‹ Zouaviana, étape de vingt-cinq ans, 1868-1893 [microforme]Chapitre 77 sur 108 · EG RE A ET · texte numérisé non relu

EG RE A ET

envoient de temps à autre des ambassades en Europe ; on se bat pour les posséder, on se les dispute.

Les pauvres Canadiens sont si bien aux Anglais, que sans Rome, la grande consolatrice des afHigés, dont l'oreille est toujours prête à entendre les doléances des malheureux, ils ne seraient bientôt plus connus, en dehors de “Old England ”, que des savants s'° cupant d'ethnographie. C’était, du moins, l'opinion de M. R. Malcolm, de Toronto, un des exposants les plus considéables d'Ontario, en 1878.

M. Malcolm exposait à Paris, trente et une selles d'hommes et de dames, des harnachements superbes et une collection complète de sacs imperméubles pour les matières postales. [vint lui-même surveiller son installation à ses frais, et passa près d’une année sur le continent, cherchant à augmenter ses affaires. 11 découvrit, à ses frais encore, qu'il y a loin de la cuiller à la bouche, de Paris à Toronto !

J'accompagnais, un jour, le général marquis d'Abzac, aide-de-camp du Maréchal-Président MacMahon, dans une visite à notre section. Le général s'arrêta devant l'exposition de Malcolm et trouva sa sellerie admirable. Par sympathie pour le Canada et pour remporter un souvenir de sa visite, voyant une splendide selle de dame, il acheta le No 6, ainsi décrit dans le catalogue : “full quilted Doeskin lady’s saddle, with roll cantle, safe seat, etc.”

En vertu d’une ordonnance ministérielle, toutes les marchandises exposées pouvaient être vendues dans l'enceinte de l’exposition moyenant 10 p.c. de droits de douanes, sans égard à leur pays d’origine, Malcolm

savait cela et, de plus, que la sellerie anglaise payait 10 p. ce. net de droit d'entrée en France.

Comme il ne pouvait livrer cette selle avant la clôture de l'exposition, Malcolm résolut de bien faire les choses afin de mériter son titre de fournisseur de la maison du président de la République Française. Il écrivit donc à ses gens, à Toronto, de fabriquer une selle, oh ! mais une selle ! pour la générale marquise d’Abzac, et d’expédier à Paris.

Cette selle arriva enfin et Malcolm se présenta à la douane avec ses factures, datées de Toronto, pour retirer le précieux colis.

Il fut stupéfait d'apprendre que le Canada, n'ayant pas été compris par l'Angleterre dans le traité de commerce qu'elle avait conclu avec la France en 1873 et en 1874, tombait par conséquent sous le tarif général. Or l'art. 426 du répertoire du tarif des droits des douanes françaises, en 1878, portait —sellerie fine : tarif conventionnel (applicable à l'Angleterre) 10 p. c. ; tarif général (applicable au Canada) : PROHIBÉE.

La selle canadienne destinée au marquis d'Abzac ne pouvait pas entrer en France ; ce fut M. Malcolm qui fut étonné! Toutes les médailles d’or et d'argent remportées par lui à la distribution des récompenses ne l'empêchèrent pas de méditer sur la triste position d’un sellier canadien exposant de bonne foi à côté d'in sellier anglais, des produits industriels similaires mais traités bien différemment de ceux de la métropole.

Le tarif général promulgué en 1881 est moins prohibitif que celui de 1878, mais il est toujours infiniment plus élevé que le tarif conventionnel dont bénéficie

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encore l'Angleterre. Voilà pour l'exposant. Maintenant, je passe à la situation faite à une colonie dans ce concert des grandes puissances.

À chaque exposition universelle, l'Angleterre est invitée officiellement, avec ses colonies. Le Colonial Office transmet à son tou1 x ces dernières une invitation leur demandant de venir exposer aux côtés de la Grande-Bretagne. La circulaire contient de plus

l'adresse de la Commission royale anglaise dont elles relèveront pour ce qui concernera cette exposition.

Les quarante gouverneurs coloniaux transmettent, les uns par des discours du trône aux Chambres, les autres directement à l’Zxécutif l'invitation de la Métropole, priant le Canada, les Indes, la Jamaïque, la Guyane Anglaise, la Trinidad, Lagos, le Cap de Bonne Espérance, Natal, Ceylan, Straits Settlements, Mauritius, Scychelles, New South Wales, Victoria, Queensland, South Australia, Western Arstralia, New Zealand, Tasmania, Fiji, Terreneuve, British Honduras, Chypre, Hongkong, Ifeligoland, ies Iles sous le Vent, les Antilles, les Bahamas, les Bermudes, Côte d'Or, Sierra Leone, Iles Falkland, Sainte-Hélène, Malte, (ribraltar, Jersey, Guernesey, Ile de Man, etc. à prendre part à cette exposition internationale.

Sans doute le Canada est l’un des plus beaux fleurons de la couronne royale et impériale de la Grande-Bretagne, et dans ces réunions coloniales et familiales, il oc se un fauteuil au premier rang. Cependant la métropole n’est pas toujours tendre pour le Dominion, dans ces agapes internationales, et ne perd jamais une occasion de nous snubber d'importance.

Ainsi, à Paris, en 1878, grande fut la consternation

de la Commission Canadienne en arrivant au Palais de

l'Exposition, de voir l'immense fronton de cet édifice,

décoré des statues allégoriques et des écussons sur-

montés de drapeaux de chaque pays exposant.

; L'Angleterre était représentée par une vierge splen-

dide, ayant à sa droite, dans une niche, une statue représentant l'Australie, et à sa gauche, une autre statue représentant les Indes : le tout avec écussons, armes et drapeaux. ‘“ Canada was nowhere.”

à Nous fîmes par l'intermédiaire de M. Perrault, l’actit L et dévoué secrétaire de la Commission Canadienne, des L représentations respectueuses à la Commission Française touchant cet oubli regrettable. M. Berger, directeur

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des sections étrangères, nous répondit en nous expri- La France.

| mant ses regrets et ceux de ses collègues.

14 nous dit-il, avait mis à la disposition de la (rrande-Bre- É | tagne tout l'espace et toutes les niches qu'elle désirerait, À : : avec prière d'expédier dessins et plans, mais la Commission Royale anglaise, s'était contentée de trois statues, | et avait envoyé les trois dessins qui avaient été exécutés. À | La France faisait tous les frais !

| La discussion commençait à tourner à l’aigre ; un 1 matin, le directeur des sections étrangères nous renvoya notre correspondance, en nous informant que ; © la Commission Royale venait de mettre le holà, en { l ne défendant à la Commission Française d'entretenir, à ! 1 l'avenir, aucun rapport officiel avec les colonies anglaises, 1 Jo qui ne devaient relever que de la Commission Royale. ï j' | N..i.. ni, ce fut fini.

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