‹ Zouaviana, étape de vingt-cinq ans, 1868-1893 [microforme]Chapitre 98 sur 108 · TERCIER · texte numérisé non relu

TERCIER

13 août 1891.

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BENE MERENTI 437

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“ Le Très Saint Père a reçu votre télégramme et accorde la bénédiction demandée.

(Signé) CARD. RAmpoLzLA."”

Commandant et zouaves j'ai l'honneur de porter un toast en votre honneur.

Messieurs, “ Vivent les zouaves canadiens ! ”

Le Docteur W.-D. McDonald, chevalier de St-Grégoire, habitant les Etats-Unis, répondit à la santé des Zouaves par une brillante improvisation. 11 venait d’être désigné par ses camarades pour remplir cette tâche difficile et n’avait eu que quelques instants de préparation ; néanmoins il s’acquitta de sa mission de la manière la plus heureuse.

Dans un language très élégant et très élevé, le chevalier passa en revue le passé du régiment, évoquant le souvenir des Lamoricière, des Becdelièvre et de tous les héros qui ont mis leur épée au service du Saint- Siège.

Il considéra ensuite le régiment dans le présent : l'attente digne et noble de Charette ; le dévouement du capitaine Joubert en Afrique ; les conventions des zouaves en Europe, au Canada et aux Etats-Unis,

À ce dernier propos, il parla de l'Union Charette dont il est un des fondateurs et qui était représentée à Tourouvre par son président, M. Desaulniers, son vice-

président, M. Doucet, le commandeur Guillet et plusieurs autres,

Enfin, dans une empoignante péroraison, il nous fit entrevoir le futur de ce régiment unique au monde et la part glorieuse qui lui est réservée dans le triomphe final de la sainte cause de la papauté.

L'explosion de bravos qui accueillit la fin de ce discours, a prouvé au chevalier McDonald qu'il avait fait vibrer la corde sensible du zouave : le triomphe de la Cause !

Le moment était venu, pour les zouaves, de reconnaître hautement les égards si flatteurs dont ils étaient l’objet de la part du chef du gouvernement de la province.

M. le chevalier de Montigny proposa en ces termes la santé de M. le comte Mercier :

Mesdames et Messieurs,

En ma qualité de Président de l’Union Allet, je suis désigné pour proposer un toast à notre honorable hôte.

Cette tâche, pour être agréable, n’en est pas moins délicate, car comme militaire surtout, je m’impose pour devoir de ne pas être flatteur et de rester dans les limites du vrai, si faciles à franchir, quand on parle sous l'empire de la reconnaissance, pour l'hospitalité si large et si délicate dont nous sommes aujourd’hui l’objet.

Tous le comprennent ; ce n’est pas comme homme politique que M. Mercier nous reçoit: ce n'est pas comme homme politique que je l’apprécierai.

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Loin de nous pour aujourd’hui et de cette enceinte les questions brûlantes de la politique ! C’est pour cela qu'autour de cette table nous voyons réunis des partisans de toutes les nuances qui ont saisi cette occasion de proclamer que dans notre pays tous s'accordent sur un point fondamental de toute saine politique : les droits de la papauté ; aussi tous vous avez exalté le Pape, vous avez bu à la santé du régiment des zouaves pontiticaux, et de notre commandant qui porte si fièrement le drapeau de l'honneur, aujourd’hui reconnu comme le chevalier-champion de la cause catholique.

Qui donc, messieurs, nous a donné à tous l’occasion de nous affirmer ainsi ou plutôt qui a ménagé le spectacle consolant pour Léon XIII, pour notre lieutenantcolonel, pour notre pays d'affirmer que notre province de Québec n’a qu’un cœur, lorsqu'il s’agit des droits sacrés de la papauté ?

Cet homme doit être un ami de la cause pour laquelle nous avons dépensé de belles années de notre vie, puisque par sa démarche il redit avec Léon XTIT Bene Merenti. Ils ont bien mérité.

Cette gracieuseté de s4 part d’ailleurs n’a pas lieu de nous surprendre, car dans toutes les occasions où il s’est prononcé, l’honorable M. Mercier n’a jamais manqué de se montrer l’ami du clergé, des communautés religieuses et empressé de se soumettre au désir du Saint-Siège.

Inutile de rappeler ces actes qui sont très nombreux. Qu'il nous suffise de dire qu'ils ont été jugés dignes d'attirer tout particulièrement sur lui l'attention du Saint Père, qui dans sa sagesse, a reconnu ses services par des faveurs spéciales, en le créant, il y a déjà plusieurs

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années, Chevalier grand-croix de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grrand, et tout dernièrement Comte Palatin, en le classant parmi cette noblesse romaine, si dévouée par principe et par devoir aux intérêts de la papauté.

Aussi a-t-il répondu à cet insigne honneur par une conduite vraiment noble et dont le pays «a raison d'être fier,

Au cœur même de la France, où domine aujourd’hui la franc-maçonnerie et où il est d'intérêt d'afficher l'impiété, il s'est affirmé catholique. Il s’est efforcé de faire connaître notre pays, la somme de liberté dont il jouit, et la protection qui entoure ses institutions.

Partout il a proclamé que si notre province a résisté aux empiètements étrangers, si elle a prospéré et marché à grands pas dans la voie du progrès. c'est qu'elle est restée attachée à la foi de ses pères.

Il à fait connaître à notre mère-patrie, que nous aimons tant, le Canada sous son vrai jour.

Cette attitude de la part d’un homme de sa position a été toute une révélation pour un grand nombre de nos frères de France ; elle a consolé les honnêtes gens et démontré aux gouvernants eux-mêmes que la France ne peut vivre, être heureuse et libre qu’en s’attachant au principe catholique.

C’est après que notre premier ministre eut donné de telles marques de sa doctrine que notre commandant l'a invité à aller prendre part, à la Basse-Motte, le 27 juin dernier, à cette démonstration des amis du Pape. Il nous y a si dignement représentés que le général de Charette a cru devoir lui confier le précieux dépôt des décorations destinées aux zouaves canadiens.

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ën nous invitant ici aujourd'hui, il donne encore une marque de son attachement à notre cause.

Et c'est pour lui prouver que nous comprenons l’importance de son alliance que nous buvons à sa santé. “ Messieurs ! à la santé de M, le Comte Mercier !”

Trois hourrahs enthousiastes en l'honneur de l’hon. M. Mercier répondirent aux paroles chaleureuses du président des zouaves.

Le premier ministre répondit à ce toust par un magnifique discours qui malheureusement était improvisé et n'a pas été recueilli par la sténographie.

Nous le regrettons d'autant plus vivement que l'hon. M. Mercier a fait de cette brillante improvisation la plus complète affirmation de la nécessité du principe chrétien et catholique dans le gouvernement des nations.

Ce noble langage, de la part d’un homme d'état, est malheureusement trop rare de nos jours. Soyons tiers qu'un tel exemple, donné au monde sceptique, vienne du Canada catholique.

Un dernier devoir—the last, but not the least—restait à accomplir. M. le commandeur Drolet s'en acquittu très galamment en portant ainsi la santé des dames :

Monsieur le Comte, Messieurs et chers camarades,

Les anciens chevaliers avaient pour devise—“ Dieu, Mon Roi et Ma Dame.”

Nous avons aujourd’hui, en fidèles et en chrétiens soldats, honoré Dieu, honoré le Pape-Roi, le glorieux

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Léon XIII: Permettez-moi, en souvenir des vieilles traditions du chevaleresque régiment des zouaves pontificaux, de porter maintenant un toast aux dames canadiennes,—car jamais les soldats de Charette ne se rencontrent autour d’une table hospitalière sans choquer leurs verres en l'honneur de leur hôtesse, puis de leurs mères, de leurs femmes, de leurs sœurs, de leurs filles, des Dames.

Je vous invite donc à boire à la santé de ces admirables femmes canadiennes dont l’heureuse fécondité et la foi ardente offrit, il y a bientôt un quart de siècle, au Saint-Siège menaçé, un contingent de dix mille jeunes hommes, lorsque les cadres de l’armée pontificale n’en pouvaient admettre que cinq cents.

À vos saintes mères, Messieurs ! à vos mères qui, en vraies Romaines-Canadiennes, firent au Saint-Père le sacrifice de leurs fils pour la défense de notre mère l'Eglise, bonne, elle aussi, comme une mère.

Je vous invite à boire à la santé de vos jeunes épouses qui vous donnent si généreusement, et partant à notre patrie et à l'Eglise, de vigoureux rejetons, de futurs soldats, qu'elles élèvent dans les idées du régiment et dans l'alignement de la Tiare. Là où leurs maris ont passé, passeront bien leurs enfants !

À vos dignes femmes,

Messieurs et chers camarades !

Je vous invite à boire à la santé de vos sœurs, qui pendant les dures étapes de la campagne de Rome et

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pendant les longs mois que dura votre absence du Canada chéri, faisaient monter au ciel sur les ailes des anges, leurs prières, pour éloigner de vous les dangers, tout en restant la consolation de vos parents et la joie du foyer paternel.

A vos aïmables sœurs,

Messieurs et chers camarades !

Je vous invite à boire à la santé de vos jeunes filles et des jeunes craadiennes, de ces admirables jeunes vierges, qui joignant à la force de caractère et au courage de isurs pères, les grâces et les vertus de leurs mères, sont la joie, l'orgueil et le charme de vos intérieurs : Si les célibataires savaient !

À vos jeunes filles et aux jeunes canadiennes,

Messieurs et chers camarades !

Je vous invite à boire à la santé des religieuses du Canada, de ces pieuses et saintes servantes de Dieu, qui disant adieu au monde et à ses plaisirs, se sont consacrées à l’enseignement ou au soulagement des misères des pauvres et des malades, et vous ont prodigué tant de témoignages d'affection chrétienne.

Levez donc vos verres, messieurs et camarades, et buvons ensemble, à vos mères, à vos femmes, à vos sœurs, à vos jeunes filles: buvons aux dames cana-

diennes, qui, toutes, sans exception, ont répondu avec

enthousiasme aux appels du Saint-Père, en offrant leurs tils, leurs frères, leurs maris, leurs fiancés, leurs prières, ou des dons de toute nature, pour adoucir les rigueurs du métier des armes, à des jeunes soldats, dont quelquesuns avaient à peine seize ans.

Permettez-moi de vous inviter à joindre spécialement à ce toast, les santés de deux nobles dames auxquelles le régiment est particulièrement redevable.

Je vous invite à lever vos verres à la santé de madame la générale baronne de Charette, la digne et dévouée lieutenant de notre auguste chef, qui ie seconde si admirablement dans sa mission et le soutient dans les cruelles épreuves qu'il a plu à Dieu de lui envoyer. Notre colonel, le brave d’Albiousse l’a surnommée l'ange-gardien du régiment. Ratifiez ce choix, messieurs et chers camarades en faisant des vœux pour que Dieu la conserve longtemps aux côtés de notre valeureux chef, pour son bonheur et pour celui des anciens soldats de Pie IX.

Je vous invite aussi à boire à la santé de notre si gracieuse hôtesse, à madame la comtesse Mercier.

Tous vous éprouvez autant que moi, des sentiments de reconnaissance envers Madame Mercier, et vous ressentez le besoin de la remercier pour la large, généreuse et zouavitique hospitalité qu’elle a offerte aux soldats de Charette, dans sa seigneuriale demeure de Tourouvre.

Certes, notre général a accueilli sous son toit M. Mercier suivant son mérite et avec les honneurs dus à la haute situation personnelle d’un premier ministre d’une province qui donna cinq cents de ses fils au Saint- Siège, lors de la grande fête de la bénédiction de la

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Commanderie de la Basse-Motte. De son côté, Madame Mercier à princièrement fait honneur à la lettre de change tirée sur le premier ministre de la province de Québec, le jour où le général de Charette le priait de vous apporter les précieuses médailles “Bene Merenti,” que je vois briller sur vos poitrines. Le général sera heureux de votre bonheur, lorsqu'il apprendra que ses zouaves ont eu l'honneur d’être médaillés par Madame la comtesse Mercier comme marraine.

Au nom du général de Charette, en votre nom et au nom de tous les camarades absents, je remercie madame Mercier de son gracieux et cordial accueil. Je la remercie pour la belle fête qu’elle rous a donnée et pour cette glorieuse journée que nous, en vrais soldats Romains, nous marquerons d'une croix, parmi les jours les plus fortunés de notre vie.

Messieurs et chers camarades, levez donc vos verres et vidons-les à la santé de nos mères, de nos femmes, de nos sœui3, de nos fillettes, de Mme la générale Baronne de Charrette et de madame la Comtesse Mercier ; Messieurs, aux Dames du Canada !”

Comme on le pense bien, eette dernière santé ne fut pas la moins bien accueillie Elle fut bue de manière à démontrer que les années, le mariage. la paternité, n'ont rien fait perdre à nos zouaves de leur galanterie d'antan.

A la prière de Madame la comtesse Mercier, M. le juge Bourgeois répondit en quelques mots spirituels qui portèrent à son comble la bonne humeur générale.

Après le banquet, on se répandit dans les allées du pare pour fumer la vieille bouffarde ou le fin Havane.

Vers cinq heures, le clairon appelait tous les zouaves dans les rangs et bientôt, après avoir pris congé de M. le comte Mercier, de la charmante comtesse et de leur aimable famille, les invités se dirigèrent vers la gare du chemin de fer précédés par les musiques, jouant leurs vieilles marches du Régiment.

Le retour fut marqué par la gaîté la plus expansive. Les chants, les ris, les propos folâtres alternaient sans relâche.

Après avoir entendu rappeler toutes les épreuves auxquelles à été soumis le dévouement de nos zouaves, on ne pouvait s'empêcher de redire, au spectacle de leurs réjouissances :

Ils moissonnent dans l’allégresse Ce qu'ils ont semé dans les pleurs.

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