CLASSE DES MAMMIFÈRES
§ 388. La classe des Mammifères se compose de l’homme et de tous les animaux qui lui ressemblent par les points les plus importants de leur organisation. Elle se place naturellement en tète du règne animal, comme renfermant les êtres dont les mouvements sont les plus variés, les sensations les plus délicates, les facultés les plus multipliées et l’intelligence la plus développée ; et elle nous intéresse aussi plus que toute autre, car elle nous fournit les animaux les plus utiles, soit pour notre nourriture, soit pour nos travaux et pour les besoins de notre industrie.
Il est en général facile de distinguer, au premier coup d’œil, un mammifère d’un oiseau, d’un reptile, d’un poisson, ou de tout autre animal, par la seule considération de sa forme extérieure et de la nature de scs téguments; caries mammifères sont les seuls animaux vertébrés dont le corps est couvert de poils, et ordinairement leur forme générale ne s’éloigne que peu de celle des espèces que nous avons continuellement sous les yeux, et que nous prenons naturellement comme type de ce groupe. Mais quelquefois ils ne se reconnaissent pas à un examen aussi superficiel, car il en est dont la peau est complètement nue et dont le corps, au lieu de ressembler à celui du chien, du cheval ou d’un autre mammifère ordinaire, présente les formes propres aux poissons: le marsouin (tig. 192) et la baleine, par
exemple, sont dans ce cas ; aussi le vulgaire les prend-il pour des poissons, dont ils diffèrent cependant par leurs mamelles,
Fig. 192. — Marsouin commun.
par leur mode de respiration, et par une foule d’autres traits des plus remarquables.
§ 389. Développement et lactation. — Ce que les mammifères offrent de plus remarquable, c’est leur mode de développement et d’alimentation pendant les premiers temps de la vie. Ces animaux sont vivipares, et pendant la période embryonnaire de leur existence ne portent pas avec eux un amas de matières nutritives, comme cela se voit chez les animaux ovipares : ils puisent ces matières directement dans le sang de leur mère; et, après la naissance, le jeune vit encore aux dépens de celle-ci, qui l’allaite pendant un temps plus ou moins long.
Le lait destiné à cet usage est un liquide blanc et opaque, formé par de l’eau tenant en dissolution du sucre de lait, du caséum, quelques sels et un peu d’acide lactique libre, et tenant en suspension des globules de beurre. Ses qualités varient un peu chez les différents animaux et peuvent être modifiées par les aliments dont ceux-ci font usage ; en général, il laisse par l’évaporation 10 à 12 pour 100 de parties solides, mais sa richesse peut varier beaucoup suivant les circonstances.
Ce liquide alimentaire est sécrété par des glandes particulières nommées mamelles, qui existent dans les deux sexes, mais qui ne servent à l’allaitement du jeune que chez la femelle. Des organes analogues ne se rencontrent dans aucune autre classe du règne animal ; et c’est à raison de leur existence chez tous les animaux du groupe dont nous faisons ici l'histoire, que les zoologistes ont donné à ces êtres le nom de mammifères.
Le nombre des mamelles est en général;! peu près en rapport avec celui des petits dont se compose chaque portée: souvent on n’en compte que deux (chez les singes, l’éléphant, la chèvre et le cheval, par exemple); mais quelquefois aussi leur nombre est beaucoup plus considérable : ainsi la vache, le cerf, le lion, en ont quatre ; le chat, huit ; le cochon et le lapin, dix ; le rat, dix
MAMMIFÈRES
ou douze, et l’agouti, douze à quatorze. La position de ces glandes varie aussi : chez les singes et les chauves-souris, elles sont placées sous la poitrine, comme chez l’homme ; chez la plupart des carnassiers, elles sont situées à l’abdomen aussi bien qu’au thorax ; et chez le cheval, le bœuf, le mouton, etc., elles sont placées encore plus en arrière, près de l’articulation des membres postérieurs.
Souvent les petits naissent les yeux ouverts, et peuvent tout de suite courir et chercher eux-mêmes leur nourriture ; mais un grand nombre d’autres mammifères viennent au monde les yeux fermés, et dans un état de faiblesse tel, qu’ils peuvent à peine se mouvoir; il en est même qui naissent pour ainsi dire avant
Fig. 193. — Sarigue.
terme, car leur corps est à peine ébauché, et ils ne pourraient vivre s ils ne s’attachaient à la tetine de leur mère, où ils restent suspendus pendant un temps considérable. 11 est aussi à noter que chez la plupart des animaux qui naissent dans cet état d’imperfection extrême, lu peau du ventre forme, au devant des mamelles, une poche servant à loger et à protéger les petits.
Cette particularité de structure caractérise les sarigues (fig. 193) les kanguroos et les autres mammifères de l’ordre des marsupiaux, animaux qui, pour la plupart, habitent la Nouvelle-Hollande. Les jeunes achèvent leur développement dans l’intérieur c\e cette poche, suspendus chacun à une tetine, qui pénètre fort avant dans leur bouche, el qui verse dans leur gosier le lait dont l’expulsion est déterminée par la contraction des muscles entre lesquels se trouvent les glandes mammaires. Arrivés à un certain âge, ils se détachent, mais ils continuent encore à teter ; et même lorsqu’ils sont sortis de la poche qui jusqu'alors leur avait servi de demeure, ils y cherchent encore pendant longtemps un refuge contre le froid ou les dangers dont ils sont menacés.
§ 390. Téguments. — La peau , ainsi que nous l’avons déjà dit, présente, dans la classe des mammifères, des particularités remarquables. Chez un petit nombre de ces animaux elle est nue, mais chez la plupart elle est garnie de poils servant à la protéger et à conserver la chaleur développée dans l’intérieur du corps. L’existence de ces appendices tégumentaires est môme tellement caractéristique de cette classe, qu’un des zoologistes les plus habiles de l’époque, D. de Blain ville, a proposé de remplacer le nom de mammifères par celui de pilifères, lequel contrasterait avec les mots pennifères et squamifères, qu’il voulait faire adopter pour désigner les oiseaux et les poissons.
Les poils sont produits par de petits organes sécréteurs logés dans l’épaisseur du derme ou immédiatement au-dessous de lui. Chaque poil se forme dans une petite poche ovoïde, à parois blancheset résistantes, qui communique au dehors par uneouverture étroite, et qui est appelée capsule. L’in'érieur de cette cavité est revêtu d’une membrane tantôt rougeâtre, tantôt diversement colorée, qui paraît être une continuation du réseau muqueux de la peau, et à sapartie inférieure se trouve une papille conique ou bourgeon, qui reçoit un nerf et des vaisseaux sanguins et qui produit le poil. La substance dont cesappendices tégumentaires sont en majeure partie composés offre la plus grande analogie avec du mucus desséché. En les examinant au microscope, on voit quelquefois très-distinctement qu’ils sont formés d’une foule de petits cônes ou cornets emboîtés les uns dans les autres ; mais, en général, ils ont l’apparence d’unsimple tube corné, dont l’intérieur paraît être rempli d’une matière pulpeuse. Chez la plupart des animaux, ils sont cylindriques cl plus gros à leur base qu’à leur sommet ; souvent ils sont plusou moins aplatis ; on en connaît qui sont toirt à fait lamelleux et semblables à des brins d’herbe; tantôt leur surface paraît être parfaitement lisse, et d’au-
MAMMIFÈRES. 341
très fois elle est cannelée ou garnie de petites aspérités, ou bien présente un aspect moniliforme ; enfin, leur grosseur, leur forme
Fto. 194. (I)
et leur élasticité varient aussi beaucoup d’un animal à un autre, ainsi que dans les différentes parties du corps d’un même individu. I.es noms par lesquels on désigne les diverses variétés de poils
(1) Section d'une portion de peau portant des poils et renfermant des glandes sébacées (h) et des glandes céruminouses (il) Irès-développées. Ces dernières ressemblent aux glandes sudoriferes dont il a été question ci-dessus (page 102): — a, couche cornéo de l'épiderme; — b, couche muqueuse; c, chorion ou derme ; — gt capsules pilifères; f, orifices des conduits excréteurs des glandes qui sécrètent la matière grasse appelée cérumen.
diffèrent, suivant les propriétés de ces filaments cornés et suivant les parties où ils croissent. Ainsi on les appelle piquants lorqu’ils
sont très-gros, pointus, très-roides et qu’ils ressemblent à des épines (exemples : leporc-épic(fig. 196) et le hérisson); et soies, lorsqu’ils sont moins gros et beaucoup moins résistants, mais encore très-roides, excepté vers leur extrémité (exemple : sanglier). Les crins ne diffèrent guère des soies que par un peu plus de souplesse et moins de grosseur : en général, ils sont droits comme elles ; mais ils sont quelquefois ondulés, surtout lorsqu’ils sont très-longs. La laine est une espèce de poil long, très-fin et contourné en tous sens. Enfin le duvet, ou la bourre, se compose de poils d’une finesse ou d’une mollesse extrêmes, qui, en général, se trouvent cachés au-dessous d’une couche plus ou moins épaisse de poils ordinaires, que l’on désigne souvent sous le nom de jarre.
La couleur des poils varie beaucoup, mais peut presque toujours se rapporter à des modifications du blanc, du noir, du brun roux ou du jaunâtre; elle parait dépendre de l’existence d’unegruisse colorée qui est soluble dans l’esprit-de-vin bouillant : lorsqu on extrait cette huile par l’action du liquide dont nous venons de parler, les poils prennent tous une teinte gris jaunâtre. Dans les cheveux blancs on a trouvé aussi une huile blanche qui, dans les cheveux roux, est remplacée par une huile rougeâtre, et dans les cheveux noirs on a constaté l’existence d une huile teinte en
(1) Section verticale d'un follicule pileux : - «. ti*. du poil sorUnt de sa capsule ; -V racine du poil ; c, bulbe pileux; - d , couche ep.derm.que du pod; - *, f, 0; les différentes tuniques constitutives de la gaine de la racine du pod ~ ^
poil ; - /c. conduits excréteurs des glandes sébacées dépendante! s du fol Ihcute pteux,— l, portion adjacente du derme ; — W, couche muqueuse e a ] c , , 1
Fig. 195. (1)
MAMMIFERES.
noir bleuâtre par du sulfure de fer (1). Tantôt les poils ont, dans, toute leur longueur, la môme couleur ; tantôt ils sont plus foncés à leur extrémité qu’à leur base, et quelquefois aussi ils
Fig. 196. — Porc-épic.
présentent une série d’anneaux blancs et colorés. Du reste, leur couleur varie presque toujours dans les différentes parties du corps, et la disposition générale de ces teintes constitue ce que l’on nomme le pelage des animaux. En général, les couleurs sont beaucoup plus foncéesà la face supérieure qu’à la face inférieure du corps, et lorsqu’elles forment des taches, celles-ci sont presque toujours disposées symétriquement de chaque côté ; à moins toutefois que les animaux ne soient réduits à l’état de domesticité, car alors leur pelage présente souvent la plus grande irrégularité.
Le pelage est ordinairement le môme dans les deux sexes, et en général ne varie que peu aux différents âges. Dans quelques espèces, cependant, les jeunes ont des taches et des nuances
(D II existe aussi, dans les différentes espèces de cheveux, du soufre, qui peut facilement se combiner avec le plomb et quelques autres métaux pour former des sulfures colorés; c'est de la sorte qu’on parvient à les teindre en noir par l'application de sels de plomb, de mercure, etc., le sulfure qui se forme alors dans la substance du poil étant de cette couleur.
variées, qui disparaissent, chez l’adulte, et souvent il arrive que la couleur des mammifères change avec les saisons.
En général, les poils tombent à une époque déterminée de l’année, et soin, remplacés par d’autres; cette mue a lieu le plus souvent au printemps ou en automne. Tantôt elle s’opère sans que la couleur du pelage soit modifiée; d’autres fois elle entraîne des changements très-considérables, soit dans la couleur, soit dans l’abondance et la nature des poils. Ainsi, notre écureuil commun (fig. 122), dont le pelage est d’un roux foncé en été, devient d’un beau gris bleuâtre en hiver. Dans cette dernière saison la fourrure des mammifères est ordinairement beaucoup plus épaisse qu’en été, et l’on y trouve, sous les crins ou poils plus ou moins soyeux qui la composent en partie, une quantité, plus ou moins considérable de duvet. L’influence de la température se fait sentir de la môme manière sur les animaux qui habitent des climats différents : ceux des pays froids ont une fourrure épaisse et abondamment fournie de duvet, tandis que ceux des pays chauds n’ont guère que des poils courts, secs, roides et peu nombreux.
Ce que l’on recherche le plus dans les fourrures, c’est la finesse, l’abondance, le moelleux et le brillant du poil ; or, d’après ce que nous venons de dire relativement à l’influence des saisons et du climat sur l’enveloppe tégumenlaire des mammifères, on peut prévoir que ce doit être dans les pays les plus glacés, dans les montagnes, et surtout pendant l’hiver, que se trouvent les plus belles pelleteries ; et, en effet, c’est du Nord que nous les lirons presque toutes. La France et les pays voisins fournissent bien quelques fourrures, connues sous le nom de sauvagines, mais c’est principalement dans la Sibérie et la partie la plus septentrionale de l’Amérique, que le commerce des pelleteries devient réellement important.
Lorsque les bulbes des poils sont extrêmement rapprochés, les filaments cornés qu’ils produisent se soudent en quelque sorte entre eux et forment des lames solides : c’est de la sorte que paraissent naître les espèces d’écailles qui recouvrent tout le corps de certains mammifères très-singuliers, connus sous le nom de Pangolins (fig. 197), et la cuirasse des tatous. Les anatomistes s’accordent aussi à regarder les ongles et la corne comme ayant la môme origine.
§ 391. Squelette. — La forme générale du corps est déterminée principalement par le squelette ; quelquefois cependant elle présente des particularités qui ne sont pas en rapport avec la disposition de cette charpente intérieure : ainsi les bosses qui
MAMMIFERES.
surmontent le dos des chameaux (tig. 198) ne sont pas soutenues par des os, et ne consistent que dans des amas de tissu graisseux.
Fig. 197. — Pangolin.
Le squelette ofl're toujours dans sa conformation la plus grande analogie avec celui de l’homme, que nous avons déjà étudié
Fig. 198. — Squelette du Chameau (voyez page 217).
(§ 269, etc.). I.es différences que l’on y remarque chez les divers animaux de celte classe dépendent essentiellement : 1° de l’absence des membres abdominaux dans les mammifères pisci-
formes, tels que le marsouin (fig. 192) et la baleine, que les zoologistes ont compris dans l’ordre des cétacés; 2° de la diminution du nombre des doigts et de l’absence de la clavicule chez la plupart des espèces dont les membres ne servent qu’il la marche ; 3° de quelques variations dans le nombre des vertèbres, surtout dans les régions dorsale et caudale; â° d’inégalités dans leur volume relatif offertes par les mêmes os.
§ 392. Conformation «le i«» tète. — La forme de la tête osseuse ^rie beaucoup, suivant quela face prend plus ou moins d’extension, ou bien que le crâne se développe davantage, et l’étude .de ces différences de proportions n’est pas sans intérêt ; car, ainsi que nous l’avons déjà vu, il existe, en général, un rapport assez direct entre le degré d’intelligence dont un animal est doué et les dimensions relatives de la portion crânien ne de sa tête (§ 3â2). A mesure que l’on s’éloigne de l’homme, on voit le crâne diminuer, les mâchoires et les fosses nasales prendre plus d’extension, les orbites se diriger de plus en plus en dehors, et devenir de moins en moins distinctes des fosses temporales; enfin le trou occipital, qui livre passage à la moelle épinière, et les deux condylespar lesquels la tête s’articule avec la colonne vertébrale, au lieu d’être placés vers le milieu de la face inférieure du crâne, se portent de plus en plus en arrière et finissent par en occuper la face postérieure, de façon que les mâchoires, au lieu de former un angle droit avec la colonne vertébrale, deviennent parallèles à l’axe du corps. Du reste, on trouve partout à peu près les mêmes os; et le mode d’articulation de la mâchoire inférieure est caractéristique de la classe des mammifères : cet os se fixe immédiatement au crâne par deux condyles saillauts, et la portion du temporal qui le reçoit est confondue avec le rocher et entre dans la composition des parois du crâne; tandis que, chez les oiseaux, les reptiles, les batraciens et les poissons, cette mâchoire est suspendue à un os intermédiaire entre lui et le rocher.
§ 393. Divers mammifères offrent dans la conformation de la tête une particularité remarquable, consistant dans l’existence de cornes plus ou moins longues. Quelquefois ces prolongements ne sont que des dépendances de la peau, et paraissent être formés de poils soudés ensemble : c’est le cas des cornes dont le nez du rhinocéros est armé; mais en général il en est autrement, et c’est un prolongement de l’os du front qui constitue l’axe de ces appendices. Les mammifères pourvus de cornes a chc\ ille osseuse appartiennent tous à l’ordre des ruminants, et ollrenl dans la structure de ces parties des différences assez considérables. Tantôt la protubérance osseuse est recouverte par la peau du Iront, qui,
dans ce point, ne dilfèro pas de celle du reste de la tète, et qui ne se détruit pas : c’est le cas de la girafe (fig. 2Zil). Tantôt la portion osseuse des cornes, d’abord revêtue d’une peau velue, s’en
Fii'.. 19'. — lUtinocérof.
dépouille, et, après être restée à nu pendant un certain temps, tombe elle-même pour faire place à une nouvelle corne destinée à éprouver à son tour les mêmes changements : ces cornes caduques se nomment bois, et ne se rencontrent que chez les animaux du genre cerf (fig. 201). Enfin, d’au très foisl’axe osseux croit
pendant toute la vie, ne tombe jamais, et est revêtu d’une espèce de gaine composée d’une substance élastique appelée corne, qui est analogue à celle des ongles, et qui croit par couches. On donne le nom de cornes creuses à ces cornes revêtues ainsi d’un
étui qui semble formé de poils agglutinés, et on les trouve chez les diverses espèces des genres bœuf, mouton, chèvre (fig. 200) et antilope. Il est encore à noter que dans tous ces animaux, à l’exception des antilopes, la cheville osseuse de ces cornes est creusée de grandes cellules qui communiquent avec les sinus frontaux du nez, et reçoivent ainsi de l’air dans leur intérieur.
Le mode de formation et de renouvellement des espèces de cornes connues sous le nom dc6o/'scst très-simple et mérite d’être signalé. A un certain âge, il se développe de chaque côté de l’os frontal un prolongement dont la formation peut être comparée â celle des tubercules connus en médecine sous le nom d’exostoses, ou à celle du cal osseux qui se dépose autour des extrémités des os ordinaires dans les cas de fracture, et en détermine la consolidation. Ces protubérances dont le tissu est très compacte, croissent rapidement et soulèvent la peau qui les couvre. Celle-ci, dans un état voisin de celui de l’inflammation, reçoit une grande quantité de sang à l’aide de vaisseaux nombreux qui sillonnent la surface du bois; mais bientôt il se forme à la base du prolongement osseux un cercle de tubercules qui, en grossissant, compriment ces vaisseaux nourriciers et les oblitèrent. Or, l’enveloppe cutanée de la corne, ne recevant plus de sang, meurt, puis se dessèche et tombe. Le bois est alors à nu et ne tarde pas à éprouver le sort de tou t os qui est dépouillé des parties molles environnantes et reste exposé à l’air. Ce qui a lieu dans bien des cas de blessure chez l’homme, a lieu ici par suite des phénomènes que nous venons de décrire : l’os est frappé de nécrose, meurt, et finit par se détacher du crâne et par tomber. L’animal reste alors sans armes, mais, peu de temps après (ordinairement vingt-quatre heures), une pellicule mince recouvre la plaie formée par la chute du bois, et bientôt un nouveau prolongement osseux s’élève à la place de l’ancien. En général, le nouveau bois acquiert des dimensions plus considérables que celui auquel il succède. Ordinairement le nombre des branches est aussi plus considérable : mais sa durée n’est pas plus longue, et il passe par les mêmes phases que le premier.
C’est en général au printemps que ce phénomène curieux a lieu, et presque toujours le renouvellement du bois se fait régulièrement chaque année. Du reste, il semble exister un rapport évident entre l’époque â laquelle il s’effectue et l’activité périodique des fonctions de reproduction ; car chez les cerfs, où le rut n’est pas un état de crise violent et limité, les cornes persistent plus d’une année. Enfin, c’est en général le male seulement qui a la tête ornée de la sorte; une espèce remarquable, le renne,
MAM Ml FEUES.
fait cependant exception à cette règle, la femelle ayant des cornes aussi bien que le mille.
§ 39ft. Une autre anomalie curieuse qui se rencontre dans la conformation de la tète chez quelques mammifères dépend d’un développement excessif du nez, qui se prolonge de façon à con-
' Fio. 202. — Éléphant de l’Inde,
stiluer une, trompe mobile et préhensile. Telle est, en effet, la nature de 1 organe qui donne à l’éléphant un aspect si particulier cl une si gran 'e adresse. La trompe de cet animal est un double tuyau qui SC continue supérieurement avec les fosses nasales et qui est revêtu intérieurement d’une membrane fïbro-tcndineùse aulour de laquelle se fixent des milliers de petits muscles divèr-
sement entrelacés, et disposés de façon à l’allonger, à la raccourcir et à la courber dans tous les sens : à son extrémité supérieure, il existe une valvule cartilagineuse et élastique, qui, à moins d’étre relevée par la contraction volontaire de ses muscles, intercepte la communication entre les fosses nasales et le dehors; enfin, à son extrémité libre, se trouve un appendice en forme de doigt, également mobile. Celte longue trompe sert à l’animal pour saisir fout ce qu’il veut porter à sa bouche, pour cueillir l’herbe et les feuilles dont il se noui’rit, et pour pomper la boisson qu’il lance ensuite dans son gosier : sans elle, la conformation générale de son corps rendrait son existence presque impossible. En effet, pour qu’un animal puisse chercher commodément à terre sa nourriture, il faut, lorsqu’il n’a pas d’organes spéciaux de préhension, que la longueur de son cou soit proportionnée à celle de ses jambes, de telle sorte qu’en abaissant la tête, il puisse, sans les fléchir, toucher le sol avec ses lèvres. S’il est haut sur pattes, il lui faut donc un long cou; et cette disposition est à son tour incompatible avec une tète trèsgrosse et très-lourde, dont le poids devient d’autant plus difficile à soutenir qu’el'e est placée à l’extrémité d’un cou plus long : aussi observe-t-on que chez tous les animaux dont les pattes sont allongées et dont la bouche sert à la préhension des aliments (la girafe, par exemple, fig. 2Zil), le cou est long et la tête petite; tandis que chez ceux dont la tête est forte et lourde, ou destinée à exécuter des*mouvements très-énergiques, le cou est plus ou moins court. Or, les éléphants sont de très-grands animaux, dont la tête est fort éloignée du sol et d’un volume en rapport avec les énormes défenses dont la mâchoire supérieure est armée ; son poids est par conséquent très-considérable, et le cou qui la supporte très-court : s’ils étaient dépourvus d’une trompe, il aurait donc fallu donner au reste de leur organisation un tout autre plan.
Les éléphants sont les seuls mammifères qui soient pourvus d’un semblable organe de préhension; mais il existe quelque chose d’analogue chez certains animaux de la même classe, qui sont destinés à fouir la terre pour y chercher leur nourriture : ainsi les tapirs, animaux assez voisins des cochons, ont le nez prolongé bien au devant de la bouche, et il constitue une petite trompe susceptible de s’allonger et de se raccourcir (fig. 203). Les desmans (fig. 20Zi), petits insectivores voisins des musaraignes, mais conformés pour nager avec lacilité et pour vivre au fond de terriers creusés dans les berges, otl’reul aussi une conformation analogue.
MAMMIFÈRES
§ 395. Tronc. — La colonne vertébrale ne présente, dans la classe des vertébrés, que des modifications légères, et offre partout les mûmes caractères que cliez l’homme (§ 271); nous re-
Fig. 203. — Tèle do Tapir. Fig. 201. — Desman.
marquerons seulement que sa longueur varie beaucoup, et que le nombre des vertèbres dont elle se compose est loin d’ûtre constant. Ces différences numériques dépendent surtout de l’inégal développement de la portion caudale de la colonne : ainsi tantôt il n’existe point de vertèbres coccygiennes (chez les chauvessouris du genre roussette, par exemple), tandis que d’autres fois on en compte 40, 50 et même plus de 60. Il est aussi à noter que ces vertèbres coccygienues sont de deux sortes : les unes conservent un canal pour le passage de la moelle épinière, les autres n’en ont. plus; enfin leurs apophyses sont d’autant plus saillantes, que la queue est plus forte et plus mobile. Chez la plupart des mammifères, cet organe ne sert que peu aux mouvements;' mais chez d’autres il devient un instrument puissant de locomotion. Ainsi, dans les kanguroos, les gerboises, etc., la queue forme, avec les pieds de derrière, une espèce de trépied sur.lequel l’animal se pose et s’élance (fig.109); chez un grand nombre de singes de l’Amérique, elle est préhensile et sert à ces animaux comme une cinquième main pour se suspendre aux branches (fig. 115); enfin, chez les cétacés, elle prend un accroissement énorme et devient l’agent principal de la natation. Chez ces derniers animaux on remarque aussi au-dessus des premières vertèbres caudales des os en forme de V, qui semblent représenter en quelque sorte les côtes, et qui servent à augmenter la force des muscles fléchisseurs de cette partie du corps (fig. 205), La longueur du cou varie aussi beaucoup : chez les girafes, par exemple, elle est très-considérable, tandis que chez la baleine elle est presque nulle, et cependant le nombre des vertèbres y est presque toujours de sept comme chez l’homme. On ne connaît que deux exceptions à cette règle, savoir : l’aye, qui en a 9, et le lamentin seulement 6.
§ 396. La conformation du thorax varie peu ; le nombre des
côtes est en rapport avec celui des vertèbres dorsales, et est en général de 12 à 1 h paires : quelquefois cependant il s’élève davantage. Ainsi, chez le cheval on en compte 18 paires, et chez l’éléphant des Indes 20 paires. Le sternum est en général étroit et aplati; mais chez les chauves-souris, où les muscles abaisseurs de l’aile doivent avoir une grande puissance et trouver sur cet os une large surface pour leur insertion, il présente souvent, sur la ligne médiane, une crête élevée qui ressemble un peu au brechet des oiseaux. Enfin, chez tous les animaux de cette classe, la cavité thoracique est séparée de l’abdomen par une cloison complète formée par le muscle diaphragme.
§ 397. Membres. — Les membres sont au nombre de quatre chez tous les mammifères ordinaires; mais chez les baleines et autres mammifères piseiformes (fig. 192), désignés sous le nom commun de Cétacés, il n’y en a que deux, car les abdominaux
Fig. 205. Squelette de Cctacé (le Dugong).
n’existent pas (fig. 205). De môme que chez l’homme, ces organes se composent toujours d’une portion basilaire et d un levier •articulé, qui se divise en trois parties principales, savoir : le bras ou la cuisse, l’avant-bras ou la jambe, et la main ou le pied; mais, ainsi que nous l’avons déjà vu (§29Zi, etc.), le mode de conformation de ces diverses parties varie un peu, suivant les usages auxquels ils sont destinés.
La portion basilaire du membre thoracique, ou 1 épaule, se compose essentiellement, avons-nous dit, d un grand os plat qui est appliqué sur les côtes, qui donne attache au bras, et qui se nomme l 'omoplate ou scapulum. Cet os est d autant plus étendu dans le sens parallèle à la colonne, que 1 animal lait a^c ses bras des efforts plus violents : et, en ellet, celle conformation fournil aux muscles destinés à porter le membre contre le tronc des points d’insertion plus étendus. Chez les mammifères qui se servent de leurs membres thoraciques comme d organes de pré-
MAMMIFÈRES
liension ou de vol, et qui les portent avec force en dedans vers la poitrine, l’omoplate est maintenue dans sa position normale à l’aide de la clavicule, qui, par l’une de ses extrémités, s’articule avec elle, et par l’autre s’appuie sur le sternum en manière d’arc-boutant (lig. 103); mais chez les quadrupèdes qui n’exécutent que peu ou point de mouvements analogues, et qui ne font guère usage de ces membres que pour la marche ou la nage, la clavicule manque complètement ou n’existe qu’à l’état de vestige ; tous les quadrupèdes à sabot et plusieurs autres sont dans le mémo. cas. Chez quelques mammifères très singuliers de la Nouvelle-Hollande, tels que les ornithorhynques, les os de l’épaule prennent au contraire un très-grand développement, et leur disposition ressemble beaucoup plus à ce qui existe chez les lézards et les oiseaux qu’à ce que l’on voit chez les mammifères ordinaires: un os en forme d’Y (d, fig. 206) s’appuie sur l’extré-
a co d
mité antérieure du sternum (s), et envoie ses deux branches aux deux omoplates, de la même manière que la fourchette des oiseaux; deux pièces situées au-dessous de cette clavicule furculaii e représentent 1 os coracoïdien des oiseaux et des lézards (co); enfin 1 omoplate elle-même (o), au lieu de se terminer par la fossette destinée à loger la tête de l'humérus, se prolonge au delà et \icnt s’unir directement au sternum (s).
Les fonctions de la portion basilaire des membres abdominaux varient moins que celles de l’épaule : aussi le mode de conformation de cette partie est-il plus constant. Excepté chez les cétacés, où le bassin n’existe qu'à l’état de vestige, les os des han-
Fio. 206
Fig. 207
elles (i) s articulent toujours d’une manière immobile au sacrum (s), et se réunissent entre eux par leurs extrémités inférieures, de façon à constituer un anneau complet et plus ou moins évasé, nommé bassin. La forme et les dimensions de cette ceinture osseuse varient beaucoup ; et l’on remarque que, toutes choses égales d ailleurs, la position verticale sur les membres abdominaux est d’autant plus facile, que le bassin est plus large. Il est encore à
Fig. 208, — Chevreuil.
noter que chez les sarigues et les autres marsupiaux ,les muscles de l’abdomen formant la poche de ces animaux sont soutenus par deux os particuliers qui naissent de la partie antérieure du bassin, et qui sont désignés par les anatomistes sous le nom d’os marsupiaux (fig. 207, m).
Le bras et la cuisse ne présentent, chez tous les mammifères, qu’un seul os, l’humérus ou le fémur. Les os de l’avant-bras et de la jambe sont généralement les mêmes que chez l'homme ; mais, chez les chauves-souris, il existe aux membres antérieurs, aussi bien qu’aux membres postérieurs, une rotule distincte. En général, tous ces os sont d’autant plus courts et plus larges, que l’animal a besoin de mouvoir les membres avec plus de force, et au contraire deviennent longs et grêles lorsque la rapidité est
MAMMIFÈRES
le caractère essentiel du mouvement que celui-ci aura à exécuter. La taupe (fig. 209), qui se sert de ses membres antérieurs pour fouir la terre, et le chamois ou le chevreuil (fig. 208), qui éton-
Fio. 209. — Taupe.
nentpar la légèreté et l’étendue de leurs bonds, peuvent servir d’exemples de ces deux genres de modifications.
Lorsque la main devient un organe de locomotion et non de
Humérus de Taupe. Fig. 210. Patte antérieure.
réhension, le radius ne peut plus tourner sur le cubitus, et finit par s’y souder si intimement qu’on ne peut plus l’en distinguer : il en est de même pour le péroné, qui se confond avec le tibia chez les quadrupèdes à sgbots.
La conformation de la main et du pied varie beaucoup dans cette classe d’animaux, suivant que les membres doivent servir à la marche, à la préhension, à la natation et au vol. Nous avons déjà fait connaître ces modifications curieuses, et, par conséquent, il n’est pas nécessaire de nous y arrêter ici; nous ajouterons seulement que le nombre des doigts ne dépasse jamais cinq, et diminue d’autant plus, que les quatre membres sont consacrés d’une manière plus exclusive à la marche.
§ 398. orKuncM des ftons. — Le degré de flexibilité des doigts et la nature de leurs mouvements influent sur leurs usages, non-
seulement comme organes de locomotion et de préhension, mais aussi comme instrument du sens du toucher. Lorsqu’ils ne peuvent embrasser les objets pour les palper, et que la main ne peut se mouler en quelque sorte sur leur forme, le tact doit être nécessairement très-imparfait ; et ce qui tend à l’émousser encore davantage, c’est lorsque l’ongle, au lieu de laisser à découvert la plus grande portion de l’extrémité du doigt, l’enveloppe en entier et prend la forme d’un sabot (fig. 107). Or, la perfection plus ou moins grande de ce sens influe à son tour sur le développement de l’intelligence, et l’on peut dire avec vérité que, dans l’immense majorité des cas, sinon toujours, les facultés des mammifères sont d’autant plus élevées que leurs membres sont mieux conformés pour saisir et pour palper.
§ 399. Les organes des autres sens offrent, dans tous les animaux de cette classe, à peu près le même mode d’organisation que cher l’homme. Dans ceux qui sont remarquables par la finesse de leur odorat (et ce sont les carnassiers plus que tous les autres, le chien, par exemple), les fosses nasales et les sinus frontaux prennent un accroissement très-considérable, et les cornets qui font saillie dans l’intérieur de la cavité olfactive se développent beaucoup ; dispositions dont l’utilité est facile à comprendre, car elles tendent toutes à donner à la membrane pituitaire, siège de ce sens, une surface plus étendue.
§ ZiOO. Les yeux sont, eu général, plus gros proportionnellement chez les mammifères nocturnes que chez ceux qui cherchent leur nourriture en plein jour; et chez les premiers la pupille, en se rétrécissant sousl’inûuence de la lumière, au lieu de conserver sa forme circulaire, prend ordinairement l’apparence d’une fente. Chez ceux qui sont condamnés par leur vie souterraine à une obscurité complète (les taupes, par exemple), les yeux deviennent extrêmement petits, et n’existent quelquefois qu’à l’état de vestiges; enfin, chez les mammifères qui vivent dans l’eau, le cristallin est plus sphérique que chez ceux qui vivent dans l’air ; et celte disposition était nécessaire pour augmenter le pouvoir réfringent de l’œil, qui, toutes choses égales d’ailleurs, a besoin de pouvoir rassembler les rayons de lumière avec d’autant plus de force, qu’il est plaçé dans un milieu plus dense. On remarque aussi que, chez beaucoup de ces animaux, il existe au fond de l’œil, sur la choroïde, une tache colorée d’une manière très-vive, que 1 on nomme tapis, mais dont on ignore les usages. Plusieurs ont aussi une troisième paupière trôs-développôe et placée verticalement a 1 angle interne des deux autres. Enfin, la direction des yeux varie beaucoup : chez
MAMMIFÈRES
l’homme, ils sont dirigés presque directement en avant; mais à mesure que l’on descend, dans la série des mammifères, vers ceux dont les facultés sont moins développées, on voit ces organes devenir de plus en plus latéraux, au point que, chez plusieurs, la sphère de la vision est complètement différente pour chaque œil, et que l’animal ne peut voir directement devant lui.
§ 401. L’appareil auditif présente aussi chez les mammifères quelques modifications qui paraissent être en rapport avec les mœurs de ces animaux. Chez ceux qui vivent dans l’eau ou sous terre, la conque auditive est, en général, très-petite ou môme tout à fait rudimentaire; et, à mesure que l’on descend depuis l’homme jusqu’aux herbivores, on voit celte partie de l’oreille prendre de plus en plus la forme d’un cornet acoustique, se détacher de plus en plus de la tète, et devenir de plus en plus mobile. On remarque aussi que, dans les quadrupèdes nocturnes, la membrane du tympan occupe en général plus d’espace et se trouve plus à fleur de tôte que chez les diurnes.
§ 402. Système nerveux. — Quant au système nerveux, il ne diffère chez les mammifères ordinaires que par le développement plus ou moins considérable de certaines de ses parties. Chez tous ces animaux, lamasse nerveuse encéphalique est trèsconsidérable, soit proportionnellement au volume du corps, soit relativement à la grosseur des nerfs ; mais tous les organes qui la composent ne concourent pas également à ce développement: ainsi les hémisphères cérébraux sont très-volumineux, tandis que les tubercules optiques sont fort petits ou môme presque rudimentaires ; et par la suite nous verrons que, chez les oiseaux, les reptiles et les poissons, il en est tout autrement. Le cervelet est de môme assez volumineux chez la plupart des mammifères; il se compose toujours d’un lobe médian ( processus vermiculaire supérieur ), de deux hémisphères qui ont la forme de feuillets séparés par des sillons transversaux, cl d’une commissure qui entoure la moelle épinière en dessous et qu’on nomme la protubérance annulaire. Du reste, le développement de cespartics varie beaucoup chez les mammifères, non-seulement sous le rapport de leur volume, mais encore sous celui dessillons et des circonvolutions de leur surface. A mesure que l’on passe de l’homme aux singes, de ceux-ci aux carnassiers, et des carnassiers aux rongeurs, on voit en général le cerveau devenir de plus en plus petit et de plus en plus lisse. En général, la face se développe en sens contraire de l’encéphale et du crâne ; de façon qu’on peut, jusqu’à un certain point, juger de la conformation
de l’une par celle de l’autre, et apprécier d’une manière approximative, par la comparaison de ces deux parties de la tète, î l’étendue des facultés intellectuelles et morales (§ 3ti2).
Il est aussi à noter que, chez les mammifères de l’ordre des marsupiaux et chez les monotrèmcs,le cerveau présente un autre genre d’imperfection résultant de l’absence ou de l’état rudimentaire du mésolobe ou corps calleux, qui, chez tous les autres animaux de la même classe, unit entre eux les deux hémisphères cérébraux.
§ Zi03. Fonctions de nutrition. — Les fonctions de nutrition s’exécutent chez tous les mammifères à peu près comme chez l’homme; aussi la structure des organes qui sont destinés ci leur exercice ne varie-t-elle que fort peu dans cette grande classe d’animaux. C’est l’appareil digestif qui présente les différences les plus importantes.
Presque tous les mammifères sont pourvus de dents destinées à diviser leurs aliments ; mais comme nous l’avonsdéjàvu (§ 53), le nombre et la forme de ces organes varient suivant le régime de l’animal. Quelquefois ces organes sont remplacés par des lames cornées, qui, chez les baleines, constituent les fanons (fig. 21 et 22); et d’autres fois encore le museau se prolonge en une espèce de bec corné très-large, aplati et garni latéralement de lamelles transversales qui offrent la plus grande ressemblance avec le bec d’un canard, et qui a valu aux animaux chez lesquels il existe le nom d’ornilhorhynques.
§ 40/i. La conformation de l’estomac varie beaucoup dans la classe des mammifères, et il résulte quelquefois de cesdifférences des particularités physiologiques d’une grande importance. En général, cet organe est simple comme chez l’homme (fig. 34) et le singe (fig. 8); mais quelquefois il se compose d’une série nombreuse de poches distinctes, et dans ce cas il arrive ordinairement que les aliments, après avoir séjourné un certain temps dans une première cavité stomacale, remontent dans la bouche pour y subir une mastication plus complète avant que de passer dans les portions suivantes du tube digestif : phénomène que l’on désigne sous le nom de rumination.
Les estomacs des animaux qui ruminent (le mouton et le bœuf, par exemple) sont au nombre de quatre. Le premier, qui est le plus vaste de tous, se nomme panse, ou herbier (fig. 211). Sa surface interne est garnie de papilles et revêtue d’une couche épidermique (fig. 212); il occupe une grande partie de l’abdomen, particulièrement du côté gauche. Le deuxième estomac, appelé le bonnet, est petit, et se trouve à droite de l’œsophage
MAMMIFÈRES
et en avant de la panse, dont il ne semble, au premier coup d’œil, être qu’un appendice. A l’intérieur, la membrane muqueuse qui le tapisse forme une multitude de replis disposés de façon à constituer des mailles ou cellules polygonales, semblables il des rayons d’abeilles (fîg. 212). Le troisième, estomac, qui est moins petit que le bonnet, est placé à droite de la panse et a reçu le nom de feuillet, à cause des larges replis longitudinaux qui en garnissent l’intérieur, et qui ressemblent aux feuillets d’un livre. Enfin, le quatrième estomac, qui est intermédiaire, pour le volume, entre la panse et le feuillet, se trouve à droite 4e cette dernière poche. Sa surface interne, irrégulièrement plissée, est continuellement humectée par un liquide acide, qui est le suc gastrique ; et c’est à cause de ^la propriété que pos-
sède celte humeur de faire cailler le lait, qu’on donne à l’organe qui la renferme le nom de caillette. Les trois premiers estomacs communiquent directement avec l’œsophage. Ce con duit s'ouvre d’abord presque également dans la panse et le bonnet, et se continue ensuite sous la forme d’une gouttière ou demi-canal (fig. 212) qui longe la partie supérieure du bonnet et aboutit au leuillet, lequel, à son tour, communique avec la caillette.
Lest dans la panse que les aliments, grossièrement divisés mr une première mastication, s’accumulent, et ce n’est qu’anrès avoir été reportés dans la bouche et mâchés une seconde fuis ou, en d amres mots, ruminés, qu’ils pénètrent dans le feuillet’
digraliou. "S qualri,!'ue eslomac’ siéEe de la véritable
Au premier abord, ou s’étonne de voir les aliments pénétrer tantôt dans la panse, tantôt dans le feuillet, suivant que la déglutition se fait pour la première fois, ou que ces substances ont été déjà ruminées, et l’on est tenté d’attribuer ce phénomène à une espèce de tact presque intelligent dont les ouvertures de ces diverses poches seraient douées; mais les expériences de M. Flourens montrent que ce phénomène curieux est une conséquence nécessaire de la disposition anatomique des parties, et en donnent une explication aussi simple que satisfaisante.
Lorsque l’animal avale des aliments grossiers et d’un certain volume, comme ceux dont il se nourrit habituellement, ces substances, arrivées au point où l’œsophage se continue sous la forme d’une gouttière (fig. 212), écartent mécaniquement les
Œsophage.
Gouttière œsophagienne.
Feuillet.
Caillette.
l'anse.
llouuet.
Duodénum.
Pylore.
Fig. 212. — Intérieur des estomacs du Mouton.
bords de ce demi-canal, transformé ordinairement en un tube par la contraction de ses parois, cl tombent dans les deux premiers estomacs placés au-dessous; mais lorsque l’animal avale des boissons ou des aliments atténués ou demi-lluides, leur présence dans ce demi-canal ne détermine pas l'écartement de ses bords. Celte portion terminale de l’œsophage conserve par conséquent la forme d’un tube, et conduit les aliments en totalité ou en majeure partie dans le feuillet, où elle se termine. C’est par conséquent l’état d’ouverture ou d’occlusion de cette portion de l’œsophage qui détermine l’entrée des aliments dans les doux premiers estomacs ou leur passage dans la troisième cavité digestive; et c’est l’aliment lui-méme qui décide de cet état, selon qu’il est assez volumineux ou non pour dilater l’œsophage, naturellement affaissé, ou pour couler dans la rigole toujours ou-
3(il
verle par laquelle ce conduit mène vers le feuillet. Or, les aliments, lors de leur première déglutition, ne sont qu’imparfaitement divisés, et consistent en fragments grossiers et assez volumineux; tandis qu’après avoir été ruminés, ils sont transformés en une pâte molle et demi-fluide : cette Circonstance suffit par conséquent pour déterminer leur chute dans la panse ou leur passage dans le feuillet. Quant à l’espèce de régurgitation régulière par laquelle les aliments contenus dans la panse et le bonnet remontent dans la bouche pour être ruminés, elle est généralement attribuée à l’action du bonnet lui-même, qui, dit-on, saisit une portion de la masse alimentaire, la comprime de manière à en former une sorte de pelote arrondie, et la pousse dans l’œsophage, dont les contractions vermiculaires de bas en haut achèvent le phénomène. Mais, d’après les nouvelles expériences du physiologiste que nous venons de citer, il paraîtrait que la panse et le bonnet, en se contractant, poussent la masse alimentaire qu’ils contiennent entre les bords du demi-canal œsophagien, lequel, en se contractant à son tour, en saisit une portion, la d-étachc et en fait une pelote destinée à remonter le long de l’œsopliagc.
La panse, avons-nous dit, est extrêmement grande; mais elle ne présente pas toujours les mêmes dimensions, et les changements qu’on y observe montrent combien les organes des animaux peuvent être modifiés par les circonstances où ils sont placés. En effet, pendant que les ruminants tettent et ne vivent que de lait, la panse est moins grande que la caillette, et elle ne prend son énorme volume qu’à mesure qu’elle reçoit dans son intérieur de l’herbe, substance peu nourrissante, et dont l’animal est par conséquent obligé de manger des masses considérables.
§ Zi05. L’intestin, comme nous l’avons déjà dit, présente des différences très-grandes dans sa longueur et dans son ampleur suivant que les aliments qui doivent y pénétrer sont fournis par le règne animal ou par le règne végétal : ainsi, dans beaucoup de carnassiers, sa longueur n’est que d’environ trois ou quatre fois celle du corps, tandis que, chez les herbivores elle est ordinairement de dix à douze fois et quelquefois de près de vingt-huit fois cette longueur (dans !c mouton, par exemple). En général, il se termine directement au dehors; quelquefois cependant il se rend dans une cavité nommée cloaque, où débouchent aussi les canaux urinaires : cette disposition se rencontre chez les ornithorliynques, par exemple, et se retrouve encore dans la classe des oiseaux. Enfin, les glandes salivaires le foie
le pancréas, le péritoine et les autres annexes du tube digestif ressemblent presque toujours à ce que nous avons vu chez l’homme.
§ 406. 11 en est de même de l’appareil de la circulation et de celui de la respiration. Le cœur présente partout quatre cavités bien distinctes, savoir : deux oreillettes et deux ventricules (§ 92, fîg. 41, 42) ; toujours les poumons renferment aussi un nombre immense de très-petites cellules, et ne laissent point passer l’air de leur intérieur dans les ditférentes parties du corps, ainsi que cela se voit chez les oiseaux.
Il est aussi à noter que, dans cette classe d’animaux, le sang est toujours très-riche en matières organisées, et que ses globules sont presque toujours de forme circulaire (§ 81, fïg. 38).
§ 407. Les mammifères sont de tous les animaux ceux qui se rapprochent le plus de l’homme sous le rapport intellectuel. Mais, à cèt égard, ils présentent entre eux des différences trèsgrandes; nous avons déjà eu occasion de le montrer (§ 337), et, si l’espace ne nous manquait ici, il nous serait facile de multiplier la preuve de cette inégalité. L’élude des mœurs des mammifères nous fournirait aussi des exemples curieux des divers genres d’instincts donnés à ces êtres par la nature pour suppléer au défaut de facultés plus élevées; mais l’étude de ces instincts nous a déjà occupés, et par conséquent nous pouvons nous dispenser d’y revenir en ce moment.
La classe des mammifères est aussi, de toutes les divisions du règne animal, celle qui nous intéresse le plus par les services qu’elle rend à l’homme lui-même. En effet, c’est à elle qu’appartiennent presque tous nos animaux domestiques : le chien, le cheval, le mouton et le bœuf, par exemple, et chacun sait combien leur conquête nous a été utile. Notre domination sur ces êtres est devenue si complète, que l’espèce primitive, vivant à l’état sauvage, a presque toujours disparu de la surface du globe, et, par la domesticité, nous sommes parvenus à exercer une influence considérable jusque sur les formes physiques et sur les qualités morales des individus qui naissent des races ainsi subjuguées. Les différences qui caractérisent les diverses variétés de nos chiens domestiques, par exemple, sont immenses, et cependant on admet généralement que c’est notre influence qui les a déterminées, et que ces variétés proviennent d’une souche commune, qui ne serait ni le loup ni le chacal, mais un chien peu différent de notre chien-loup ou de notre chien de berger.
Mais par quelle puissance pouvons-nous subjuguer ainsi des
MAMMIFÈRES
animaux, et comment, par la domesticité, pouvons-nous en modifier les formes et les qualités?
L’instinct de ces êtres les porte à fuir tout ce qui leur inspire de la défiance : ce n’est donc point par la violence que nous pourrions disposer un animal sauvage à l’obéissance. 11 ne serait pas naturellement porté à se rapprocher de nous, qui ne sommes pas de son espèce, et, au premier sentiment de crainte que nous lui ferions éprouver, il nous fuirait s’il était libre, ou nous prendrait en aversion s’il était captif. Ce n’est qu’en lui inspirant de la confiance que nous pouvons l’attirer et le rendre familier, et ce n’est que par les bienfaits que nous pouvons faire naître cette confiance.
Satisfaire les besoins naturels des animaux est l’un des premiers moyens à employer pour amener leur soumission. L’habitude de recevoir leur nourriture de notre main, enlcs familiarisant avec nous, nous les attache; et, comme l’étendue d’un bienfait est toujours en proportion du besoin qu’on en éprouve, leur reconnaissance est d’autant plus vive et plus profonde, que la nourriture que nous leur donnons est devenue plus nécessaire : aussi la faim est-elle entre nos mains un levier puissant pour plier i\ la captivité tous les animaux, car, en même temps qu’elle fait naître des sentiments affectueux, elle produit un affaiblissement physique qui, en réagissant sur la volonté, l’affaiblit à son tour. Si l’on ajoute à l’influence de la faim celle d’une nourriture choisie, et surtout si, par des aliments que la nature ne leur fournissait pas, on parvient à flatter beaucoup le goût des animaux, on excite en eux une reconnaissance bien plus grande encore, et l’on développe d’une manière artificielle des besoins nouveaux que l’homme seul peut satisfaire (1); enfin, à ces moyens de captation, on peut joindre aussi les caresses, dont l’influence sur certains animaux est extrême.
Une fois que, par l’habitude et les bons traitements, la familiarité est établie et la confiance obtenue, l’homme peut faire sentir son autorité, et appliquer des châtiments, afin de transformer les sentiments dont il veut réprimer la manifestation en celui de la crainte. Par l'association d’idées qui résulte de cette pratique, le premier de ces sentiments s’affaiblit peu à peu, et quelquefois même finit par se détruire jusque dans son germe; mais l’emploi de la force ne doit jamais être sans limites, caries châtiments excessifs révoltent souvent, et d’autres fois la crainte portée très-loin, trouble toutes les facultés. La veille forcée est
(1) C'est principalement au moyen du sucre et d’autres friandises que l’on parvient à dresser les chevaux, les cerfs, etc., aux exercices extraordinaires dont nos cirques nous rendent quelquefois témoins. 1
aussi un puissant moyen d’ufFaiblir la volonté d’un animal cl de le disposer à l’obéissance ; car il ne sait pas rapporter la fatigue et le malaise qu’il en éprouve à celui qui en est réellement la cause, et, dans cet état, les sentiments affectueux occasionnés par les bienfaits éprouvent moins de résistance et s’enracinent plus profondément, tandis que, d’un autre côté, la crainte agit avec plus de promptitude et de force.
C’est, comme on le voit, par les besoins sur lesquels nous pouvons exercer quelque influence, en réprimant la manifestation de certains sentiments par le développement de quelques autres, que nous parvenons à apprivoiser les animaux. Mais tous les mammifôresne sont pas égalemenlscnsiblcs aux bienfaits, cl par conséquent ne se laissent subjuguer ni avec la même facilité, ni d’une manière aussi complète : souvent leurs passions sont trop violentes pour que l’animal parvienne jamais cà les maîtriser et à devenir docile pour son maître ; souvent aussi leur défiance naturelle est si grande cl la mobilité de leurs idées si excessive, qu’on ne saurait leur imposer aucune règle de conduite, et d’autres fois encore l’intelligence de ces êtres paraît trop bornée pour que le souvenir du bien-être persiste après que sa cause a cessé et pour qu’ils associent dans leur mémoire le bienfait et le bienfaiteur.
Par ces moyens, on parvient à dompter plus ou moins complètement un assez grand nombre d’animaux ; mais de cet état d’asservissement individuel à la docilité complète et héréditaire que la domesticité demande, il y a encore une grande distance. Pour obtenir ce résultat, il faut que les animaux soient en quelque sorte prédisposésà la domesticité par l’instinct de la sociabilité.
En effet, le sentiment qui les porte à vivre en troupe et mêmeà se laisser guider par un chef, le plus fort et le plus expérimenté de la troupe, exerce l’influence la plus grandesur leur aptitude à la domesticité.
Aucun mammifère solitaire, quelque facile qu’il soit à apprivoiser, n’est devenu complètement domestique (1); tandis que presque tous les animaux dont la race est soumise.à l’empire de l’homme vivent naturellement en troupes plus ou moins nombreuses. La sociabilité est une condition de la domesticité complète, et c’est en développant à notre profit, en dirigeant vers nous par nos bienfaits le penchant qui portail ces animaux à se réunir entre eux, que l'homme est parvenu à lier leur existence
(d) Au premier abord, le chat paraît faire exception à cette règle; mais le chat n’est pas, clans la réalité, un animal soumis à l’empire Je l’homme : il vit dans nos habitations parce qu’il y trouve mieux qu’aillcurs à satisfaire scs besoins; mais il ne nous obéit pas et n’est guère susceptible d’éducation.
à la sienne, et prendre sur eux l’autorité qu’aurait eue le chel de la troupe dont ils auraient fait partie, s’ils avaient vécu dans l’état de nature. , . , ;
Comme l’a très-bien démontré un habile zoologiste, Frédéric Cuvier, la dispositionà la domesticité peut être considérée comme le développement extrême de l’instinct de la sociabilité, et la domesticité elle-même comme un état dans lequel les animaux sociables reconnaissent l’homme comme membre et comme chef de leur troupe.
§ Z1O8. Nous comprenons maintenant comment l’homme peut soumettre à son empire des races entières d’animaux. Voyons comment il peut ensuite influer sur les formes et les qualités qu’ils apportent avec eux en naissant, et créer, pour ainsi dire, à son gré, des variétés nouvelles.
l ue loi physiologique généralement reconnue est cette tendance qu’ont les animaux à ressembler à leurs parents nonseulement d’une manière générale, mais aussi parles particularités qui peuvent distinguer ces derniers. Dans l’espèce humaine, par exemple, les influences héréditaires se manifestent dans une foule de circonstances : conformation, facultés, caractère, infirmités même, se lèguent de génération en génération ; et pour les animaux, chez lesquels moins de circonstances étrangères viennent agir sur les individus et occasionner des perturbations dans cette répétition des mêmes formes et des mêmes qualités, la tendance des petits à ressembler aux auteurs de leurs jours est encore plus évidente. Or, tous les individus d’une même espèce ne possèdent pas au même degré les qualités physiques, morales et intellectuelles dont chacun d’eux est doué, et, par l’exercice ou par l’influence des conditions physiques, nous pouvons, en l’exerçant, développer telle ou telle faculté, et augmenter par conséquent ces différences. 11 s’ensuit que l’homme peut, dans certaines limites, moditier à volonté les races; car il est maître de choisir ou même de produire des différences individuelles transmissibles par hérédité, et de régler la succession des générations, de façon à en écarter tout ce qui tendrait àéloigncr la race du type qu’il veut produire ; et il peut aussi agir sur les qualités héréditaires des petits comme il l’a fait sur celles de leurs parents. Il en résulte qu’à ehaque génération nouvelle, il fait un pas de plus vers le but qu’il s’était proposé ; car il agit sur des individus déjà modifiés par suite de modifications imprimées à leurs parents (1).
(1) Les limiers qui ont été transportés en Amérique par les Espagnols, cl qui n’é-
En s’attachant à développer, de génération en génération, telle qualité ou telle particularité physique, nous pouvons donc la porter bien plus loin qu’il ne nous aurait été possible de le faire dans le principe, et nous pouvons créer des races artificielles dont les caractères ne s'effaceront que lorsque des circonstances opposées à celles qui ont déterminé ces particularités viendront en détruire l’effet.
C’est aussi ce que nous faisons lorsqu’un intérêt puissant donne de la persévérance à nos efforts, etc’esl de la sorte que de nos jours on a produit des ra^es de mou tons, debœufs et de chevauxcaractériséespar des particularités les plus remarquables. Ainsi, onavait remarqué que lesmoulons qui présentent certaines particularités de conformation s’engraissent beaucoup plus facilemen t que d’autres, et un des hommes qui ont rendu le plus de services à l’agriculture anglaise, Bakewell, en ayant soin de choisir des moutons chez lesquels ces caractères extérieurs se voyaient à un haut degré, est parvenu créer une race des plus précieuses sous ce rapport. Le poids des quatre quartiers de la carcasse des grands moutons de la race wurtembergeoise, que l’on élève dans quelques-unes de nos provinces comme étant particulièrement propres à fournir de la viande de boucherie, est de 52 à 55 pour 100 du poids total de l’animal ; tandis que, dans les moutons anglais de la race de Dishley oude New-Leicester, cette proporlions’élève à 70 ou même à 75. Nos agriculteurs savent aussi combien la finesse des laines s’accroît par des soins analogues, et combien, sous ce rapport, nos troupeaux de moutons indigènes ont été améliorés par leur mélange avec les mérinos de l’Espagne (1).
Enfin, les diverses races de chevaux, qui nous intéressent égalementà unsi haut degré, sont aussi une preuve de l’influence
laient employés aulrefois qu'à chasser le cerf ou l'homme, fournissenl une preuve bien remarquable de l’influence de l'éducation individuelle sur les qualités héréditaires. Dans diverses parties de l’Amérique, sur le plateau de Sanla-Fé, par exemple, ces chiens ont conservé lis habitudes cl les dispositions instinctives qui les rendaient jadis si célèbres; mais chez les pauvres habitants des bords de la Madeleine, ils se sont abâtardis, en partie par le mélange, en partie par lo défaut de nourriture suffisante, et chez cette race dégénérée un nouvel instinct semble devenir héréditaire. La chasse à laquelle on emploie depuis longtemps presque exclusivement ces animaux est celle du Pécari à mâchoire blanche. L'adresse du chien consiste à modérer son ardeur, à ne s’attachera aucun animal en particulier, mais à tenir toute la troupe en échec; or, parmi ces chiens, on en voit maintenant qui, la première fois qu’on les mène au bois, savent déjà comment attaquer, tandis qu'un chien d'une autre espèce se lance tout d’abord, est environné, cl, quelle que soit sa force, est dévoré en un instant.
(1) Ce fut en 1770 que l'intendant des finances Daniel Trudainc tenta l'introduction des mérinos en France, et c’est à Daubenton, le collaborateur de Buflbn, que l’on doit principalement le succès de celte tentative.
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de l’homme sur les animaux vivant sous son empire. Les chevaux que l’on élève clans nos établissements agricoles doivent en partie leur taille, leurs formes et leurs qualités à la race dont ils descendent; mais les circonstances où ils sont placés pendant le jeune fige exercent sur eux, à la longue, une influence non moins grande. On remarque qu’en général le poulain tient de sa mère plus que de son père pour la taille et le volume ; tandis que, pourlaformcdclatéfe, les pieds, le courage, la légèreté, etc., il ressemble davantage au dernier. I)u reste, les défauts, comme les qualités, se transmettent de génération en génération ; et, pour maintenir une race dans sa pureté ou pour l’améliorer, il faut avoir soin d’en écarter tous les individus qui ne possèdent pas les qualités que l’on désire obtenir. Pour faire disparaître un défaut, on croise pendant plusieurs générations des individus de cette race défectueuse avec d’autres ayant une disposition opposée; et en appareillant avec persévérance les chevaux qui possèdent telle ou telle perfection, on crée une race où elle devient héréditaire et générale. C’est en grande partie à des soins de cette nature que les- chevaux arabes doivent leur célébrité si bien méritée. Les Arabes attachent une telle importance à la pureté de la race de leurs chevaux nobles, appelés kochlani, que la filiation est toujours constatée par des actes authentiques : ils font remonter à près de deux mille ans la généalogie connue de plusieurs de ces beaux animaux, et il en est dont la lignée peut être démontrée par des preuves écrites pendant une série de quatre siècles. D’un autre côté, l’influence des croisements de races est également bien démontrée par des chevaux de course anglais; car c’est au mélange des juments indigènes avec des étalons apportés de l’Orient qu’on doit la création de celte race si remarquable par la finesse de ses formes et son étonnante rapidité. L’abondance plus ou moins grande et la qualité de la nourriture, la sécheresse ou l’humidité du pays, les soins journaliers et même une foule de circonstances, en apparence peu importantes, exercent aussi une influence puissante sur la taille, les formes et les qualités des chevaux. Pour en donner la preuve, nous pourrions montrer avec quelle rapidité dégénèrent les plus beaux chevaux anglais dans certaines localités, telles que les haras deKopschan, sur les bords delà Morave; mais sans aller si loin, nous trouverons des exemples encore plus frappants de la puissance modificatrice des circonstances extérieures. Si de deux poulains nés de la môme race, en Lorraine, par exemple, l’un est transporté dans la Flandre et l’autre dans les herbages de la Normandie, au lieu de conserver les mêmes
caractères, ilsseront, à l’âge de cinq ans, presque aussi différents entre eux que s’ils provenaient de deux races dislineles : l’un deviendra un cheval de carrosse léger et élégant; l’autre, un animal énorme, presque incapable d’aller au trot, mais constitué pour traîner lentement les plus lourdes charges. Là où la nourriture est abondante et où, par la prévoyance de l’homme, elle ne manqueen aucune saison, les chevaux sont ordinairement grands et étoffes; tandis que dans les contrées où elle est peu abondante, même pendant une partie de l’année seulement, ces animaux n’acquièrent qu’une taille petite ou médiocre. Les physiologistes ont constaté quelque chose de semblable en étudiant les lois de la croissance de l’homme; et, pour nous convaincre de la vérité de cette observation relativement aux chevaux, il suffit de comparer ceux qui, dans un môme pays, appartiennent à de pauvres cultivateurs ou à de riches propriétaires. Le pâturage dans les prairies grasses et humides, celles qui conviennent le mieux pour l’engrais des bestiaux, tend à donner aux chevaux des formes lourdes et empâtées, à rendre leur peau épaisse et leur poil grossier, et à diminuer la vivacité de leur caractère. La nourriture fournie par les prairies sèches n’occasionne rien de semblable; et, lorsqu’on la rendencore plus substantielle par l’addition d’une proportion considérable de graines céréales, elle devient éminemment propre à conserver et môme à produire l’élégance des formes et l’énergie musculaire caractéristique d’une race noble. Lorsqu’une température un peu basse vient ajouter son influence à celle de l’humidité et d’une nourriture abondante et aqueuse, les chevaux acquièrent la taille la plus forte, mais deviennent en même temps le moins énergiques et le plus lymphatiques. Dans les pays très-chauds ou très-froids, au contraire, la croissance s’arrête plus tôt, et les grandes races ne lardent pas à perdre leur haute stature. Enfin, les soins journaliers que l’on prodigue à certains chevaux, et qui manquent complètement à d’autres, ont aussi de l’influence sur la beauté de ces animaux : ainsi, le bouchonneraient fréquent, l’usage des couvertures, la précaution de nettoyer et de sécher les extrémités, et même de les entourer de bandes de flanelle, sont des circonstances qui ne laissent pas que de contribuer puissamment à donner aux chevaux anglais la netteté que l’on remarque dans la partie inférieure de leurs jambes, et à rendre leur peau et leur poil d’une si grande finesse.
Ainsi, en modifiant les circonstances dans lesquelles un animal est placé, on imprime à son organisation certaines modifications; et en n’employant à la propagation de la race que des
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individus ainsi modifiés, l’homme parvient à donner à toute celte race un caractère particulier et des qualités qu elle n avait pas dans le principe. C’est peut-être de la sorte qu il a obtenu plusieurs dos races variées de chiens dont les formes sont si multiples, qu’au premier abord on a peine à croire qu ils appartiennent à une seule et même espèce. Mais, du reste, cette puissance modificatrice a toujours des limites assez étroites, et elle n’cffacc jamais le cachet distinctif de l’espèce zoologiquc.
§ /jOO. Classification «les mammifères. — Il existe, comme nous avons vu, des différences considérables parmi les mammifères, et ces modifications de structure servent de bases pour la division de cette classe en groupes d’un rang inférieur nommés ordres. I. a plupart de ces groupes sonl si nettement séparés de tout ce qui les entoure, qu’on ne peut avoir de doutes sur leurs limites, et que tous les zoologistes s’accordent à les admettre comme formant autant de divisions naturelles ; mais, dans d’autres, le type principal se modifie tellement, qu’il se fait un passage presque insensible des uns aux autres, et que la ligne de démarcation devient très-difficile à établir. Tel mammifère, par exemple, a tout autant d’analogie avec le type qui représente l’ordre des quadrumanes qu’avec celui des édentés, et l’on peut avec presque autant de raison le placer dans l’une ou dans l’autre de ces divisions. Les différences qu’on rencontre aussi dans ces séries d’animaux plus ou moins dissemblables ont paru à quelques naturalistes plus importantes qu’à d’autres, et les ont portés à répartir ces êtres dans un nombre d’ordres plus considérable : aussi les auteurs n’adoptent-ils pas tous les mêmes bases pour la classification des mammifères, et ne sont- ils pas d’accord sur le mode le plus naturel de les distribuer.
La méthode que nous suivons ici est, à peu de chose près, celle de Cuvier. Elle repose principalement sur la différence que les mammifères présentent dansleurmode de développement etdans la conformation de leurs membres et de leur appareil de manducation, parties dont les modifications entraînent toujours avec elles une foule d’autres différences dansla structure de diverses parties du corps, dans les mœurs, et même dans l'intelligence.
§ àlO. En ayant égard à l’ensemble de ces caractères, on est conduit à diviser d’abord la classe des mammifères en deux groupes désignés sous les noms de Monodelphiens et de Didelphiens.
Les Mammifères monodelphiens sonl les plus nombreux, et se distinguent principalement par leur mode de développement :
ils ne viennent au monde que lorsqu’ils sont déjà pourvus de tous leurs organes, et, avant la naissance, ils tirent leur nourriture d’un lacis de vaisseaux sanguins nommé placenta. Il est aussi à noter que leur cerveau est plus parfait que chez les didelphiens, ses deux hémisphères étant liés entre eux par une large commissure nommée mésolobe ou corps calleux (§ 186). Enfin, les parois de l'abdomen ne sont jamais soutenues par des branches osseuses fixées sur le bord du bassin, comme nous le verrons dans la seconde grande division de cette classe. Les mammifères organisés de la sorte diffèrent beaucoup par la conformation générale de leur corps, et se divisent pour cette raison en deux groupes secondaires : les Mammifères ordinaires et les Mammifères pisciformes.
§ 411. Les Mammifères ordinaires sont conformés pour vivre plus ou moins complètement à terre, et sont pourvus de quatre membres; leur peau est garnie de poils, et leur corps ne se termine jamais par une nageoire semblable à celle des poissons. Ces animaux se divisent à leur tour en dix ordres : les Bimanes, les Quadrumanes, les Carnassiers, les Amphibies, les Chéiroptères, les Insectivores, les Rongeurs, les Édentés, les Pachydermes et les Ruminants. Les huit premiers de ce groupe sont pourvus de doigts flexibles dont l’extrémité n’est garnie d’une lame cornée que du côté dorsal, et conserve en dessous la mollesse et la sensibilité nécessaire à l’exercice du toucher : on les désigne pour cette raison sous le nom de Mammifères onguiculés ou à petits ongles; tandis que les pachydermes et les ruminants, dont l’extrémité du doigt est entourée par un sabot, sont appelés des Mammifères ongulés.
§ 412. L’ordre des Bimanes est principalement caractérisé par l’appropriation des membres antérieurs et postérieurs à des usages essentiellement distincts. Les membres postérieurs sont destinés, comme d’ordinaire, à soutenir et à mouvoir le corps ; tandis que les membres antérieurs ne servent plus à la locomotion et agissent comme instruments de préhension et de toucher: aussi, non-seulement les doigts qui les terminent sont longs, flexibles et soutenus à l’extrémité par un ongle aplati, mais encore l’un de ces appendices, le pouce, est disposé de façon à pouvoir s’opposer aux autres et à constituer avec eux une sorte de pince sensible, disposition qui n’existe pas aux membres postérieurs. L’existence de mains aux membres antérieurs seulement suffirait pour distinguer les bimanes de tous lesaulres mammifères ordinaires ; mais ce caractère coïncide avec plusieurs autres particularités de structure dont l’importance pliysiolo-
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gique est également très-grande. Ainsi le corps est organisé pour se mouvoir dans une position verticale; l’appareil masticateur est composé de trois sortes de dents (§ 52, fig. 2Zi), et indiqué par sa conformation que ces êtres sont des frugivores; enfin le cerveau est plus développé et plus parfait que chez aucun autre animal.
Ce mode d’organisation ne se rencontre que chez un seul mammifère, I’Homme. L’ordre des bimanes ne se compose, par conséquent, que d’une seule espèce, qui, du reste se distinguo des autres animaux par ses facultés intellectuelles encore plus que par les caractères anatomiques dont il vient d’être question.
Les hommes, tout en se ressemblant entre eux par les caractères essentiels de leur organisation, présentent des variations assez grandes dans la couleur de leur peau, dans les traits de leur visage et dans les proportions des diverses parties de leur corps ; et c’est pour exprimer ces différences que les naturalistes divisent l’espèce humaine en plusieurs variétés, dont les plus remarquables sont la variété Caucasique ou blanche , la variété Mongolique ou jaune , et la variété Éthiopique ou nègre.
La variété Caucasique se distingue par la beauté de l’ovale que forme sa tête, par le développement de son front, la position horizontale de ses yeux, le peu de saillie de ses pommettes et de ses mâchoires, ses cheveux lisses etlacouleur blanche ou du moins blanchâtre de sa peau. Elle est remarquable aussi par sa perfectibilité, car c’est elle qui a donné naissance à tous les peuples les plus civilisés de Fig. 213. — Race Caucasique.
la terre. Elle occupe.
toute l’Europe, l’Asie occidentale jusqu’au Gange et la partie là plus septentrionale de 1 Afrique; mais on la croit descendue pri-
mitivement des montagnes du Caucase, situées entre la mer Caspienne et la mer Noire, et c’est en raison de cela qu’on l’appelle caucasique.
La variété Mongolique diffère à plusieurs égards de la variété
caucasique : ici la face est aplatie; le front, bas, oblique et carré; les pommettes saillantes;, les yeux étroits et obliques ; le menton légèrement saillant; la barbe grêle, les cheveux droits et noirs, et la peau olivâtre. Les langues propres aux races mongoliques ont aussi des caractères qui leur sont communs et les séparent nettement de celles appartenant aux peuples caucasiques :
les mots qui les forment sont tous monosyllabiques.
Fig: 214. — Race Mongolique. Cette variété de l’es-
pôce humaine est répandue à l’orient des régions occupéespar les races caucasiques : on la rencontre d’abord dans le grand désert de l’Asie centrale, où se trouvent les Kalmouks et d’autres tribus mongoliques encore nomades ; presque toutes les peuplades de la partie orientale de la Sibérie lui appartiennent; mais la nation la plus remarquable formée par les hommes de celte race est celle des Chinois, dont le vaste empire a été, de toutes les parties du monde, le plus anciennement civilisé. La Corée, le Japon, les îles Philippines, les îles Mariannes, les îles Carolines, et toutes les autrœ terres qui s’étendent au nord de l’équateur, depuis le premier de ces archipels jusqu’au 172e degré de longitude orientale, sont aussi peuplés par les races mongoliques. Enfin, les habitants des îles Aléoutiennes et de la partie voisine de la côte occidentale de l’Amérique se rapportent aussi à cette grande division de l’espèce humaine.
Les Malais, qui occupent l’Inde au delà du Gange et une grande partie de l'archipel asiatique, constituent, suivant quel-
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nues naturalistes, une variété distincte de la mongolique et de la caucasique ; mais la plupart des auteurs les regardent comme provenant d’un mélange de ces deux races.
Enfin, les races mongoliques paraissent s’ûtre étendues dans les régions hvpcrboréennes des deux hémisphères, car c est avec elles qu’ont le plus d’analogie toutes les peuplades abâtardies que l’on rencontre depuis le cap Nord, en Europe, jusqu au Groenland, et que l’on connaît sous le nom de Lapons, de Samoïèdes, d’Esquimaux, etc.
Une troisième branche bien distinctg de l’espèce humaine est
la variété Etuiopiquk ou nègre, caractérisée par son crâne comprimé, son nez écrasé, ses mâchoires saillantes, ses grosses lèvres, ses cheveux crépus et sa peau plus ou moins noire. Elle est confinée en Afrique, au midi de l’Atlas, et paraît se composer de plusieurs races bien distinctes, telles que la mozambique, 1a boschimane et la hotlentote.
La population primitive de l’Australie et des archipels nombreux de l’Océanie est aussi une race noire, qui abcaucoup d’analogie avec celle des nègres mo Fig. 215.— Race Éihîopique. zambiques, mais dont les cheveux, quoique rudes, sont lisses; du reste, ces peuplades barbares et misérables, auxquelles on a donné le nom d’Alfourous, ne sont encore que peu connues.
Enfin, les indigènes de l’Amérique sont regardés par la plupart des naturalistes comme ne pouvant être rapportés à aucune des trois variétés de l’espèce humaine dont l’ancien monde est peuplé. Us sont en général remarquables par leur teint rouge de cuivre, leur barbe rare et leurs cheveux longs cl noirs; mais ils diffèrent beaucoup entre eux. Les uns ont la plus grande analogie avec les races mongoliques de l’Asie ; d’autres, au contraire, se rapprochent un peu des formes européennes. Leur nez est aussi saillant que le nôtre, et leurs yeux sont grands et ouverts.
§ âl3. L’ordre des Quadrumanes se compose des mammifères
ordinaires qui ont le pouce opposable aux membres abdominaux aussi bien qu’aux membres thoraciques, et qui emploient tous ces organes aux doubles fonctions de la locomotion et du tou-
Fig. 21 G. — Maki à front blanc avec son petit.
Les Singes sont des animaux de moyenne ou de pelile taille, dont le crâne est presque toujours arrondi, le museau médio.crement prolongé, le cou court, le corps svelte, et les membres grêles et longs. Ils sont couverts d’un poil assez serré, long et soyeux : néanmoins leur ressemblance avec l’homme est quelquefois extrême, et il en est qui, dans le jeune âge, n’ont pas la ligne faciale notablement plus oblique que beaucoup de nègres; par les progrès de l’âge, leurmuse.au devient toujours beaucoup plus saillant, et chez quelques singes cette partie de la face sedéve-
37 h ZOOLOGIE.
cher. De même que les bimanes, ces animaux sont frugivores et leur appareil dentaire se compose d’incisives, de canines et de molaires. On range dans ce groupe les Singes (fi" il*) pt i les Ouistitis (fig. 9) et les Makis (fig. 216). ’
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loppe au point de ressembler à celle d’un chien (fïg. 217). Les gestes et les allures de ces animaux ont souvent beaucoup d’analogie avec les nôtres. Plusieurs se tiennent facilement dans une" position presque verticale, surtout lorsqu’ils peuvent s’aider d’un Mton comme nous nous servons d’une canne, et l’on ep voit qui marchent de la sorte, mais ce n’est jamais d’une manière aussi sûre que l’homme ; ils sont au contraire admirablement bien organisés pour grimper de branche en branche. La longueur et la flexibilité de leurs membres, l’existence d’une main à l’extrémité de tous ces organes, la grande énergie de leur système musculaire, leur permettent de déployer alors une agilité étonnante, et la nature a en Fig, 217.
outre pourvu ' plusieurs
de ces animaux d’une longue queue préhensile, qui leur -sert comme une cinquième main, pour se suspendre aux branches, se balancer dans les airs et prendre leur élan lorsqu’ils veulent sauter d’un arbre à un autre.
Les singes sont propres aux pays chauds; une seule espèce vit sauvage en Europe, sur les rochers de Gibraltar, et, chose très-remarquable, ceux du nouveau monde ont tous des caractères qui les distinguent de ceux de l’ancien continent.
§ ûlû. L’ordrf. des Carnassiers se compose également de mammifères ordinaires onguiculés, qui sont pourvus d’un appareil dentaire complet; mais, chez ces animaux, le pouce n’eslpas opposable aux autres doigts, et par conséquent il n’y a pas de main.
D’après le genre de vie de ces animaux, on peut prévoir que leur canal intestinal doit être moins volumineux et moins long que chez les mammifères qui se nourrissent de substances végétales. Les carnassiers, pour saisir et dévorer une proie, qui souvent se débat contre eux, ont besoin "d’une force considérable dans les mâchoires : aussi les muscles servant à rapprocher ces organes sont-ils très-volumineux, ce qui donne à la tète de ces animaux beaucoup de largeur. En général, leurs mâchoires sont très-courtes, et le mode d’articulation de cet os avec le crâne indique aussi que les dents sont destinées à couper de la
chair, mais non pas ;\ broyer de l’herbe ou des racines; l’arficulalion est dirigée en travers et serrée comme un gond, de façon à s’opposer à tout mouvement latéral, et à ne permettre à la bouche que de s’ouvrir et de se fermer comme le feraient des branches de ciseaux. Les dents canines sont grosses, longues et écartées entre elles; les incisives, au nombre de six à chaque mâchoire, sont petites; enfin, les molaires sont tantôt entièrement tranchantes, tantôt garnies en parties de tubercules mousses, et ne présentent jamais de pointes coniques disposées comme chez les insectivores. L’une des dents grosses molaires est ordinairement beaucoup plus grande et plus tranchante que les autres, et porte le nom de dent carnassière ; derrière elle se trouvent une ou deux dents presque plates, que l’on appelle tuberculeuses et entre elle et les canines, un nombre variable de fausses molaires. La forme et la disposition de ces diverses dents sont en rapport avec les habitudes plus ou moins carnassières de ces animaux. Ceax qui vivent le plus exclusivement de proie ont les dents les plus tranchantes et les mâchoires les plus courtes (ce qui en augmente la force), tandis que ceux qui se nourrissent de substances végétales aussi bien que de chair, ont les dents, en majeure partie, tuberculeuses : aussi peut-on juger du régime plus ou moins carnivore de l’animal par la proportion de ces parties tranchantes et tuberculeuses.
Les animaux de cet ordre ont, en général, les pattes armées d’ongles crochus et propres à retenir ou môme à déchirer leur proie ; il est aussi à noter qu’ils manquent presque complètement de clavicules. Ce mode d’organisation se rencontre dans le genre Chat, les Hyènes, les Putois, les Martres, les Loutres, les Chiens, les Blaireaux, les Ours, etc.
Le genre Chat (fig. 218), que l’on peutconsidérer comme le type des carnassiers, comprend non-seulement les Chats ordinaires, mais aussi le Tigre, le Lion, la Panthère, le Lynx, etc. Ce sont de tous les carnivores les plus puissamment armés : leurs mâchoires courtes sont mues par des muscles prodigieusement forts; leurs ongles rétractiles, qui se cachent entre les doigts dans l’état de repos par l’effet de ligaments élastiques, ne perdent jamais leur pointe ni leur tranchant. Leurs doigts sont au nombre de cinq aux pieds de devant et de quatre à ceux de derrière. Ils ont l’ouïe excessivement fine, et c’est le plus développé de leurs sens. Leur vue ne paraît pas avoir une portée très-longue, mais ils voient bien le jour et la nuit ; leur prunelle se dilate et se resserre suivant la quantité de lumière : chez les uns elle est allongée verticalement, chez les autres elle est ronde. Ils font grand usage de
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leur odorat ; ils le consultent avant de manger, el même toutes les fois qu’une cause quelconque vient leur donner del inquiétude. Leur langue est revêtue de pointes cornées très-rudes. Leur pelage est en général doux et (in, el toute la surface du corps très-sensible au toucher; leurs moustaches surtout paraissent être le siège d’impressions très-délicales. Doués d une vigueur prodigieuse, ils n’attaquent cependant pas les autres animaux a
force ouverte; la ruse et l’astuce dirigent tous leurs mouvements. Ils ne forcent jamais leur proie ;l la course, mais, cachés le plus souvent dans un repaire touffu, près des sources d’eau vive, ils y attendent l’animal qui vient se désaltérer, et fondent d’un seul bond sur leur victime.
A la tète de ce genre se place le Lion , long de près de deux mètres de l’extrémité du museau à l’origine de la queue, haut d’environ un mètre, el caractérisé par sa tête carrée, le flocon de poils qui termine sa longue queue, la crinière qui revêt la tête, le cou et les épaules chez le mêle. C’est le plus puissant des animaux carnassiers. Sa force est telle, que d’un seul coup de patte il brise parfois les reins d’un cheval, et que d’un coup de queue il terrasse l’homme le plus robuste. Autrefois répandu dans les trois parties de l’ancien monde, il parait aujourd’hui presque confiné dans l’Afrique el quelques parties voisines de l’Asie.
Fig. 218. — Panthère,
L’animal que quelques auteurs appellent le Lion d’Amérique est une autre espèce du genre chat, nommée Couguar, qui est propre au nouveau monde.
Le Tigre royal, ou Tigre d’Orient, est un animal plus redoutable encore que le lion, car il l’égale en taille et en force, et le surpasse en férocité. Son poil est ras et jaune en dessus, avec des raies transversales noires. Il habite les Indes et y occasionne les plus grands ravages.
Le Jaguar, qui est presque aussi grand que le tigre royal et presque aussi dangereux, habite les grandes forêts d’Amérique. Son pelage est jaune en dessus avec quatre rangées de taches noires en forme d’œil le long des flancs, et blanc rayé de noir en dessous. On le distingue quelquefois sous le nom de Tigre d’Amérique, et les fourreurs l’appellent la grande Panthère. .
La Panthère (fîg. 218), si remarquable par la beauté de son pelage fauve, à taches noires en forme de roses, est répandue dans toute l’Afrique et dans les parties chaudes de l’Asie ; elle ressemble beaucoup au Léopard, qui habite les mêmes régions.
On donne le nom de Lynx a une autre espèce de chat, remarquable par le pinceau de poils qui surmonte ses oreilles. Son pelage est roux tacheté de roux brun. Il est indigène de l’Europe tempérée, mais il a presque entièrement disparu des contrées peuplées; on le trouve encore dans les Pyrénées, les montagnes du royaume de Naples et en Afrique. 11 grimpe sur les arbres les plus élevés des forêts, et s’y lient caché entre les branches pour épier sa proie. 11 commet des dégâts considérables parmi les troupeaux, et détruit un grand nombre de lièvres et de bêles fauves. Sa vue est tellement perçante, que les anciens lui attribuaient la faculté de voir à travers les pierres des murs : cela est évidemment faux, mais il paraît qu’il distingue sa proie à une distance beaucoup plus grande que la plupart des carnivores.
Le Chat commun est originaire de nos forêts d’Europe. Dans son état sauvage, il est gris brun avec des ondes transverses plus foncées, le dessous pâle, le dedans des cuisses etdes quatre pattes jaunâtre, la queue anneléc de noir. En domesticité, il varie, comme chacun le sait, en couleur, finesse et longueur de poils.
Les Hyènes (fig. 219) se distinguent des animaux du genre chat par le nombre de leurs doigts, qui est de quatre partout ; par leurs ongles, qui sont propresà fouir et qui ne se relèvent pas pendant la marche, et par la disposition de leurs dents, dont la force est si grande, qu’elle leur permet de briser les os des plus fortes proies. Leur queue est courte et pendante, et au-dessous de l’anus est
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une poche profonde, dans laquelle un appareil glanduleux sécrète une matière visqueuse qui répand une odeur très-désagréable. Le pelage est rude, peu fourni, composé de poils longs, qui forment une crinière sur le dos. Leur allure est des plus bizarres : elles tiennent leur train de derrière toujours beaucoup plus bas que celui de devant. Ce sont des animaux nocturnes qui habitent les cavernes, et qui sont d’une voracité extrême; ils vivent de cadavres et cherchent jusque dans les tombeaux : ils ont une réputation de férocité qu’ils ne méritent pas. L 'Hyène commune est originaire de la Turquie asiatique, de la Syrie et de quelques contrées de l’Afrique.
Les putois, les martres, les loutres et quelques autres carnassiers se font remarquer par leur corps allongé, grêle et lias sur pattes. On les désigne quelquefois sous le nom commun de carnassiers vermi formes, et ils sont caractérisés par l’existence d’une seule dent tuberculeuse à chaque mâchoire; tandis que chez les chats et les hyènes il n’y a pas de dent semblable à la mâchoire inférieure, et que chez les chiens et les civettes on en compte deux. Ils sont tous de petite taille; mais ce sont des animaux très-sanguinaires.
Le genre Putois comprend le Putois commun, le Furet, la Bc-
Fig. 220. — Belette.
lette, l'Hermine et plusieurs autres espèces, qui ont toutes la tête arrondie, le pelage brillant et doux, la queue longue et des glandes anales qui sécrètent une matière fétide.
Les Martres ne diffèrent que peu des putois, et sont également
recherchées pour leur fourrure. La Fouine, qui ravage souvent nos basses-cours, appartient à ce genre.
Les Loutres ont la tête déprimée et les doigts palmés. Le sont
des animaux nageurs et nocturnes qui habitent les bords des eaux et vivent principalement de poissons.
Le genre Cuien comprend le Chien proprement dit, les Loups et les Renards. Tous ces animaux sont caractérisés par des particularités du système dentaire; leurs pieds de devant ont cinq doigts, et ceux de derrière quatre ; leurs ongles sont propres à fouir ; leur vue est excellente, leur ouïe fine, leur odorat d’une subtilité très-grande; ils mêlent des végétaux à leur nourriture animale, et ils aiment la chair corrompue. Ce sont, en général, des animaux de taille moyenne, dont les proportions annoncent la force et l’agilité.
Le Chien domestique se distingue des autres espèces de ce genre par sa queue recourbée, et varie d’ailleurs à l’infini par la taille, la forme, la couleur et la qualité du poil. Cet animal naît les yeux fermés, et ne les ouvre que le dixième ou douzième jour. Les femelles font six ou sept petits, et quelquefois douze. La vie du chien est communément bornée à quatorze ou quinze ans. On en a vu cependant qui ont vécu jusqu’à vingt ans : on reconnaît son âge par les dents, qui sont, dans la jeunesse, blanches, tranchantes et pointues, et qui deviennent mousses, inégales et de couleur noire à mesure qu’il vieillit.
Le chien est la conquête la plus complète que l’homme ait faite sur la nature; toute l’espèce est devenue notre propriété, et l’on a même perdu la trace de son état primitif. Les chiens sauvages, que Ton trouve dans plusieurs contrées, sont des races domestiques qui ont recouvré leur indépendance depuis un certain nombre de générations, et repris par là quelques traits de
l’espèce primitive. Des influences aussi puissantes que celles qui résultent de la diversité des climats, de la nourriture, etc., sutfîsent il peine pour expliquer les nombreuses modifications que le chien domestique a éprouvées, et qui forment ses dillerentes races : aussi quelques naturalistes pensent-ils que nos chiens n’avaient pas pour souche une seule espèce, mais qu’ils venaient d’espèces différentes qu’on ne peut plus reconnaître aujourd hui à cause du mélange de leurs races. D’autres pensent que le chien est un loup ou un chacal apprivoisé ; les chiens redevenus sauvages dans des îles désertes, ne ressemblent cependant ni a 1 un ni à l’autre. Ces chiens sauvages et ceux des peuples peu civilisés tels que les habitants de la Nouvelle-Hollande, ont les oreilles droites, ce qui a fait croire que les races européennes les plus voisines du premier type sont notre ( hien de berger, ou notre Chien-loup.
Fia, 222. — Ilcnai'd.
Le Loup commun se distingue facilcmcnl des chiens domestiques par sa queue, qui est droite au lieu d’éfre relevée comme chezces derniers. Ses oreilles sont également droites, et son pelage est fauve. Cet arrimai a la (aille de nos plus grands chiens, et la physionomie du mâtin ; mais, loin d être comme eux un animal éminemment sociable, il vit presque toujours solitaire dans les grandes forêts, et ne se réunit en troupe avec ses semblables que lorsque la faim le presse. Il est très-fort, agile, adroit, et pourvu de tout ce qui lui est nécessaire pour la poursuite, l’attaque et la conquête de sa proie; cependant il est naturellement lent et lâche, et ce n’est que lorsqu’il est poussé parla faim qu’il brave le danger et ose venir attaquer les animaux qui sont
sous la protection de l’homme, comme les brebis, les moulons et même les chiens. Tourmenté par une faim excessive, il exerce de grands ravages : il attaque les femmes et les enfants; quelquefois même il ose se jeter sur l'homme. Il habile toute l’Europe,
Le Chacal, ou Loup doré, qui se trouve dans les parties chaudes de l’Asie et de l’Afrique, ressemble, par ses mœurs et par sa conformation, au chien domestique bien plus que notre loup commun. 11 se laisse apprivoiser.
Les Renards (fig. 222) différent du chien domestique et du loup par leur tête plus large, leur museau plus pointu, leur queue plus longue et plus touffue, et par la forme des prunelles, qui, pendant le jour, ressemblent à une fente verticale. Ils sont nocturnes, se creusent des terriers, répandent une odeur fétide et n’attaquent que des animaux faibles. On en trouve des espèces dans toutes les parties du monde. Ceux des pays froids donnent une fourrure très-recherchée.
Tous les carnassiers dont nous venons de parler, ainsi que plusieurs autres, la genetlc et la civette, par exemple, ne marchent que sur l’extrémité des doigts, en soulevant le tarse, disposition qui leur a valu le nom de digitigrades, et qui leur donne une démarche légère et beaucoup de rapidité à la course. Les ours et les blaireaux sont au contraire plantigrades, c’est-à-dire qu’ils appuient la planté entière du pied sur le sol; leurs mouvements sont lents, et ils mènent une vie nocturne.
Les Ours sont de grands animaux à corps trapu, à membres épais et à queue extrêmement courte; leurs allures sont lourdes, mais ils ont une force très-grande et beaucoup d’intelligence. La conformation de leurs membres, peu favorable à la course, leur permet de se tenir facilement redressés sur leurs pattes de derrière et de grimper avec agilité aux arbres, qu’ils embrassent entre, leurs pattes. Quelques-uns sont aussi très-bons nageurs, et ils doivent en partie cette faculté à la quantité de graisse dont leur corps est chargé. Ils sont, de tous les carnivores, ceux qui, parleur organisation, sont les moins astreints, au régime carnassier : en effet, la structure de leurs dents, presque entièrement tuberculeuses, est plus favorable pour broyer les fruits et les racines que pour déchirer et couper la chair : aussi sont-ils omnivores, ils se nourrissent également de substances animales et végétales, mais ces dernières sont leur nourriture habituelle. Ils aiment les racines et les fruits, et ils ont une préférence trèsprononcée pour le miel, qu’ils vont chercher au milieu d’une ruche, sans craindre beaucoup la piqûre des abeilles, dont ils sont préservés par leur peau dure et les poils épais qui la cou-
vrcnt. La plupart des ours vivent dans les grandes forêts; mais il en est une espèce qui habile les côtes et les glaces des mers polaires. Les premiers établissent d’ordinaire leurs demeures dans des cavernes ou dans des antres qu'ils se creusent avec leurs ongles forts et crochus ; en hiver, ils s’endorment dans leurs retraites, et, lorsque le froid est rigoureux, ils passent toute celte saison dans une léthargie profonde.
§ 415. L’ordre des Amphibies est formé par des mammifères dont l’organisation est très-analogue à celle des carnassiers, mais dont les membres ne sont pas propres à la marche et con-
l'iG. 223. — Pliuque.
sliluent des rames pour la natation ; aussi ces animaux passentils la plus grande partie de leur vie dans l’eau. Les Phoques (fig. 223) et les Morses appartiennent à celle division.
§ 416. L’ordre des Chéiroptères se lie d’une manière étroite A celui des quadrumanes, mais -il est caractérisé par une modification singulière des membres antérieurs, ces organes étant
I*lO. 22 i. — Chauve-souris oreillard.
transformés en ailes à l’aide d’un grand repli de la peau des flancs qui s’étend jusqu’aux doigts (fig. 224, 225); il est aussi à noter que, chez ces animaux, le cerveau est bien moins développé que dans les groupes précédents, et que le système den-
taire sc compose encore de canines et d’incisives aussi bien que de molaires. Les uns sont frugivores, les autres sont insectivores, et, dans le premier cas, leurs molaires sont semblables à celles des quadrumanes ; tandis que, dans ceux qui vivent d’insectes , ces organes sont conformés de la même manière que dans l’ordre suivant. Les Chauvessouris sont les représentants principaux de ce groupe.
Fie. 225. — Oreillard marchant à terre. § d!7. L ORDRE DES INSECTI-
VORES se compose encore de mammifères ordinaires de la division des onguiculés, dont les quatre membres, conformés pour la marche, ne se terminent point par une main, et dont la bouche est armée de trois sortes
de dents ; mais ici les molaires, au lieu d'être tranchantes, comme chez les carnassiers, sont hérissées de pointes coniques (fig. 26), ce qui les rend propres à saisir etàécraser les insectes destinés à servir d’aliments à ces animaux. Leur cerveau ressemble beaucoup à celui des chéiroptères, et n’offre pas de circonvolutions comme chez les bimanes, les quadrumanes, les carnassiers, les amphibies. La plupart des insectivores vivent plus ou moins complètement sous terre, et s’engourdissent en hiver. Nous citerons comme exemples de ce groupe : la Taupe (fig. 209), le Hérisson (lig. 227), le Desman (fig. 20Zi) et la Musaraigne (fig. 226).
Les Hérissons (fig. 227) ont le corps couvert de piquants au lieu de poils, et la peau de leur dos est garnie en dessous de muscles tels, que l’animal, en fléchissant la tête et les pattes vers le ventre, peut s’y renfermer comme dans une bourse, et présenter de toutes parts ses piquants à l’ennemi. Ils vivent dans les bois, et se tiennent cachés pendant le jour entre les racines des vieux arbres. On en trouve assez communément en France.
Les Musaraignes (fig. 226) sont de très-petits animaux dont l’aspect rappelle en général celui d’une souris; leur corps est couvert de poils, et sur chaque flanc on leur trouve une petite bande de soies roides entre lesquelles suinte une humeur odo-
Fig. 22G. — Musaraigne.
MAMMIFERES.-
rante. Elles sc tiennent dans des trous qu’elles se creusent en • terre, et sc nourrissent de vers et d insectes. La Musette est une espèce de musaraigne assez répandue dans nos campagnes, où
Fie. 227. — Hérisson.
on l’accuse, mais à tort, de causer par sa morsure une maladie aux chevaux et aux mulets.
Les Taupes sont des animaux essentiellement souterrains et fouisseurs ;leur corps est trapu, leur museau allongé et terminé par un boutoir mobile servant à creuser la terre, et leurs membres antérieurs, très-courts, mais extrêmement forts et très-larges, sont dirigés en dehors et terminés par d’énormes ongles propres à fouir (fig. 210). A l’aide de ces organes, les taupes creusent dans le sol, avec une rapidité extrême et un instinct admirable, de longues galeries au milieu desquelles elles établissent leur demeure. Les petites élévations qu’on voit souvent sur le sol, et qu’onappelle Ans taupinières, sont formées par les déblais que ces animaux rejettent au dehors lorsqu’ils exécutent ces travaux souterrains. Ils ne sortent presque jamais de leurs labyrinthes, et se nourrissent des vers et des larves d’insectes qu’ils y trouvent. Ils sont destinés, comme on le voit, à vivre dansune obscurité profonde: aussi leurs yeux sont-ils à peine perceptibles, et il existe une espèce de taupe qui est complètement aveugle. On leur compte vingt-deux dents à chaque mâchoire. La Taupe commune de nos campagnes, qui est d’un beau noir, est répandue dans toutes les contrées fertiles de l’Europe.
§ Ù18. L’ordre des Rongeurs comprend les mammifères ordinaires onguiculés dont la bouche fest armée de fortes incisives et de molaires, mais manque de canines. Cette disposition des dents (iîg. 17 et 229) les rend propres à ronger des substances végétales très-dures, telles que des écorces et des racines, et le régime de
ces animaux se compose principalement de ces matières. Le cerveau des rongeurs ressemble beaucoup à celui des insectivores,et leur intelligence est très-bornée ; mais plusieurs sont doués de facultés instinctives très-remarquables. Les Écureuils (fig. 122). les Marmottes (fig. 66), les Rats, les Hamsters (fig. 123), les Cam-
Fig. 228. — Campagnol ordinaire.
pagnols (fig. 228), les Lièvres, les Castors (fig. 132), les Porcsépics (fig. 196), et plusieurs autres animaux conformés d’après le même plan général, prennent place dans cette division.
Les rongeurs du genre Rat sont caractérisés par quelques particularités dans la disposition de leurs dents, et par leur queue longue et écailleuse. Ce sont des animaux de petite taille, qui se nourrissent principalement de substances végétales (telles que des graines et des racines); mais ils mangent aussi des matières animales, et, lorsque la disette les pousse, ils se livren t des combats acharnés et se dévorent entre eux. 11 y en a trois espèces qui sont devenues communes dans nos maisons, savoir: le Rat domestique, le Surmulot et la Souris.
Le Rat domestique n’était pas connu des anciens, et paraît être originaire de l’Amérique. On ignore l’époque de son introduction en Europe, mais on sait que jadis il existait en grand nombre dans les lieux que le surmulot occupe maintenant, après y avoir presque entièrement détruit celle espèce. Le rat domestique est même devenu un animal assez rare à Paris, et on ne le trouve guère que dans les granges, où il fait sa nourriture du grain, de la farine, du fruit et des légumes de toute espèce qui s’y trouvent. Son goût pour les matières animales est très-prononcé, et il fait la chasse aux jeunes animaux. Dans les maisons rurales
Fig. 229. — Tcte d’un Rongeur.
• MAMMIFÈRES
où il se propage, il devient un véritable fléau par les dommages qu’il cause en rongeant le linge, les harnais de cuir, le lard, en un mot tout ce qui lui tombe sous la dent.
Le Surmulot est le plus grand de nos rats ; il a environ deux décimètres de long (la queue non comprise), et son pelage est brun roussâtre. Il est aujourd’hui très-multiplié en Europe, mais cependant il n’y a été introduit que dans le dix-huitième siècle. Les vaisseaux faisant le commerce avec l'Inde l’ont transporté en Angleterre, d’où il s’est répandu en France, dans toutes les autres parties de l’Europe, en Amérique, et enfin partout où les Européens ont fondé des colonies. Aux environs de Paris, les surmulots sont très-abondants dans les voiries. Ils se creusent des terriers à peine assez profonds pour contenir leur corps.
La Souris est la plus petite des espèces de rats qui vivent dans nos habitations, et elle est la seule qui fut connue des anciens. Ce petit animal creuse dans les planchers de nos maisons, et dans les vieilles murailles dont le plâtre se détache facilement, des galeries plus ou moins longues, où il fait sa résidence habituelle ; il se nourrit de toutes les substances animales ou végétales qu’il peut atteindre, et a surtout du goût pour le suif, le lard et les autres corps gras. Quelquefois on en rencontre, à l’état sauvage, dans les bois, où ils se nourrissent principalement de glands et de faînes.
Les Loirs sont de jolis petits animaux à poil doux, à queue velue et même touffue, au regard vif, qui ont beaucoup d’ana-
logie avec les rats, se tiennent sur les arbres, et se nourrissent de fruits. De même que les marmottes, ils passent la saison froide roulés en boule et dans un sommeil léthargique très-profond. On peut les reconnaître au nombre de leurs dents molaires qui est de quatre ;l chaque mâchoire et de chaque côté.
Les Gerrotses (fig. 231) sont de petits rongeurs qui sont remarquables- par le grand développement de leurs pattes poslé-
FlG. 231. — Gerboise.
rieures, ce qui leur donne la faculté de sauter avec beaucoup d’agilité.
Les Écureuils (fig. 122) appartiennent aussi à l’ordre des rongeurs, et se font reconnaître par leur longue queue garnie de poils comme une large plume. Ce sont des animaux remarquables par leur agilité, qui vivent sur les arbres et se nourrissent de fruits. Il y en a beaucoup d’espèces dans les deux continents. En France, on rencontre en grand nombre Y Écureuil commun , qui, dans nos climats, conserve toujours les couleurs que chacun lui connaît (le dos d’un roux vif et le ventre blanc), mais, dans le Nord, devient, pendant l’hiver, d’un beau cendré bleuâtre, et porte alors le nom de petit-gris : dans cet état sa fourrure est très-recherchée.
Les Castors se distinguent de tous les autres rongeurs par leur grande queue aplatie horizontalement, de forme presque ovalaire et couverte d’écaillcs (fig. 132). Ce sont d’assez grands animaux, dont la vie est tout aquatique ; leurs pieds et leur queue les aident également bien à nager. Ils vivent principalement d’écorces et d’autres matières dures, et ils se servent de leurs fortes dents incisives pour couper toutes sortes d’arbres.
Le Castor du Canada est, de tous les quadrupèdes, celui qui met le plus d’industrie à la fabrication de sa demeure, à laquelle
MAMMIFÈRES
il travaille en société, dans les lieux les plus solitaires du nord de l’Amérique (§ 331, p. 268).
Le voisinage de l'homme empêche les castors de se réunir ainsi et de bâtir; les castors solitaires qu on trouve dans les terriers le long du Rhône, .du Danube ou de quelques autres fleuves d’Europe, ne se construisent jamais de huttes, mais paraissent cependant être de la même espèce que le castor du Canada.
§ A19. L’ordre des Édentés semble établir le passage entre les mammifères onguiculés et les ongulés, car leurs ongles prennent un grand développement et enveloppent en grande partie l’extrémité des doigts; mais ce qui les caractérise surtout, est l’ab- * p,0 232. - Tèlc de Tatou,
sence de dents sur le devant
delà bouche (fig. 232). L’appareil masticateur nosc compose que
des molaires et des canines, et quelquefois .
même manque complètement (fig. 30); aussi les édentés se nourrissent-ils principalement d’insectes mous ou de feuilles faciles à arracher. Nous citerons comme exemples de ce FlG- 233- — latou c:,bassou-
groupe les Tatous (fig. 233), les Pangolins (fig. 197) et les Fourmiliers.
§ 620. L’ordre des Pachydermes appartient à la division des mammifères sabots, et se compose de tous les ongulés dont l’appareil digestif est conformé de la manière ordinaire et n’est pas disposé pour la rumination. Ces animaux sont remarquables par l’épaisseur de leur peau ; leur cerveau présente des circonvolutions nombreuses, à peu près comme chez les carnassiers, et ils sont tous plus ou moins complètement herbivores. Les uns
ont le nez prolongé en une longue trompe préhensile, et sont nommés pour cette raison les Vroboscidiens : les Éléphants (fig. 202) sont dans ce cas. D’autres pachydermes se distinguent par la conformation de leurs pieds, qui ne sont pas divisés au bout et se terminent par un doigt unique garni d’un seul sabot : ce sont les diverses espèces du genre cheval, telles que le Cheval
proprement dit, l’Ane et le Zèbre (fig. 234), qui offrent ce caractère, et il leur a valu le nom commun de Solipèdes. Enfin, les Pachydermes ordinaires ont les pieds terminés par des doigts dont le nombre varie de deux à quatre: le Sanglier, le Tapir (fig. 203), le Rhinocéros (fig. 199), l’Hippopotame (fig.
235), appartiennent à ce groupe.
Le genre Éléphant (fig. 202) comprend des animaux d’une taille gigantesque,
Fig. 234. Zèbre. d^un naturel doux Ct
docile qui leur rend
très-faciles les habitudes de la domesticité. L’amplitude que doivent avoir les alvéoles de la mâchoire supérieure pour contenir les deux défenses la rend si haute, et raccourcit tellement les os du nez, que les narines se trouvent dans le squelette vers le haut de la face; mais elles se prolongent, dans l’animal vivant, en une trompe cylindrique dont nous avons déjà fait connaître la structure (page 349). Au moyen de ce bizarre instrument, l’éléphant déracine un arbre, défait les nœuds d’une corde, et parvient à ouvrir une serrure et à écrire même avec une plume. Ces animaux ont la vue assez bonne; leur ouïe est fine, leur odorat délicat; ils possèdent de l’intelligence et leur prudence est extrême; ils gardent le souvenir des bienfaits comme des injures. Leur allure est pesante, 'mais l’étendue de leur pas donne de la rapidité à leur course. Quoique l’éléphant soit le plus puissant des quadrupèdes, il n’est dans l’état de nature ni cruel ni redoutable. Non moins pacifique que brave, il n’abuse jamais de son pouvoir et n’use de ses forces que pour sa propre défense. Dans les déserts, on le voit rarement seul. Les troupeaux sont ordinairement de quarante à cent individus. Le plus ancien marche à la tête de la bande, le second d’âge veille à l’arrière-garde.
On dompte les éléphants lorsqu’on les saisit jeunes; ils peuvent alors être employés aux transports. On les charge d’un poids de 1000 kilogrammes (ou environ deux mille livres), et on leur fait parcourir, sans trop les fatiguer, un trajet de 60 à 80 kilomètres
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(quinze à vingt lieues). Ces animaux nagent très-bien ; ils vivent à peu près deux cents ans.
On connaît deux espèces d’éléphants : 1° L ’ Éléphant des Indes, qui a la télé oblongue, le front concave, les oreilles d’une médiocre grandeur et quaire ongles aux pieds de derrière. On le rencontre dans toutes les parties chaudes de l’Inde, où les habitants le chassent, le prennent, le domptent, et l’emploient comme bétc de trait et de somme. Ses défenses restent souvent très-courtes. 2° L'Éléphant d'Afrique, qui a la tète ronde, le front convexe; ses oreilles sont grandes, et il n’a que trois ongles aux pieds de derrière. 11 habite l’Afrique, depuis le Sénégal jusqu’au Cap. 11 est plus farouche que celui des Indes, et ses défenses sont beaucoup plus longues; la femelle les a aussi longues que le mâle.
Ce sont les défenses d’éléphant qui fournissent le véritable ivoire; on reconnaît cette substance aux lignes courbes losangiques que présente la tranche lorsqu’elle est polie.
Les Hippopotames ont le corps énorme, les jambes très-courtes, quatre doigts égaux à chaque pied (tandis que l'éléphant en a cinq), la queue médiocre, le museau renflé et la peau presque dénuée de poils. Ces animaux vivent dans les rivières du centre et du midi de l’Afrique, où ils se nourrissent de substances végétales. Ils sont d’un brun noir, et atteignent jusqu’à 3 mètres et demi de long sur 1"',30 ou 1"’,60 de haut. On en voit quel-
quefois trois ou quatre au milieu des rivières ou près de quelque cataracte, formant une espèce de ligne et s’élançant sur les poissons que la rapidité du courant leur amène. Ils nagent avec une grande vigueur, et demeurent longtemps sous l’eau sans avoir besoin de respirer l’air. Pendant la nuit, ils quittent les rivières pour se jeter sur les plantations de cannes à sucre, de millet, de
riz, qu ils dévorent avec avidité. Ils marchent avec une telle im- 1 péluosilé, qu ils écrasent tout ce qui se trouve sur leur passage. Leur caractère féroce les a rendus très-redoutables.
Les Cochons out aussi quatre doigts à tous les pieds ; mais deux sont très-grands, dirigés en avant, et deux très-petits, extérieurs, ne touchent presque pas la terre. Leurs incisives sont en nombre variable, et les canines sortent de la bouche et se recourbent ' toutes vers le haut, comme de véritables défenses; leur mi^eau est terminé par un boutoir tronqué, propre à fouiller la terre. Ils vivent en troupe dans les forêts, où ils se nourrissent de racines et de fruits, quoiqu’ils n’éprouvent pas de répugnance pour la nourriture animale.
Les Rhinocéros (fig. 199) sont de grands animaux trapus et lourds, qui sont remarquables par l’épaisseur extrême de leur peau et par la corne solide qu’ils portent sur le nez, dont les os sont très-épais et réunis en une sorte de voûte pour la soutenir. Cette corne, comme nous l’avons déjà dit, adhère à la peau et semble être composée de poils agglutinés; dans son intérieur il n’y a pas d’axe osseux comme dans les cornes des ruminants. Ces animaux habitent les parties les plus chaudes de l’ancien continent, et se trouvent généralement dans les lieux où vivent aussi les éléphants. Ils recherchent les endroits humides et ombragés, et se vautrent à la manière des hippopotames et des cochons, pour assouplir leur cuir. Leur intelligence paraît fort bornée, et leur naturel est farouche et indomptable.
Le genre Cheval, comprenant le Cheval proprement dit, l’Ane, le Zèbre (fig. 23/i), et plusieurs autres espèces, se distingue de tous les autres mammifères par la conformation du pied, qui se termine par un seul doigt apparent garni d’un seul sabot. Ces animaux, que l’on désigne aussi sous le nom commun de solipèdes, ont à chaque mâchoire six incisives tranchantes qui, dans la jeunesse de l’animal, ont leur couronne creusée d’une fossette, et de chaque côté six molaires. Les mâles ont de plus à la mâchoire supérieure, et quelquefois à toutes les deux, deux petites canines qui manquent presque toujours aux femelles. Entre ces canines et la première molaire est l’espace vide nommé barre, où 1 on place le mors, au moyen duquel l’homme dompte et dirige ces animaux. Ils ont l’œil saillant, la prunelle en forme de carré long, l’oreille longue et mobile, les narines sans mufle, la langue très-douce, l’ouïe très-fine; leur lèvre supérieure, fort mobile, est pour eux un instrument de préhension. Tout leur corps est couvert d’un poil bien fourni, avec une crinière sur le cou. Aux jambes de devant, cl quelquefois à celles de derrière, on trouve
MAMMIFÈRES
souvent une partie nue, cornée, qu’on appelle châtaigne ou noix. Leur queue est médiocre, mais souvent garnie de longs crins. Les chevaux sont essentiellement herbivores; leur estomac cependant est simple et médiocre. Le cheval se contente des herbes les plus communes lorsqu il y est habitué de bonne heure. 11 aime les pâturages secs; on le nourrit à l’écurie avec du foin, de la luzerne, du trèfle, de la vesce, de l’avoine; la paille de froment, d’orge et d’avoine lui convient aussi, lorsqu’il reçoit en mémo temps une portion de bon foin et de grains.
Le Cheval proprement dit se distingue des autres espèces de ce genre par la couleur uniforme de sa robe et par sa queue garnie de poils dès sa base. Il les dépasse aussi par sa taille et par la beauté de ses formes. Il est originaire des grandes plaines du centre de l’Asie; mais, aujourd’hui, il est répandu en nombre immense dans presque toutes les parties du monde, et il n’existe plus à l’état sauvage que dans les lieux où des chevaux domestiques ont recouvré la liberté, comme en Tartarie et en Amérique. L’importation de ces animaux dans le nouveau monde ne date que d’environ trois siècles, et cependant les chevaux sauvages y sont en nombre immense. On assure les y avoir rencontrés par troupes de plus de dix mille individus.
Le cheval peut vivre environ (rente ans; mais, dans sa vieillesse, il perd presque toutes ses qualités précieuses. Avant l’âge de quatre ou cinq ans il ne peut être monté ni employé au trait; on voit donc qu’il importe beaucoup de pouvoir distinguer avec certitude l’âge de ces animaux. Jusqu’à l’âge d’environ huit ans, on y parvient avec certitude à l’aide des changements successifs qui s’opèrent dans leur système dentaire; mais passé celte époque, on n’a aucun signe bien positif de leur âge, et l’on dit qu’ils ne marquent plus, parce qu’alors les fossettes dont leurs incisives étaient creusées sont effacées.
L’Ane se reconnaît par sa taille, en général plus petite que celle du cheval, par ses longues oreilles, par la croix noire qu’il a sur les épaules, par la touffe de poils qui termine sa queue. Quoique moins fort que le cheval, il n’est pas moins précieux que lui pour les habitants de la campagne, parce qu’il est plus patient et plus sobre. Il est comparativement plus fort et plus hardi que son heureux rival. Sujet à beaucoup moins d’infirmi-, tés, il soutient sa vie à très-peu de frais. Il n’est difficile que pour sa boisson : il lui faut une eau claire et limpide. Il est t rois ou quatre ans avant de prendre loule sa croissance, et pousse sa carrière jusqu’à vingt ou vingt-cinq ans; il dort moins que le cheval. Dans scs premières années, il est vif, animé; mais les
39/t ZOOLOGIE.
mauvais traitements lui font bientôt perdre sa vivacité; il devient lent, stupide et têtu.
§ 421. L’ordkedes Ruminants se distingue non-seulement des autres mammifères ongulés, ou pachydermes, mais encore de tous les groupes précédents, par l’existence de quatre estomacs disposés pour la rumination (§ 404). Ces animaux sont essentiellement herbivores, et manquent de dents sur le devant de la mâchoire supérieure ; enfin, ils ont tous le pied fourchu, et c’est seulement parmi eux qu’on rencontre des espèces dont le front est armé de cornes soutenues par un axe osseux. Les principaux représentants de cette division sont les Bœufs, les Moutons (fig. 238), les Chèvres (fig. 200) et les Cerfs (fig. 239); mais on y range aussi les Antilopes, la Girafe (fig. 241), les Chameaux, les Lamas, etc.
Le genre Bœuf diffère des autres ruminants par la forme du corps et parla disposition des cornes, lesquelles, revêtues d’une gaine cornée', et formées intérieurement par un prolongement de l’os du front, sont dirigées de côté, puis recourbées en haut et en avant en forme de croissant.
Les espèces principales sont : le Bœuf ordinaire, l’Aurochs, originaires l’un cl l'autre de l’Europe; le Buffle, l’Yak, qui sont
Fig. 236. — Bison.
propres à l’Asie ; le Bison et le Bœuf musqué, qui appartiennent à l’Amérique septentrionale.
Le Bœuf ordinaire, qui dans sa jeunesse est appelé veau, et dont le mâle porte le nom de taureau, et la femelle celui de vache, a pour caractère particulier un frontplat, plus long quelarge,des cornes rondes, placées aux deux extrémités delà ligne saillante qui sépare le front de l’occiput, et les quatre mamelles placées
MAMMIFÈRES
par paires. Aussi vigoureux que docile, le bœuf est d’uuc grande utilité pour l’économie domestique et pour l’agriculture, soit comme béte de trait, soit à raison des produits qu’il nous fournit. Sa chair, qui est trés-succulcnte, constitue un de nos aliments les plus sains et les plus nourrissants. Sa peau, bouillie, donne de la colle forte ; tannée, elle se change en cuir; les poils entrent dans la composition de certains mortiers, et servent débourré; les cornes sont employées par les tabletiers pour faire des peignes, des écritoires et autres ustensiles. On brûle sa graisse; on fait d’excellent engrais avec son sang, dont on se sert aussi pour fabriquer une couleur bleue très-utile, connue sous le nom de bleu de Prusse ; ce sang est employé encoi’e dans plusieurs arts chimiques, entre autres dans les raffineries de sucre et d’huile de poisson. La membrane qui couvre les intestins, lorsqu’elle est sécliée, forme ce qu’on nomme la baudruche, et est employée pour recouvrir les aérostats et battre l’or en feuilles très-minces. Enfin le lait de la vache donne la crème, le fromage et le beurre. 11 y a des bœufs dans toutes les parties du monde; mais ces animaux sont originaires de l’Europe et de l’Asie.
L’Aurochs est le plus grand des quadrupèdes de l’Europe.- Il se distingue de notre bœuf domestique par son front bombé, plus large que haut ; par l’attache de ses cornes au-dessous de la crête occipitale ; par une sorte de laine crépue qui couvre la tête et le cou du mâle, et qui forme une barbe courte sous la gorge ; enfin, par une paire de côtes de plus. On voit donc que c’est à tort qu’on a représenté l’aurochs comme étant la souche de nos bêtes à cornes. Il habitait autrefois toute l’Europe tempérée ; mais aujourd’hui sa race est presque détruite, et l’on n’en trouve plus que quelques individus réfugiés dans les grandes forêts marécageuses de la Lithuanie, des Krapaks et du Caucase.
Le Buffle, originaire de l’Inde, mais naturalisé en Italie et en Grèce, a les cornes marquées en avant par une arête longitudinale. Il a moins de docilité que le bœuf, mais il est plus robuste et plus facile à nourrir. 11 aime à se vautrer dans la fange, et il est excellent nageur; il plonge parfois jusqu’à dix ou douze pieds de profondeur pour arracher avec ses cornes des plantes aquatiques qu’il mange en nageant.
L'Yak, aussi nommé Buffle à queue de cheval et Vache (jrognanle de la Tartarie, est une espèce de petite (aille, originaire du Tliibet. 11 porte sur le dos une longue crinière, et sa queue est garnie de poils longs comme ceux du cheval. C’est avec cette queue qu’on fait les étendards qui servent parmi les Turcs à distinguer les officiers supérieurs.
Le Boeuf musqué habileles parties les plus septentrionales de l’Amérique, et grimpe sur les rochers presque aussi bien que les
chèvres; il est remarquable par ses] cornes presque réunies à leur base au devant du front, et par l’odeur forte de musc qu’il répand.
Le Bison d’Amérique ressemble beaucoup à l’aurochs, quoiqu’il aitles jambes et la queue plus courtes, le poil plus long, et quelques autres différences plus légères.
Le genre Mouton se compose de ruminants dont les cornes, organisées de la même manière que celles des bœufs, sont d’abord dirigées en arrière et reviennent ensuite plus ou moins en avant, en spirale ; ils manquent de barbe, et ont le chanfrein convexe; du reste, ils diffèrent à peine des chèvres.
Une espèce de ce genre, YArgali, dont le mille a de trèsgrosses cornes, triangulaires à leur base, arrondies aux angles, aplaties en avant et striées en travers, semble devoir être considérée comme la souche de toutes les variétés de nos moutons domestiques. Cet animal se trouve en grand nombre dans le Kamtchatka, dans toutes les régions montagneuses de l’Asie centrale, et sur les plus hautes montagnes de la Barbarie, de la Corse et de la Grèce. 11 devient grand comme un daim, et il est très-agile.
Le Mouflon (fig. 238), que l’on trouve en Europe et en Afrique, diffère de l’argali en ce que sa taille ne devient jamais aussi grande : sa femelle n’a que rarement des cornes, et lorsqu’elles existent, elles sont très -petites. 11 y a dans les mouflons des variétés qui sont noires en tout ou en partie, et d’autres plus ou moins blanches. Ces animaux vivent en troupe.
Le Mouton domestique, qui, dans sa jeunesse, porte le nom d’agneau, et dont la femelle est appelée brebis, est un animal trop connu pour qu’il soit nécessaire d’entrer dans de longs détails sur ses mœurs et sur ses caractères zoologiques. On l’élève en troupeaux nombreux, pour obtenir la toison, qu’on tond tous les ans, el donL les poils frisés se nomment laine. La graisse de ces animaux, blanche et cassante, sert à faire la chandelle; c’est avec leurs intestins roulés et desséchés que sont fabriquées les cordes à boyau; enfin, leurs excréments, qui donnent un engrais très-chaud, contribuent puissamment à augmenter la fertilité des terres. Les brebis mérinos qui se trouvent en Espagne sont
MAMMIFÈRES
remarquables par la finesse de leur laine. Autrefois leur exportation de ce pays était défendue ; mais aujourd’hui on en élève en France et dans presque toutes les parties de l’Europe. Les pre-
Fig. 238. — Mouflon.
miers mérinos furent importés en 1776, d’après les ordres de Trudaine, intendant des finances ; aujourd’hui nous en possédons environ 500 000, sans compter les métis.
La tonte des moutons se fait tous les ans vers le mois de mai, lorsqu’en écartant les mèqhcs de la laine, on aperçoit la pointe d’une laine nouvelle. Quelquefois on lave la laine sur le dos de l’animal, avant de la couper; plus souvent on la coupe telle qu’elle est, imprégnée d’une sueur grasse, nommée suint, qui la préserve des teignes et autres insectes.
Les Chèvres (fig. 200) ont les cornes semblables à celles des moutons, mais dirigées en haut et en arrière, le menton ordinairement garni d’une longue barbe, et le chanfrein de leur face concave. Toutes les espèces de ce genre sont d’Europe ou d’Asie, et vivent par petites familles, sur les montagnes escarpées, où elles déploient une agilité étonnante.
L ’Ægagre, ou Chèvre sauvage, qui paraît être la souche de toutes les variétés de nos chèvres domestiques, habile en troupes sur les montagnes de la Perse, et pcul-êtrc même dans les Alpes.
Le Bouquetin est une espèce clc chèvre sauvage qui habite le sommet des hautes montagnes de l’ancien monde. *
La Chèvre domestique est très-répandue dans toute l’Europe,
car c’est un animal qui donne de grands profits, et n’est que d’un entretien peu coûteux. Ilsemble cependant se plaire mieux dans les montagnes et sur les rochers escarpés que dans les champs cultivés. Sa nourriture favorite consiste en bourgeons de jeunes arbres. Il est capable de supporter les plus fortes cha leurs ; l’orage ne l’effraye nullement, et les pluies ne l’incommodent point. Le lait de chèvre est gras et nourrissant ; il se coagule moins sur l’estomac que celui de la vache, et par conséquent est d’une plus facile digestion.
Les ruminants du genre Cerf se distinguent des autres mammifères par la nature de leurs cornes, qui sont osseuses, sujettes à des changements périodiques, et portent le nom de bois.
On connaît un grand nombre d’espèces du genre cerf : le Cerf commun, le Daim, le Chevreuil et le Renne (fig.240), par exemple. Tous ces animaux habitent les forêts et sont légers à lacourse; leurs jambes sont longues et fines, leur corps svelte et arrondi, et leur pelage propre et luisant. En général, ils sont remarquables parleur beauté et l’élégance de leurs formes. C’est ordinairement au printemps qu’ils changent de cornes, et les femelles en manquent presque toujours.
Les Antilopes sont des ruminants qui ressemblent beaucoup û des cerfs, mais qui, à la place de bois, ont des cornes persistantes et revêtues d’un étui corné comme celles des bœufs. Le Chamois appartient à ce genre.
La Girafe (fig. 241) se distingue de tous les autres ruminants par la forme de son corps et par la structure de ses cornes, qui sont coniques et recouvertes par la peau. Elle a environ 6 mètres
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de haut, et se nourrit principalement de feuilles. La seule espèce connue habite l’Afrique.
Fig. 240. — Renne.
Les Chameaux n’ont pas, comme les ruminants ordinaires, la tête armée de cornes, et leur pied n’est pas fourchu comme chez les précédents. Ils sont remarquables par les masses énormes de graisse qu’ils ont sur le dos, et qui les font paraître bossus, et par la structure de leurs pieds, qui sont admirablement bien conformés pour marcher sur le sable, si commun dans les régions habitées par ces animaux : en effet, leurs doigts sont réunis en dessous, juste prés de la pointe, par une semelle épaisse et flexible.
Ces animaux sont propres aux parties chaudes de l’ancien continent ; ils sont célébrés par leur docilité, parla faculté de soutenir de longues routes, quoique pesamment chargés, et surtout par leur extrême sobriété. Les chameaux, sans lesquels peut-être les hommes n’eussent jamais pu traverser les vastes solitudes de sable que l’on rencontre en Asie et en Afrique, ont la faculté de passer plusieurs jours sans boire, ce qui tient probablement à de grands amas de cellules qui garnissent les côtés de leur panse, et dans lesquelles il s’accumule ou se produit continuellement de l’eau. Dans l’Arabie et dans d’autres contrées où l’on fait servir le chameau à différents usages, il est regardé comme le plus précieux des animaux. Son lait forme une partie considérable de la nourriture de ses maîtres ; ceux-ci s’habillent de son poil,
qui tombe régulièrement tous les ans, et à 1 approche de 1 ennemi, ils peuvent, en montant sur son dos, luir rapidement à de grandes distances.
Fig. 241. — Girafe.
I es deux espèces principales du genre chameau sont : le Chameau de la Bactriane, ou à ^h^^ChamaU ^ ’
^Enflfler^0^ Terminants propres à l’Amérique méridionale, qui ont beaucoup d’analogie avec les chameaux, mais qui n’ont pas de bosse.
mammifères. JÜ1
s ftoo La division des Mammifères piscifoiimes ne comprend qu’un seul ordre, celui des Cétacés, dont la conformation est adaptée à une vie tout aquatique, et dont la forme extérieure est celle d’un poisson plutôt que d’un mammifère ordinaire. Ici les membres postérieurs manquent, et les membres thoraciques sont transformés en nageoires; enfin la queue se termine aussi nar une large nageoire horizontale. Les Marsouins (tig. 192), les Dauphins, les Cachalots et les Baleines (fig. 242) appartiennent à cet ordre.
Les Baleines sont d’énormes cétacés dont la tète forme environ le tiers de la longueur totale, et dont la bouche, dépourvue de dents, est garnie des deux côtés de la mâchoire supérieure par
Fig. 242. — Baleine.
une série de grandes lames transversales serrées les unes contre les autres comme les dents de peigne, et connues sous le nom de fanons. Ces organes, formés par une espèce de corne fibreuse et très-élastique, sont effilés à leurs bords, et constituent une sorte de crible propre à retenir les petits animaux dont les baleines se nourrissent. Les fosses nasales offrent aussi chez ces animaux une disposition particulière, qui du reste se rencontre chez la plupart des cétacés, et qui permet à ces animaux de produire au-dessus de leur tète des jets d’eau qui les font remarquer de loin par les navigateurs, et qui leur ont valu le nom de souffleurs. Ils engloutissent dans leur vaste gueule, avec leur proie, de grands volumes d’eau ; et pour s’en débarrasser, sans laisser échapper en même temps leurs aliments, ils la font passer dans les fosses nasales ; l’eau s’y amasse dans un sac particulier, et les muscles qui entourent cette espèce de réservoir,
en se contractant, la chassent avec violence par les narines, qui sont percées au-dessus de la tête.
D’après la taille gigantesque des baleines, on serait tenté de croire que ces animaux doivent dévorer les poissons les plus gros; mais il en est tout autrement : l’absence de dents, la structure de leurs fanons, et la faiblesse des muscles de leur mâchoire, ne leur permettent de s’emparer que des plus petits animaux marins : leurs aliments ordinaires consistent en petits mollusques, en crustacés longs de quelques millimètres, et en zoophytes dont le corps est mou comme de la gelée ; mais le nombre de ces êtres étant immense, elles n’ont pour ainsi dire qu’à ouvrir leur gueule pour les engloutir par milliers. Du reste, elles sont trèsvoraces et mangent presque continuellement. La vapeur d’eau qui s’échappe de leurs poumons est rejetée au dehors par les narines, et, en se condensant, forme au-dessus de leur tête un jet élevé qui retombe en une espèce de pluie fine. Les baleines nagent avec une très-grande vitesse; n’ayant aucune arme pour se défendre et étant le plus souvent embarrassées de la masse énorme de leur corps, elles ne sont point capables d’éviter les attaques d’ennemis robustes et agiles, et la conscience de leur faiblesse les rend en général fort craintives; quelquefois, cependant, elles deviennent furieuses, et déploient toute leur force pour se défendre ou pour échapper à leurs persécuteurs. On assure que, lorsqu’elles frappent la surface de l’eau avec la queue, elles produisent un fracas pareil à celui d’un coup de canon.
On connaît plusieurs espèces de baleines. Celle qui est la plus recherchée des pêcheurs est appelée Baleine franche, et se distingue en ce qu’elle n’a point de nageoire sur le dos ; sa taille n’excède guère 25 mètres. Jadis elle était assez commune dans nos mers ; mais poursuivie sans cesse par nos pêcheurs, elle s’est retirée peu à peu vers le nord, et ne se rencontre plus aujourd’hui que dans les mers glacées qui avoisinent le pôle.
Les Cachalots sont des cétacés très-voisins des baleines, mais qui manquent de fanons, et qui ont la mâchoire inférieure armée de dents. La partie supérieure de l’énorme tête de ces animaux ne consiste presque qu’en grandes cavités recouvertes et séparées par des cartilages, et remplies d’une huile qui se fige par le refroidissement, et qui est connue sous le nom de blanc de baleine ou de spermaceti.
La pêche de la baleine et du cachalot est une branche importante de commerce maritime : elle occupe chaque année des flottes entières, et c’est sans contredit l’école où se forment les
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marins les plus hardis et les plus expérimentés. Jadis elle était tout entière entre les mains des Basques ; mais depuis longtemps nos pécheurs ne s’en occupent que peu, et aujourd liui elle est faite presque exclusivement par les Anglais et les Américains. Les navires qu’on y emploie sont dirigés, les uns vers le nord, les autres vers le sud.
La péclie du nord a pour objet la haleine franche, dont on retire une quantité considérable d’huile et de fanons : elle se fait dans le détroit de Davis et les mers du Groenland, au milieu des énormes glaçons qui s’élèvent quelquefois au-dessus de la surface de l’eau comme des montagnes- flottantes, et brisent par leur choc les vaisseaux les plus forts. Lorsque les pécheurs aperçoivent une baleine, ils mettent aussitôt leurs chaloupes à la mer, et s’avancent en silence vers elle. Un d’eux, plus robuste et plus adroit que les autres, se lient debout, armé d’un harpon, sorte de lance attachée à une corde, et aussitôt qu’il est à portée de la baleine, il le lui lance. Le harpon s’enfonce dans le corps de l’animal, qui, se sentant blessé, plonge aussitôt avec la rapidité d’un trait, et entraîne avec lui la corde attachée à cet instrument; mais bientôt le besoin de respirer le force à remonter à la surface, et alors on le harponne de nouveau. Tourmentée par la douleur, la baleine fait des efforts incroyables pour se débarrasser des harpons qui la déchirent ; mais enfin, épuisée par la fatigue et la perte de son sang, elle ne peut plus ni fuir ni se défendre : alors les pécheurs la tirent à eux à l’aide des cordes attachées aux harpons, et l’achèvent coups de lance; mais jusqu’à ce qu’elle soit morte, ils évitent avec soin sa terrible queue, dont un coup ferait voler leur chaloupe en éclats. Lorsqu’on s’est assuré que la baleine est morte, on l’attache aux flancs du navire, et des hommes habillés de vêtements de cuir, et pourvus de bottes garnies de crampons, descendent sur le corps de l’animal et enlèvent par tranches le lard dont toute sa surface est recouverte. Ce lard est ensuite fondu pour en extraire l’huile, dont on relire quelquefois 120 tonneaux d’une seule baleine.
La pêche dite du sud se fait principalement dans l’océan Pacifique, et est dirigée spécialement contre les cachalots, qui fournissent bien moins d’huile que les baleines et n’ont pas de fanons, mais donnent des quantités considérables de blanc de baleine que l’on emploie, comme la cire, pour la fabrication des bougies.
Les Dauphins et les Marsouins ont la té tebeaucoup moins grande proportionnellement que les baleines, et ils ont les deux mâchoires garnies de dents pointues ; ils sont très-carnassiers. Enfin,
il est aussi des cétacés qui sont herbivores : tels sont les Lamentins et les Dugongs.
§ Z|23. La division des Mammifères didelpiîiens se distingue par plusieurs caractères d’une grande importance physiologique. En général, les petits naissent dans un état d’imperleclion extrême, et il paraît que, durant leur vie embryonnaire, ils ne tirent pas leur nourriture d’un placenta, comme cela a lieu chez les mammifères ordinaires. Le cerveau est moins parfait que daus la division précédente et manque de mésolobe ou corps calleux. Enfin, il existe toujours chez ces animaux deux tiges osseuses (appelées os marsupiaux) qui, fixées par leur extrémité postérieure au devant du bassin, s’avancent entre les muscles du bas-ventre et servent à soutenir les parois de celte cavité viscérale (fig. 207).
Ce groupe se compose de deux ordres : les Marsupiaux et les Monotrèmes.
§ Z|24. L’ordre des Marsupiaux est principalement caractérisé par l’existence d’une sorte de poche destinée à contenir les petits
Fig. 243. — Kanguroo.
pendant les premiers temps qui suivent leur naissance. Cette poche est formée par deux plis de la peau du ventre, et renferme les mamelles, auxquelles les jeunes se fixent; ceux-ci y arrivent dans un état d’imperfection extrême et y achèvent leur développement (fig. 193). Le régime des marsupiaux varie beaucoup : les uns sont carnassiers, d'autres sont insectivores, d autres encore sont herbivores, et il en est dont la structure rap-
OISEAUX
pelle exactement celle des rongeurs parmi les mammiferes ordinaires. Il est aussi à noter que presque tous ces animaux appartiennent à la Nouvelle-Hollande. Les Sarigues (fig. 193), les Phalangers et les Kanguroos (fig. 243) sont les principaux représentants de ce groupe singulier.
§ 425. Enfin, I’ordre des Monotrèmes semble établir le passage entre les mammifères et les vertébrés ovipares. L intestin, au lieu de s’ouvrir directement au dehors, comme chez les mammifères ordinaires, débouche dans un cloaque commun, de la même manière que chez les oiseaux; 1 appareil de la reproduction présente aussi des anomalies très-grandes, et le système dentaire est rudimentaire; quelquefois les mâchoires sont garnies de lames cornées qui ressemblent beaucoup à un bec de
Fie. 244. — Ornitliorbynque.
canard. On ne connaît que deux genres ayant ce mode d’organisation, les Ornithorhynques (fig. 244) et les Échidnés.