CLASSE DES ARACHNIDES
§ 551. La classe des Arachnides se compose d’animaux articulés qui ont beaucoup d’analogie avec les insectes, et qui sont également organisés pour vivre dans l’air, mais qui s’en distinguent, au premier coup d’œil, par la forme générale du corps et par le nombre des pattes, et qui diffèrent aussi de ces animaux par plusieurs particularités importantes de leur structure intérieure. En effet, les arachnides ont tous la tête confondue avec le thorax et dépourvue d’antennes proprement dites; ils ont quatre paires de pattes et jamais d’ailes ; enfin, ils respirent en général à l’aide de cavités pulmonaires, et ont presque tous un appareil circulatoire assez complet.
§ 552. Le squelette tégumentaire de ces animaux est eu général moins solide que celui des insectes, et leur corps se compose de deux parties principales, presque toujours distinctes : l’une appelée céphalothorax, parce qu’elle est formée par la tête et le thorax confondus en un seul tronçon; l’autre nommée abdomen, et composée tantôt d’une suite d’anneaux distincts (comme cela se voit chez les scorpions, fig. 433), tantôt d’une masse molle, globuleuse et sans divisions (chez les araignées, par exemple, fig. 429).
Les organes de la locomotion sont tous fixés au céphalothorax, et consistent en huit pattes très-semblables à celles des insectes presque toujours terminées par deux crochets, i n général, leur longueur est considérable, et elles se cassent facilement ; mais, de même que chez les crustacés, le moignon, après s’être cica-
ARACHNIDES
trisé, reproduit une nouvelle pal te qui croit peu à peu, et finit par être semblable à celle dont l’animal avait été privé. Jamais les arachnides ne présentent de vestiges d’ailes, et leur abdomen est toujours complètement dépourvu d’appendices locomoteurs.
§ 553. C’est sur la partie antérieure du céphalothorax que se trouvent la bouche et les yeux. Ces derniers organes sont toujours simples et en nombre assez considérable :
on en compte ordinairement huit (fig. 430), et l’on distingue dans chacun d’eux une cornée transparente, derrière laquelle se trouvent un cristallin et une humeur vitrée, puis une rétine formée par la terminaison d’un nerf optique et une enveloppe de matière colorante. On ne sait rien relativement aux instruments à l’aide desquels s’exerce l’audition chez les arachnides ; mais on a des preuves multipliées de l’existence de ce sens chez ces animaux, et il paraîtrait même que certains d’entre eux sont sensibles au charme delà musique. Le toucher s’exerce principalement par l’extrémité des pattes et par les appendices dont la bouche est garnie.
§ 554. Le système nerveux des arachnides présente des différences assez grandes. Tantôt (chez les scorpions, par exemple) il se compose d’une série de neuf masses ganglionnaires réunies entre elles par dédoublés cordons de communication et formant une chaîne étendue d’un bout du corpsà l’autre, d’une manière presque uniforme. D’autres fois (chez les araignées, etc.), on
Fig. 429. — Mygale.
Fig.
trouve tous les ganglions du thorax reunis eu une seule masse (C tig. /loi et /|3Z|), d’où partent en arrière deux cordons (c) qui vont aboutir à un ganglion abdominal unique (a, tig. Du reste, la disposition générale de ces par lies est toujours la même :
et e c no y
les ganglions antérieurs (c), situés au devant ou au-dessus de l’œsophage, et considérés le plus ordinairement comme représentant le cerveau de ces animaux, donnent naissance aux nerfs optiques en avant, et se continuent en arrière avec le collier œsophagien; les autres ganglions sont situés au-dessous du tube alimentaire, et envoient des nerfs aux pattes, à l’abdomen, etc.
§ 555. Les arachnides sont carnassiers, mais se bornent en général à sucer les humeurs contenues dans le cadavre de leur victime, et, afin de leur rendre plus facile la capture d’animaux dont ils pourraient redouter la force, la nature a pourvu un grand nombre d'entre eux d’un appareil venimeux. La plupart se nourrissent d’insectes qu’ils saisissent vivants; quelques-uns cependant sont parasites. Chez les premiers, la bouche (fig. Zi32) est garnie d’une paire de mandibules armées de crochets mobiles, ou conformées en manière de pinces, d’une paire de mâchoires lamellcuses portant chacune un grand palpe plus ou moins pédiforme, ctd’une lèvre inférieure; chez les arachnides parasites,
(t) Section du céphalothorax d’une Mygale, montrant la disposition du système nerveux : — et, céphalothorax; — m, mandibule ; — g, griffe ou crochet mobile qui la termine; — ma, mâchoires; — b, bouche; — <£, œsophage; — e, estomac; — ab, origine de l’abdomen ; — c, cerveau ou ganglion céphalique; — t, masse ganglionnaire du thorax ; — ca, cordons qui s’unissent aux ganglions abdominaux; — no, nerf optique ; — y, yeux.
ARACHNIDES
la bouche a la forme d’une petite trompe d’où sort une espèce de lancette formée parles mâchoires.
Le crochet mobile des mandibules présente près de son extrémité une petite ouverture qui est l’orifice du canal excréteur de la glande venimeuse dont nous avons déjà parlé , et la liqueur qu’elle verse P au fond des plaies détermine presque o aussitôt l’engourdissement des insectes m auxquels ces animaux font la chasse, mais est trop faible pour nuire à l’homme ; et c’est sans aucune raison s que le vulgaire attribue souvent à la morsure des araignées les boutons et les rougeurs qui se développent quelquefois sur notre peau.
Certains arachnides sont pourvus d’un autre appareil venimeux destiné au même usage et servant en même temps comme arme défensive: tel est le crochet qui termine l’abdomen des scorpions (fig. 433). Ce dard présente au-dessous de la pointe plusieurs ou-
Fig. 432. (I)
Fig. 433. — Scorpion.
vertures qui communiquent avec une glande venimeuse, et la piqûre de ces arachnides est souvent mortelle pour les animaux même assez gros, tels que les chiens. Les grands scorpions des pays chauds sont aussi très-redoutables pour l’homme, mais la piqûre des espèces qui habitent l'Europe ne paraît pas être jamais mortelle ; il en résulte ordinairement une inflammation locale plus ou moins vive, accompagnée de fièvre, d’engourdissement, et quelquefois de vomissements, de douleurs dans tout le corps, de tremblement. Pour combattre ces accidents, lesmé-
(1) Appareil buccal d'une Araignée: — s, sternum; — l, lèvres; — ma, mâchoires;— j), palpes des mâchoires; — in, mandibules; — g, crochets ou griffes des mandibules.
détins conseillent l’usage de l’ammoniaque (ou alcali volatil) administrée à l’intérieur aussi bien qu’à l’extérieur, et l’application de substances émollientes sur la plaie.
Le canal intestinal est en général assez simple, mais offre quelquefois des appendices caecaux qui pénètrent jusque dans l’intérieur des pattes. En général, des tubes analogues aux vaisseaux biliaires des insectes s’ouvrent à l’intestin, près de l’anus; mais chez quelques arachnides, tels que les scorpions, il existe aussi un foie composé de quatre grappes glanduleuses.
ct C’est aussi autour de l’ouverture anale que se trouvent pa° les glandes sécrétoires de la matière soyeuse, et les filières v° à l’aide desquelles plusieurs 5 arachnides se construisent des toiles souvent très-étendues et d’une délicatesse extrême (fig. 43 4, f).
§ 556. La respiration des arachnides est aérienne comme celle des insectes, et se ( fait quelquefois au moyen de trachées ; mais chez la plupart de ces animaux, et notamment chez les araignées et les scorpions, elle est concentrée dans des poches logées dans l’abdomen et appelées poumons. Ces derniers organes présentent dans leur intérieur une multitude de lamelles membraneuses (fig. 434, l) qui sont disposées comme les feuillets d’un livre, mais qui sont constituées par autant de petits sacs dans lesquels l’air pénètre. Enfin, chaque poumon reçoit l’air par une ouverture située à la face inférieure de l’abdomen (s), et l’on en compte tantôt deux, tantôt quatre et môme huit.
(i) et, céphalothorax ouvert en dessous et donnant attache aux pattes, dont la hase est en place; — pa, patte de la première paire; — p, palpe; — m, mandibules; — ab, abdomen: — t, masse ganglionnaire thoracique ; — a, ganglions abdominaux ; — po, poches pulmonaires ; — s; stigmates ; — l, lamelles respiratoires d'une de ces cavités ouverte ; — o, ovaires ; — or, orifice des oviductcs ; — ma, muscles de l’abdomen; — an, anus; — f, filières.
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Certaines araignées possèdent en môme temps des poumons et des trachées : les ségestries sont dans ce cas ; et d autres, tel aue les faucheurs et les mites, sont pourvues de trachées seulement. Ces tubes ont la même structure que chez les insectes, et l’air y pénètre par des stigmates très-petits situés à la partie
inférieure de l’abdomen. . ,
Le sang est blanc chez tous les animaux de cette classe. Les
arachnides pulmonaires sont pourvus d’un appareil circulatoire assez complet, ar —
Leur cœur (fig. 435), situé sur le dos, a la forme d’un vaisseau allongé, et donne naissance à diverses artères : le sang, après avoir traversé les organes, se rend aux poumons, et de là arrive au cœur en suivant une marche semblable à celle que nous avons déjà vue chez les crustacés (§ 111). Chez les arachnides dont la respiration s’effectue uniquemental aide de trachées, l’appareil de la circulation est rudimentaire. 11 ne paraît y avoir qu'un simple vaisseau dorsal, sans artères ni veines bien développées.
§ 557. Les arachnides pondent des . . , ,0 u
œufs comme les insectes, et le mâle diflère, en g , femelle par la forme des palpes maxillaires, dont les usages p raissentêtre très-importants. Un grand nombre de ces animaux enveloppent leurs œufs dans un cocon de soie, et que que ois mère demeure avec sa jeune famille pour la protéger, et porte même ses petits sur son dos, lorsqu’ils sont encore trop taibles pour marcher. Tous ces animaux subissent plusieurs mues avant que d’arriver à l’Age adulte, et quelques-uns éprouvent une sorte de métamorphose; car il en est dont les pattes ne sont d abord qu’au nombre de trois paires et qui en acquièrent une quatrième
à un Age plus ou moins avancé. .
§ 558. Les arachnides sont doués d’instincts variés qui sont quelquefois non moins remarquables que ceux des insectes ; et l’on serait même porté à leur accorder des facultés plus développées, car on a vu des animaux de cette classe se prêter a une espèce d’éducation et donner des signes d’une sorte d intelligence. Plusieurs ont recours à des ruses particulières pour s emparer de leur proie, et d’autres déploient dans la construction de
(1 ) Abdomen et cœur d'une araignée : — a, abdomen ; — c, cœur; — ar, artère céphalique ; — v, canaux veineux.
Fig. 435. (1)
leur demeure une industrie singulière : nous avons déjà eu occasion de parler du nid si remarquable de la mygale (fig. 12/j); les toiles que nos araignées de jardin tendent avec une régularité admirable sont également curieuses. La soie avec laquelle ces animaux se construisent ainsi des retraites, tendent des pièges à leur proie et forment des cocons pour leurs œufs, est sécrétée par un appareil logé dans la partie postérieure de l’abdomen. Cet appareil consiste en plusieurs paquets de vaisseaux contournés sur eux-mémes et aboutissant à des pores percés au sommet de quatre ou six mamelons coniques ou cylindriques, appelés filières, et situés au-dessous de l’anus (fig. Zi3/j). La matière gluante, expulsée à travers ces pores, prend de la consistance par le contact de l’air, et constitue des fils d’une ténuité extrême et d’une longueur très-grande. A l’aide de ses pattes, l’animal réunit en une seule corde une multitude de ces fils, et chaque fois qu’en se balançant, ses filières viennent à toucher le corps sur lequel il pose, il y attache le bout d’un de ces fils, dont l’extrémité opposée est encore renfermée dans l’appareil sécréteur, et dont il peut par conséquent augmenter à volonté la longueur. La couleur et le diamètre des fils varient beaucoup : une araignée du Mexique se construit une toile composée de fils rouges, jaunes et noirs entrelacés avec un art remarquable, et l’on a calculé que dix mille fils sortant des pores d’une des filières de quelques-unes de nos araignées communes n’égalent pas en grosseur un de nos cheveux, tandis que d’autres espèces propres aux pays chauds forment des trames si fortes, qu’elles suffisent pour arrêter de petits oiseaux, et que l’homme même a besoin de faire un effort pour les rompre. La manière dont les aranéides mettent leur soie en œuvre ne varie pas moins : les uns se bornent à tendre des fils irréguliers, d’autres tissent une toile dont les mailles sont d’une régularité extrême. Quelquefois onles voit immobiles au milieu de leur trame, guettant leur proie ; d’autres espèces se cachent dans une retraite qu’elles se construisent tout auprès, et qui a tantôt l’apparence d’un tube soyeux, tantôt celle d’une petite coupe.
§ 559. Les arachnides se divisent en deux ordres, d’après la structure des organes de la respiration et de la circulation.
Les Arachnides pulmonaires sont caractérisés principalement par l’existence de poches pulmonaires et d’un appareil vasculaire bien développé; mais on peut les reconnaître aussi à d’autres particularités de structure : ainsi leurs yeux sont au nombre de six, de huit ou même davantage, et on leur vçit sous l’abdomen deux, quatre ou huit stigmates. Du reste, la forme générale de
ARACHNIDES
Fig. 436. — Théridion malmignathe.
ces animaux varie : tantôt ils ont l’abdomen globuleux, des filières à son extrémité et les palpes mandibulaires petites; d’autres fois leur abdomen est allongé, composé de plusieurs anneaux; leurs palpes mandibulaires s’avancent comme des bras et se terminent par des pinces; enfin il n’existe pas de filière à l’extrémité du corps, mais en général un appareil venimeux. Les Aranéiries, c’est-à-dire les Araignées proprement dites (fig. 173), les Mygales (fig. 429), les Épéires, les Lycoses ou Tarentules, les Théridions (tig. 436), offrent le premier de ces deux modes de conformation ; les Scorpions (fig. 433), le second.
§ 560. Les Arachnides trachéens n’ont pas de poches pulmonaires, mais respirent par des trachées, comme les insectes, et n’ont qu’un appareil vasculaire rudimentaire pour la circulation du sang. Les uns sont dépourvus d’yeux, et chez ceux qui en possèdent, on n’en compte jamais que deux ou quatre. Quelques-uns de ces animaux, connus sous le nom de Faucheurs, ressemblent beaucoup aux araignées, et sont remarquables par la longueur de leurs pattes. D’autres ont la bouche conformée en suçoir, et con stituent la famille des Acariens ou Mites; ils sont de très-petite taille, et plusieurs vivent en parasites sur d’au 1res animaux. Une espèce, l’Ixode du Brésil, se fixe ainsi sur les chiens, les bœufs, etc., et enfonce tellement son suçoir dans la chair de ces animaux, qu’on ne peut l’en détacher qu’en enlevant la portion de la peau qui y adhère. On assure que la multiplication de ces parasites est quelquefois si considérable qu’ils font périr d’épuisement les bœufs et les chevaux sur lesquels ils se sont fixés.
Une autre espèce de mite, appelée Lepte automnal, ou Rouget, est très-
commune en automne dans nos ,
champs, et s insinue sous la peau de
nos jambes, où sa présence occasionne des démangeaisons insupportables. Enfin, c’est un petit animal de cette famille qui, en se
multipliant dans des clapiers sinueux sous la peau, occasionne une de nos maladies les plus dégoûtantes, la gale. Le Sarcopte de la gale (ûg. !\ 37) est à peine visible à l’œil nu; mais quand on 1 examine au microscope, on voit que son corps est oblong, que sa bouche a la forme d’une papille conique armée de plusieurs soies, et que ses pieds, au nombre de huit, diffèrent beaucoup entre eux, les quatre pieds postérieurs étant terminés par des soies seulement, tandis que les quatre pieds antérieurs sont garnis à leur extrémité de petites ventouses à l’aide desquelles ils peuvent adhérer aux corps les plus polis.