, avec trois bandes plus obscures.
Habite l’Inde. Elle est employée par les médecins de Pondichéry.
Cette sahgsue est plus grosse (pie les nôtres; elle donne le plus ■ souvent lieu à des hémorrhagies qui sont d’abord assez inquié- l
(1) Dupuy (Acad, sc., 1850) a parlé d’uue Sangsue du Sénégal qui tire une quantité de sang égale au poids de son corps. Cette Sangsue a été envoyée à la Guadeloupe pour y être naturalisée.
HIHUDINÉES. 175
tantes, mais dont il ne résulte cependant pas d’accidents graves. M. Taupignon, de la marine française, a eu plusieurs fois à combattre ces hémorrhagies ; il a eu recours au nitrate d’argent, à la poudre de colophane, aux serres-fines et à la charpie hachée. Les accidents sont surtout fréquents chez les enfants.
C’est en grande partie l’Inde qui envoie des Sangsues à Bourbon et à Maurice. Le commerce en est laissé aux seconds capitaines des navires de commerce.
6. ffirudo parasitica , Say. — Corps assez déprimé; dos brun noirâtre, avec une bande jaune plus ou moins longue; bords tachetés de jaunâtre; ventre avec onze lignes longitudinales.
Des lacs de la région nord-ouest de l’Amérique septentrionale. On la trouve fixée au sternum de certaines Tortues, particulièrement de YEmys geographica.
7. Hirudo lateralis, Say. — Corps peu déprimé; dos livide, avec quelques points noirs écartés ; bords avec une bande rousse ; ventre plus foncé que le dos.
Des mêmes régions que la précédente, et particulièrement de celles qui sont situées entre les lacs Rainy et Supérieur.
8. Hirudo marmorata, Say. — Dos noir ou brun, avec des taches irrégulières, blanchâtres, ou légèrement colorées; bords, ventre sans taches ou maculé de noir.
Des régions nord-ouest de l’Amérique septentrionale, particulièrement entre les lacs Rainy et Supérieur.
9. Hirudo décora, Say. — Dos livide, avec une série de points rouges ; bords avec une série de points noirs; ventre l’oux, avec quelques taches noires.
Des régions nord-ouest de l’Amérique septentrionale, et partiticulièrement du lac Vermilion.
10. Hirudo sinica, Blainv.— Dos noir, sans bandes?; bords de la même couleur.
De la Chine, où elle est employée par les médecins européens. Elle est assez petite.
11. Hirudo japonica, Krusenstern. — Dos jaune, pointillé de brun, sans bandes?; bords de la même couleur.
Du Japon. On dit que, dans la contraction, elle est grosse comme un œuf de poule. Les Japonais ne s’en servent point.
12. Hirudo Zeylanica, Knox, 1693. — Dos noirâtre; bords de la même couleur.
De l’île de Ceylan, où on la trouve sur l’herbe dans les bois humides, surtout pendant la saison des pluies. Elle monte aux
jambes des gens qui voyagent pieds nus et les pique avec avidité (1).
A ces douze espèces déjà signalées par les auteurs, nous en ajouterons deux, dont une courte diagnose avait été communiquée à de Blainville par MM. Quoy et Gaimard, mais est restée jusqu’à ce jour inédite.
13. Hirudo amboinensis, Quoy et Gaim., msc. — D’un beau vert en dessus, avec un trait noir médio-dorsal interrompu; fauve orange en dessous, avec les bords noirs. Dimensions de notre Sangsue médicinale.
Vit à Àrnboine (îles Moluques).
(1) Le docteur Iloffmcister parle de ces sangsues qu'il a pu observer pendant son séjour à Kandy (île de Ceylan).
Vers le soir il s’était amusé à recueillir des insectes phosphorescents qui voltigeaient en quantité considérable autour de lui. En entrant ensuite dans une chambre éclairée, il s’aperçut qu’il y avait des stries de sang sur ses jambes, depuis le haut jusqu'en bas. C’était l'effet de la morsure des Sangsues. « Ces Sangsues, ajoute-t-il, me firent une pénible impression dont le souvenir me fut plus tard horrible. J’en trouvai par centaines sur mes jambes; elles avaient pénétré à travers mes habits, etjenepusm’en délivrer qu’avec du jus de citron... Du autre jour, à cinq heures du matin, nos chevaux étaient prêts, dit encore M. Hoffmeistcr; mes compagnons de voyage étaient réunis ; ils avaient la tète couverte d’un chapeau de toile, les genoux garnis et des souliers des A Ipes. Arrivés à peu près à 1500 pieds au-dessus du niveau de la mer, la montée devint difficile; nous dûmes envoyer les chevaux en avant et continuer l’ascension de pied ce qui fut fort désagréable, car les jambes des chevaux furent bientôt couvertes d’uuc quantité innombrable de sangsues terrestres {Landleaches). »
Le même observateur parle de millions de ces petites bêles qui couvrent les habits et pénètrent par les plus petites ouvertures pour tourmenter les voyageurs de la manière la plus épouvantable.
Les précautions les plus minutieuses sont impuissantes à protéger les pieds ou les jambes contre les sangsues de Ceylan, puisque ces vers sont souvent minces comme des épingles; ils pénètrent à travers les tissus ou rampent jusqu’au cou, et là ils sont encore plus incommodes.
Les guides, malgré leurs pieds nus, souffrent moins, parce qu’ils s'entendent fort bien à enlever les sangsues avec la main. { Voyage aux Indes du docteur Iloffmeister, pag. 85, 99, ili. — Voyez aussi : De la Gironnicrc, Aventures d'un gentilhomme breton aux tics Philippines (Voyage aux Aidas). — il est également fait mention des mêmes animaux dans le voyage de Tavcrnier.
M. Gay a trouvé au Chili une Sangsue qui a des habitudes analogues à celles des Sangsues de Ceylan dont il vient d'être questiou. Les caractères de ces Hirudiuées ne sont pas encore assez complètement connus pour que l’on puisse assurer qu’elles appartiennent réellement au genre des Sangsues médicinales.
JimuDiNÉEü. 177
14. Hirudo smaragdina, Quoy et Gaim., msc. — Une belle bande <1 un bleu émeraude entre deux bandes noires bordées de fauve, en dessus; le dessous marbré de brun et du bleuâtre.
Vit à Java.
MM. Quoy et Gaimard ont aussi trouvé à Manille une Sangsue qui parait appartenir au même genre que V Hirudo medicinalis.
Il y a encore des Hirudinées analogues à nos Sangsues médicinales, et susceptibles d’être employées comme elles dans plusieurs autres localités; 1 ilede Nossi-l!é est de ce nombre. Les Sangsues y sont petites, mais bonnes. On les pêche dans les marais, et au fur et à mesure des besoins de l’hôpital et des bâtiments de guerre;
Au contraire, un très grand nombre de localités manquent do ces utiles Annélides, et ceux qu’on y emploie sont apportés d’Europe. Le commerce ou les bâtiments de l’État en fournissent même à plusieurs des pays que nous avons cités comme ayant des Sangsues susceptibles d’être employées. C’est d’Angleterre et de Bordeaux qu’on exporte plus particulièrement les Sangsues pour les différents points du globe où les Européens se sont établis.
Hirudiculture. — L’aménagement des Sangsues, leur multiplication, ainsi que les moyens de les transporter, de les conserver et de les expédier au loin, ont été souvent discutés dans ces derniers temps, et l’on a fait sur ces différents points des remarques fort curieuses dont l’industrie a su tirer bon parti. On s’est aussi beaucoup occupé des moyens auxquels on peut avoir recours pour les faire servir plusieurs fois. Différents procédés ont été ajoutés à ceux que l’on emploie vulgairement, mais sans un succès plus évident. Nous nous bornerons à conseiller de ne point laisser périr ces animaux après qu’ils ont été employés. 11 est préférable, en effet, de les rejeter dans les étangs, où ils pourront servir à la multiplication de l’espèce, et sans doute aussi être repêchés après un certain temps et utilisés de nouveau.
On trouvera de nombreux et intéressants détails sur l’élève des Sangsues, ou Hirudiculture, et sur les autres industries auxquelles donnent lieu ces Annélides, dans les ouvrages de MM. Moquin- Tandon (1) Guibourt (2),Fermond (3),Vayson (4),Ébrard (5), dans les
(1) Monographie de la famille des Hirudinées, 2e édition. Paris, 1846; 1 vol. in-8, avec atlas de 14 planches coloriées.
(2) Histoire naturelle des drogues simples, t. IV, 4° édition. Paris, 1854,
(3) Monographie des sangsues médicinales, ln-8, Paris, 1884.
(4) Guide pratique des éleveurs de Sangsues. Paris, 1855, in-8.
(5) nouvelle Monographie des sangsues médicinales, lu-8, Paris, 1857.
VERS
rapports de M. Soubeiran à l’Académie impériale de médecine (1), etc. C’est un sujet fort intéressant, mais pour l’élude duquel nous renvoyons aux auteurs qui s’en sont occupés spécialement.
Des étangs à Sangsues ont été organisés avec succès dans le Bordelais et dans plusieurs autres parties de la France. On a aussi établi dans beaucoup d’hôpitaux des réservoirs où l’on conserve ces animaux, soit pour les faire dégorger, soit même pour les multiplier.
Les marais domestiques de M. Vayson remplissent toutes les conditions d’un excellent, appareil de transport et de conservation pour les Hirudinées, et M. Roche, pharmacien de la marine, attaché au port de Rochefort, a de son côté perfectionné les moyens dont on se sert pour leur conservation.
La grande majorité des Sangsues employées en médecine est fournie par V llirudo medicinalis , dont on a fait plusieurs espèces, et, en particulier, deux souvent citées dans les ouvrages sous les noms spécifiques de medicinalis et A’ officinalis ; mais ces espèces se réduisent à une seule. On tire surtout ces Annélides de la Hongrie, de la Sardaigne, de certaines parties de la Russie, de la Valachie, de la Turquie, de la Grèce, du Maroc, de l’Algérie (2), et même, à ce qu’il paraît, de l’Égypte. Plusieurs contrées , qui autrefois en fournissaient aussi en abondance , n’en produisent plus assez pour sullire aujourd’hui à leur propre consommation : tels sont l’Espagne, l’Italie , le Tyrol, la Bohème et la France. Nos départements les plus riches en Sangsues étaient ceux de l’Indre, du Loir-et-Cher, de la Vienne, des Deux -Sèvres, de la Vendée, d’Indre-et-Loire, de la Loire-Inférieure, de Maine-et- Loire, de la Haute-Marne, et quelques autres encore.
Il résulte de documents statistiques officiels, que de 1827 à 1836, on a importé en France, année moyenne, 3/» 200 000 Sangsues, évaluées 1 023 000 francs, et payant 37 510 francs de droits de douane. Les origines de ces Sangsues ont été, pour 1836 :
Autriche (Hongrie). 0,484,950 Grèce 2,133,100
Sardaigne 5,038,000 Alger 418,900
Suisse 2,418,350
Notre exportation ne s’élève guère qu’à 886 000 Sangsues, valant environ 26500 francs. Ces Sangsues sont principalement expédiées
(1) Bulletin de l'Académie de médecine, t. XIX, p. 196, 457, 506. Paris, 1856.
(2) Les Sangsues de l’Algérie et du Maroc appartiennent en grande partie à l'espèce que nous avons signalée plus haut sous les noms d’J/irudotroctina ou inlerrupta. M. de Quatrefages a comparé, sous le rapport de l’utilité médicale, la Sangsue de l’Europe occidentale et celle de l’Algérie (Compt. rend.hebd., t. LV,p.679; 1857).
HIRUDINÉES.
de France en Angleterre, en Espagne, aux États-Unis, au Brésil, à la Martinique, à la Guadeloupe, au Chili, au Pérou, etc. De 1836 à 1844, ces exportations ont été en diminuant ; l’importation a, au contraire, augmenté, sans doute à cause de la diminution de la production indigène, puisque, de 1847 à 1853, nous avons reçu chaque année de 7 000 000 à 12 000 000 de ces Annélides. Elles ont été principalement tirées de la Hongrie et de la Turquie.
Organisation des Sangsues. — Indépendamment des caractères généraux du groupe tels que nous les avons indiqués dans le résumé qui précède, les Sangsues médicinales présentent quelques autres particularités dont il est indispensable de dire aussi quelques mots. Ces particularités ne se retrouvent pas toutes dans les autres animaux du même ordre, ou bien elles ne s’y montrent pas au même degré.
C’est surtout par le nombre et la disposition des yeux, ainsi que par la moindre complication du tube digestif et des organes générateurs mâles, que les autres Hirudinées diffèrent principalement des Sangsues médicinales. Ces caractères anatomiques sont en rapports dans l’un et dans l’autre cas avec certaines différences dans la forme extérieure (1).
Les yeux des Sangsues médicinales sont au nombre de dix. Ainsi que nous l’avons déjà rappelé, ils reçoivent chacun un filet nerveux optique émanant directement du cerveau; ils ont d’ailleurs une disposition analogue à celle qui caractérise les points oculaires des véritables Annélides. Quoique l’on ait observé des capsules auditives chez plusieurs espèces de Vers chétopodes, on n’en a pas encore signalé dans les Sangsues non plus que dans les autres Hirudinées.
Les organes, appelés mâchoires, sont de consistance dure; ils n’ont qu’une seule série de denticules à leur bord libre, et sont mis en mouvement par des muscles qui vont rejoindre ceux du pharynx. C’est au moyen de ses trois mâchoires que la Sangsue entame la peau et qu’elle y fait cette petite plaie étoilée (fig. 127) dont la cicatrice est si caractéristique (2) .
(1) La plusgrandepartiedes figures, relativcsaux Sangsues, que nousdoanous sont empruntées au bel Atlas de la Monographie des Hirudinées de M. Moquin-Tandon .
(2) Il parait qu’il existe eu Amérique des sangsues susceptibles d'être employées en médecine qui, au lieu de mordre, agissent par simple succion. M.Craveri qui en parle dans les Bulletius de la Société zoologique d'acclimatation, a expérimenté le fait sur lui-même, et M. de Filippi a donné aux annélides qui présentent cette particularité le nom générique de Hœmcnlaria. Il distingue trois espèces de ces sangsues dont deux appartiennent au Mexique et la troisième ù la rivière des Amazones. La capacité de succion de ces hirudinées est, dit-on, considérable.
180 VERS
Les dilatations bilatérales du canal digestif, que 1 on appelle des estomacs, mais qui ont la forme d appendices cœcaux, vont en augmentant sensiblement de grandeur à mesure que bon s’éloigne de l’œsophage, d’ailleurs assez court, auprès duquel elles commencent (fig. 130).
Fig. 121. Fig. 122. Fig. 123. F'C. 12*.
Yeux, bouche et ventouses de la Sangsue médicinale. — 121. Parlic céphalique montrant les yeux. — 122. Fond de la ventouse antérieure pour montrer l’ouverture triOdc de la bouche. — 123. La bouche ouverte et les trois mâchoires en place. — 124. Coupe longitudinale d’une mâchoire très grossie pour montrer les dcnticulcs en scie de son bord libre. 12o. V cntouse buccale lorsqu’elle est appliquée contre une surface lisse. — 126. Autre forme d? la ventouse buccale.— 127. Plaie étoilée faite par la Sangsue. — 128. Muscles de la ventouse anale et de la partie postérieure du corps (*).
On en distingue onze paires, dont les deux premières sont presque confondues ensemble. La dernière, qui est la plus grande de toutes, n’est pas simplement transversale comme les autres; elle s’étend, en outre, longitudinalement d’avant en arrière, et fournit ainsi deux grands lobes qui descendent parallèlement a 1 intestin proprement dit.
Ce dernier n’a pas tout it fait en longueur le tiers du tube digestif mesuré dans son entier; il s’étend de l’origine de ces deux grands cæcums à l’orifice anal (1).
(*) b. Muscles entrecroises du corps, c. Muscles longitudinaux. H. Quelques muscles longitudinaux épanouis dans la ventouse uualc au milieu des muscles circulaires.
(1) Les lobes stomacaux manquent à quelques hirudiuées ; d'autres n'eu ont que des rudiments.
IllllUBTNÈES.
C’est dans les po-
Fig. 129 (*).
Fig. 130 (**).
elles stomacales que s'amasse le sang à mesure que les Sangsues le pompent. La digestion est] fort longue. Plus les Sangsues sont fortes, plus est considérable la quantité, non pas seulement absolue, mais relative, du sang qu’elles peuvent sucer. Ainsi les petites , dites aussi filets , en prennent deux fois et
demie leur poids; les petites moyennes, quatre fois ; les
grosses moyennes, cinq fois et demie; et les grosses, ou sangsues vaches, cinq Mis un onzième. La
quantité moyenne de sang tirée par une grosse Sangsue est de 15 ou 16 grammes. Tl importe donc de signaler , dans la prescription des Sangsues, si ces Annélides doivent être employées petites , moyennes ou gros-
v motion ci u tu sensimm
portent îles masses ganglio Daires; /.œsophage ; k K k k, les <1 il» lu t ions en cæcums de l'estomac ; ni, le dernier de ccs compartiments;/^ p, l’intestin visible, ainsi que l’estomac, au-dessus de la chaîne nerveuse ; q, rectum ; r r ! .* P®c^es *1® la mucosité ; s, bourse de la verge ; a*, fourreau de la verge i; z, la verge; t, I epididyme droit; A A A, cordons spermatiques droit et gauche; B B B, testicules; D, matrice ; E Ë, ovaires ; tv, vulve.
(*) Anatomie de la Sangsue médicinale. L’animal ost vu pars» face ventrale et ouvert :
a et h% ventouse buccale ; b, premier lenilemcnl ganglionnaire de la chaîne nerveuse sous-intestinale; e e e , la suite des ganglions de la meme chaîne ; d , le dernier ganglion de relie (haine ou ganglion anal \ JJj, les lilels de joucliou des ganglions composant la chaîne nerveuse ; g g g, nerfs servant à lu locomotion et à lu sensibilité', qui
(**) Le tube digestif de la Sangsue\mddicinale : a, b b b b, l’estomac cl ses poches latérales eu forme de commis ; d c , les deux grands cæcums qui longent l’intestin ; e e, l'intestin ; J , le rectum ou partie terminale de l’intestin.
182 VERS
SOS, et, pour plus de certitude, on a quelquefois proposé de les peser au lieu de les compter.
Les Sangsues ont des glandes salivaires.
Leur foie est formé de petites poches ayant une apparence villousq,
Le sang de ces animaux est. rouge ; les globules de couleur pâle qu’il renferme sont grumeux et très petits. M. Valentin leur donne environ Q,00â de millimètre.
Le système circulatoire est assez compliqué. On peut y distinguer principalement un vaisseau ventral ou abdominal, un vaisseau dorsal et des vaisseaux latéraux. Ces quatre gros vaisseaux communiquent entre eux par des rameaux accessoires; ils ont un mouvement propre de contraction,
La respiration des Sangsues est purement cutanée, et l'on ne connaît, chez ces animaux, ni branchies ni organes que l’on puisse comparer à des poumons.
Chaque individu porte toujours les deux sexes.
Les organes mâles consistent en : 1° une verge qui sort à la face ventrale, entre le vingt-quatrième et 1^ vingt-cinquième anneau; 2° une bourse de la verge renfermant une glande comparable à une prostate ; 3° un fourreau de la verge ; k° deux épididymes ou vésicules séminales situés, l’un à droite et l’autre à gauche de la bourse; 5° deux canaux déférents ou cordons spermatiques étendus le long delà partie moyenne du corps; 6° neuf paires de glandes spermatiques ou testicules placés de distance en distance entre les ganglions nerveux et les cordons testiculaires avec lesquels ces
gesticules copmiuniquent par un canal assez court se dirigeant perpendiculairement sur eps derniers.
Les organes femelles sont beaucoup moins étendus; ils s’ouvrent également sous la ligne médio-inférieure, mais entre le vingt-neuvième et le trentième anneau.
On y distingue : 1° Leur orifice ou la vulve; 2° la matrice, qui en est la continuation dilatée; 3° un oviducte assez court, étroit et sinueux, qui est dirigé en avant et divisé en deux à son extrémité libre, ce qui représente U° les ovaires, qui sont de forme ovale.
Les sangsues sont donc des Vers monoïques; leurs organes de
(*) Les deux or ifices génitaux de In Sangsue: n, l’orifice de la verge ; b , la verge ; r, l'orifice vulvaire.
FlG.pl 31 (*).
I1IRUDIXÉES.
reproduction sont faciles à observer sur la partie inférieure du corps. Celui du sexe mâle est placé en avant de celui qui remplit la fonction de vulve.
Quoique pourvues des deux sexes, les Sangsues ont besoin de s’accoupler pour devenir fécondes.
Ces animaux pondent leurs œufs enfermés dans des cocons
ovalaires, assez gros et dont la surface extérieure est veloutée ou même villeuse. Ces cocons donnent plusieurs Sangsues chacun. On voit des cocons qui n’en renferment que trois et d’autres où il y en a jusqu’à trente et trente-deux. Les jeunes des Sangsues, de même que ceux des autres Hirudinées, ne subissent pas de métamorphose; on les désigne par le nom de fdels.
On nomme anses mucipares ou glandes muqueuses des tubes veineux, dilatés à leur extrémité libre, qui s’ouvrent à la face inférieure du corps chez les mêmes animaux, sur les parties latérales, et au nombre de dix-sept paires; ils sécrètent une humeur abondante, incolore, un peu moins visqueuse que celle des cryptes de la peau.
D’autres poches, dites poches de la mucosité, sont des sacs membraneux ovalaires placés un peu au-dessous des anses mucipares; on les a prises quelquefois pour des sacs pulmonaires.
Genre Hémopis ( Hœmopis ) (1) . Les trois mâchoires sont moins fortes et moins comprimées que dans les Sangsues proprement dites, et elles ont les cleqUcules moins nombreux et plus pointus, ce qui ne permet pas aux Hémopis d’entamer la peau avec autant de facilité que le font les Sangsues véritables. Leurs cocons sont aussi ovoïdes, mais plus petits et plus courts, et le tissu qui les recouvre est plus lâche et moins régulier.
(*) Cocons renfermant lc3 œufs tic lu Sangsue: A, cocon un peu grossi ; sa partie supéricnrc a etc' dépouillée de la couche villeuse; B, cocon entier et de grandeur naturelle; C. section longitudinale du môme; D, section transversale.
Fig. 132 (*).
(1) Hœmopis, Savigny ; 1817. — Hippobdella , Blainv.; 1827.
1 8/| VERS
Fig. 1 33. — Hémopis sanguisugue. Fig. 1 3i. — Hœmopis sanguisugue (*).
Telle est ITIémopis sanguisugue (. Hœmopis sanguisuga ou H. vorax ), qui a le dos roussâtre ou olivâtre, avec six rangées de petites taches
Fig. 135 (**). Fig. 136 (**). Fig. 137(**).
(*) Tube digestif de Y Hœmopis sanguisuga. — b c, œsophage; c d , premier compartiment stomacal ; d e e, second compartiment; f g g troisième, quatrième..., dixième compartiments; k k k onzième et dernier compartiment ; i k, ik scs deux grandes poches en foi me de cæcums , m, son entonnoir; no, intestin; o p, rectum ou cloaque.
(*’) IIdnxopis sanguisugue.— 155. Les anneaux céphaliques montrant les yeux. — 136. A, une mâchoire; très grossie ; B, quatre de ses denliculcs ; encore plus grossies, — 137. Cocon.
HinUDINÉES. 18.')
noirâtres; les bords orangés ou jaunâtres et le ventre noirâtre, par conséquent plus foncé que le dos (fig. 133 à 137).
Elle habite les eaux vives de l’Europe et du nord de l’Afrique.
C’est la véritable Hirudo sanguisuga de Linné, et c’est à elle qu’on a surtout reconnu l’habitude de se fixer aux jambes des bestiaux, ou même dans leurs narines et dans leur bouche. Elle attaque parfois l’espèce humaine. Ainsi l’un de nous a fait connaître autrefois à la Société des sciences naturelles le fait observé par M. le docteur Cuyon d’une de ces annélides qui fut retirée du pharynx d’une jeune fille en Algérie. Les soldats français ont eu souvent à souffrir de cette hirudinée pendant les campagnes d’Égypte, d’Espagne et d’Algérie. Elle attaque aussi la muqueuse des animaux domestiques.
Larrey, et plus récemment M. Guyon, ont publié des documents qui ne laissent aucun doute à cet égard.
Les chevaux abattus à Alger pendant les deux mois durant lesquels M. Guyon a fait ses observations, avaient des Hæmopis sanguisuga, soit dans les narines, soit dans la bouche, soit dans l’arrièrebouche ou dans le larynx, soit encore dans la trachée-artère, ou même dans toutes ces parties à 1a fois. Un bœuf, outre une douzaine d’Hémopis de l’espèce dont nous parlons, et qui étaient insérées sur divers points de sa bouche et de son arrière-bouche, en avait quinze autres réparties ainsi qu’il suit :
1° Cinq sur les bords extérieurs ou antérieurs de l’épiglotte;
2° Quatre dans les ventricules du larynx ;
3° Six à la partie antérieure du quatrième ou cinquième anneau cartilagineux de la trachée-artère.
Douze heures après la mort de cet animal, les Annélides ne s’en étaient pas encore détachées, et elles y adhéraient même fortement. C’était par leur disque seulement, disque qui, comme on sait, est très large dans les Hæmopis sanguisuga, qu’elles tenaient aux parties; elles pouvaient alors promener librement leur tête sur les nombreuses piqûres qui existaient dans le voisinage, et sucer le sang qui en suintait. Elles cherchaient même encore à en pratiquer de nouvelles. La plupart ont été transportées sur d’autres animaux, entre autres sur des Lapins et des Poules; elles y ont pris immédiatement avec une grande voracité.
L ’ Hæmopis sanguisuga est très répandu dans toute l’Algérie. Parmi les Biskris qui sont à Alger, il en est bon nombre qui en ont été atteints dans leur pays. On l’observe aussi, d’après leurs rapports, sur le Dromadaire et sur quelques autres quadrupèdes.
C’est peut-être au genre Hémopis qu’il faut rapporter Y Hirudo
VERS
ardeœ trouvée par M. Guyon sous les paupières et dans les fosses | nasales d’un héron crabier delà Martinique Ardea virescens, L. , ainsi que les Jlinido unicolor et martinicensis, aussi des Antilles; I
Fig. 138 à 143.- Fig. 138.
Fig. 139.
Aulaslome vorace.
Fig. HO.
F io. 142.
mais il faudrait, pour pouvoir l’affirmer, que ces 1 espèces fussent moins incomplètement, connues. Il V/ n’est pas impossible en effet, pour ne pas dire plus, que la prétendue Sangsue du Héron ne soit un Monosfome, vivant sur le Héron, comme le Monostomc variable yit dans les fosses nasales de plusieurs de nos oiseaux aquatiques.
Fig. 141.
Fig. 143 (*).
(*) Aulaslome vorace : Fig. IôS. Deux individu s de cet le espèce (f'oy. p 1 S7). — 1 SO . Partie céphalique montrant les yeux. — 140. Bouche ouverte ainsi que le commencement de 1 œsophage, a porlion «le In ventouse buccale ; les trois mâchoires; eee, plis œsophagiens places en arrière
des mâchoires a ff — 14t. Une des mâchoires; grossie pour montrer les (lenticules. — 142. n, la houche ; b r, l'œsophage; c l’estomac; i c e, deux cæcums de 1 estomac qui répondent aux grands cæcums terminaux des sangsues médicinales (fig. 1-1, lettres c); g h, f g A, l’intestin rectum.— 143. Un des cocons à œufs.
HÏRUfelNÉES. 187
Genre Bdelle ( Bdella ) (1) caractérisé par l’absence des denticules au bord libre des mâchoires, qui sont grandes, ovales et subcarénées, et par la présence de huit yeux.
On ne connaît qu’une espèce, la IIdei.le du Nil ( Bdella nilotica), des eaux douces de l’Égypte.
Genre Aulastome ( Aulastoma ) (2). La bouche a encore trois mâchoires pareilles à celles des genres précédents, et qui ont même des denticules à leur bord libre, mais ces denticules sont très peu nombreux. Les yeux sont au nombre de dix.
La seule espèce qu’on en connaisse est I’Aulastome vorace [Aulastoma gulo), qui répond aux Hirudo gulo et vorax des auteurs. On l’a souvent confondue avec l’Hæmopis, et aux environs de Paris, où elle est commune, on lui donne parfois le nom de Sangsue de cheval. Elle se rencontre aussi auprès de Toulouse et dans les Pyrénées (fig. 138 à 1 A3) .
Genre Trociiète ( Trocheta ) (3). Mâchoires au nombre de trois, comme chez les précédentes, mais fort petites, demi-ovales, très comprimées, tranchantes et sans denticules. Yeux au nombre de huit.
L’unique espèce est la Trochète verdâtre ( Trocheta subviridis ou Geobdella Trochetiï) de France et d’Algérie, qui vit dans les lieux humides et dans les canaux souterrains; elle sort de l’eau pour poursuivre les lombrics et s’en nourrir (fig. 1 A A à 1A6, p. 188).
Genre Nehielis ( Nephelis ) (6). Les Néphélis ou Erpobdelles, qui terminent la troisième tribu des Hirudinées, ont la bouche grande, mais sans mâchoires bien distinctes. Ces organes sont réduits à trois plis œsophagiens. Les yeux sont au nombre de huit.
Ces sangsues n’attaquent point habituellement les animaux supérieurs 4ui vivent dans l’eau. Elles ne se contractent pas non plus en olives à la manière des véritables Gnathobdellins, dont elles constituent une dégradation évidente. Leurs œufs participent à cet état d’infériorité; ils sont réunis dans des coques à parois minces et lisses. On trouve abondamment les Néphélis dans la plupart des eaux douces, soit courantes, soit stagnantes. La seule espèce qu’on ait pu jusqu’ici caractériser d’une manière certaine, est la
Nédhélis octoculée ( Nephelis octoculata; Hirudo octoculata de
(1) Bdella, Savigny; 1817. — Limitâtes, Moquiu-Tandon ; 1826. — Palœobdella, Blainv. ; 1828.
(2) Aulastoma, Moquin-Tandon. — Pseudobdella, Blainv.
(3) Trocheta, Dutrochet; 1817.— Geobdella, Blainv. ; 1827.
(4) IJelluo, Oken; 1815. — Nephelis, Savigny; 1817. — Erpobdella, Blainv. in Bamarck; 1818.
VERS