CLASSE DES OISEAUX
§ 426. La classe des Oiseaux, qui comprend tous les animaux <4 squelette intérieur les mieux organisés pour le vol, est une des subdivisions du règne animal les plus distinctes et les plus nettement caractérisées, soit que l’on considère seulement la
configuration extérieure de ces êtres, soit que l’on s’attache exclusivement aux particularités de leur structure intérieure ou à la manière dont leurs fonctions s’exécutent. Pour définir ce groupe, il suffirait de dire que les oiseaux sont des animaux vertébrés ovipares , dont la circulation est double et complète. Mais, pour donner une idée exacte de ses principaux caractères, il faut ajouter que la respiration des oiseaux est aérienne et double , c’est-à-dire qu’au lieu de s’effectuer dans les poumons seulement, comme celle des mammifères et des reptiles, elle s’opère en même temps dans ces organes et dans la profondeur de diverses parties du corps ; que leur sang est chaud comme celui des mammifères ; enfin, que leurs membres antérieurs ont la forme d'ailes et que leur peau est garnie de plumes.
La conformation de ces animaux ne varie que peu, et est en rapport avec le mode de locomotion auquel ils sont essentiellement destinés. Ils n’atteignent presque jamais une grande taille, et la présence' d’une quantité considérable d’air dans l’intérieur de leur corps les rend très-légers.
§ Z|27. Les plumes qui couvrent tout le corps des oiseaux sont des productions très -analogues aux poils des mammifères, mais d’une structure plus compliquée. On peut, en général, y distinguer un tube corné qui en occupe la partie inférieure et qui est percé à son extrémité; une tige qui surmonte ce tube; enfin des barbes qui naissent de chaque côté de la tige, et sont ellesmêmes garnies de barbules, lesquelles paraissent quelquefois, à leur tour, frangées sur le bord.
L’organe sécréteur destiné à former la plume, se nomme capsule, et acquiert souvent une longueur considérable. D’après des observations de Frédéric Cuvier, il paraîtrait que la capsule croît pendant toute la durée du développement de la plume, et qu’à mesure que sa base s’allonge, son extrémité meurt, et se dessèche dès qu’elle a formé la portion correspondante de cet appendice. Chacun de ces petits appareils se compose d’une gaine cylindrique, revêtue à l’intérieur de deux tuniques unies par des cloisons obliques, et d’un bulbe central. La substance de la plume se développe à la surface du bulbe, et, pour former les barbes, se moule en quelque sorte dans les espaces que les petites cloisons dont nous venons de parler laissent entre elles. Dans la portion correspondante à la tige, le bulbe est en rapport avec la surface inférieure de celle-ci, et meurt ; mais, là où le tronc de la plume est tubulaire, la lame de matière cornée que cet organe sécréteur produit se contourne autour de lui et 1 enveloppe complètement. Cependant le bulbe, lorsqu’il a rempli
OISEAUX
ses fonctions, ne s’en dessèche pas moins, et il forme, en se flétrissant, une série de cônes membraneux emboîtés les uns dans les autres, qui remplissent l’intérieur du tube, et sont appelés Y âme de la plume.
La plume nouvelle est d’abord renfermée dans la gaîne de sa capsule, qui est souvent saillante de plusieurs pouces hors de la peau, et se détruit peu à peu. La plume se montre alors à nu, et ses barbes, roulées dans le principe, s’étalent latéralement; l’extrémité de son tuyau reste implantée dans le derme, mais en général s’en détache facilement, et, à une certaine époque, tombe pour faire place à une plume nouvelle. Ce renouvellement des plumes, qui est appelé mue , s’effectue en général chaque année après la saison de la ponte, et a quelquefois lieu deux fois dans la même année, en automne et au printemps ; il arrive plus tôt pour les vieux individus que pour les* jeunes, et c’est pour l'oiseau une époque de malaise pendant laquelle il perd la voix.
La forme de ces appendices tégumentaires varie beaucoup. On en connaît qui manquent de barbes, et qui ressemblent à des piquants de porc-épic :
l’aile du casoar (fig. 2Zi5) en offre quatre ou cinq; d’autres dont les barbes sont roides et garnies de barbules qui s’accrochent entre elles, de façon à former une grande lame que l’air ne traverse pas (celles qui garnissent les ailes de l’aigle et du corbeau, par exemple) ; d’autres encore dont les barbes et les barbules sont longues, flexibles, et ne s’accrochent pas, ce qui leur donne une légèreté et une mollesse extrêmes (comme celles de la queue et des ailes de l’autruche) • enfin, il en est qui ressemblent à un simple duvet (celles appartenant à certaines cigognes, et connues sous le nom de mara-
bouts, sont dans ce cas). Leurs couleurs sont variées à l’infini, et souvent surpassent en beauté et en éclat celles des plus belles fleurs ou des pierres les plus brillantes. En général, les femelles ont un plumage moins riche que celui des milles, et il est rare que le jeune oiseau présente les couleurs qu’il conservera toute sa vie ; souvent elles changent deux ou trois ans de suite, et quelquefois l’adulte a un plumage d’été tout à fait différent de celui de l’hiver. Enfin, il est aussi à noter que, chez les oiseaux aquatiques, ces appendices tégumentaires sont enduits d’une matière grasse qui les rend imperméables à l’eau, circonstance qui lui permet de préserver la peau de l’animal du contact du liquide dans lequel il est en partie plongé.
§ 428. Le squelette qui détermine la forme générale des oi-
FlC. 240. — Squelette du Goéland.
seaux, et qui est en même temps une des parties les plus importantes de l’appareil du mouvement, se compose il peu près des mêmes parties que chez les mammifères ; mais la forme
Sacrum. Omoplate. Humérus
Vertèbres
cervicales,
Coccyx.
•- Clavicule.
Tibia.
Tarse.
Sternum.
Phalanges.
et la disposition de plusieurs de ses os sont différentes, et, à volume égal, ils sont aussi plus légers, car la plupart d’entre eux sont creusés de nombreuses cellules remplies d’air.
La tête de ces animaux (fig. 247) est, en général, petite. Dans le très-jeune Age, le crâne se compose des mêmes os que chez
les mammifères (savoir, deux os frontaux, deux pariétaux, un occipital, deux temporaux, un sphénoïde et un ethmoïde) ; mais toutes ces parties se soudent de fort bonne heure, et cessent alors d’être reconnaissables. La face est formée, en majeure partie, par les mâchoires, qui sont très-allongées, et qui, étant destinées à constituer le principal organe de préhension, varient beaucoup sous le rapport de leur grandeur et de leur forme, suivant la nature des objets dont l’oiseau lui-même aura besoin de s’emparer. La mandibule supérieure est unie au front de façon à conserver quelque mobilité ; et l’inférieure, au lieu de s’articuler directement au crâne par un condyle saillant, comme chez les mammifères, est suspendue à un os mobile, nommé os tympanique ou os carré, qui est l’analogue d’une portion du temporal détachée en quelque sorte du rocher, auquel elle est soudée dans la classe précédente. Il est aussi â. noter que chacune des branches de celte mâchoire est composée de deux pièces, au lieu d’être formée d’un seul os, et que c’est par une fossette qu’elle s’articule avec l’os tympanique.
L’articulation de la tête avec la colonne vertébrale permet des mouvements plus étendus que chez les mammifères, car elle se fait par un seul condyle, espèce de pivot demi-sphérique, situé sur la ligne médiane du corps, au bas du grand trou occipital, et reçu dans une fossette correspondante de l’atlas.
§ 429. Le cou des oiseaux est en général beaucoup plus long et plus mobile que celui de la plupart des mammifères. Comme
Orbite. Cloison interorbitaire.
Tympan.
Os carré.
t— Crftne.
Fosses nasales. Os jugal. M&cll. infér.
Fig. 247. — Têle «.l’Aigle.
le bec est presque toujours l’unique organe de préhension àl’aide duquel ils ramassent à terre leurs aliments, la portion cervicale de la colonne vertébrale (fig. 246) devient d’autant plus longue, que ces animaux sont plus élevés sur leurs pattes; et, lorsqu’ils sont essentiellement nageurs (comme le cygue) et doivent plonger la tète dans l’eau pour s’emparer de leur proie, dans bien des cas la longueur de leur cou dépasse notablement la hauteur de leur tronc. Le nombre des vertèbres qu’on y compte varie beaucoup, suivant les espèces : ordinairement il y en a de douze à quinze ; mais quelquefois on n’en trouve pas autant, et d’autres fois il en existe plus de vingt (chez le cygne, par exemple). Elles sont très-mobiles les unes sur les aulres, et, par la nature de leurs facettes articulaires (1), le cou se ploie en S, de façon à se raccourcir ou s’allonger, suivant que ses courbures augmentent ou s’ell'acent. Cette disposition est surtout remarquable chez les oiseaux de rivage, tels que les cigognes, qui, pour saisir leur proie, ont besoin de darder leur bec avec une grande rapidité à une distance considérable. L’action des muscles destinés à mouvoir cette partie est aussi facilitée par l’existence d’apophyses nombreuses servant à leur insertion.
Chez presque tous les oiseaux, les vertèbres du dos sont au contraire tout à fait immobiles : et l’on comprend facilement la nécessité de celte disposition chez les animaux conformés pour le vol ; car celte portion de la colonne épinière, servant à soutenir les côtes, et fournissant par conséquent un pointjd’appui aux ailes, doit avoir une grande solidité. En général, ces vertèbres sont même soudées entre elles; mais, chez les oiseaux qui ne volent pas, comme le casoar et l’autruche (fig. 1G0), elles conservent de la mobilité. Les vertèbres lombaires et sacrées se réunissent toutes en un seul os, ayant les mêmes usages que le sacrum de l’homme. Enfin, les vertèbres coccygicnnes sont petites et mobiles; la dernière, qui supporte les longues plumes de la queue, est ordinairement plus grande que les autres et relevée d’une crête saillante (fig. 246).
§ 4.3 0. Lcscdlesdcs oiseaux présentent aussi quelques particularités de structure qui tendent encore à donner de la solidité au thorax. Le cartilage qui, chez les mammifères, les fixe au ster-
(1) Ces surfaces ai ticulaires sont concaves dans un sens et convexos dans l'autre, de açon à s'emboîter mutuellement. A la partie supérieure du cou, elles permettent librement la flexion en avant, tandis qu'à la partie moyenne, elles sont au contraire disposées de façon à no permettre que le renversement en arrière; enfui, à la base du cou, elles changent encore de structure, et redeviennent propres aux mouvements de flexion en avant.
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num est remplacé ici par un os ; et chacune d’elles porte à sa partie moyenne une apophyse aplatie qui se dirige obliquement en arriére au-dessus de la côte suivante, de façon que tous ces os prennent des points d’appui les uns sur les autres.
Mais la partie la plus remarquable de la charpente osseuse du thorax est le sternum (fig. 248), qui, servant à donner insertion aux muscles du vol, prend 0
chez les oiseaux un dévelop- ;
pement extrême et constitue un grand bouclier convexe,
et ordinairement carré, qui mtM&\ c
recouvre le thorax et une m grande partie de l’abdomen, f Chez le casoar et l’autruche (fig. 1G0), qui ne peuvent pas
s’élever dans les airs, et qui b s
n’ont que des ailes rudi-
mentaires, le sternum ne —
présente point de crête à sa Fl(J 2W> 0s dc w le et 6ternum (1). face externe ; mais chez les
autres oiseaux on y remarque une espèce de carène saillante et longitudinale, nommée le brecliet {b, fig. 248), qui sert à donner plus de force aux muscles abaisseurs de l’aile.
§ 431. Les os dc l’épaule sont également disposés delà manière la plus favorable à la puissance des ailes. L’omoplate (o) est étroite, mais très-allongée dans le sens qui est parallèle à l’épine, et s’appuie sur le sternum non-seulement par l’intermédiaire dc la clavicule ou fourchette (/), mais aussi à l’aide d’un autre os qui remplit les fonctions d’une seconde clavicule, et qui est appelé os coracoïdien (c), parce qu’il parait être l’analogue de l’apophyse coracoïde de l’omoplate humaine. Les clavicules des deux côtés se soudent presque toujours par leur extrémité antérieure en forme de V dont la pointe est dirigée en bas et attachée au brochet, et les os coracoïdiens constituent des arcs-boutants qui, avec la fourchette, maintiennent les épaules écartées et olTrent à l’humérus un point d’appui d’autant plus solide, que l’animal est meilleur voilier. Chez les oiseaux qui ne volent que peu ou point, les clavicules n’offrent au contraire qu’un faible développement. Ainsi, dans certains perroquets terrestres de l’Australie, ces os sont réduits à un état tout ù fait rudimentaire;
(1) i, sternum ; — e, échancrure du sternum ; — co, origine des côles sternales"
— b, brecliet; — f , fourchette ou clavicules furculaires ; — c, os coracoïdien •
o, omoplate; — m, membrane fibreuse qui s'étend de la fourchette au sternum.
li 12
chez les casoars et l’autruche d’Amérique, ils ne sont représentés que par de petits styles; chez l’autruche d’Afrique et les toucans, ils atteignent presque le sternum, mais ne se réunissent pas entre eux inférieurement ; enfin, chez quelques hiboux, ils sont unis par un cartilage, tandis que chez les oiseaux ordinaires leur soudure est complète, et que souvent même ils vont s’appuyer directement sur le sternum, au moyen d’un prolongement médian qui naît de cette soudure.
Les membres antérieurs des oiseaux ne servent jamais ni à la marche, ni à la préhension, ni au toucher, mais forment des espèces de rames très-étendues, nommées ailes. En parlant des chauves-souris, nous avons déjà vu un exemple de la transformation des membres thoraciques en un organe de locomotion aérienne : chez ces animaux, c’est un repli de la peau qui sert à frapper l’air, et pour la soutenir les doigts prennent une longueur extrême. Mais, chez les oiseaux, ces larges rames sont d’une autre nature : elles sont formées de plumes roides qui n’ont besoin d’être fixées que par leur base, et la main, par conséquent, ne présente plus les divisions digitales, qui nuiraient à sa solidité et ne seraient d’aucune utilité ; elle a la forme d’une espèce de moignon aplati et presque immobile (fig. 246). La conformation des bras et de l’avant-bras ne diffère que peu de celle des mêmes parties chez l’homme : l’humérus ne présente rien de particulier; le radius et le cubitus ne peuvent tourner l’un sur l’autre, et sont en général d’autant plus longs, que le vol est plus puissant. Le carpe se compose de deux petits os placés sur le même rang et suivis du métacarpe, qui présente deux branches soudées par leurs extrémités ; au côté radial de la base de cette dernière partie de la main, s’insère un pouce rudimentaire; enfin, à son extrémité se trouvent un doigt médian composé de deux phalanges et un petit stylet représentant un doigt externe.
§ 432. Les pennes ou grandes plumes des ailes sont appelées rémiges, et c’est de leur longueur plus encore que de celle des os du bras, de l’avant-bras ou de la main, que dépendent l’étendue des ailes et la puissance du vol. Chaque fois que l’oiseau veut frapper l’air, il élève l’humérus, et avec lui l’aile encore ployée; puis il la déploie en étendant 1 avant-bras, ainsi que la main, et l’abaisse subitement; l’air qui résiste à ce mouvement lui fournit alors un point d’appui, sur lequel il se soulève : il se lance ainsi comme un projectile, et une fois 1 impulsion donnée à son corps, il incline ou reploie l’aile pour diminuer autant que possible la résistance nouvelle que le tluide ambiant oppose à sa
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course. Cette résistance et la gravitation, qui tend à faire tomber tous les corps vers le centre delà terre, diminuent graduelle-
ment la vitesse que l’oiseau a acquise par cette percussion de l’air, et s’il ne fait pas de nouveaux mouvements, il ne tardera pas à descendre; mais si, avant que la vitesse acquise par le premier coup d’aile soit anéantie, il en donne un second, il ajoutera une vitesse nouvelle à celle qu’il avait encore, et se déplacera par un mouvement accéléré. Tel est, en effet, le mécanisme du vol.
Pendant que l’oiseau est ainsi suspendu dans l’air, ce sont ses ailes qui supportent tout le poids de son corps; et pour qu’il puisse conserver son équilibre dans cette position, il faut que son centre de gravité (§ 285) soit placé à peu près sous les épaules et aussi bas que possible : c’est pour cela que, pendant le vol, il porte en général sa télé en avant en tendant le cou, et que son tronc, au lieu d’étre allongé comme celui des mammifères, est toujours ramassé et ovalaire.
Il est évident que la résistance de l’air est d’autant plus grande que la masse de ce fluide frappée à la fois par les ailes est plus considérable, et par conséquent que, plus les ailes seront étendues, plus aussi, toutes choses égales d’ailleurs, la vitesse acquise par l’abaissement de ces rames sera grande; il en résulte que non-seulement les oiseaux à longues ailes pourront voler plus vile que ceux à ailes courtes, mais aussi pourront se soutenir plus longtemps dans l’air, car ils ne seront pas obligés de répéter aussi souvent les mouvements de ces organes, et par conséquent aussi se fatigueront moins vite. Et en effet, tous les oiseaux remarquables par leur vol rapide et soutenu ont de grandes ailes, tandis que ceux dont les ailes sont courtes ou médiocres, comparativement au volume du corps, volent avec bien moins de vitesse et sont condamnés à des repos plus fréquents.
Parmi les oiseaux remarquables par la puissance de leur vol, nous citerons le condor et les frégates (fig. 250). Le condor, ou grand vautour des Andes, a plus de h mètres d’envergure, et s’élève plus haut qu’aucun oiseau : on le voit tantôt au bord de la mer, tantôt planant au-dessus du Chimborazo, c’est-à-dire à
Fig. 249. — Aile du Faucon (1).
(1) a, rémiges primaires, ou pennes de la main; — b, rémiges secondaires, ou pennes de l’avant-bras; — d , pennes bâtardes, ou pennes du pouce.
un niveau de près de 7000 mètres au-dessus du premier point. Sa demeure habituelle est sur la crête des rochers de la cordillère des Andes, immédiatement au-dessous de la limite des neiges perpétuelles, à un niveau de 3300 à 4800 mètres audessus du niveau de la mer. C’est de ces pitons escarpés qu’il descend dans les vallons et dans la plaine pour chercher sa nourriture, qui consiste principalement en cadavres de grands mammifères; on prétend même que, réunis plusieurs ensemble, ces vautours peuvent tuer facilement des bœufs, et qu’ils sont assez puissants pour enlever dans leurs serres des moutons et des lamas, et les transporter ainsi jusqu'il la cime du Chimborazo et des autres montagnes les plus élevées de la chaîne des Andes. Les frégates, qui ont les ailes encore plus longues proportionnel-
Fiü. 250. — Frégate.
lcmcnl à leur taille, et qui habitent les mers tropicales, ont le vol si puissant, qu’elles peuvent s’éloigner de terre à des d tances de plus de quatre cents lieues. , .
Pour s’élever verticalement, il faut que les ailes de 1 oibC.a soient entièrement horizontales ; mais ce n’est pas ordinairement le cas : en général, elles sont inclinées d’avant en arrière de façon à imprimer à l’animal un mouvement ascensionnel oblique , quelquefois même cette inclinaison est telle, que, pour montera peu près verticalement dans l’atmosphère, l’oiseau est oblige de U longueur relative de rém.ges influe sur la facilite avec laquelle il peut s'élever dans un air calme . les
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oiseaux dont les rémiges antérieures sont les plus longues et les plus résistances à leur extrémité, ont le vol plus oblique que ceux dont l’aile est tronquée au bout.
Ainsi, les faucons, qui ont les ailes pointues (fig. 'IL i9), ne peuvent s’élever qu’en zigzag, comme un vaisseau qui court des bordées, ou bien en volant contre lèvent; tandis que pJGi ogj — Aile d'Épcrvicr (t).
les épervicrs,les aigles,
les autres oiseaux de proie dits ignobles, dont les ailes sont tronquées au bout (fig. 251), peuvent s’élever verticalement.
Lorsque l’oiseau veut s’élever de terre, il prend son premier élan en sautant sur ses pieds et en étendant ses ailes de façon à pouvoir frapper l’air avant de retomber sur le sol : ceux qui ont les ailes très-longues ont besoin de plus d’espace pour les abaisser ; et il en résulte que, si leurs pieds sont en même temps trop courts pour leur permettre de sauter trôs-baut, ils ne peuvent que difficilement prendre leur essor. Les martinets sont dans ce cas.
Les pennes de la queue servent aussi aux oiseaux pour se diriger dans leur vol : ils les étalent et les élèvent ou les abaissent comme un gouvernail, pour augmenter ou diminuer l’obliquité de leur course, et, en les inclinant, s’en aident aussi lorsqu’ils veulent changer leur direction.
§ Zi33. Lorsque l’oiseau pose, ce sont ses membres postérieurs qui seuls lui servent de soutien; c’est donc un animal réellement bipède, et, comme tel, il doit avoir le bassin large et fixé solidement à la colonne vertébrale. Les os des hanches, en e fie t , sont extrêmement développés chez les oiseaux, et ils ne forment avec les vertèbres sacrées et lombaires qu’une seule pièce (fig. 2/iG). En général, cette ceinture osseuse est incomplète en avant; les pubis ne se réunissent pas entre eux, et la portion ischiatiquc, au lieu d’être séparée du sacrum par upe large échancrure, se soude à cet os par sa partie postérieure, et transforme l’échancrure en un trou. L’os de la cuisse est court et droit, et la jambe se com-
(t) a, a, rémiges primaires ; — b, rémiges secondaires.
pose, comme chez la plupart des mammifères, d’un tibia, d’un péroné et d’une rotule ; seulement le péroné se soude au premier avant d’arriver à sa partie inférieure. Un seul os, qui fait suite à la jambe, représente le tarse et le métatarse, et porte à son extrémité inférieure les doigts, qui sont ordinairement au nombre de
remarquable chez les oiseaux grimpeurs, tels que les perroquets, les toucans et les pics (fîg. 252).
Nous avons dit, il y a un instant,- que, pendant le vol, le centre de gravité du corps de l’oiseau doit se trouver sous les épaules; pour qu’il reste en équilibre sur ses pattes, qui sont situées à l’arrière du tronc, il faut que ces organes puissent se ployer assez en avant, et que les doigts soient assez longs pour avancer au delà du point où tomberait une ligne verticale passant par le centre de gravité; ou bien que le centre lui-méme se porte en arrière, de façon à se trouver au-dessus de la base de sustentation. Cela explique l’u tililé de la grande flexion de la cuisse et de l’obliquité du tarse sur la jambe : lorsque le pied est grand et que le cou peut se reployer de façon à porter la tète en arrière, l’équilibre s’établit ainsi, sans que le corps s’éloigne beaucoup de la position horizontale (fig. 250); mais lorsque le cou est court, la tète grosse et les doigts de longueur médiocre, l’animal est obligé de prendre, pendant la station ou la marche, une position presque verticale (fig. 254). C’est pour conserver plus facilement l’équilibre que les oiseaux placent en généralleur tête sous leurs ailes, pendant qu’ils dorment perchés sur une seule patte (fig. 264). Chez plusieurs de ces animaux, celle position est rendue singulièrement commode par une particularité dans la structure de l’articulation du genou.
Fig. 252. — Pic (moyen Épcichc).
quatre; mais^ quelquefois le doigt externe, ou l’interne que l’on désigne sous le nom de pouce, ou même tous les deux, disparaissent, de manière qu’il n’en existe plus que trois, ou seulement deux (fig. 246). Le nombre des phalanges va presque toujours en augmentant régulièrement depuis deux jusqu’à cinq, du pouce au doigt externe, qui en a toujours le plus.
Enfin, de ces quatre doigts, trois seulement sont ordinairement dirigés en avant, tandis que le pouce est dirigé en arrière; quelquefois le doigt externe se porte aussi en arrière, et cette disposition est surtout
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Chez l’homme et la plupart des animaux, les membres fléchissent sous le poids du corps dès que leurs muscles extenseurs cessent
Fig. 253. — Ibis.
Fig. 254. — Manchot.
de se contracter; et c’est la nécessité de la contraction perma
nente de ces organes qui rend la station si fatigante; mais chez
autrement : l’extrémité inférieure du fémur présente un creux où s’emboîte, pendant l’extension du membre, une saillie du tibia, laquelle ne peut en sortir que par un effort musculaire ; la patte,' une fois redressée, reste par conséquent étendue, sans que l’animal ait besoin de contracter les muscles et sans qu’il en résulte aucune fatigue.
11 est toujours plus difficile à un oiseau de prendre son vol lorsqu’il est à terre que lorsqu’il peut s’élancer d’un point élevé : nous en avons déjà vu la raison, et chacun sait que la plupart de ces animaux perchent bien plus souvent qu’ils ne se posent à terre. Pour se maintenir en équilibre sur une branche, il faut qu’ils l’embrassent avec leurs doigts et la serrent étroitement ; s'il leur avait fallu déployer pour cela une force musculaire considérable, une telle position aurait été promptement fatigante. Mais ici encore un mécanisme très-simple rend tout effort presque inutile, et permet aux oiseaux de serrer la branche qui tes soutient, même quand ils dorment : les muscles fléchisseurs des doigts passent sur les articulations du genou et du talon, de façon que lorsque celles-ci se fléchissent, elles tirent nécessairement sur les tendons de ces muscles et font fléchir les doigts; le poids du corps, en affaissant les cuisses et les jambes, détermine donc ce mouvement, et il en résulte que l’animal serre, sans exercer aucun effort, la branche sur laquelle il est perché, et s’y maintient fixé.
11 existe des différences assez grandesdans la conformation des pattes, suivant le genre de vie auquel les oiseaux sont destinés. Ainsi, chez les oiseaux doués de la faculté de marcher avec une grande vitesse, les pattes sont non-seulement robustes, mais trèslongues, et le pied comparativement petit. Chez le casoar (fig. 245) et l’autruche (256), dont la course est aussi rapide que celle du cheval, cette disposition est très-remarquable; et elle s’observe aussi chez le messager, qui marche à grands pas en poursuivant les serpents dont il fait sa principale nourriture. Chez l’aigle (fig. 255), le faucon, le vautour, etc., ces organes sont également robustes, mais courts, et les doigts sont armés de grands ongles crochus et aigus, à l’aide desquels ces oiseaux saisissent leur proie, soit pour la déchirer sur place, soit pour l’emporter avec eux. Chez les oiseaux conformés pour vivre sur le bord des eaux et y chercher à gué les vers et les poissons dont ils font leur pâture, les pattes sont grêles, d’une longueur extrême, et nues jusqu’au-dessus du genou (fig. 257), disposition qui est très-favorable à ce genre d’existence, et qui a valu aux oiseaux de rivage le nom d’échassiers. Enfin, chez les espèces destinées à vivre sur une eau plus profonde, les pattes sont palmées, c’est-à-dire transformées
en nageoires, par l’addition d’une membrane qui s’étend entre les doigts sans les empêcher de s’écarter, caractère qui se voit
Fig. 25G. — Autruche d’Afrique. Fig. 257. — Écliassc d'Europe.
chez les canards (fig. 258), les cygnes et un grand nombre d’oiseaux aquatiques.
§ Zi3d. La sensibilité tactile est peu développée chez les oiseaux; les plumes qui revêtent toute la surface de leur corps opposent de grands obstacles à l’exercice de cette faculté, et le mode de conformation des organes de préhension y est également défavorable. Le goût est plus ou moins obtus chez ces animaux; leur langue (fig. 271) est, en général, cartilagineuse et dépourvue de papilles nerveuses, et ils paraissent presque toujours avaler leurs aliments sans les déguster. L’appareil de l’odorat est plus parfait, sans offrir cependant tout le développement qu’on y trouve dans la classe des mammifères. Les fosses nasales sont creusées d la base de la mandibule supérieure (fig. 2/i7), et ne communiquent pas avec des sinus; leur surface est tapissée par une membrane pituitaire très-vascul.aire, et est augmentée par trois lames cartilagineuses (ou cornets) contournées sur elles-mêmes et appliquées contre leur paroi. Enfin, les arrière-narines se réunissent vers le milieu de la voûte palatine, de manière à y former une fente longitudinale. Les oiseaux
carnassiers, surtout ceux qui vivent de charognes, ont l’appareil de l’odorat plus développé que les oiseaux granivores ou insec-
Fig. 258. — Canard macreuse.
tivores; et la plupart des auteurs assurent que, chez les premiers, la finesse de ce sens est telle, qu’elle leur fait découvrir leur proie, lors même qu’ils en sont à des distances très-considérables ; mais les expériences de quelques savants tendent à prouver que, chez ces animaux, l’odorat est presque nul, et que c’est la vue qui les guide presque uniquement.
L’appareil de l’ouïe est moins compliqué que chez les mammifères; le pavillon de l’oreille manque chez les oiseaux, et le conduit auriculaire ne consiste guère qu’en un tube membraneux placé entre l’os carré et une partie saillante de l’occipital.
L’appareil de la vue parait être au contraire plus parfait que dans la classe précédente : les yeux des oiseaux sont plus grands comparativement au volume de la tête, et l’on y trouve des parties nouvelles. La rétine est très-épaisse, et il en part une membrane noire plisséc en éventail ou à la manière d’une bourse, qui s’avance vers le cristallin. Les physiologistes ne sont pas d’accord sur la nature de cet appendice nommé peigne : suivant les uns, ce serait une dépendance de la choroïde, et sui-
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vant d’autres, un prolongement nerveux destiné à augmenter l’étendue de la surface visuelle. La pupille est toujours ronde, l’iris très-contractile, la cornée transparente, grande et convexe, et la sclérotique fortifiée en avant par un cercle de plaques osseuses logées dans son épaisseur. L’appareil palpébral se compose de deux paupières horizontales, dont l’inférieure est la plus grande et la plus mobile, et d’une troisième paupière verticale et semi-transparente, qui occupe l’angle interne de l’œil, et peut recouvrir toute la surface de cet organe. Enfin, il existe toujours des glandes lacrymales.
Chez quelques oiseaux, la portée de la vue est extrêmement longue : on en voit qui, élevés dans l’air à des hauteurs telles que, malgré leur volume, nous ne les apercevons qu’à peine, distinguent neltem ent les petits animaux dont ils se nourrissent, et fondent sur cette proie éloignée sans la moindre indécision. Chez eux, le cristallin est beaucoup moins bombé et moins dense que chez les oiseaux qui ne s’éloignent que peu de la surface de la terre, et il paraîtrait que l’œil peuts’adapler à ces grandes différences de portée dans la vision à l’aide de contractions de ces muscles moteurs qui, en agissant sur le cercle osseux de'la sclérotique, compriment les humeurs dont l’organe est rempli, déterminent ainsi la disténsion de la cornée, et en augmentent par conséquent la. courbure lorsque l’animal a besoin de devenir momentanément presque myope pour distinguer nettement les objets très-rapprochés.
Le système nerveux qui préside aux fonctions dont nous venons dépasser en revue les organes présente aussi dans sa structure des particularités remarquables. L’encéphale est moins développé que chez les mammifères : les hémisphères cérébraux (fig. 259, c) en sont encore les parties les plus volumineuses ; mais ils n’offrent pas de circonvolutions, et ils ne sont c pas réunis d’une manière aussi complèje, car la grande commissure, dont nous avons parlé o-
précédemment sous le nom de corps calleux, v i t
manque dans cette classe. Les lobes optiques m
(o), qui chez les mammifères sont petits et restent cachés entre le cerveau et le cervelet, prennent au contraire ici un grand développement, et se montrent toujours à découvert ' ,r a u tr^lie. °rVMU
en arrière et en dehors des lobes cérébraux; enfin, au lieu d’ètre solides, ils sont creux, comme les lobes cérébraux. Le cervelet (u) est sillonné transversalement par des
rainures parallèles et convergentes ; il est formé presque en entier par le lobe médian, qui chez les mammifères est petit comparativement aux lobes latéraux (ou hémisphères du cervelet), et ceux-ci restent dans un état plus ou moins rudimentaire, surtout chez les oiseaux mauvais voiliers; quant à la protubérance annulaire, qui dans la classe précédente réunit entre eux les hémisphères du cervelet, en passant autour de la moelle allongée, elle manque ici, de même que chez les reptiles et les poissons. Enfin, la moelle épinière des oiseaux (e) est en général très-longue, et présente deux renflements correspondant à l’origine des nerfs des ailes et des pattes : chez ceux qui volent le mieux, le renflement supérieur est plus développé que l’inférieur, et ceux qui se servent de leurs pattes plus que de leurs ailes présentent une disposition inverse.
§ 435. Le régime des oiseaux est très-varié : les uns se nourrissent exclusivement de graines, d’autres d’insectes, d’autres de poissons, d’autres encore de la chair des mammifères ou des oiseaux encore vivants ; enfin, il en est qui ne se repaissent que de charognes corrompues. Leurs pattes servent quelquefois à la préhension des aliments, mais le bec est toujours le principal organe employé à cet usage : sa forme varie suivant la nature des aliments et suivant le caractère plus ou moins carnassier de ces animaux; aussi fournit-il au zoologiste d’excellents caractères pour la classification. Une corne solide et plus ou moins dure le revêt extérieurement et rend ses bords tranchants, mais il n’est jamais armé de véritables dents ; aussi la mastication est-elle très-incomplète et en général entièrement nulle. Chez les oiseaux qui vivent de chair et qui ont besoin de déchirer leur
Fie. 200. — Milan. Fig. 2G1. — Tôle de Faucon.
proie, les faucons (fig. 261), les aigles (fig. 255), les vautours (fig. 263), par exemple, la mandibule supérieure est très-courte, très-forte, crochue vers le bout et terminée par une pointe
OISEAUX
aiguë ; quelquefois même ses bords sont plus ou moins dentelés, ce qui en fait une arme plus puissante, et l’on peut juger des habitudes plus ou moins sanguinaires de ces animaux par le degré auquel leur bec offre ces divers caractères. Ainsi, le faucon (fig. 261 )est de tous les oiseaux de proie celui dont le bec est le plus courbé, le plus court, le mieux dentelé et le plus robuste proportionnellement à sa taille : aussi est-il le chasseur le plus intrépide; tandis que le milan (fig. 260), qui ne diffère guère du faucon que par son bec plus faible, moins crochu et non dentelé sur les bords, ainsi que par ses serres moins robustes, est d’un naturel lâche; et le vautour (fig. 263), dont le bec est encore plus allongé, et par conséquent moins fort, ne s’attaque même pas aux animaux vivants et se repaît de cadavres. Les oiseaux de mer, qui se nourrissent de la chair de poissons trop
Fie. 203. ~ Vautour fauve. Fig. 204. — Cigogne à sac.
volumineux pour être avalés d’une bouchée, se font également remarquer par leur bec gros et crochu au bout (fig. 262);