RHIZOPODES
Nous étendons le nom de Bhizopodes, que M. Dujardin avait employé comme synonyme de Foraminifères, aux animaux extrêmement simples que l’on peut caractériser par l’absence de cavités digestives distinctes et par celle des cils vibratiles (1), ainsi que par la nature sarcodique, à la fois diffluente et confluente, de leur corps qui se projette chez le plus grand nombre en filaments extensibles. Ces filaments sont tantôt simples, tantôt anastomotiques; ils peuvent se retirer vers la masse du corps et se refondre avec elle.
On trouve ces animaux dans toutes les eaux, soit douces, soit salées; quelques-uns sont parasites; ils vivent principalement dans le corps des Articulés et de certains Vers.
On ne possède encore que très peu de renseignements sur leur mode de développement.
Ils peuvent être partagés en six ordres, dont voici le tableau :
armant un filet uutour du corps Noctiluques •
( s’anastomosant ( caicain« ou membran. Foramini/ères.
claires } test (en piquants siliceux. Radiolaires.
\ droites et ne s’anastomosant pas Actinophrys.
manquant à l'état adulte Gtcgntines.
Amibes.
dans une môme étable et avec le môme régime, ccrtaiues Vaches seulement donnent du lait où ce phénomène se manifeste. Il parait certaiu que ce n est pas dans le lait, mais bien dans les vases contenant celui-ci que se trouvent les geimes de ces végétaux microscopiques, et, quand ils se sont introduits dans nue ferme, il faut faire passer au feu avant de s’en servir les pots ou les vases de teirt cuite que Ton emploie à cet effet.
On voit quelquefois sur le paiu de munition des taches touges, comme e gelée de groseille, qui sont dues à la même cause, mais probablement a une troisième espèce.
(1) Il en existe parfois chez les jeunes.
( Cl
les expansions V filamenteuses ; 1
1WI7.0P0DKS.
/i2fi
Orilrc de» Nocliluque».
Les singulières expansions filamenteuses qui se projettent au dehors dans les autres Rhizopodes s’étalent ici tout autour du corps, et forrïicnt une sorte de filet qui sert également à la préhension. Ces animaux ont de plus un appendice caudiforme mobile, charnu, non rétractile, légèrement comprimé et plein, qui se balance dans tous les sens, mais toujours avec une certaine lenteur. Ils sont petits, vivent dans les eaux de la mer et sont phosphorescents.
On n’en connaît qu’un seul genre, celui des Xoctilugues 1), type de la famille des NOCTILUCIDËS.
Le genre Noctiluque [Nocliluca) comprend une espèce, la Noctiluque miliaire ( Nucliluca miliarià ), qui est de la grosseur d’une tête d’épingle et ressemble à une petite perle. Elle vit en si grande abondance sur nos côtes, depuis la Norvège jusqu’en Afrique, que, dans ces parages, le beau phénomène connu sous le nom de phosphorescence de la mer lui est presque exclusivement dû.
Cet animal a été observé par Slabber (1778), puis par Surriray et de Blainville (1812 et 1836), et dans ces dernières années par un grand nombre de naturalistes (2).
La Noctiluque est de forme sphéroïdale, et présente une légère échancrure, d’où sort son appendice mobile et charnu, lequel est légèrement comprimé, s’allonge et se raccourcit, se balance lentement à droite et à gauche, mais ne se retire pas dans l’intérieur du corps. Autour de celui-ci, qui est transparent, on voit une enveloppe membraneuse sous laquelle se logent des expansions filamenteuses très variables, formant une espèce de filet qui sert à enlacer les Infusoires qui servent de pâture à la Noctiluque.
Cet animalcule est si abondant dans nos parages, aussi bien dans la mer du Nord que dans la Manche, l’Océan et la Méditerranée, qu’en prenant un pouce cube d’eau au hasard, pendant que le phénomène de la phosphorescence se manifeste, on est certain d’y trouver des Noctiluques par centaines.
(1) Genre Mammaria, d’Ehrenberg.
(2) Ehrenberg, Das Leuchten des Mecrcs. In-4, Berlin, 1835. — Verhaeghe, Recherches sur la cause de la phosphorescence de la mer (Mém. de l'Acad. r. de Relgique , sac. etrangers, t. XXII). — Van Beneden, Rapport sur le mém. précédent d. Itull.de l'Acad. r. de Relgique, t. XIII, n" 8. — Huxley, Quarterly Journ. micr. Soc,, 1854, p. 49. — Webb, ibid., 1855, p. 102.
NOGTILUQUES. ;,07
Ce sont les Noctiluques qui causent réellement ce phénomèneabsolument comme les Vers luisants, accumulés en quantité sullisanle, rendent la terre phosphorescente clans les endroits où ils
I'ig. 19i. — Noctiluque miliaire, très grossie.
sont placés, de même les Noctiluques rendent la mer phosphorescente par leur réunion dans une partie de son étendue. Cela est facile a prouver : si l’on enlève, par le moyen du filtre, les Noctiluques d’une certaine quantité d’eau phosphorescente, on voit cette eau cesser d’être lumineuse, et elle le redevient au contraire si l’on y replace les Noctiluques restées sur le filtre.
llusch décrit une seconde espèce, la Noctiluque ponctuée (Nocf. punctata ) des parages de Malaga.
M. Sars n’a pas vu de Noctiluques sur la cote de Norvège à Bergen.
Eydoux et Souleyet ont trouvé de très petits corps jaunâtres (probablement Noctiluques) en très grande abondance dans les parages des îles Sandwich et dans la traversée aux des Mariannes; ils les ont retrouvés ensuite à l’embouchure du détroit de Malacca, sur les côtes de Pulo-Penang.
Dartet de Tessan a probablement vu des Noctiluques dans False-Bay, au cap de Bonne-Espérance; on doit le supposer, à la description qu’il donne des corpuscules qui sont cause de la phosphorescence dans cette région.
M. Busch a reconnu la présence de ces animalcules aux îles Orcades.
HIIJ7.0PÛT)ES.
Ordre de» Fornmlnlfère».
Ce sont des animaux d’une organisation très simple, de grandeur presque microscopique ; mais qui ont joué, malgré la petitesse de leurs dimensions, un rôle fort important à diverses époques géolo- | giques, et ont encore une très grande action sur l’accroissement des sédiments marins dans un grand nombre de localités. En effet, les sables d’une multitude de plages, soit dans l’Adriatique, princi- J paiement à Rimini, soit dans la mer des Antilles, soit sur un grand nombre d’autres points, ne sont pour ainsi dire composés ; que des petites coquilles de ces animaux, et les calcaires à milio- •: lithes des environs de Paris, ainsi que la craie blanche, en sont presque exclusivement pétris.
Les Foraminifères, d’abord connus par leur test seulement, ont été rapprochés des Céphalopodes dans la classification, et pendant longtemps on les a décrits avec eux, commeétantdes animaux d’une seule et même classe : ce qui semblait justifié par l’analogie apparente que plusieurs de leurs genres ont avec les Nautiles et avec les autres coquilles polythalames siphonées. Toutefois on reconnut plus tard que, tout en étant polythalames, ils manquaient du siphon caractéristique de ces dernières, et d’Orbigny, qui en a décrit un très grand nombre de genres, les en a distingués comme ordre sous le nom de Foraminifères. 11 les laissait encore dans la classe des Céphalopodes.
Ce naturaliste admettait, en effet, comme Lamarck et Cuvier, une analogie déstructuré entre les Foraminifères et les Céphalopodes.
Ce fut de Blainville (1) qui remarqua le premier qu’il n’en était pas ainsi, et M. Dujardin (2) a mis le fait hors de doute en montrant que les Foraminifères, qu’il a proposé dénommer Ji/iizopodes (3), n’ont pas de véritables appendices analogues aux pieds céphaliques des Mollusques supérieurs, mais simplement des expansions sarcodiques, variant de forme et de longueur, suivant les conditions au milieu desquelles ils se trouvent. Leur comparaison avec les Bryozoaires ne s’est pas non plus trouvée exacte.
Les Foraminifères ont le corps mou, gélatineux, plus ou moins transparent, sans organe distinct dans l’intérieur, et renfermé dans
(1) Faune française, mollusques, p. 43.
(2) Ann. sc. nal., 2° série, 1S35, t. IV, p. 343.
(3) Nous avons étendu ce nom à toute la classe.
FOR AJiIIN IBÈRES. /|29
les loges d une coquille calcaire, dont la forme est très différente, suivant les genres que l’on étudie. Ils n’ont d’autres organes de locomotion que des expansions mobiles, extrêmement variables, dépourvues d’enveloppe, paraissant être de simples filaments sarcodiques, et qui sont quelquefois tellement contractiles, qu’elles disparaissent complètement.
Nos observations (1) et celles de M. Schultze (2) ont confirmé ce que de Blainville et Dujardin avaient dit au sujet des différences qui éloignent les Foraminifères des autres animaux, et, en particulier, des Mollusques céphalopodes. Nous avons toutefois pensé que l’on démontrerait que leur organisation n’est pas tout à fait aussi simple que le second de ces naturalistes l’a avancé. C’est ce que l’un de nous a essayé de faire voir dans la notice suivante qui a paru en 18t»7.
« En tenant des Milioles et des Triloculines dans des vases remplis d’eau de mer, et en les plaçant dans des conditions favorables, j’ai réussi à les voir se reproduire. Elles sont vivipares, et chaque mère peut donner à la fois une centaine de petits. Ceux-ci sont doués de la propriété d’émettre des filaments byssiformes (les expansions sarcodiques de M. Dujardin), et ces filaments sont semblables, quoique d’abord moins nombreux, à ceux des Milioles adultes, des Cristellaires, etc. Les jeunes Triloculines n’ont alors, comme les Gromies, comme les Diftlugies et quelques autres, qu’une seule loge oviforme, et elles ressemblent si fort aux Gromies, que je ne vois entre mes jeunes Triloculines et la Grornia ouiformis d’autre différence que celle de la taille, qui est moindre dans les animaux que j’ai observés. On peut donc assurer que si la Gronde n’est pas le premier âge d’une Miliole multiloculaire à l’état adulte, ce que je n’affirme pas, il est du moins certain que les Milioles et les Grondes ne sauraient plus être réparties dans deux ordres différents de la classe des Foraminifères.
» Les jeunes Milioles se tiennent, comme leur mère, contre les parois du vase dans lequel on les conserve. Elles sont d’abord groupées en très grand nombre et comme un essaim, auprès de l’orifice de sa coquille, orifice par lequel elles sont expulsées. Bientôt après elles commencent à se disperser, ce qu’elles ne font cependant qu’avec une grande lenteur, puisqu’elles ne parcourent guère que 1 5 à 20 millimètres en vingt-quatre heures.
(1) P. Gervais, Comptes rendus hebd. Acad. sc. Paris, t. XV, p. 467.
(2) Ueber d. Organismes d. Polythalamer. In-fol., Leipzig, 1854.
hllIZOl'ODKS.
t|S0 UlII/Ol’ODKS.
Feu de temps avant la parlurition, les Milioles que je consente dans mes vases se réunissent pour la plupart deux à deux, et les individus de chaque groupe diffèrent un peu l’un de l’autre par la forme et l’ampleur delà coquille: l’un est probablement le mâle et l’autre la femelle. L’étude microscopique de beaucoup d’animaux inférieurs donne à cette supposition un certain degré de probabilité.
» Les Milioles n’en sont pas moins des animaux fort simples en organisation, et surtout très différents des Mollusques céphalopodes, ainsique des Tuniciens bryozoaires, auxquels on lésa successivement associées dans la classification zoologique. »
Les Foraminifères marins sont très nombreux en espèces, soit dans les mers actuelles, soit dans les sédiments de mers tertiaires ou même plus anciennes. On en a fait un grand nombre de genres, mais leurclassification générale est loin d’être fondée sur des bases rigoureuses, et leur distribution en familles naturelles reste à établir.
Leurs principaux groupes sont ceux des Cristdlaires, des Rotalies, des Nodosaires, des Milioles , des Nummuliles , etc.
Les Nümmülites, dont on ne connaît pas d’espèces actuelles, sont surtout abondantes dans les dépôts marins des époques orlhrocène et éocène. Elles doivent leur nom à leur forme, qui rappelle celle de certaines monnaies. Il y en a dont le diamètre dépassait celui d’une pièce de deux francs.
Les Foraminifères fluviatilcs sont beaucoup moins nombreux, et l’on ne connaît encore parmi eux qu’un seul genre, celui des Difflugies ( Difflugia ), dont les véritables affinités avaient échappé aux naturalistes jusque dans ces derniers temps.
De ces Foraminifères on passe aisémentaux Arcelles (G. Areella , qui ont des appendices analogues aux leurs, mais dont le test consiste en un simple disque d’apparence corné. Ce sont de très petits animaux propres aux eaux douces.
Ordre des Itndiolnircs.
Les Radiolaires ont le corps rayonné, nu ou portant un test siliceux avec des piquants et des pieds filamenteux rétractiles émanant de toute la surface du corps.
Ce sont des êtres microscopiques, vivant près de la surface de la mer, à une distance plus ou moins grande de la côte.
L'établissement de cette classe est dû à M. J. Millier (1 ) .
'1) Phys Abh. cl. K. Akad. cl. li es., 1858, n° 1 .
radiolaires.
En 1855, il reconnut les pieds filamenteux des Polycystines, lit connaître les Acanthomètres avec leurs rayons siliceux, et signala pour la première fois les rapports qui existent entre les Thalassicoles, les Polycystines et les Acanthomètres (1). Dans un Mémoire qui vient de paraître, il établit les caractères de cet ordre, montre les atlinités qu’il a avec les ordres voisins, et fait connaître plusieurs observations nouvelles en même temps qu’il donne le relevé des genres et des espèces qui doivent y être rapportés.
M J. Millier divise les Radiolaires d’après leur genre de vie, qui est isolé ou agrégé, puis d’après le test et les spiculés' qui les protègent. Voici le tableau de ces divisions:
Isons lest, mais avec
des spiculés siliceux. 7'halassicoles (Huxley, Millier), avec un test treillissé
siliceux Polycystines (Ehrenberg).
sans lest, mais avec
des piquants étoilés Acanthomclres (Muller).
r / sans lest, avec pi-
i quunts Spluurozoon t Meyer).
\ pulyzoaires <
/ avec un lest réticule. Cnllnspœres (Muller).
Les Polycystines (2) sont les animaux les plus anciennement connus de ce groupe. M. Ehrenberg les a décrites depuis plusieurs années déjà, d’abord d’après des espèces fossiles provenant d une montagne des Antilles, puis d'après des espèces vivantes. On croyait généralement que les Polycystines n’étaient que des animaux incomplets, jusqu’à ce que M. Millier eût reconnu leurs expansions rhizopodaires. Ce naturaliste a fait connaître en même temps leur nature animale et leurs atlinités systématiques.
Ces animalcules ont un test siliceux, aréolé ou treillissé, de forme excessivement variable, selon les genres ou les espèces ; ils forment un groupe déjà très riche en genres et en espèces.
Acanthomètres. — Le test treillissé manque; les piquants se rejoignent à leur base; ils sont creux et livrent passage à des filaments par des fentes. Le nombre de ces piquants est ordinairement de vingt. Quelquefois on n’en observe que douze ou quatorze.
(I) Monalsberichl d. Akad., novembre 1836, elfévr. 1858.
(21 Ehrenberg, Monalsberichl, 1817, |>. 34, et Mikrogeologie, in-fol., 1854, surtout, pl. 36. — J- Muller, Monals'.cr., 1853, p. 251 et 67 1, et Mém. de l’Acad. des ic. de Verlin, 1858.
ft32 KHIZOPODES.
M. Millier en a décrit quinze espèces de la Méditerranée.
Seuærozoüm. — C’est M. Meyer qui a établi le genre Sphterozoum pour des Radiolaires agrégés et sans test ; outre le S/j/i. /iunctntum, M. J. Muller cite encore quatre autres espèces de la Méditerranée appartenant à cette division.
Ordre des Actlnoplirys.
Les Actinophrys constituent un groupe fort naturel, très distinct des autres et extrêmement remarquable par les singuliers appendices qui leur servent d’organes de préhension. Au lieu de ces appendices variables et anastomosés qu’on voit dans les Foraminifères, on aperçoit chez eux des organes droits, roides, terminés souvent par un bouton en ventouse, très légèrement flexibles, s’étalant d’une manière régulière sans se fondre les uns dans les autres, mais disparaissant comme eux dans la masse du corps pendant la rétraction. Ils ne sont point ciliés et se distinguent facilement des vrais Foraminifères ainsi que des Infusoires. On a cru dans ces derniers temps, mais à tort, qu’ils ne constituaient qu’un âge des Infusoires de la famille des Vorticellidés.
Ils vivent dans l’eau douce et dans l’eau de mer.
Les uns ont le Gorps nu, et des expansions roides hérissent toute la surface du corps: ce sont les Actinophrys, dont une espèce est très commune partout dans l’eau douce et a été l’objet de recherches particulières entreprises par M. Kolliker (1). Un autre Actinophrys n’est pas moins commun dans l’eau de mer.
Les autres animaux de ce groupe sont logés dans un étui assez solide, et ressemblent plus ou moins à des Yorticelles par leurs loges, ainsi que par la tige qui les porte. Ce sont les Podophrys et les Acinetcs.
Genre Podophrys ( Podophrys ). — Le corps est porté sur un pédicule et montre sur toute sa surface des expansions filiformes roides, très lentement rétractiles et ellilées au bout. On pourrait dire que les Podophrys sont des Actinophrys pédicules.
Leurs espèces marines sont nombreuses et vivent communément sur les Sertulaires et les Campanulaires.
Genre Acinète [Acineta). — Le corps est logé dans une capsule
(1) Zeils.fiir wiss. 1 ool., 1848,1, I, p. 198. — Claparède, in Miniers Arehiv., 1854, p. 398, et Ann. nat. Hist., XV, p. 211. — Cienkowsky, oie sur la théorie des Acinètes de M. Stein (Bullel. de l’Acad. de Sainl-Pétersb., u" 307, t. XIII, p. 297).
'•IUSgJhUNEÜ. /|33
ordiimiroment comprimée, portée sur une tige, et les expansions, droites comme dans les précédents, forment des faisceaux et se terminent toutes par une ventouse. C’est à l’aide de ces ventouses qu’ils saisissent leur proie au passage.
Ce sont, pour ainsi dire, les Vorticclles des Rhizopodes.
On en connaît une espèce ( Acineta tuberosa) qui vit communément sur les Sert ul aires et les CampanulaiPes de nos côtes; elle acquiert jusqu’à 5 millimètres de longueur.
Ou a vu de jeunes Acinètes se mouvoir dans le corps de leur mère, la quitter ensuite brusquement, et même avec violence, et nager librement, grâce aux cils rétractiles dont leur corps est couvert. Souvent, en moins d’une heure de temps, les cils de ces animalcules ont fait place à des stylets, et le jeune ressemble déjà aux adultes.
Ordre des Urégarines.
Les Grégarines 1 j sont des êtres microscopiques, ou tout au moins de petites dimensions, qui vivent en parasites dans le canal intestinal de certains animaux sans vertèbres, plus particulièrement dans celui des Insectes, des Arachnides et de certains Vers chétopodes (2). C’est Gavolini qui les a vus le premier, mais c’est M. Léon Dufour qui leur a imposé le nom qu’ils portent.
Leur organisation est très simple : à l’extérieur une membrane extensible, ayant la forme d’un cylindre, d’un fuseau ou d’un fil; à l’intérieur, des granulations qui se déplacent en ondulant, et, au milieu de' ces granulations, deux vésicules transparentes emboîtées l’une dans l’autre, comme le seraient deux vésicules germinatives. Ges animaux ressemblent ainsi à une cellule ou à un œuf observé avant la fécondation.
Les Grégarines engendrent des Navicelles, comme les Infusoires produisent un noyau d’où sortent des Amibes, et ces corpuscules se transforment de nouveau en Grégarines (Lieberkühn).
Les Amibes ayant été regardés par plusieurs naturalistes comme la forme la plus simple des Rhizopodes, il s’en suivrait que les Grégarines sont les espèces parasites de ce groupe, et qu’elles perdent
(1) Voy. N. Lieberkühn, Evolution des Grégarines (Acad. roy. de Belgigue , t. XXVI des Além. couronnés , 1854. — Külliker, lieilr. - ■ Kentn. nied. Ihiero (Zeitschr. fiir wiss. Zooi., 1848, t. 1, p. I.)
(2) Les Annélides chétopodes, chez lesquels on a observé des Grégarines, appar tiennent aux genres des Lombrics, Tubifex, Térébelles, etc.
RUIZOl’ODES.
UU
leurs véritables caractères par leur séjour dans le nouveau milieu qu’elles habitent.
On a beaucoup varié au sujet de leurs afiinités. Ainsi, M. Léon Dufour en a fait d’abord des Vers trématodes; M. Diesing les a placées dans ses Rhynchodes, à côté des Échinorhynques; M. de Siebold, en 1839, les a reportées à la fin des Helminthes, parmi les Cystiques ; M. Stein leur assigne un rang parmi les Infusoires, sous j le nom de Symphiten ; M. Leidig veut qu’on les classe assez haut parmi les Helminthes, et il combat avec MM. Frantzius, Stein, j Henle, etc., l’opinion de ceux qui les regardent comme des animaux monocellulaires; enfin, M. Vogten fait un groupe de.Nématoïdes.
Ces parasites sont assez nombreux, mais ils n’ont encore été répartis qu’en un petit nombre de genres, qu’on a nommés Stylorhynque, Grégarine, Monocyste, Clepsidrine, etc.
La Grégarine oligacanthe (Stylorhynchus oligacanlhus) estime des formes les plus remarquables. Elle est terminée par une sorte de trompe hérissée de crochets, et vit dans l’intestin des larves d’Agrions.
La Grégarine pointue [Gregarina cuspidata) n’est pas moins remarquable par les deux prolongements latéraux qui lui donnent la forme d’une ancre de navire. Elle mériterait aussi de former le type d’un genre nouveau. Cette espèce vit dans l’intestin des Tubifex et de quelques autres Annélides de nos côtes.
La Grégarine polymorphe ( Clepsidrina polymorpha ) se distingue par une tète distincte et des formes conjuguées. Elle est commune dans l’intestin des Vers delà farine ( Tcnebrio molitor ).
La Grégarine agile ( Monocystis agilis) n’a pas de tête distincte, ne forme qu’un boyau allongé et représente l’état le plus simple. Cette espèce vit dans le Lombric terrestre, et c’est à cause de sa forme allongée que l’on a supposé que lesGrégarines n’étaient qu’un étal de certains Nématoïdes parasites. M. Dujardin avait pris cette espèce de Grégarine pour un Amibe.
Ordre des Amibiens
Ces Rhizopodes sont des animaux excessivement simples, nus, et d’une telle instabilité déformé, qu’on les voit en changer à chaque ■ j instant sous le microscope; aussi, lorsqu’on les dessine, est-on continuellement obligé de compléter de souvenir la figure qu’on en fait, leurs contours ayant changé de forme avant qu’on ait pu
AMIBIENS.
Zi35
en tracer l’apparence. Le corps et ses expansions sont également ditlîciles il délimiter, et les Amibes, aussi nommés Protées, à cause de l’instabilité de leurs formes, semblent n’être qu’une petite masse visqueuse, imprégnée de quelques granules ; on n’y reconnaîtrait jamais une forme animale, si l’on ne voyait distinctement leurs mouvements de reptation.
Le mot Amibe (Amiba) a été introduit dans la science par Bory Saint-Vincent, pour exprimer l’instabilité continuelle de leur forme de corps. M. Ehrenberg l’a changé en Amœba.
Un trouve ces curieux animaux dans l’eau de mer et dans l’eau douce.
Il s’en développe en grande quantité et d’espèces très diverses dans l’eau de nos côtes, lorsqu’on l’a laissée en repos pendant quelques mois.