J, A, CHAPLEAU
A cette éloquente lettre, M. de Poli répondit en notre nom à l'Hon. Secrétaire d'Etat canadien :
“ Paris, 12 octobre 1887.
‘ Monsieur le Ministre,
“J'ai à cœur de vous faire parvenir, au nom du comité des Chevaliers Pontiticaux, l'expression de la plus vive gratitude. Votre très généreuse souscription ne
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peut manquer d'être un fécond exemple sur votre noble terre canadienne, où j'ai senti, en vous lisant, battre le grand cœur de la vraie France.
Souttrez que je vous remercie très respectueusement, Monsieur le Ministre, du bienveillant accueil que vous avez daigné me faire, et de la belle et éloquente lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ; elle ser: le joyau de notre Livre d'or, et Je suis certain qu'elle touchera profondément le cœur de Notre Très-Saint- Père et celui de la fille aînée de l'Église.
Veuillez me faire l'honneur d’agréer, Monsieur le Ministre, l'hommage de mon profond respect et de ma vive gratitude,
“VICOMTE DE PoLi, “Ancien préfet, président du Comité Internalional de souscriplion des dignilaires el chevaliers des ordres pontificauxr.”
Avec un tel comité, se présentant sous de si puis-
sants auspices, notre œuvre était certaine de trouver
partout, dans la grande famille catholique, l'accueil le plus sympathique. Nous invitions à participer à notre manifestation de dévotion filiale, non-seulement les membres des Ordres Pontiticaux, les décorés des médailles militaires Pro Petri Sede et de Mentana, les &. tholiques honorés de distinctions papales, les anciens défenseurs du Saint-Siège, mais encore tous ceux qui, sans faire partie des catégories spécifiées, auraient à cœur de s'associer à l'initiative du comité.
Après six mois de travail opiniâtre, après avoir échangé des correspondances avec beaucoup de catho-
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liques, que leurs œuvres avaient signelés à l'attention ou à la libéralité du Souverain Pontife, le succès couronna brillamment les eftorts de notre comité. C’est en grande partie à la presse que nous le devons et je suis heureux de vous dire que mes collègues ont été fort touchés de l'accueilque La Minerve, La Patrie, La Presse, L'Etendard et Le Monde de Montréal ont fait à notre appel, en reproduisant la circulaire que nous avions lancée.
Notre récompense nous attendait aux pieds du Souverain Pontife. Nous eûmes l'insigne honneur d'être délégués à Rome, par la Chevalerie Pontificale où nous présentâmes à Sa Sainteté le Pape Léon XIIT, l'adresse des personnes honorées de marques distinctives par le Saint-Siège et les riches cadeaux que leur muniticence et leur reconnaissance avaient permis à notre comité de faire exécuter en leurs noms.
Notre président, M. le vicomte de Poli, avait pris les devants, et en fourrier habile, il nous avait, non seulement préparé d'excellents logements, mais il avait obtenu la faveur insigne d’une audience intime pour la délégation. Nous eûmes le grand honneur d'être reçus en audience particulière par le Saint Père, dès le lendemain de notre arrivée dans la Ville Eternelle, le 26 janvier dernier.
Sa Sainteté nous retint plus d’une heure, et daigna “auser avec tous les membres de la délégation composée de M. le vicomte de Poli, de M. Hecquet de Roquemont, de M. Noël Le Mire, de M. le colonel Caillon, de M. le comte de Ronseray et de moi.
Le Saint Père m'interrogea sur le Canada et me parla bien affectueusement des zouaves canadiens, que
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je dis à Sa Sainteté représenter officiellement à Ses pieds. Je profitai ensuite de l'occasion que m'offrit le Saint-Père en me demandant ‘ si les zouaves canadiens “ étaient toujours prêts à voler à la défense du Saint- “ Siège ”, pour assurer Sa Sainteté de l’entier dévouement de tous les anciens zouaves pontificaux canadiens, et aussi de celui de leurs enfants. Le Saint-Père me répondit : “ Très bien, mon enfant. Je suis toujours ‘“ heureux d'entendre répéter que les Canadiens sont “ fidèles à l'Église, Je bénis les anciens zouares et “ leurs familles du plus profond de mon cœur.”
Pour vous donner une idée de l'intimité de notre audience, écoutez bien ceci. Nous étions tous les six dans les appartements particuliers du Saint-Père, à genoux. M, de Poli nous présenta à tour de rôle à Sa Sainteté, en disant qui nous étions, d'où nous venions, et le plus ou moins d'importance que nous avions dans nos provinces respectives. Le Saint-Père nous tit relever et nous obligea à nous asseoir autour de Lui. Il n'y avait que quatre fauteuils dans la pièce. Le colonel Caillon et le comte de Ronseray étaient restés debout.
Le Saint-Père se leva tout à coup et avec une vivacité étonnante, se dirigeant vers la cheminée, tira le cordon de la sonnette. Sa Sainteté pria Monsignor della Volpe, Son maître de chambre, qui répondit à cet appel, de faire apporter deux fauteuils pour ces messieurs. Nous restâmes assis près d'une demi-heure, à causer, où plutôt à écouter le Saint-Père, qui nous tit l'honneur de nous adresser le discours suivant :
“Chers Fils,
“ Nous recevons avec une entière satisfaction les présents que vous nous offrez au nom de votre comité, et nous sommes vivement touché des nobles sentiments
dont*on adresse nous apporte l'expression ; ils nous
montrent de quel esprit vous êtes animés ; la généreuse pensée qui à inspiré votre œuvre de dévotion et de * gratitude filiales Nous prouverait, s'il était nécessaire, que vous méritiez bien les distinctions chevaleresques. # Vous, chers fils, et tous ceux qui se sont associés à ‘ votre louable initiative, vous avez voulu, à l'occasion ‘ de Notre Jubilé Sacerdotal, manifester non-seulement votre gratitude, mais encore votre inviolable attache- * ment au Vicaire de Jésus-Christ, à ce Siège Aposto- ‘ lique ; dans tous les temps, en effet, la reconnaissance ‘ fut une loi de la chevalerie chrétienne, comme aussi le respect des lois de Dieu, l'attachement de l'Eglise, la fidèle observance de ses préceptes, l'esprit de foi, de devoir et de sacritice. Et ce ne sont point là seulement ‘ les principes de la chevalerie, ce sont encore les prin- * cipes fondamentaux de l’ordre social, “ Des le début de Notre Pontiticat. Nous les avons rappelés aux peuples ; ils aspirent au calme, à la prospérité, mais cette aspiration ne se peut réaliser que ‘ par la régénération chrétienne des sociétés, et vous, chers fils, plus que les autres hommes, vous avez le devoir d'y travailler par la prière, par l'exemple, par
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‘et de son Chef, que réside exclusivement la solution ‘ des questions qui troublent si gravement la paix du
monde,
“ Oui, la paix dans les sociétés ne peut résulter que de la paix dans les intelligences, de l'adhésion sincère à la parole de Dieu. Tout ce que l’église enseigne aux
‘ hommes, elle l’a appris de la bouche même de Jésus-
‘ Christ ; pourquoi rechercher le bonheur et la sécurité
“ où ils ne peuvent pas être ?
N'est-il pas évident que les nations seraient moins troublées et plus prospères, et les hommes plus heureux, s'ils revenaient franche-
‘ ment, complètement aux vérités et aux préceptes de ‘ la Religion ?
C'est là, en effet, le point de départ de toute civilisation, de tout progrès, et la source unique d'où découle pour les peuples la véritable prospérité. “ Les adversaires de l'Eglise affectent de la croire indifférente, sinon même hostile au progrès ; mais tout ce que les sciences, les arts et l'industrie humaine ont trouvé de nouveau pour l'utilité et les besoins de la vie, tout ce qui n’est pas licence, mais liberté vraie et
‘ digne de l’homme, tout cela est béni par l'Eglise.
* Le règne de Jésus-Christ est donc la meilleure sauvegarde de la civilisation ; la concorde entre les nations, entre les souverains et les peuples, l'harmonie et le bonheur dans les familles n'ont certainement pas
‘ de fondement plus solide et plus sûr que le respect
des préceptes évangéliques.
Hélas ! au lieu de s'attacher à seconder l'action naturelle et bienfaisante de l'Eglise, on s'obstine à la
contrarier, résolûment, avec une aveugle tenacité.
Danone PO TR mn SSSR
‘ Dans cet instant même, où le concert spontané des nations et des princes, avec une admirable unanimité, si consolante pour Notre cœur, célèbre Notre Cin-
‘ quantenaire Sacerdotal, il semble que cette imposante
‘ manifestation du monde entier, loin de ramener les
‘ égarés à la vérité religieuse, à la saine notion des
“ choses, les exaspère jusqu'à la fureur, avec un redou-
‘ blement de haine satanique... ”
Le Saint-Père cessa alors de parler, et Ses traits expressifs décelaient la méditation douloureuse. —Dès Ses premières paroles, nous nous étions remis à Ses pieds, et c'est dans cette respectueuse attitude que notre distingué président, M. de Poli, lui dit :
—Très Saint-Père, si grandes que soient les amertumes de l'heure présente, Si acharnées que soient certaines hostilités, il n'en est pas moins vrai que, nous, Catho-
liques, nousentrevoyons déjà l'aurore des temps heureux
où la Religion recouvrera la plénitude de sa maternelle puissance, où le Pape sera le suprême et bienfaisant arbitre des peuples ; et c'est le sentiment de tous Vos fils, Saint-Père, que pas un pontiticat n'aura plus fait, pour avancer cette féconde restauration, que le pontiticat de Léon XII.
Sa Sainteté leva les yeux avec un geste d’'imploration et daigna répondre à ce pronostic.
“ Chers fils. Nous acceptons bien volontiers l’augure “ des succès croissants que vous espérez pour l'Eglise ; “ car il n'est rien que nous désirions d'avantage, rien “que Nous estimons plus digne de Notre Très Saint “ Ministère que les progrès continus et pacifiques du “ Catholicisme. Et vraiment, nul ne pourrait contester
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Ses traits use.— Dès nis à es que notre
mertumes certaines is, Catho- »s heureux naternelle ienfaisant tous Vos plus fait, pontiticat
aploration
s l'augure l'Eglise ;
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