‹ Zouaviana, étape de vingt-cinq ans, 1868-1893 [microforme]Chapitre 33 sur 108 · RARE · texte numérisé non relu

RARE

y Ne | AS

LA COLONISATION ET MESSIRE LABELLE là

œuvre patriotique et nationale. C'était après le 20 septembre 1870.

Cet apôtre de la bonne cause, instruit par l'histoire de tous les peuples, et par l'histoire intime de la colonie de la Nouvelle-France, voulut faire des épaves de son régiment, ce que ses devanciers avaient fait du régiment de Carignan : de la colonisation.

Le commissaire des terres lui tailla un domaine splendide, bien loin, bien loin, dans les terres de la couronne, sur les bords du Lac Mégantic, à 30 milles de toute habitation, mais l'abbé Moreau et ses zouaves étaient jeunes, forts et courageux.

Ense et aratro, disait le maréchal Bugeaud, en colonisant l'Algérie, cruce et aratro précha l'abbé Moreau, ct les trois divisions de Montréal s'organisèrent en sociétés de colonisation. Sous le souffle inspiré de cet aumônier militaire, tout Montréal s'inscrivit et paya largement de ses deniers. Une vingtaine de zouaves, sac aux dos, s'enfoncèrent dans la forêt et commencèrent à bâtir une chapelle, sur le plus beau lot de Piopolis. Les zouaves de Charette baptisèrent de ce beau nom la future ville dont ils jetaient alors les assises en l'honneur de Pie IX.

Tout alla bien pendant trois ans ; des familles canadiennes revinrent des Etats-Unis et prirent les lots suivant ceux des zouzous. On avait élevé une chapelle ; on bâtit une scierie, un bureau de poste, une école ; on se maria ; chaque goutte de sueur répandue, agrandissait le désert. Chaque colon défrichait en coupe réglée, laissant debout, celuici-ci une sucrerie, celui-là une épinettière, un autre une pinière, pour l'avenir, quand

un beau jour, trois cents hommes arrivèrent dans le township, et sans cérémonie s’installèrent sur le propre lot de la fabrique, derrière l'église, où ils se construisirent un chantier et y campèrent.

Ces hommes firent ensuite l'abattage des réserves dont je viens de parler, quand ils y trouvaient des bois à leur convenance, tirant billots, plançons et bois de grume, hors de la forêt, laissant les souches, les branches, les têtes et toutes espèces d'embarras, en souvenir de leur passage dévastateur.

Les zouaves et les colons prirent leurs fusils ; le curé

chaussa ses raquettes et gagna Sherbrooke, puis Québec,

où il eut des entrevues avec le ministre de l’agriculture, le protecteur naturel de la colonisation. Ce dernier le renvoya au commissaire des terres de la couronne, qui le renvoya à son tour au ministre des finances ; celui-ci tire le plus clair du revenu de la province, de la coupe des bois de la couronne.

Le curé apprit alors, que les colons achetant les terres de la couronne à 30 cts l’acre, s’y bâtissant des maisons, et qui arrosent de leur sueur, chaque pied de terre arraché à la forêt pour le livrer à l’agriculture, se trompent, s'ils croient être les seuls propriétaires paisibles de ce fonds.

Au contraire, ces braves gens sont traités comme des ‘outlaws, des squatters ” et sont souvent à la merci d’un “lumber man ” qui seul a le privilège de couper le bois propre au commerce sur les terres de la couronne.

Le bon missionnaire apprit donc que nos lois de colonisation, sont un compendium de lois draconiennes, plutôt faites pour une colonie pénale, que propres à

dans Île » propre onstrui-

réserves des bois : bois de ranches, avenir de

,; le curé s Québec, riculture, dernier le ronne, qui s ; celui-ci e la coupe

culture, se taires pai-

hconiennes, propres à

- “ PRE à Lame apte She she 2 Pur

Ga mo LM ou 7e

favoriser le rapatriement de nos compatriotes, ou à retenir ceux que la tarentule des voyages a piqué. Enfin, le colon N’EST JAMAIS propriétaire du bois de commerce qui boise les terres achetées de l'Etat !

Il fallut se résigner. Les honorables MM. Fortin et Beaubien alors commissaires des terres, reconnaissaient l’anomalie de la situation, fausse et ridicule, dans laquelle, les lois existantes mettaient les apôtres de la colonisation, mais... “ dura lex sed lex.”

Messieurs Hall, de Québec, je crois, bâchèrent, coupèrent et enlevèrent tout ce qui leur plût, au lac Mégantic, et partirent enfin, quand l'épuisement fut complet, laissant la paix et des dégats derrière eux. La colonie n’en est pas moins prospère : les citoyens et les zouaves de Montréal, mirent la main à la poche, pendant près de six ans et firent les frais de panser et de guérir le découragement des colons.

Eh bien, il y a douze ans de ça. Croyez-vous la situation changée ? Pas pour la peine. On a élevé peut-être de deux ou trois pouces, le diamètre à la souche des arbres, que le colon peut abattre, pour son usage personnel ; on accorde au colon le droit de prendre un permis d'exploitation semblable à celui du marchand de bois ordinaire, pour couper des arbres de commerce sur son propre lot, mais à la condition de remettre au gouvernement la valeur de ces bois, en sus du prix d'achat originel de ce lot, joint aux intérêts ; mais, si un colon de bonne foi, payant ses annuités régulièrement, se croyant propriétaire, coupe sur sa propre terre, sans permis, un arbre et le vend pour s'acheter de la farine, il devient alors passible de toutes les

Donner ererenn meer mer ee

pénalités que nos législateurs, dans leur bonté d'âme. ont intercalé dans les lois pour encourager l'immigration et la colonisation des millions d'âcres de terre de la couronne !!

Ne croyez pas que je charge le tableau, pour le rendre plus sombre, je reste encore en deça de la vérité. Depuis, un homme inspiré, un apôtre, un grand citoyen, à vu accourir, sous son souffle patriotique, plus de dix mille âmes sur les bords de la Rivière-Rouge, de la Tièvre et du lac Nominingue ; à son appel, les | patrons de la Minerve eux-mêmes ont réservé un canton, qu'ils ont baptisé # La MINERVE ”, dont toutes les | terres, superbement boisées, sont retenues par des amis patriotes. Cet homme, dont on pourrait dire ce que le consul d'Italie à Tunis disait du cardinal Tavigerie, ! quand ce dernier quitta son siège d'Alger, pour aller |; aider à la pacification de la Tunisie : “ La présence et “ les efforts de Mgr Lavigerie seul, rapporteront plus de | “ profits à la France, que l'envoi d’un corps d'armée,” 4 cet homme, dis-je, a fait faire plus de progrès à lui seul, à l’œuvre de la colonisation, que le gouvernement depuis douze ans.

Le curé Labelle, possède à un degré extraordinaire le talent de la persuasion, et transfuse dans le cœur de ses auditeurs, une partie de l’ardent patriotisme dont | il est animé. M. le curé a transformé son presbytère de al Saint-Jérôme en agence de colonisation, où il donne chaque jour audience à des quantités de compatriotes, venant des Etats-Unis, et de toutes les parties de la 24 province, Ceux qui l'ont écouté sortent de chez lui électrisés, et prennent le chemin de la Rouge ou de la

Re

d'âme.

inigTire de la

pour le à vérité.

grand ue, plus ouge, de ppel, les un Canoutes les des amis e ce que avigerie, our aller résence et t plus de l'armée.” lui seul, ‘nement

ordinaire cœur de sme dont pytère de il donne atriotes, ies de la chez lui ou de la

Lièvre et y vivraient heureux... s'il n'y avait pas un cheveu !

Mais le gouvernement seconde-t-il ces eflorts généreux ! Hélas! Il n'a pas assez d’arpenteurs et ceux qui y opèrent, ne peuvent pas suffire aux demandes ! Le curé Labelle à aujourd'hui plus de trois cents familles, établies sur des terres de la Couronne, en “squatters ” qui peuvent en être chassées et dépouillées demain, parce que le gouvernement n'a pas encore fait arpenter ces terres ni donné de titres à ces colons, Mais le curé ne peut pas attendre, il frappe le fer tandis qu'il est chaud et il pousse devant lui, plus vite que l'Etat et ses arpenteurs jurés.

Et les grands et beaux bois pensez-vous ? C’est 1à qu'est le chiendent, en effet, c'est là qu'est le conflit, et les scènes qui se sont passées à Piopolis il y a douze ans, se sont renouvelées sur la Lièvre. Les braves gens qui reviennent de la Nouvelle-Angleterre, qui s'entfoncent à cent milles dans la forêt, la poche sur le dos et la hache à

la main, croient bien que pour 30 à 60 cts l'âcre ils seront propriétaires paisibles eux et les leurs. Ce sont généralement de fort honnêtes cultivateurs, résolus, courageux mais illettrés, ne connaissant pas les lois statutaires et leurs amendements annuels.

Ces braves colons furent donc bien surpris il y a deux mois, lorsque M. Ward envoya une bande d'hommes couper le bois de commerce dont sont boisés leurs lots,

Les agents des terres de la Couronne avaient affiché partout, sur les portes des chapelles, qui ont coûté tant de pas et de démarches au bon curé Labelle, dans les magasins, dans les bureaux de poste, jusque sur les

AGEN 0 A MA ne à a en en en ent À

arbres, des avis contenant les extraits des dernières lois, règlementant les terres publiques et la coupe des bois. Ces affiches révélaient au colon que le sol lui appartenait, il est vrai, mais que M. Ward, représentant la Couronne, avait seul le droit d'en enlever le bois d’une dimension spéciale et ayant une certaine valeur. Puis, la kyrielle des amendes, des pénalités dont seraient

passibles les colons contrevenant à “ l'ordonnance, en | coupant les bois de M. Ward.”

Ce fut un tolle dans toute la Rouge, dans la Lièvre, enfin dans le grand Nord, lorsque les agents du gouve:-

4 ement voulurent inculquer de saines notions du droit

| de propriété aux colons et leur enseigner l'art de posséder

ki le fonds sans “les fruits pendants par les racines,” comme dans les vieilles paroisses quittées à l'appel de : L. l'apôtre du Nord. d l Les colons croyant que “ Charbonnier est maître chez | À lui,” firent comme les zouuves avaient fait il y a douze 1 4 ans ; ils allèrent porter leurs plaintes aux pieds du hi curé Labelle et ils tirent mieux que d'aller à Québec. : n: Messire Labelle qui possède “ mens sana in corpore : É. | rasto,” vit de suite l'effet funeste produit par ces avis : i. dans l'esprit de ses colons ; il n’en fallait pas plus,

l | pensait-il, pour entraver l'œuvre de la colonisation du

be: Nord. Aux grands maux, les grands remèdes. |

Québec est bien loin et il y avait urgence. Le curé

| il Labelle écrivit donc autant de proclamations qu'il y Î A avait d'avis du Commissaire des Terres, affichés duns jh le Nord, et remit aux colons ces manifestes, signés par Ê 1 lui, “curé de Saint-Jérôme,” garantissant ses chers | colons contre tous “ troubles, dons, douaires, dettes,

ères lois, des bois.

i apparentant la ois d’une ur. Puis, seraient lance, en

a Lièvre, 1 gouve’du droit » posséder racines,” l'appel de

aître chez "a douze pieds du . Québec.

corpore r ces avis pas plus, sation du

Le curé s qu'il y hés dans gnés par es chers

, dettes,

hypothèques et autres évictions généralement quelconques ” et les chargea d'aller les placarder et les afficher partout, en dessous de l'avis du gouvernement.

Les colons retournèrent heureux d'avoir détourné l'orage et répétant partout “ Monsieur le curé est plus fort que le gouvernement !”

Ils ne se doutaient pas et ne se doutent pas encore, les malheureux, de toutes les angoisses, de toutes les inquiétudes dont ils venaient de charger M. Labelle.

L'apôtre de la colonisation du Nord se hâta de se rendre à Québec, où il plaida éloquemment la cause de ses chers colons auprès du gouvernement ; celui-ci répondit comme il avait répondu aux colons de Piopolis : “ Nous amenderons la loi.” — À bout de ressources, le curé Labelle s'adressa enfin à M. Ward, lui-même.—Celui-ci, comprit les dangers de cette situation équivoque, bien propre à compromettre une œuvre aussi éminemment nationale. M. Ward eut la générosité de rappeler momentanément ses bûcherons. Il accorda même une trève à M. Labelle, en faveur de ses colons du Grand Nord, en attendant l’action du gouvernement.

Depuis, le curé ne dort plus que d’un œil, en perd l'appétitet attend avec anxiété la législation promise par le discours du trône.

Il est temps que nos législateurs s'entendent, et débrouillent cette bouteille à l'encre des rapports, (j'allais dire de l'Eglise et de l'Et:t) des ministres de l'Agriculture et des terres publiques. Le Trésor provincial, il est vrai, retire plus de sept cent mille dollars de la coupe des bois de la Couronne annuellement ; mais les marchands de bois ont acquis le droit de coupe, sur

des millions d’âcres de terre ! et la colonisation en demande à peine quelques milliers d’âcres !

Le commissaire des terres ne pourrait-il pas annuler une licence, en partie, en remboursant le prix payé pour des fractions de limites, quand des meneurs d'hommes comme les Moreau, les Labelle, les Brassard et autres les déclarent utiles à des fins nationales et patriotiques ?

C'est d'autant plus facile, que généralement les bois de commerce les plus réputés, poussent sur les terrains rocheux, avec peine et misère ; c’est la plus grande partie du domaine publie : tandis que les bonnes terres, propres à la colonisation, sont malheureusement des plus rares.

Aux colons de la Minerve d'y mettre la main, s'ils ne veulent pas voir la forme emporter leur fonds, et sils tiennent à conserver quelques bribes des belles forêts du Nord, décrites avec tant de poésie par Buies,

ce grand charmeur. Les patriotes ne devraient-ils pas

se lever en masse,et crier bien haut à nos ministres que La croix et la charrue ont toujours fait de meilleure colonisation que les marchands de bois !

22 janvier 1883.

ation en

; annuler ix payé meneurs Brassard ionales et

nt les bois s terrains as grande nes terres, ement des

main, s'ils * fonds, et des belles par Buies, ient-ils pas iistres que Heure colo-

Page 1