MAITRE ALI,—MADAME LÉDA,—BLICK
Dans toutes les armées du monde, il se rencontre des soldats qui s'attachent à une bestiole quelconque et reportent sur elle toute leur tendresse, tous leurs soins.
Nous nous rappelons tous le 25e Régiment, * King's own Borderers,” qui paradait dans les rues de Montréal, précédé par un Bouc superbe, tenu en laisse par un soldat, Un autre régiment, le Rifle Brigade, je crois, se faisait accompagner d'un petit ours. La semaine dernière, la batterie d'artillerie À, casernée à la Citadelle de Québec, revenait du Nord-Ouest et en ramenait un favori, encore plus encombrant, un butfHe sauvage ! Les zouaves de France sont légendaires avec leurs chats portés sur le havre-sac,
Eh bien ! au régiment des zouaves pontificaux, nous avions aussi nos bestioles favorites. Les zouaves savaient bien ce qu'ils faisaient en accordant leur affection AUX CHIENS, de toutes les bêtes de la création, les meilleurs amis de l’homme !
Je veux vous parler aujourd’hui spécialement de trois de ces jolies bêtes, Maître Ali, Madame Léda et Blick, trois superbes chiens d'arrêt (pointers), particulièrement connus à Rome, où ils servaient aux zouaves pontificaux en même temps que nous, en 1868, six mois après Mentana.
Je ne vous parlerai pas de l'espèce en général. Qui ne connaît pas ceux qui fournissent à l’'humarité, dans ce siècle d'égoïsme, ses plus fidèles amis ? Quin’a pas donné une caresse au chien d’une maison hospitalière ou reçu de ce fidèle animal, un de ces longs regards, mouillés de sympathie, que ces bonnes bêtes attachent sur leur maître ?
La seule passion du chien, son seul besoin, c’est l’attection : ilest le véritable prototype de l’amitié sûre et dévouée, et comme l’a dit un moraliste bien connu * jamais le chien ne trahit son maître, son ami, tandis que l’homme...? ”
Tous mes lecteurs sont familiers avec les nombreuses histoires vraies, où le toutou joue le beau rôle. Personne n'ignore l'histoire du chien d’Aubry de Montdidier, qui, après l'assassinat de son maître par Richard de Macaire, à Montargis, s'attacha aux pas de celui-ci, jusqu’au jour où il le fit convaincre de ce crime ! Le roi pour récompenser la fidélité de ce chien ordonna un combat singulier entre Macaire et lui. Il tua l’assassin de son maître.
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%t Mofiino, ce célèbre caniche qui faisait la campagne de Russie, à la suite de la grande armée”? Au passage de la Bérésina, en 1812, il fut séparé de son escadron. Un an après, il arriva à Milan, à demi mort de faim et de misère, et se traîna aux pieds de son maître, qui faillit mourir de saisissement, à la vue de tant de tidélité.
Les chiens du régiment !! Ces mots seuls réveillent tout un monde de pensées, de souvenirs, dans mon âme, et me reportent à cet heureux temps, où nous avions un régiment aux nobles traditions, à cet heureux temps. où, soldats de Pie IX, après une pénible étape, nous partagions souvent notre botte de paille, avec ces vieux amis Léda, Ali, Couma, Badinguet. Crêve-faim, Blick ete, que nous appelions, Les chiens du régiment !
Buffon et après lui Cuvier, nous ont appris que, * plus docile que l’homme. plus souple qu'aucun des
animaux, non-seulement le chien s'instruit en peu de
temps, mais encore il se conforme aux mouvements, “aux manières, et à toutes les habitudes de ceux qui le * commandent : il prend le ton de la maison qu'il ‘ habite ; comme les autres domestiques, il est dédai- * gneux chez jies grands, rustre à la campagne ; tou- “ Jours empressé pour son maître, il ne fait nulle atten-
“ tion aux gens irditérents et se déclare contre ceux
* qui sont faits pour importuner.” En lisant ces lignes, on comprend combien Buffon, familier avec l'histoire intime du caractère de toutes
les bêtes, aimait ces gais compagnons, qui s'efforcent de
remplacer auprès du soldat garnisaire, la famille éloignée, les amis de là-bas, et les camarades manquant à l'appel.
Le chien du régiment prend tellement le ton de la ‘aserne, qu’en effet il se déclare carrément contre ceux qui n'en sont pas et qui ne portent pas l'uniforme “aressant pour le soldat, il est indifférent pour le pékin.
Ces chiens appartiennent autant au pioupiou qui lui donne sa gamelle à lécher, à l'heure du rata, qu’à l'officier qui lui permet à la popote, de poser son museau, sur son genou, en attendant une friandise,
Le chien du régiment à des connaissances dans bataillons. N'’a-t-il
toutes les compagnies des quatre pas suivi la cuisine du 4e dépôt, pendant cinq mois, sans interruption ! Et les recrues, avant de passer en compagnie de guerre, n'ont-elles pas fuit l’école de peloton au dépôt ? Qui précédait les clairons, dès l'aube, quand la colonne se dirigeait à la Farnésine, ou sur les bords du Tibre ? N'est-ce pas maître Ali, ou lu belle Léda, qui au retour, couraient de chambrée en chambrée, pour attrapper ici une miche de pain, là un os où un peu de bouillon ?
La connaissance se faisait ainsi, entre deux caresses, et plus tard, quand ces recrues étaient versées dans les compagnies de guerre, les chiens comptaient des amis à la suite de chaque cuisine.
Tous les zouaves canadiens se souviennent de ces heureux moments, où le brave Ali, ce héros de Mentana, qui y avait reçu deux blessures des Garibaldiens, venait en frétillant, lui demander l'hospitalité ! Alors, la fatigue était oubliée et pour ne pas déranger le chien qui s’étendait paresseusement sur le campi ou sur la paillasse, le zouzou s'enroulait dans sa demi-couverture
et s’endormait sur la dure. Les rêves n’en étaient pas
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moins roses et le réveil sonné d'aussi bonne heure que d'habitude, mais le zouzou faisait sa cour au fidèle chien et tâchait de s’attirer ses préférences, en lui sacrifiant ainsi un peu de son confort, pourtant bien mince déjà. Mais, Ali aimait le régiment et il continuait ses visites le lendemain.
Les chiens étaient aujourd'hui à Rome et y faisaient la rencontre d’un zouave en permission : Léda comprenait que les zouzons de la campagne romaine, seraient charmés de sa visite et cette belle chienne d'arrêt, suivait le permissionnaire à Monte Rotondo. Le lendemain, Léda prenait la route de Mentana, et venait y goûter notre cuisine et recevoir nos caresses. Tivoli et Monte Angelo la voyaient arriver quelques jours après, faisant son tour d'inspection.
Dans un régiment composé d'autant d'éléments hétérogènes, que l'était celui des zouaves. où il fallait des interprètes à toute occasion, pour l'instruction, la théorie sur le service de place. et le tir, seuls les chiens comprenaient tous les idiomes et recevaient les caresses et les fonds de gamelle, sans distinction de races, des Castors, des Français. des Espagnols. des Allemands, des Anglais, ete. La gamelle est de toutes les langues !
Plusieurs officiers possédaient des toutous magnifiques, qui leur appartenaient en propre. Les capitaines de la Messolière, Joly, DuReau et beaucoup d'autres avaient des chiens de race, qui n'auraient pas déparé des meutes royales, Ces nobles animaux s'échappaient par-ci par-là, des appartements de leurs maîtres, pour joindre les grands chœurs de chiens, qui se réunissaient tous les soirs, à la place Colonna, et mêlaient leurs aboiements
aux sons des clairons qui y sonnaient la retraite. Quel vacarme, quels hurlements, quels cris ne faisaient-ils pas entendre, à la première notes des Tromba ! Une vraie bacchanale quoi ! Tous les soirs la scène recommençait. Les chiens attendaient toujours cette fameuse sonnerie avant de rentrer au quartier.
Plusieurs de ces chiens se sont signalés d’une façon particulière, pendant les événements de 1867. Le regretté général Baron de Castella, mort à Fribourg il y a deux mois, nous racontait lors de son dernier voyage en Canada, qu'étant major aux carabiniers Suisses, il possédait un chien qui lui sauva la vie à Mentana, le 3 novembre 1867, dans les circonstances suivantes :
Le major s'était lancé au fort de la mêlée : par une circonstance fortuite, il s'était trouvé isolé de son régiment et aux prises avec trois chemises rouges. Il s'escrimait de son mieux avec ces gueux de Garibaldiens, mais il allait succomber sous le nombre, quand le brave Badinguet, son fidèle chien, arriva comme une trombe, à la rescousse.
En un temps, et un mouvement, Badinguet sauta à la gorge d’un des trois assaillants et le tint en respect, pendant que Castella tuait l’un de ses ennemis d’un coup de revolver, et mettait le second hors de combat. Il tit lâcher prise à Badinguet, et ramena ce gaillard, prisonnier, sous la conduite de son chien, tout fier d’avoir sauvé la vie à son maître et glorieux de cette capure.
Castella fut décoré; et le régiment tout entier fit une ovation au courageux chien. On lui vota une médaille de cuivre, sur laquelle on inscrivit en termes élogieux ses faits d'armes. Il avait reçu une balle de revolver
Quel xient-ils ne vraie mengçait.
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dans une patte et un coup de sabre sur le dos, pendant cette affaire. Cette médaille lui fut suspendue au cou, par un magnifique collier. Il la portait encoreen 1870.
Ces fidèles compagnons rendaient service aux zouaves dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. Plus d’un, au régiment, se fit aider dans ses petites parties de maraude, par ces intelligents animaux. Quand le bouillon était maigre et les étapes longues et pénibles, je ne jurerais pas que nous n'avons pas laissé étrangler, aux chiens qui nous accompagnaient, quelques pigeons, ensuite jetés dans la marmite. Quand la soif étreignait nos gorges dessséchées par la poussière des grandes routes, il se peut aussi que nous ayons laissé les chiens en faction près des haies, pendant que nous pénètrions dans les immenses vignobles qu'elles bordaient, pour y chiper quelques grains de raisin.
Ali rendit, dans une de ces occasions, un fier service à un zouave de Chambly, qui se trouvait alors en garnison à Mentana. C'était vers la mi-septembre, 1868. B... avait tremblé des fièvres romaines pendant tout l'été, et il avait été obligé de laisser le camp d’Annibal pour l’Ospedale di San Spirito, d'où, nous croyions bien qu'il n'en sortirait que pour un monde meilleur. Ilen était sorti et faisait sa convalescence à Mentana.
Quelques jours avant son exeat de l'hôpital, un ordre supérieur de la place, informait les soldats, que toute maraude dans les vignobles, serait dorénavant punie de quinze jours de prison ! Brrr.—Cela va sans dire, B... ignorait ces mauvais procédés.
Un jour, se promenant accompagné d’Ali, sur la belle route qui relie Monte-Rondo à Mentana, B.. eut la
fantaisie de savourer une grappe où deux de ces fruits généreux ; la haie fut franchie facilement et B... se trouva au milieu d'une vigne immense, couvrant au moins cinquante arpents en superficie, toute chargée de fruits et prête à la vendange,
B... mangea beaucoup de raisin et poussa la fantaisie jusqu'à tresser une couronne de grappes à son képi. II s’en attacha sur les épaules en guise d'épaulettes, il en mit quelqres-unes dans ses poches, et tout barbouillé de jus de la vigne, chamarré comme un vendangeur des campagnes romaines, il se préparait à la retraite, lorsqu'un vigoureux aboiement d’Ali attira son attention. Il regarda inquiet aux environs et, Accidente ! il vit la bouche d'un énorme tromblon dirigée vers lui, et au bout de ce tromblon, une paire d’yeux flamboyants, appartenant au signor Padrone de la vigne, qui l’ajustait en ricanant— Per Bacco ! Che fate qui ? Abasso il cappello !
Tête de B... Où fuir ? B... savait peu l'italien. I] comprit cependant que le Padrone, le traitait de Bacchus, vu sa tête couronné” de raisins. B... comprit aussi, au geste de l'Italien, qu 1l voulait ou sa tête ou sa coiffure. Son numéro matricule était au fond de son képi, et B... savait que possesseur de ce précieux couvre-chef, l'Italien le découvrirait infuilliblement. B... décrocha ses épaulettes et ses décorations, laissa glisser sa couronne, vida ses poches et tira son porte-monnaie, en balbutiant. Signor ! Signor ! pagato ! Mais le brutal ne répondit que ces mots, “ Presto, il cappello ? en armant le chien de son espingole.
B... sans armes, regardait tantôt Ali qui grondait, tantôt l’Italien, mais ne voulant pas risquer la peau de
, fruits B...se ant au hargée
antaisie képi. Il ilen mit lé de jus des CaAMmorsqu'un nn. fl rea bouche au bout ts, apparjustait en cappello !
talien. Il Bacchus.
| aussi, AU à coiffure.
pi, et B...
f, l'Italien ses Épaubnne, vida albutiant, répondit it le chien
grondait, la peau de
er
SR SPAS
son chien ni la sienne, il jeta son képi aux pieds du Padrone. Celui-ci ramassa cette coiffure, et lui fit signe de sortir de la vigne.
Rendu sur la grande route, notre zouzou, encore tout affaibli des suites de la malaria. s'assit sur une grosse pierre pour se remettre. Le Padrone lui demanda à quelle garnison il appartenait : Mentana ou Monte- Rotondo ? B... tit la sourde oreille et ne répondit rien, mais le chien crut comprendre, et résolut de sauver son maître des grittes du vigneron. Il se mit à gambader autour de lui et tout-à-coup, il prit la direction de Monte-Rotondo. L'Italien en eut assez.—1[1 suivit Ali jusqu'à la porte de la caserne, où le capitaine Joly commandait. L'Italien se fit conduire au bureau du sergent fourrier et lui rémit le képi portant le numéro. 7,400 ? avec sa plainte ; on lui dit de retourner le lendemain.
Pendant ce temps-là B... revint tout pensifet tête nue, à Mentana, où il nous raconta son aventure. Nous lui apprîmes l’ordre de la place. Peu s’en fallut que la fièvre ne le reprit,
Cependant, le capitaine Joly ne trouvant pas ce numéro matricule sur ses contrôles, renvoya le képi, avec une note, au lieutenant du Ribert, commandant à Mentana. L'ordonnance de 1: .re lieutenant, était un bon camarade. 11 s’empressa d’avertir B... non-seulement de l’arrivée de cette note et de son képi, au bureau du lieutenant, mais aussi de l'absence momentanée du commandant.
B... portait, depuis la veille, mon képi d'ordonnance, qui n'avait pas encore été matriculé. Il se hâta d'aller
chez le commandant pour s'expliquer et pour conjurer l'orage.
B... ne trouvant pas le lieutenant, attendit dans l’antichambre, puis risquant un œil dans la pièce voisine, vit
sur le bureau son képi, son bon vieux couvre-nuque, qui attendait comme lui, que M. du Ribert se fut assuré de son numéro, pour venger ce gueux d'Italien d'une innocente maraude de deux sous.
Le commandant retardant à rentrer, B...crut bien faire de décamper aussitôt ; mais avant de laisser les quartiers du lieutenant, pour épargner des ennuis à ce bon M.du Ribert, qu: n'aimait pas à sévir, il fit un échange de képi. [1 mit la note du capt. Joly dans mon képi non matriculé, reprit le sien, et s'en revint, les mains dans
les poches et en se dandinant, nous raconter comment il l'avait retrouvé.
M. du Ribert, rentré chez lui, un quart d'heure après, —lut la lettre du capitaine Joly, linformant que Île propriétaire de ce képi ne se trouvait pas dans sa com-
pagnie.
Il chercha au fond le numéro matricule. N’en trou-
vant pas, il faillit mettre à la porte le Padrone qui se présenta ensuite, pour obtenir justice. Il demanda à l'Italien s’ilse moquait de lui, et s'il pensait qu'il pouvait reconnaître le propriétaire de cette coitfure, par la forme ou par l'odeur. Il y avait au moins quatre
mille képis d'ordonnance semblables !
C’est ainsi que les chiens du régiment, dans les grandes comme dans les petites actions, rendaient service aux zouzous, en les tirant de mauvais pas. Comment ne
pas aimer de pareils compagnons ! Aussi disions nous
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uns l’ansine, vit nuque, at assuré en d’une
en faire quartiers on M.du ange de képi non ains dans comment
ire après, nt que le $ sa COM-
l'en troune qui se manda à | pouvait e, par la 18 quatre
dans les it service ament ne ons nous
ER Enr pee ts
avec Toussenel : ‘“ Plus on apprend à connaître les Italiens, plus on apprend à estimer le chien.”
Après la prise de Rome, le 20 septembre 1870, le régiment des zouaves pontiticaux fut dirigé sur Livourne, où il fut interné au lazaret. De là, chaque contingent fut repatrié par terre ou par mer, vers son pays d'origine.
Ces pauvres chiens suivirent la colonne, partie à pattes, partie en chemin de fer. Lors du débandement tinal, mon excellent ami Charles de Cazes, sergent de 1ère classe et en passe de devenir bientôt officier, s'empara de Léda, qui avait toujours montré beaucoup d'affection aux Canadiens depuis leur arrivée à Rome. T1 l'amena avec lui sur le steamer, qui devait con luire nos zouzous de Livourne à Liverpool. Le docteur Piché, hérita de Blick, le beau chien de son capitaine M. de la Messolière, et l'embarqua aussi pour l'Amérique.
Il faudrait un volume pour raconter l’odyssée de mes amarades, de Tivourne à Liverpool et de Liverpool à New-York, sur des steamers que l'on appelle vulgaire ment des sabots.
Le voyage dura plus de cinq semaines. Cinq semaines de privations, de souffrances, d’eau de mer, de hard tack, pour les zouaves : cinq semaines de caresses, de douceurs, de petits soins pour Léda et pour Blick, pour qui tous les camarades, déjà bien à la gêne, se privaient du nécessaire, afin de les empêcher de regretter le beau ciel d'Italie, Ça alla couci couça jusque dans la nuit du 21 au 22 octobre 1870.
C'était pendant l'horreur d’une profonde nuit.
PB ERRRC RIRES
Les éléments qui depuis quelques jours paraissaient se
contenir à regret venaient de se déchaîner avec fureur. Le vent soufHait en tempête et les vagues monstres qui battaient les flancs de l’Zdaho, faisaient danser ce vieux steamer comme un copeau, sur leurs crêtes. Les coups de mer balayaient le pont du navire et s'introduisaient dans l'entrepont, par toutes les fissures mal culfeutrées des écoutilles,
Le brave de Cazes, cramponné aux purois de sa couchette de bois, cherchait à rassurer Léda, qui paraissant comprendre le danger que courait le navire, s'était pelotonnée aux pieds de son maître. Celui-ci l'avait couvert de ses propres couvertures et de son caban, puis |
l'avait bordée dans son lit avec la solicitude d'une mère, | N . . . . . . .
; Léda poussait de petits cris plaintifs qui mettaient |
de Cazes au désespoir. [loubliait tout ce que la situa- (4
tion avait de critique, pour ne songer qu'à calmer les
bee à
EEE AG re vatisiens
alarmes de sa fidèle compagne. 4 Soudainement le navire obéissant à un violent coup
de mer, piqua une pointe presqu'à pic, et se relevant | péniblement, se mit à rouler d’une manière inquiétante. | Tout dansait la sarabande dans la cale, où les colis mal 4 amarrés se baladaient d'un côté à l’autre de l’Zdaho. 1 comme des volants renvoyés par des raquettes.
| 4 Le poids des ancres, dans un de ces violents coups de roulis, cassa les amarres qui les retenaient fixes. Une ancre monstrueuse, glissa jusqu'au milieu du gaillard ; d'avant, en démolissant les cloisons du panneau de charge de l’écoutille, et patatras, tomba avec un bruit épouvantable dans l’entrepont où les zouaves s'étaient
RAR = & pt gere mn rm Eee
réfugiés.
jent 8e fureur.
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st COUraissant :, s'était à l'avait ban, puis ne mère.
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coups de es, Une gaillard neau de un bruit s'étaient
Personne ne fut blessé, heureusement, La chaîne amarrée au cubestan, arrêta l'ancre dans sa chute et l'empêcha de défoncer le navire. Tous se précipitèrent sur le pont, croyant bien qu'ils allaient boire un dernier coup, dans la grande tasse, et tombant à genoux, implorèrent la Sainte Vierge, faisant vœu de lui offrir un ex-voto à Notre-Dame de Bonsecours, s'ils échappaient aux dangers qui les menaçaient.
L'étoile de la mer entendit leurs prières et la tempête se calma insensiblement, Ts étaient sauvés, mais plusieurs s'aperçurent alors qu'ils avaient reçu de nombreuses contusions, pendant cette nuit terrible du 22 octobre. Le Sergent Gaudet, entr'autres, fut lancé avec tant de violence sur une des manches à vent, en fer, destinées à faire pénétrer l'air dans les profondeurs du navire, où travaillent les chauffeurs, qu'il se renfonçadeux incisives Jusque dans les cavités des fosses nasales, où elles disparurent entièrement. Elles y sont restées !
Lorsque la mer, cette grande mangeuse d'hommes, se fut calmée, les zouzous redescendirent dans leur dortoir, De Cauzes se hâta de se rendre à sa couchette, toujours inquiet de Léda. Il l'avait tellement bien bordée en la quittant, que la chienne n'avait pu s'échapper de son lit. II l'y retrouva.
De Cazes voulant reprendre la position horizontale, qui est la meilleure sur une mer agitée, essaya de se glisser sous les couvertures qui emprisonnaient sa chienne, Ses pieds rencontrèrent quelque chose de mou, qui roulait
comme des pelotes de laine sous sa poussée ; des vagissements sortant du pied de son lit, le remplirent d'inquiétude,
De Cazes se hâta de se relever et, débarrassant Madame Léda des couvertures qui la cachaient à ses yeux, découvrit une portée de neuf beaux petits amours de chiens que la chienne du régiment avait mis bas, dans son lit, pendant la tempête.
Des cris de surprise et de joie attirèrent tous les camaades,et ces braves enfants qui étaient eux-mêmes tout trempés, cherchèrent partout des couvertures sèches pour fire un meilleur lit à leur fidèle amie : puis, à chaque distribution de rations, chacun se privait de son meilleur morceau, pour le porter à Madame Léda. Notre ami de Cazes, n'osa pas la déranger, et il abandonna sa couchette à sa nouveile famille pour le reste du voyage.
A New-York, on installa les petiots dans un panier.
Après toutes espèces de cahotements, le détachement des zouaves pontiticaux fit son entrée solennelle à Montréai, au milieu des acclamations de toute la population et des aboiements joyeux de Blick et de Léda, qui
k courant de la tête de colonne à larrière-garde, où se . . . : . :
trouvait le panier portant cette petite famille, mani-
festaient leur joie d'être enfin rendus sur le plancher des vaches, pour de bon, par tous les moyens que la nature 14] avait mis à leur disposition, par des gambades, par des
il frétillements de leurs longues queues, et par des éclats
l | de leurs voix sonores.
Tout Montréal voulut voir Léda. L'ami de Cazes la | | sortit dans le monde, [prenait plaisir en la présentant, : | | de vanter sa camaraderie, son dévouement maternel, et 4 if sa fidélité. 11 l’amena un jour au bureau de “La L | Minerve ” faire visite à Messieurs Provencher et Dan- fl |‘ sereau, les brillants rédacteurs de ce journal.
vassant it à ses amoulT's nis bas
»$ CAMAmes tout » sèches : puis, à ut de son da. Notre donna sa u voyage:
un panier.
achement ennelle à a popu- Léda, qui rde, où se Ile, manincher des Ja nature s, par des
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aternel, et à de “ La r et Dan-
Gr LÉ EE TT
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M. Dansereau, en caressant la belle tête fine de Léda disait à M. de Cazes : * Le chien est après tout l'ami le plus tidèle de l'homme :”
# Non!” répondit le regretté Provencher, toujours prêt à soutenir la thèse ou l’antithèse, pour engager une discussion : je connais un être plus fidèle que le chien.” Je maintiens avec Assolunt, que le créancier est encore plus fidèle à homme que le chien — * à celui qui a tout perdu, il reste une dernière consolation. Cest le visage afiigé de son créancier. Ses amis peuvent l'oublier, son chien peut chercher un autre maître, mais son créancier, toujours fidèle et dévoué, ne le quittera que sur le seuil du cimetière.”
Léda partit pour St-Iyacinthe, où elle vécut encore quelques années, entourée des caresses et de l'affection de la population hospitalière de cette ville.
ter septembre 1886.
| a ———pZÉM |
‘4 Dura lex, sed lex.”
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Plus ça change, plus c'est la même chose, Les ministres d'agriculture * 1ssent, mais l’agriculture reste toujours
EE
can pa
la grande nourricière ; les commissaires des terres changent, mais les terres publiques sont encore le plus bel apanage de la couronne.
Le discours du trône d’avant-hier annonce, comme les discours des années dernières d’ailleurs, des mesures nouvelles sur la colonisation. Mais ce discours ne nous laisse pas entrevoir, si le pauvre colon deviendra enfin
Re
propriétaire du bois aui pousse sur son lot,
Il y déjà douze ans, un jeune prêtre ramenait de |: ‘ tome l'arrière-garde des 500 zouaves pontiticaux qu'il | avait déjà conduits lui-même au Saint-Père ; tribut en ( | nature du Canada. M. l'aumônier Moreau, qui avait [EE prêché la croisade sainte, revenait de la ville éternelle, 4 embrasé d’un ardent désir de diriger les forces et les aspirations de sa jeune et vigoureuse phalange, vers une :
de