‹ Zouaviana, étape de vingt-cinq ans, 1868-1893 [microforme]Chapitre 52 sur 108 · DÉS · texte numérisé non relu

DÉS

DEUE RS a

AUGUSTE ACHINTRE 259

après avoir reçu les derniers sacrements “Ah | je suis bien heureux maintenant ! la mort peut venir : elle ne me sSurprendra plus. Elle m'apportera la délivrance.”

Ceux qui l'ont connu, ceux qui l'ont aimé, et ils sont nombreux, tiendront à aller dire sur la tombe de notre cher ami : Qu'il repose en paix !

26 juin 1886.

Viens, ma Juliette, assieds-toi là ; ïe voudrais causer avec toi pendant quelques instants. Sais-tu bien, ma chère, je me suis souvent demandé pourquoi les philosophes, les gens de lettres et les publicistes vous négligeaient autant qu'ils le font. “Mon fils” reçoit de temps à autres des conseils de toutes natures, de la part des écrivains moralistes, de Vancouver à Québec ; mais je souffre de voir que l’on ne porte pas aux filles, un peu plus d'attention, car vous êtes, pour le moins. tout autant que les garçons, en état de recevoir un bon avis ; aussi, écoute-moi maintenant, et quand tu seras fatiguée dis : ‘assez. ?

D'abord, ma Juliette, n'aie pas peur, pendant que tu es encore jeune, de vivre et de jouer en plein air. Fais résonner les alentours de tes cris joyeux, si tu as envie de crier, “et tu as généralement envie de crier.” Si ceux qui t'entendent, te trouvant turbulente et tapageuse, te disent que ta tenue n’est pas celle d’une dame, dis leur : “Je préfère la gaiété à la tristesse : je veux

ais causer bien, ma les philoous néglide temps part des ; mais je s, un peu ins. tout Don Avis ; fatiguée

lant que plein air.

, situ as e crier.” et tapane dame,

je veux

être dame, seulement quand j'aurai cessé d’être petite fille. ”

Ne crains pas d'être appelée garçonnière, parce que tu partages les jeux en plein air de tes frères. Ces garçonnières-là font plus tard les femmes jouissant de la meilleure santé, de la démarche la plus gracieuse et de la plus belle carnation. Fais tout ce que tu pourras honnêtement faire, pendant ton enfance, pour te développer physiquement, car, souviens-toi, ma mignonne, tu auras besoin plus tard de toute la santé emmagasinée pendant ta jeunesse, pour passer à travers les phases accidentées de la vie d’une femme.

Il y a. outre les jeux en plein air, bien des choses à recommander à une fillette ; comme, aider au ménage et prendre soin de ses petits frères, pour exempter un peu de fatigue à ta bonne mère et la laisser reposer dans l'après-midi. Oh! Qu'y at-il de meilleur pour la santé du corps et de l'esprit d’une jeune fille complaisante, douce, aimable et désireuse de soulager sa mére, que de pouvoir lui rendre mille petits services et alléger ses fardeaux d'autant !

Une jeune fille doit commencer et finir sa journée par la prière. Le diable sera bien malin s'il réussit à forcer la consigne d’un petit cœur ainsi préparé. La prière .d’une fillette monte au ciel comme un léger nuage d’encens odoriférant, et là, de blanches colombes la reçoivent sur leurs ailes pour la porter au pied du trône de l'Eternel.

Quand tu seras un peu plus âgée, l'on commencera à t’appeler “ Mademoiselle ” ; ne deviens pas vaniteuse au point de te croire la plus charmante des créatures.

ce pr mire ER 3 LE

262 ZOUA VIANA

Alors, tu commenceras probablement à porter des corsets et... maintenant ne rougis pas, car c'est très bien de porter des corsets, si tu ne les portes pas trop serrés. Je connais un grand nombre de sages qui condamnent absolument l'usage du corset: le beau sexe se ruine et s'étiole par l'abus qu'il en fait disentils; mais la nature exige qu’une jeune fille délicate se tienne droite ; demandons au corset de la soutenir, à condition qu'il ne l’étouffe pas, par exemple.

Tu peux le disposer de façon à ce qu'il tienne ton petit cœur juste à sa place ; mais, ma chère fillette, pour rien au monde, n’attache jamais le bout du lacet de ton corset au pied de ton lit, et prenant l’autre extrémité des deux mains, ne tire pas de toutes tes forces jusqu'à ce que ton foie et ton estomac soient remontés à l'endroit où tu avais le cœur et les poumons, et ton œsophage remonté dans la gorge comme un télescope ! Pour l'amour de Dieu, ne fais pas cela ! rien ne me ferait plus de peine au monde, ma fille, que de te trouver, essayant de te scier en deux avec un lacet de corset.

Les chaussures doivent avoir des semelles épaisses et bonne apparence, car on aime toujours à voir une jolie chaussure aux pieds des fillettes. Ces chaussures doivent avoir des talons plats, et bien aller à ton pied. c'est-à-dire ni trop étroites ni trop larges.—Je ne veux pas te voir portant un soulier qui aurait l'air d’un mocassin et dans lequel ton petit pied flotterait ; mais souviens-toi que je ne veux pas non plus te voir marcher dans la rue, avec des bottines tellement étroites que tu ne saches sur quel pied te poser, comme si ces bottines

orter des c'est très pas trop sages qui le beau ait disente délicate \ soutenir, e.

tienne ton lette, pour lu lacet de e extrémité ‘ces jusqu'à ‘emontés à ons, et ton télescope !

en ne me que de te un lacet de

les épaisses à voir une chaussures à ton pied.

Je ne veux l'air d'un brait ; Mais bir marcher oites que tu ces bottines

ET

‘à k ‘8 Ë Ë ES $

étaient remplies de pois secs, comme celles de ta tante. partant pour un pèlerinage.

Si tu ne peux avoir qu'une robe d'indienne, fais-là à la mode et tâche qu'elle aille comme un gant, Je crois à la mode, ma fille, et je veux que tu paraisses toujours proprette, gentille et gracieuse.

Étudies les arts d'agréments si tu le désires. Il te faut une bonne éducation ; mais ne ruine pas ta santé, pour sortir graduée comme les autres, si tu ne peux être diplômée qu'à ce prix. Etudies le dessin, si tu le veux, mais n’aie Jamais que de bons desseïns ; étudie la peinture, mais ne l’exerce jamais sur ton visage ; étudie la musique, mais ne lutte pas avec un exercice de piano pendant que ta mère est aux prises avec le poêle de cuisine.

Non, au lieu de cela, cours à la cuisine et dis # Maman, je suis jeune et forte et je me sens des dispositions à tout mettre en ordre ici en peu de temps ; mais, allez au salon vous reposer sur un canapé. J'irai vous retrouver lorsque mon travail sera fini, et alors je vous jouerai mes plus beaux morceaux, ”

Tu reviendras ensuite au salon ; enlevant le grand tablier que je veux toujours te voir porter en t'occupant du ménage, tu courras à ta mère, tu prendras sa bonne figure entre tes deux mains et tu lui appliqueras deux gros baisers sur les joues.

ton piano et tu joueras :

un ange ? ”

Tu t'assiéras alors à “ Ah ! que je voudrais être

Eh bien ! ma chère fille, tu auras la réponse immédiate à la musique ; tu ne pourrais pas être plus ange, aurais-tu vécu mille ans dans le ciel, que tu ne l'es à

cette minute. Si même les anges du Paradis sont susceptibles de jalousie, ils seront jaloux de toi, car tu devras être absolument heureuse.

Maintenant, ma fille, si tu as un père ou un frère ayant des dispositions à sortir tous les soirs, et à rentrer fort tard à la maison, ce qui attriste ta bonne mère et lui fait blanchir les cheveux prématurément, entreprends d'opérer un changement dans ce programme. Tu peux gagner leur conversion, si quelqu'un le peut. Aïe toujours une tigure riante pour Îles recevoir. En franchissant le seuil de la maison, montre leur qu’en nul endroit au monde, on ne saurait les accueillir avec plus de tendresse qu’à leur propre foyer.

Si ton père quitte la maison, entoure lui le cou de tes deux jeunes bras blancs, et le regardant bien dans les yeux, dis lui: “ Papa, tu reviendras à bonne heure ce soir, ta petite fille le désire ardemment. n'est-ce pas que tu reviendras ? J'irai te rencontrer à la grille, si tu veux me faire un petit signal en remontant la rue, pour m'averiir, et nous passerons une soirée délicieuse au salon. Je te préparerai tes

pantoufles, car tu dois être fatigué, cher père, après une journée de courses, Je ferai tout en mon possible pour te rendre heureux. Là, maintenant, tu viendras

papa, n'est-ce pas, dis, chéri ?”

Et neuf hommes sur dix se diront en s’en allant : “ Ma parole, je ne peux plus résister bien longtemps à cette enchanteresse. Après tout, si je me prends à réfléchir, je commence à croire que je m’'amuserais bien mieux en restant à jouer aux cartes, aux échecs ou au trictrac avee ma gentille petite fillette, ou à

radis sont toi, car tu

| un frère x, et à renta bonne aturément, 18 ce pron, si quelte pour les son, montre saurait Îles ropre foyer.

lui le cou wrdant bien ras à bonne ardemment.

rencontrer t signal en s passerons éparerai tes père, après hon possible tu viendras

s'en allant :

longtemps à e prends à n’amuserais aux échecs illette, où à

l'écouter gazouiller à son piano, au lieu d'aller jouer au poker ou au draw bluff, au club, avec un t&s de farceurs qui essayent de me gagner mon argent, par tous les moyens.”

Et pendant tout le temps de son absence, le souvenir de ce gracieux visage plongeant son clair regard dans ses yeux, le poursuit partout : je t’assure que ce soir-là, il lui est difficile de s'égarer du bon chemin. Tu ne sais pas tout le pouvoir magique que possèdent deux beaux yeux comme les tiens, mouillés par la tendresse tiliale. Fais-en l'expérience à la première occasion, et tu verras.

Maintenant, ma fille, je te suppose arrivée au moment où le cœur d’une jeune fille va à la rencontre de celui d’un jeune homme, n’appartenant pas absolument à sa famille. C’est dans l’ordre, car le cœur d’une fillette prendra tôt ou tard ce chemin, malgré tous les efforts des vieilles filles, ses tantes, pour empêcher cette évolution, et souvent malgré la jeune fille elle-même. Mais laisse-moi te dire quelque chose, ici.

N'accorde jamais ton amitié à un de ces jeunes gens n'ayant pas d’autres occupations que de passer leur temps devant un bar américain, de griller une cigarette turque ou de sucer la pomme d'ivoire de leur canne. I n’y arien à reprendre à ce qu’un jeune homme soit bien mis, à la mode, et élégant. Il peut même être fort aimable en société et danser divinement ; mais il lui faut un autre objectif dans la vie que ces choses secondaires.

Si jamais tu rencontres un de ces insolents inutiles. qui passent leur temps à s'habiller, à boire et à se vendre

oc 4 pm sn me 5

au diable, donne lui une bonne leçon : à la suite de ce choc, son cœur reprendra la place que celui d'un hônnête homme doit occuper. La première jeune fille qu'il rencontrera après cela sera traitée respectueusement, tu peux en être assurée.

Il vous appartient, jeunes filles, de remettre dans le droit chemin ces individus, ces dudes, ces gommeux, ces raseurs, et vous pouvez plutôt agir sur leurs pauvres cervelles que tous les sermons de l’armée du Salut, ou toutes les lectures sur la tempérance.

Mais, il ne faut pas tourner le dos à un jeune homme qui a péché une fois par faiblesse ; au contraire, prends-le à l'écart, dans un coin du salon, où personne ne puisse vous entendre, et là, parle-lui sérieusement. Dis-lui qu'on s'intéresse à lui, dis-lui de relever le front et de faire honneur à sa mère et à sa sœur.

N'il te répond : Je n'ai plus ni mère, ni sœur ! dis-lui de se bien conduire pour l'amour de la sœur d’un autre. Il ne trouvera rien à répliquer à ce dernier argument. Fais-lui promettre de bien faire à l'avenir et montre-lui assez de confiance pour l’engager à tenir sa promesse.

Plus tard, si tu rencontres un jeune homme paraissant remplir exactement dans ton cœur, la place réservée aux affaires de sentiment, et auquel tu penseras toute la journée, et dont même tu rêveras ; quand tu l'auras assez étudié pour être persuadée que c’est un homme d'honneur, ayant de bonnes mœurs, des habitudes rangées et beaucoup d'aptitude aux affaires, avec un grand fonds de gaieté ; si alors tu t'aperçois que son œil devient plus brillant en se reposant sur toi, qu'en le fixant sur ta tante, la vieille fille, et si vous

Page 1