‹ Zoologie médicaleChapitre 28 sur 61 · PLANA IU ÉS · texte numérisé non relu

PLANA IU ÉS

l'organisation. Leur taille est très inférieure à celle des Némcr-

tidés.

C’est dans ce sous-ordre des Ârynchins que le curieux Dinophilus vorticoidcs trouve sa place. On le rencontre partout sur le littoral de la mer du Nord, particulièrement sur les algues. Il est facile à reconnaître par sa couleur jaune orange. Il nage avec une assez l grande rapidité. On peut en prendre des centaines en quelques I coups de filet. C’est une petite boule, à surface ciliée, quand il est contracté. 11 s’allonge de quatre à cinq fois sa largeur quand il veut nager; son corps est effilé en arrière (1).

C’est encore ici qu’il faut probablement classer un autre groupe très remarquable, celui des Microstomes ( Microstoina ), qui, d’après M. Schultze, sont dioïques. Leur canal digestif est complet. Leur peau porte des organes urticaires. Outre la reproduction sexuelle, il y a chez eux une reproduction agamc, même chez les individus sexués. M. Schultze a même vu l’animal antérieur d’une même série avoir des organes mâles, et le postérieur des organes femelles (2).

Ordre des IManariés.

Les Planaires sont des animaux mous, il corps en forme de disque aplati, plus ou moins ovalaire, ciliés, et dont les tissus sont remarquables, comme dans les véritables Xémertes, par leur diffluence. Leur canal intestinal n’a qu’un seul orifice, qui est inférieur, et il est lui-même simple ou ramifié, ce qui a fait distinguer les Planaires en deux sous-ordres, les Iihabdocélés et les Dendrocélés. Il n’existe point chez elles d’organes spéciaux pour la respiration ni pour la circulation ; mais on leur reconnaît un appareil excréteur qui a été quelquefois considéré comme aquifère, encore qu’il paraisse servir à l’urination. Les organes mâles et les organes femelles sont réunis sur le même individu, mais bien distincts l’un de l’autre jusqu’au près de leur orifice ; quelquefois même chacun d’eux a son ouverture à part, et l’orifice mâle se voit alors en avant de celui qui conduit aux oviductes. Quoique monoïques, les Planaires ont besoin de s’accoupler; quelques-unes paraissent vivipares; on a constaté chez d’autres la ponte des œufs, et il en est chez lesquelles la division de chacun des vitellus donne naissance à plusieurs indi—

(1) O. Schmidt, iVeuc lieitriige zur Nalurg. der Würmer, Icna, 1818. — Van Bcncdcn, llullet. Acad. roy. de llclgique, 1851, l. XV11I.

(.2) Ueberdie Microstomeen (IViegmann's Archiv, 1840, p. 280).

VERS

2ÔÜ

vidus. La scissiparité des Planaires est aussi un fait avéré, et il y aun genre de ces animaux qui est alors inultiarticulé, à la manière des Ccstoïdes : c’est le genre Caténule de Dugès, dont Linné regardait l'espèce type comme un Ténia aquatique.

Le système nerveux de ces animaux se compose d’un cerveau sus-œsophagien et d’une paire de nerfs latéraux, sur le trajet desquels on voit quelquefois des ganglions rudimentaires. Ce caractère les rattache aux Annélides, et plus particulièrement aux Cotylides de l’ordre des Trématodes, ainsi qu’aux MalacobdelLes.

Les yeux des Planaires sont quelquefois stemmatiformes et pourvus d’un véritable cristallin; d’autres fois ce sont de simples taches pigmentaires plus ou moins nombreuses.

Cet ordre se divise en deux sous-ordres, qui sont ceux des Uendrocélés et des Ilkabdocélés.

Sous-ordre des Dendrocélés.

Ce sont les Planariés qui ont le tube digestif ramifié. Leurs orifices sexuels sont réunis; leurs œufs sont peu nombreux et pourvus d’enveloppes; ils ont le développement direct. Ces Vers sont terrestres, tluviatilcs, marins ou même parasites.

La famille des GÉOPLANIDÉS a le corps déprimé, long: la tête non distincte, deux ou plusieurs taches oculaires; la bouche non terminale; l’œsophage protractile et l’orifice sexuel situé derrière la bouche.

On en a observé depuis longtemps en Europe; mais c’est M. Charles Darwin qui, le premier, a bien fait connaître ces Planaires terrestres , d’après des individus recueillis dans les forêts vierges de l’Amérique du Sud (1).

Genre Geoi'lana [Geoplana, P. Gerv.).— Max Schultze fait mention de vingt-six espèces de ce genre, dont une seule Planaria terrestris, O. F. Muller) est européenne (2). Nous l’avons retrouvée aux environs de Paris et de Montpellier.

Dans la famille des TYPHLOLEPTIDÉS, M. \Y. Stimpson mentionne deux Vers parasites (3), le Cryptocœlum opacum, du port de Hong-kong, qui vit dans l’Échinarachnie, sorte d’Oursin, et le

(1) Annals and Mag. of n al. Hist., vol. XIV, 1S44.

(2) D. M. Schultze, Bcilràge zur Kentn. der Landplanarien . Halle, 1857.

(3) Prodromus dcscripl. animal, evertebr. guœ in oxped. ad océan. Pacif. septenlri. observ. cl descrips. IF. Simpson, pari. I (Procccd. of the Acad. ofSal. sc. of Philad., février 1857).

PLANAMES. 291

Jÿpfilocolax acwni notas, qui est parasite d’une espèce d 'Holothurie du genre Chirodote, propre au détroit de Beering.

La famille des PLAXARIDÉS renferme, entre autres genres, celui des Planaires ordinaires ( Planarin ), dont il y a des espèces dans nos eaux douces.

Les Planaria lactea et fusca (genre Dexdrockeixm), de la famille des Planaridés, sont les plus communes parmi celles de nos contrées.

Les Crïptocélés ont le tube digestif ramifié, comme les autres espèces de ce sous-ordre, mais leurs orifices sexuels sont séparés; les miifs sont nombreux, à enveloppes simples. C’est chez eux qu’on a observé des métamorphoses. Ils sont surtout maritimes.

C’est à cette division qu’appartient cette belle larve, pourvue de deux paires d’appendices ciliés, que M. .1. Millier a pêchée, et à laquelle il a donné le nom de Stylockus horteus.

Les Phenicurus ou Vertumnm. qui vivent sur les Téthys, sortes de grands Mollusques nudibranches de la Méditerranée, ont aussi été classés parmi les Planaires : ce sont de singuliers corps, dont la nature est encore problématique aux yeux de plusieurs naturalistes et dont il nous a été impossible de nous faire une idée exacte, quoique nous les ayons étudiés vivants ; l’espèce en a été nommée Vertumnus tethydicola par Otto.

Sous-ordre des Hhabdocélés,

Les Hhabdocélés ont le tube digestif simple, non ramifié; leurs espèces sont en général très petites, et elles vivent dans l’eau saumâtre ou dans les eaux douces et stagnantes. O. Schmidt et M. Schultze se sont surtout occupés de ces Vers.

Dans la famille des MÉSOSTOMIDÉS, se trouve une espèce d’eau douce bien remarquable par sa forme et par sa taille, et qui est répandue dans les marais d’une grande partie de l’Europe: c’est 1e Planaria {Mesostomum) Ehrenbergii, sur lequel on a déjà tant écrit. La dernière notice que nous connaissions à son égard est celle de M. Leuckart (1).

, Nous avons trouvé une jolie Planaire, couverte de petites taches de pigment rouge , sur le corps d’un Merlan qu’on venait de pécher; mais nous n’oserions affirmer qu’elle vive réellement en parasite sur ce poisson.

(1) Troschel’s Archiv fur Nuturgeschichle, 1852.

Le g. Caténule ( Catenula ) doit être mentionné ici. Il a pour type la petite espèce que Dugès comparait, comme l’avait fait Linné, à un Ténia, et qui n’est qu’une Planariée à génération alternante. Nous l’avons observée une fois dans les baquets du Jardin des plantes de Montpellier. Le docteur Leydig Ta retrouvée dans une mare, sur les bords du Main, et il a constaté comme nous l'exactitude de la figure et des descriptions de Dugès. Il en a vu en grande quantité. C’est une Turbellariée qui se propage par division, et ce que Dugès appelle segments, M. Leydig le compare avec raison aux articulations des Cestoïdes, c’est-à-dire à des proglottis. Chaque individu produit ainsi une chaîne de deux ii huit Vers.

Dans chaque segment il existe une partie renflée, sous forme de tête, qui porte les organes de sens, et une partie postérieure, renfermant le tube digestif. En outre, le premier segment seul présente une autre partie elliléc, correspondant à la terminaison céphalique de toute la chaîne (1). <

Nous rapportons également à cette division de la classe des Turbellariés les singuliers parasites que M. Kôlliker a appelés Dictjema (2), et qui vivent sur les reins des Céphalopodes.

SUR LES ENTOZOAIRES OU VERS PARASITES, ET TLUS PARTICULIÈREMENT SUR CEUX DE L’HOMME ET DES ANIMAUX DOMESTIQUES.

La nature conserve les espèces au détriment des individus; elle nourrit de végétaux un grand nombre d’animaux, et les livre ensuite à la dent des Carnivores. La vie ne s’entretient le plus souvent que par la destruction de ce qui est vivant. Le parasitisme, si redoutable qu’il nous paraisse , est donc Tune des conditions les moins dures auxquelles les corps vivants aient été assujettis, puisqu’il a pour condition que le sujet sur lequel s’alimente chaque être parasite vive pour assurer l’existence de ce dernier. Et Ton peut ajouter que , dans beaucoup de cas, les parasites s’attaquent moins à l’organisme des individus qu’ils infestent qu’aux produits surabondants de cet organisme. D’ailleurs, le nombre des espèces parasites est si grand, celui des individus qu’elles produisent souvent si extraordinaire, et celui des animaux qui en sont attaqués si

(1) Muller's Archiv, ISM, liv. lit, p. 286. pl. II.

(2) Guido Wageacr, Muller’s Archiv, 1857, p. 354.

SUR LES ENTOZOAIRES.

considérable, que l’on doit regarder le parasitisme plutôt comme la condition normale de beaucoup d’espèces, soit animales, soit végétales, que comme un état pathologique accidentel qui serait particulier aux individus qui en souffrent. Il est dans la nature que beaucoup d’espèces vivent ainsi aux dépens les unes des autres; c’est ce qui ressortira des observations dont est composé ce chapitre. Nous y passerons successivement en revue la comparaison des parasites épizoaires et entozoaires, l’indication des classes auxquelles ces parasites appartiennent, les opinions qu’on a successivement émises sur le mode d’apparition de ces animaux dans les organes ou à la surface du corps, les objections que l’état actuel de la science permet d’opposer à la théorie erronée de la génération spontanée, la discussion des arguments réunis en faveur de celte théorie par Bremser, les conditions diverses du séjour des entozoaires, et quelques propriétés singulières de ces animaux qui facilitent leur propagation.

Nous donnerons ensuite la liste des Entozoaires qui sont parasites de l’Homme ainsi que de ses principaux animaux domestiques, et nous terminerons par quelques détails sur les médicaments anthelminthiques ou vermifuges, ainsi que sur les corps de diverses sortes qu’on a décrits à tort comme étant des Vers intestinaux : ceux-ci forment la catégorie dite des pseudelminthes.

Épizoaires et Entozoaires. — La présence des parasites dans les organes ou à la superficie du corps a été constatée dans des animaux de toutes les classes, et les rapports que ces animaux ont entre eux, soit par leur alimentation, soit par les autres conditions de leur vie, sont un des principaux moyens de la propagation des parasites. Les harmonies biologiques sont ici très manifestes, et chaque sorte de parasites est soumise , dans son organisation ainsi que dans son genre de vie, à des conditions qui sont elles-mêmes en rapport avec la manière d’être des espèces qu’elle doit envahir.

On nomme Épizoaires les animaux parasites qui se tiennent sur la surface extérieure des autres animaux, et Entozoaires ceux qui vivent plus profondément dans leurs organes creux ou qui envahissent même leurs parenchymes.

Cette distinction, dès longtemps établie, est bonne a quelques égards , puisqu’elle est en rapport avec certaines particularités des espèces les plus ordinaires. On sait en effet que les Pédiculidés, les Sarcoptes et beaucoup d’autres encore sont des Épizoaires ou des Ectoparasites , tandis que les Ténias , les Asca-

REMARQUES GÉNÉRÂTES

vides, etc., sont des Entozoaires ou des Entopavasites. Mais les particularités auxquelles elle fait allusion ne sont souvent que. temporaires, puisque les espèces, soit ectoparasites, soit entopavasites, ou, pour employer des dénominations plus anciennes, épizoaires et entozoaires, ne le sont souvent que pendant une partie de leur existence. C’est ce que nous avons vu pour les Œstres, de l'ordre des insectes diptères, dont la larve seule vit sur les animaux ou dans leurs organes, tandis que leur nymphe et leur insecte parfait sont extérieurs et libres. C'est aussi ce que nous ont montré les Distomaires de l’ordre des Trémat odes, dont les Cercaires, vivant dans l’eau, représentent le premier état. Ces exemples, choisis entre mille parmi ceux que nous avons déjà eu l’occasion de citer dans cet ouvrage, suffisent pour montrer qu’on ne saurait faire un groupe a part pour les parasites dans la classification du règne animal, et il résulte également de ce que nous avons exposé précédemment que les Entozoaires ou les Vers que l’on trouve dans le corps des autres animaux ne doivent pas non plus être regardés comme formant une catégorie naturelle. Plusieurs classes riches en espèces libres, soit (luviatiles, soit marines, fournissent des Entozoaires, et l’on pourrait ajouter, sans s’écarter de la signification propre de ce mot, qu’il y a d’autres animaux que des invertébrés de la classe des Vers qui sont réellement Entozoaires. Les larves des Diptères de la famille des QEstridés, que nous avons déjà cités dans ce chapitre, ne sont-elles pas entozoaires au même titre que les Ascarides, les Dragonneaux ou les Ténias, si l’on ne tient compte que de leur mode de parasitisme , et les Linguatules, qui paraissent être des Crustacés inférieurs bien plutôt que des Vers, ne sont-elles pas aussi dans le même cas.

Ainsi, lorsqu’on ne tient compte que du genre de vie des parasites, il est difficile de distinguer ceux qui sont entozoaires d’avec ceux qui sont épizoaires, et les caractères anatomiques de ces animaux ne permettent pas non plus de les séparer , comme classe , des autres divisions. Linné, Cuvier et d’autres naturalistes, tout en faisant un groupe des Intestinaux ou Entozoaires, avaient déjà reconnu cette impossibilité. Les Vermes intestina du classificateur suédois renferment, indépendamment des Ascarides, des Ténias et des autres Vers intestinaux, les Gordius, les Sangsues, les Lombrics, les Siponeles et les Planaires, qui forment dans cette classe la division des Intestinaux vivant en dehors des animaux [extra alla animalia liabitanlia ). A son tour, Cuvier rangeait parmi les Intestinaux plusieurs familles de Vers extérieurs, et entre autres

SÜR LES ENTOZO AIRES. 295

les Némertes, ainsi que les Planaires, c'est-à-dire toute la classe des Turbellariés.

C’est pour éviter cette évidente contradiction que de Blainville, et d’autres naturalistes avec lui, n’ont pas employé, dans leur classification du règne animal, la dénomination d’Entozoaires ni celle fl’Épizoaires que l’on trouve l’une et l’autre dans Lamarck. Il leur a été, par cela môme, plus facile de tenir compte des véritables caractères des animaux, c’est-à-dire de leurs caractères de structure, et de les grouper de manière à exprimer les véritables affinités qu’ils présentent lorsqu’on ne s’occupe que de leurs dispositions anatomiques. Cette méthode est aussi celle que nous avons adoptée.

Parasites de différentes classes. — Sans mériter pour cela le nom i\! Entozoaires et encore moins celui (Y Helminthes, qui a un sens plus zoologique, beaucoup d’animaux appartenant à des groupes très différents les uns des autres, souvent même étrangers au type des Vers, sont des animaux réellement parasites.

Les Poissons nous en fournissent quelques exemples. Indépendamment des Lamproies, qui se fixent souvent aux autres animaux de cette classe, on peut mentionner les Fierasfers, de la famille des Gadidés, qui se tiennent souvent dans la cavité respiratoire des Holothuries (1). On cite un autre Poisson parasite des Echinodermes; il vit dans l’Astérie discoïde.

Mais c’est surtout parmi les animaux sans vertèbres que l'on voit de nombreuses espèces parasites, qu’elles le soient pendant toute leur vie, ou, ce qui est plus fréquent, pendant tel ou tel de leurs âges seulement.

L’embranchement des animaux articulés fournit de nombreux parasites. 11 y en a qui sont de la classe des Insectes, d’autres de celle des Arachnides, d’autres encore de celle des Crustacés. Les détails que nous avons fournis à leur égard dans le tome 1" de cet ouvrage nous dispensent d’y revenir ici.

Les Mollusques affectent plus rarement ce genre de vie; on peut cependant en citer plusieurs exemples curieux, indépendamment de ceux qui vivent dans les Coraux, et qu’on nomme souvent Mollusques coralligèncs. L’Entoconque de M. J. Millier est unGastéropode qui se développe dans les Synaptes; les Stylifères [Stylifer astericola et St. Turtoni) habitent le corps de certains Échinodermes ;

(1) Quoy et Gaimard, Voyage de V Astrolabe, Zoophytes, pl . 6, fig. 4. — Gegenhaur, 1 eitschr. fiir wissensrh. L ool., 1853, p. 329.

r Eulimaacicula se tient dans l’estomac des Holothuries; le Melania Cambessedii, qui est peut-être une Eulime, se développe sur les Comatules : ce sont, tous des Gastéropodes. Il y a aussi des Lamellibranches, qui ont des habitudes analogues : le Modiolaria marmorata vit dans le corps des Ascidies, ainsi que le Mytilus discors.

Mais c’est parmi les Vers que se classent le plus grand nombre d’espèces animales vivant sur les autres animaux; et comme si le parasitisme, quelle que soit sa fréquence, était, même dans l’ordre physique, un signe d’infériorité, on remarque que ce sont surtout les dernières familles de cette grande division qui fournissent la plupart des espèces vivant dans ces conditions. A peine avons-nous pu signaler quelques Annélides cliétopodes ayant ce genre de vie, et celles que nous avons citées appartiennent à la tribu des Vais, qui est l’une des dernières de cette classe. Au contraire, ce n’est pour ainsi dire qu’exceptionnellement que nous avons vu des Nématoïdes ou des Cotyloïdes indépendants. Les Sangsues méritent presque autant que les Polycotylaires la qualification d’ectoparasites, et si ce genre de vie n’est pas ordinaire aux Turbellariés, on peut dire que les Cestoïdes, pour lesquels il est au contraire normal, leur sont inférieurs en beaucoup de points de leur organisation , ce qui confirme la règle que nous posions tout à l’heure. D’ailleurs , sans parler des Vertumnes, qui se tiennent sur le corps des Téthys mollusques, on peut citer de véritables Turbellariés vivant aux dépens des autres animaux. Le Cryptocœlum opacum, de l’ordre des Planariés, se tient sur l’Échinarachnie, qui est une espèce d’Oursin, et le Typhlocolax acuminatus habite le corps des Chirodotes i l . Les Dicyema sont même, jusqu’à un certain point, des entoparasites, puisque c’est dans les corps spongieux des Céphalopodes, c’est-à-dire dans les reins de ces Mollusques, qu’on les a découverts.

En sortant de la série des Vers , nous trouverons bien d’autres animaux ayant des habitudes analogues à celles des Entozoaires. Le Mnestra parasite de M. Krohn est un Polype médusaire parasite de la Phylliroé, et beaucoup de Polypes véritables, de Spongiaires, etc., se fixent sur le corps des autres animaux.

Enfin nous rappellerons que plusieurs espèces d'infusoires vivent aussi dans le corps des animaux, même dans celui des animaux supérieurs ou de l’homme, et, en traitant, des Rhizopodes, nous verrons qu’on en a rapproché les Protées ainsi que les Grégarines,

(1) Stinipson, Proceed. af thc Acad, of nal. Sc. af Philadelphia, 1SS7.

SUR LES ENTOZOAIRES. 297

qui envahissent si souvent le corps des Insectes, des Arachnides, des Crustacés ou des Lombrics.

Opinions diverses ou sujet des Entozoaires proprement dits. — Toutefois ce sont les deux classes des Nématoïdes et des Cotylides qui fournissent le plus grand nombre d’espèces réellement parasites c’est-à-dire endoparasites, et ces deux classes rentrent dans le type des Vers, tel que nous l’avons défini. Ces Vers sont ceux qui reçoivent le plus communément le nom d’Entozoaires.

Les animaux dont il s’agit ici ont été remarqués de très bonne heure, et il est déjà question d’eux dans les auteurs les plus anciens. On comprend, en effet, qu’ils aient dû être connus de tout temps par le vulgaire, et qu’ils aient attiré l’attention des médecins, aussi bien que celle des premiers naturalistes, soit par la singularité de leur genre de vie, soit par les désordres qu’on leur attribue, et qu’ils causent réellement, du moins en partie.

Les Vers ont été appelés Scolex (1) ou Helminthes par les Grecs, et Vernies par les Latins; la dénomination d’ Entozoaires , sous laquelle ils sont plus connus de nos jours, n’a été imaginée qu’à une époque récente. Toutefois les anciens n’ont pas distingué les différentes espèces de ces animaux, comme nous le faisons aujourd’hui, et la plupart leur ont échappé, ou du moins n’ont pas été signalées dans les ouvrages qu’ils nous ont laissés.

Au ve siècle avant l’ère actuelle, Hippocrate parle cependant de plusieurs sortes de Vers, en particulier des Ténias, des Ascarides et d’autres encore qui habitent, dit-il, dans le rectum et qui s’introduisent dans le vagin; ces derniers sont sans doute les Oxyures vermiculaires.

Pythagore, qui vivait vers le même temps, passe pour avoir rapporté de l’Inde le spécifique dont nous nous servons encore aujourd’hui contre les Ténias. Il cite, en effet, le grenadier comme pouvant être employé contre les Vers plats qui vivent dans le corps de l’homme.

Aristote a fait mention des cucurbitains que les Chiens rendent avec leurs excréments; mais il a mentionné la ladrerie du Cochon, sans savoir qu’elle était due à la présence d’un animal parasite, et qu’elle pouvait être l’origine de l’infection téniaire de l'homme ; d’ailleurs, il a distingué chez ce dernier des Vers ronds, sans doute les Nématoïdes, et des Vers plats, c’est-à-dire les Cestoïdes.

(I) Ce mot a été souvent appliqué par les modernes à un genre particulier de Vers. Nous lui avons nous-raêmc donné une signification spéciale qu’on trouvera expliquée à la page 221 de ce volume.

298 REM ATI or KS 6ÉNÉRALES

Galion a même connu les Hydatides, mais sans constater leur nature animale. Il dit que l’on trouve dans le foie des Cochons des vésicules remplies d’eau, et il semble évident que ces vésicules ne sont que des Écliinocoques.

Quoique les anciens n’aient pas eu, au sujet de la génération des animaux inférieurs , toutes les idées ridicules qu’on leur prête et que les compilateurs ont surtout inventées ou propagées, ils ne s’étaient point rendu un compte exact de la manière dont les Entozoaires se développent dans nos tissus. C’est d’eux que nous vient l’opinion, encore acceptée par quelques rares auteurs, de la génération spontanée de ces parasites.

Hippocrate les fait naître de l'altération des humeurs, et il pose ainsi dans la science la théorie de la spontanéiparité, et plus spécialement, encore celle de la zoopoièse, que l’on professait encore, il y a peu d’années, dans plusieurs chaires de l’école de Montpellier.

D’après cette opinion, que la science moderne contredit par tous ses résultats, les Vers intestinaux ne nous viendraient pas du dehors, et il n’est pas nécessaire, pour en expliquer l’apparition dans nos organes, de faire intervenir la procréation d’œufs servant à la transmission de leurs espèces, par voie d’hérédité, de la mère aux fœtus que celle-ci met au monde. La viciation des humeurs, l’altération des parenchymes sont des conditions suffisantes, et la présence des Vers n’est, comme le disent parfois quelques auteurs, qu’un épiphénomène résultant des dispositions morbides de l’organisme. Cependant on avait remarqué depuis longtemps que si les sujets affectés de ce qu’on appelle l’état vermineux, ou même la cachexie vermineuse, sont le plus souvent des sujets lymphatiques, il arrive aussi que l’âge, quelquefois le sexe et plus souvent encore le régime ou telles habitudes spéciales, sont des causes évidentes de l’invasion des Vers et même de celle de certains Vers préférablement à certains autres. 11 est vrai que plusieurs médecins n’ont, pas craint d’admettre qu’il pouvait y avoir un état vermineux , même sans la présence de Vers entozoaires.

Mais ce sont là des théories scolastiques avec lesquelles la science moderne n’a plus à compter, et qu’il faudrait laisser dans les livres des derniers siècles ou dans ceux de notre époque qui ont pour objet exclusif l’histoire des anciennes théories médicales. Quoique l’un des meilleurs helminthologistes de notre époque, Bremser, se soit déclaré le partisan de la spontanéiparité des Vers, quoiqu’il ail

SUH LES ENTOZOATRES.

même eu pour auxiliaires des auteurs que leurs travaux classent au nombre des zoologistes les plus distingués, tels que Dugès el M. Dujardin en France, ou Burdach et d’autres en Allemagne, on doit en effet reconnaître aujourd’hui que les objections qu’il faisait à la procréation des Entozoaires par œufs ou par germes n’ont réellement aucune valeur.

Réfutation de la théorie dite de la spontanéiparitê. — L’un des grands observateurs dont l’histoire naturelle s’honore, Uedi, qui vivait au xvn» siècle, publia un ouvrage spécial d’helminthologie, dans lequel il démontra que la génération des parasites s’opère d’après les mêmes règles que celle des autres animaux , et il fit voir que certains d’entre eux étaient d’ailleurs mâles ou femelles (1).

, Un médecin français, qui vivait aussi dans le xvir siècle, Andry, s'occupa dès lors de ces intéressantes questions et dans une direction analogue 2) ; toutefois on pouvait encore considérer comme une forte présomption en faveur de la génération spontanée le fait que les Hydatides, quoique dépourvus d’organes reproducteurs, apparaissent souvent dans le corps des animaux, et qu’ils s’y multiplient d’une manière très rapide sans qu’on puisse leur reconnaître d’organes reproducteurs. Mais les expériences récentes dont les Hydatides ont été l’objet, expériences dont Pallas avait déjà donné l’exemple, ont levé tous les doutes qui pouvaient subsister à cet égard.

. On sait aujourd'hui que les Hydatides, soit les Cystieerques, Cenures et Echinocoques, soit même les Acéphalocystes, ne sont que le premier état de certains Vers rubanés. Ils sortent des œufs pondus par les Ténias, et à leur tour ils se transforment en Ténias lorsque, par suite de migrations analogues à celles auxquelles beaucoup d’autres espèces de Vers sont soumises, ils passent des parenchymes, au milieu desquels ils se tenaient enkystés, dans le canal intestinal de l'Homme, du Chien, du Chat, et de quelques autres Mammifères vivant aux dépens des herbivores infestés par ces Hydatides (3).

Des expériences ont démontré ces transformations pour plusieurs des espèces qu’il nous importe le plus de connaître; et

(1) François Redi , Osservasioni intorno agli animait viventi clic si trovano negli animali viventi. ln-4, avec pl. Florence, 1684.

(2) Andry, De la génération des Vers dans le corps de l'homme. In- 12, Paris,

(3) Voyez notre chapitre sur les Cestoïdes, p. 213 et suivantes.

quoique nous ayons cité ces espèces en leur lieu, il ne sera pas

inutile d’en rappeler ici les noms, ne fiit-ce que pour montrer les

progrès que ces curieuses études ont fait faire à la synonymie bel—

minthologique.

Le Cysticercus cellulosœ, qui gst fréquent dans le Cochon, dont il constitue la ladrerie, devient, en passant dans l’estomac de l’Homme, le Tœnia solium, c’est-à-dire le Ver solitaire.

Le Cysticercus pisiformis du Lapin devient , chez le Chien et le Loup, le Tœnia serrata.

Le Cysticercus longicollis du Campagnol devient le Tœnia crassiceps chez le Renard.

Le Cysticercus fascio/aris de la Souris et du Rat devient le Tœnia crassicollis chez le Chat.

Le Cœnurus cerebralis du Mouton devient aussi un Ténia dans le corps du Chien et dans le Loup : c’est le Tœnia cœnurus.

En outre, les Échinocoques subissent à leur tour une transformation analogue quand ils passent aussi des organes de certains ; animaux dans le canal digestif de certains autres, et en particulier dans celui du Chien: ce sont alors les Tœnia echinococcus dont il a été également question dans un des chapitres précédents.

Ce fait singulier de la métamorphose des Vers, en rapport avec leurs migrations, n’a été réellement démontré que dans ces dernières années. Il jette le plus grand jour sur la théorie de l'infection vermineuse, et les recherches nouvelles dont les œufs des Entozoaires ont été l’objet à diverses époques complètent pour ainsi dire la notion exacte de cette théorie.

Tant qu’ils sont enfermés dans les parenchymes du sujet qu’ils habitent, les Vers parasites sont incapables de reproduction par œufs; ils ne peuvent que se multiplier par voie agame, c’est-à-dire par gemmiparité ; encore tous sont-ils bien loin de jouir de cette propriété. Leurs organes mâles ou femelles ne fonctionneront que lorsqu’ils seront parvenus dans l’intestin des animaux aux dépens desquels ils doivent continuer à vivre, ou dans quelque autre cavité naturelle en communication avec le dehors, et, sauf le cas du Dragonneau, dont la femelle est cuticole à cet âge, ce n’est que là, c’est-à-dire dans les viscères pourvus d'orifices naturels, comme le tube digestif, les poumons, les reins, etc., que les Entozoaires donnent des œufs.

Ces œufs, exposés à tant de chances de destruction, sont doués d’une grande persistance de vitalité. 11 est douteux qu’il en éclose

SUR LES ENTOZOAIRES.

I immédiatement dans les intestins, bien qu’on ne puisse guère expliquer autrement la rapide multiplication des Ascarides , des Oxyures, etc. ; mais ce qui est plus certain encore, c’est que, tout en étant rejetés par les selles, ils ne perdent pas leurs propriétés germinatives, et qu’ils peuvent les conserver assez longtemps pour que, repris ultérieurement, soit avec les aliments solides, soit avec l’eau ou différentes boissons, par l’homme ou par d’autres animaux à l’espèce desquels ils sont affectés, ils deviennent pour eux de nouveaux moyens d’infection. Il est évident que beaucoup de ces œufs sont perdus; mais ils sont, comme nous l’avons vu, très nombreux, et l’on ne saurait méconnaître que la nature, tout en livrant en apparence leur conservation et celle de leur espèce au hasard, n’ait assuré, par toutes les précautions compatibles avec les conditions biologiques des animaux eux-mêmes, la perpétuité de leurs espèces respectives.

Le Cochon trouve dans la fange ou dans les excréments humains, qu’on ne craint pas de lui laisser manger dans beaucoup de fermes, les œufs des Ténias qui lui donneront la ladrerie, et cette ladrerie donne le Ténia à l’homme; les pluies peuvent aussi porter des œufs de Vers dans les ruisseaux ou les fontaines dont l’homme ou les animaux tirent principalement leur breuvage, et des observations faites sur les œufs de plusieurs Nématoïdes montrent qu’ils peuvent résister à un séjour prolongé hors du corps des animaux dans les intestins desquels ils ont été produits, et faire ensuite retour à ces mêmes animaux par des voies analogues à celles que nous venons de signaler pour les Vers cestoïdes.

Séjour des Vers. — On a souvent divisé les Vers parasites de l’homme en deux catégories, suivant qu’ils se trouvent dans l’intestin et les autres cavités ouvertes (Ascaride lombricoïde, Trichocéphale, Oxyure, Ténia, Bothriocéphale, etc.), ou dans les cavités closes et le parenchyme des organes (Pilaire, Trichine, Cysticerque et Ëchinocoque). Cette classification, qui ne manque pas d’un certain intérêt au point de vue médical, n’a, bien entendu, aucun caractère zooclassique , mais elle est bonne à rappeler. Il est digne de remarque, en effet, que les espèces de la seconde catégorie sont presque toutes des Vers à l’état agame, et les Trichines ne sont même, comme les Cysticcrques ou les Ëchinoeoques, que les jeunes de quelque espèce de la première division qui se sont enkystés dans le tissu musculaire, et sont ainsi restés incapables de reproduction, faute d’avoir pu parvenir dans le tube digestif. Il en est sans doute de même des Vers que l’on observe

dans le sang de certains animaux, et auxquels on a donné le nom

d’Hématozoaires, qui rappelle leur mode d'existence.

La catégorie des Hématozoaires ne peut avoir non plus aucune valeur au point de vue de la classification naturelle, et il serait sans utilité de ranger les Vers par groupes, en prenant pour hase les organes qu’ils habitent. Pour ne parler ici que des Hématozoaires, on peut même affirmer qu’il y en a de genres fort différents.

Les Hématozoaires les plus curieux sont ces petits Vers, comparables pour leurs dimensions à des Anguillules , que MM. Grubv et Delafond (I) ont observés dans le sang des Chiens domestiques. Nous en avons retrouvé à Montpellier dans un animal de la même espèce; on les rapporte au Filaria pa/nilaris, dont ils semblent être des jeunes.

M. Schmitz a vu des Vers assez semblables dans le sang du Rana bombina (2) ; MM. Vogt et Gluge les y signalent également 3 .

On doit àM. Wedl un travail spécial sur les Hématozoaires U). Il a trouvé dans le sang du Goujon un petit animal qu’il a appelé Globularia radiata sanguinis; cet animalcule est rond, et porte une couronne de cils. M. Wedl suppose qu’il se transforme en Cystieerque.

Dans le sang de la Tanche, le môme observateur a remarqué des Entozoaires en forme de Filaire, doués de mouvements très vifs.

11 a aussi vu de grands Pilaires dans le sang des Grenouilles.

Dans le Lacerta agilis, M. Wedl a trouvé des Vers longs, amincis aux deux bouts, presque de la moitié plus longs que des globules de sang.

M. de Siebold lui-même a souvent constaté la présence de Vers vivants dans le sang des Oiseaux, des Reptiles et des Poissons; mais ces Vers étaient toujours à l’état, d’embryons (5).

Il est vrai qu’on a singulièrement étendu la signification du mot Hématozoaires, puisqu’on l’a appliqué non-seulement à des Vers qui

(1) Compl, rend. Iiebd., t. XXXIV, p. 9 (janvier 1852;.

(2) De Vermibusin circulalionc vivenlibus . llerolini, 1826.

(3) Muller' s Arcliiv, 1842, p. 139 et 148. Voyez au-si une noie de M. Vulpian sur les Hématozoaires filiformes de la grenouille commune (Gaz. méd., 1855, p. 20).

(4) Denhschrifl. der liais. Akad. der 1 l'iss. Wicn, 1850.

(5) Art. Parasites du Handwürterbucli publié par M. U. Wagner, 1. H, p. 64S, cl Ueber die liand- uni Blasenwiirmer, Leipzig, 1854 (Irad. dans les Ann. des sc. liai., 1855, t. IV, p. 73).

SI' H LES ENTOZOAtRES.

nagent dans le sang et circulent avec lui, mais aussi ii d’autres, souvent fort longs, qui vivent plutôt dans les gros vaisseaux que dans le sang lui-même, et qui , dans quelques cas, sont encore en partie engagés dans d’autres organes.

liaer a trouvé dans la veine azygos d’un Dauphin deux Strongles, dont l’un avait sept pouces de long. Une autre ibis, il a extrait de l’artère pulmonaire du même animal un Strongle long de six pouces I).

Vrolik,Craigie,Breschet et d’autres ont également vu des Versdans les mêmes conditions. Poelmann et nous-mêmes nous en avons observé dans les vaisseaux comme dans les bronches. On en cite de trois espèces, et M. Diesing a établi pour eux un genre distinct, sous le nom de Prosteçosacter ; ils constituent ses Pr. inflexus , minor et convoi ut us.

Le même helminthologiste rapporte d'ailleurs à ce genre le Strongle que M. Leuckart a découvert dans le crâne du Narval (2) .

Le Slrongytus armatus, ou Sclerotnmum armatum, a été vu dans des anévrysmes des artères mésentérique et cœliaque, ainsi que dans la veine porte, chez le Cheval et chez l’Ane, par Ruysch, et plus récemment par MAL Schulze, Hodgson, Valentin, etc. 3).

M. le professeur Joly (de Toulouse] cite un Pilaire trouvé dans le cœur d’un Phoque; c’est, pour lui un véritable Hématozoaire (à).

Le Filaria crassicauda habite le corps caverneux du Bulwnapteru rosi rat a.

On a aussi observé des Cysticerques dans le cœur de l’homme.

M. Bilharz a vu en abondance le Distoma haematobium (5),. dans les vaisseaux, chez l’homme, et chez divers animaux comme chez l’homme, on a signalé l’existence de. Vers distomes dans la veine porte, dans la veine pulmonaire et dans la veine cave.

Nous voyons ainsi dans le système circulatoire, comme dans les autres cavités closes, des Vers nématoïdes, des trématodes et des cestoïdes , mais tous ces Vers paraissent s’y trouver à l’état agame. Pour devenir complets et acquérir leurs organes sexuels , ils doivent pénétrer dans une cavité ouverte , c’est-à-dire dans le tube

(1) Beilrtige sur Kentniss der med. Thiere , p. 560, en note.

(2) Diesing, Syst. helminlh., vol. II, p. 321, et Davaine, Gazette médicale , 1855, n" 1, p. 9.

(3) Diesing, toc. cil. vol. II. p. 305.

\\) Comptes rendus hebcl., 1858, t. XI, VI, p. 103.

(5) ’ieilschri fur icissensch. Zoologie.

30'l | REMARQUES GÉNÉRALES

digestif ou ses dépendances, ou bien encore dans l’appareil pulmonaire ou dans l’appareil urinaire.

On constate que ces Entozoaires se frayent le plus souvent un passage à travers les tissus, et plusieurs de ceux qu’on a observés étaient ainsi en voie de se déplacer.

Sparing a soulevé la question de savoir si les hommes qui mangent beaucoup de poisson ne sont pas plus sujets au Ténia que les autres. Il faisait donc venir les Vers du dehors. Maison connaissait peu les espèces à cette époque, puisque le Ténia du Chien, la Ligule des Poissons et le Botriocéphale du Saumon étaient regardés comme étant le même animal

NilsRosena fait la remarque que, dans son pays, les pêcheurs connaissent les Brèmes qui ont des Vers, et qu’ils n’en veulent pas manger, disant que ces Poissons donnent des maladies; on sait, au contraire, qu’à Naples on mange les Ligules comme une friandise, mais il faut dire qu’on ne. les mange pas sans les avoir fait frire.

A une époque où tous les naturalistes étaient spontanéiparistes, Pallas (1) a dit que les germes des Helminthes nous viennent de l’extérieur, et Gœze, dans son bel ouvrage sur les Helminthes, qui est divisé en quatre parties, en a consacré une tout entière à celte démonstration. Gœze connaissait le grand nombre d’œufs que produisent les Vers.

Arguments de Bremser en faveur de la génération spontanée. — Bremser a été l’un des partisans les plus ardents de la génération spontanée, et comme son ouvrage est entre les mains de presque tous les médecins, nous attachons quelque importance à réfuter les arguments qu’il invoque en faveur de cette opinion.

L’auteur du Traité sur les Vers intestinaux de l’homme reconnaît d’abord que les Ver, s doivent, ou venir du dehors, ou se former au dedans du corps : deux opinions alors parfaitement admissibles, mais dont la seconde a seule ses sympathies.

D’après lui, les partisans de la première opinion s'appuient sur la prétendue observation que les Vers intestinaux de l’homme et ceux des animaux se trouvent également dans la terre ou dans l’eau, ce qui est inexact. Aussi n’a-t-il pas de peine à démontrer que tous les faits sur lesquels on s’est basé , pour soutenir cette hypothèse, reposent sur de fausses déterminations. Ainsi Linné avait cru à tort avoir trouvé la Douve du foie , le Ténia large et

(1) Neuenord. Deilrtlge, I78t, t. 1, f. I, p. 12.

SCR 1.ES Ji.NTuZO, VIRES.

l’Ascaride vermlculaire , libres dans l’eau de certains marais. En admettant ces faits, Linné était dans l’erreur, cela est incontestable; mais il ne s’ensuit pas que les Vers ne puissent pas venir du dehors, et si l’on se rappelle ce que nous avons dit de leurs œufs et de leur mode de dissémination, on admettra qu’ils en viennent en effet.

Unzer a cru que les Lombrics et l’Ascaride sont les mêmes animaux. Bremser n’a pas de peine à démontrer victorieusement que cela n’est pas; mais l’erreur d’Unzer fait-elle que les Vers s’engendrent spontanément dans notre corps ?

Bremser cite ensuite une lettre de Hahn à Pallas sur une épizootie qui a régné tout le long de la rivière d’Ob, en Russie, et qu’il a attribuée à ce que les petites rivières et eaux stagnantes de ce pays étaient, à cette époque, remplies d’une quantité considérable de Pilaires (Gordius aquaticus). On n’a pas, dit Bremser, rencontré ces Vers dans l’estomac des animaux morts, mais bien dans leurs poumons, et il lui semble plus probable qu’ils ont été engendrés dans Ces derniers organes, comme cela a lieu très souvent chez les Moutons; il suppose alors que des poumons des animaux les Vers se sont communiqués aux eaux dans lesquelles on les a trouvés en abondance.

On doit faire remarquer, si ce sont vraiment des Gordius que Habn a vus dans l’eau de la rivière en question , que ces Vers venaient du corps des Insectes, et non des poumons des quadrupèdes. L’espèce observée dans ces derniers était évidemment différente, et il y a erreur dans le rapprochement zoologique fait par Bremser entre les Vers des poumons et ceux des rivières. Le ver qui était cause de l’épizootie, ou qui du moins l’accompagnait, est un Nématoïde ordinaire, qu’on ne trouve jamais que dans le poumon; celui des eaux fluviatiles est d’un tout autre groupe ; il appartient aux Gordiacés.

11 y a donc ici une double erreur de la part de Bremser, et l’état actuel de la science permet de substituer des données plus exactes à celles que notre auteur avait mal interprétées.

Bremser prouve d’ailleurs que Brera avait tort de supposer que des Vers de terre ou d’eau peuvent prendre la forme caractéristique des Vers intestinaux en arrivant dans le corps des animaux. « Les Vers en général, et les Vers intestinaux en particulier, n’éprouvent jamais un pareil changement de forme, dit-il avec raison. C’est comme si l’on prétendait qu’une coquille deviendra serpent en la retirant de l’eau. »

Sur ce point Bremscr a raison ; mais est-il en droit de conclure, des erreurs qu’on a commises, que les Vers intestinaux ne viennent pas du dehors? Certainement non, et il est à son tour complètement dans le faux lorsqu’il les fait apparaître spontanément. La cause en est qu’à l’époque où il écrivait, toutes les métamorphoses singulières que subissent beaucoup d’Entozoaires étaient encore ignorées, et qu’il en était ainsi pour la plupart des faits de transmigration que possède à présent la science relativement aux mêmes parasites. Plusieurs faits, alors connus, étaient encore inexplicables, tandis qu’aujourd’hui on s’en rend parfaitement compte.

Bremser dit aussi avec assez d’exactitude que chaque Ver habite : un animal à part, et qu’il s’y loge dans un organe particulier: ainsi l’Ascaride ne se trouve guère que dans l’intestin grêle ; le Trichocéphale habite uniquement dans le cæcum ; l’Oxyure est particulier au rectum ; le Polystomo, integerrimum est logé dans la vessie urinaire de la Grenouille ; le Cénure du Mouton vit dans le cerveau de cet animal. Bremser ajoute que, si ces Vers venaient du dehors, on pourrait bien les saisir quelquefois sur leur trajet, ou bien ; qu’ils devraient se tromper de temps en temps de chemin , et | aboutir à d’autres organes que ceux auxquels ils sont destinés. Il en déduit une nouvelle preuve en faveur de leur formation dans l’intérieur même du corps; mais on sait aujourd’hui que les Vers intestinaux s’introduisent tous dans nos organes à l’état d’embryons microscopiques, et qu’on ne les aperçoit que lorsqu’ils y ont pris un certain développement. Il en est , du reste, qui n’arrivent pas à leur destination ; ceux-là périssent sous leur forme agame, sans donner naissance à des œufs , puisque la plupart des Vers n’engendrent que lorsqu’ils se sont fixés dans le canal intestinal de leurs hôtes.

Tous les Vers intestinaux ne se conservent pas seulement dans le corps animal, mais ils y multiplient; ils meurent au contraire très vite, dit Bremser, quand ils sont forcés de le quitter. Bremser pense que c’est là une des plus fortes preuves en faveur de l’opinion que les Vers intestinaux sont propres au corps des animaux et qu’ils en sont les produits.

On ne connaît en effet aucun Ver intestinal qui ne se multiplie par œufs dans le corps de l’hôte qu’il habite, mais en même temps on n’en connaît aucun dont les œufs ou les jeunes ne doivent être expulsés avant de devenir adultes. Quel que soit le nombre d’œufs qu'un Ténia ou un Ascaride produise, jamais leur développement ne commence dans l’animal même qui le loge;

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