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Chapitre 17 Saint Élie, patron des chauffeurs

L’idée que nous préconisions ici, voici quelques jours, de chercher au Paradis un bienheureux que ses ex-fonctions sur terre désigneraient clairement comme patron des automobilistes, a rencontré dans le monde sportif le plus flatteur accueil.

Quelques journaux ont reproduit la teneur de ma proposition en souhaitant qu’elle s’accomplît au plus tôt, car, ajoutaient-ils, les occasions sont bien fréquentes en lesquelles le chauffeur ne sait à quel saint se vouer 1.

Ce qui rencontra beaucoup moins de succès, je dois l’avouer, c’est le choix que j’avais cru pouvoir hasarder, en vue de ce haut poste, d’un certain saint Otho, personnage d’autant moins connu qu’il est le simple fruit d’une lamentable et mienne invention.

« Faut-il, m’écrit sévèrement, à ce sujet, un digne ecclésiastique du diocèse de Tours, faut-il, monsieur, que votre moelle soit sur les dents pour qu’en tant auguste matière, vous en soyez réduit à un aussi piètre calembour 2 ! »**

Et le digne ecclésiastique du diocèse de Tours ajoute :

« Si messieurs les automobilistes désirent avoir leur délégué auprès du Très-Haut, je ne saurais trop leur recommander le Prophète Élie, que tous ses actes, au cours de sa vie terrestre, désignent pour cet honneur. Entourez-vous, cher monsieur, de documents, et vous serez bientôt convaincu de la justesse de mon appréciation. »

Il avait raison, le bon prêtre tourangeau, et le long travail que je vais avoir l’honneur de vous résumer ici le démontre péremptoirement.

Le prophète Élie, né à Thiobé, bourgade qu’on a tout lieu de croire située dans le pays de Galaad, vit le jour dans des conditions plutôt spéciales.

Au moment où le bébé venait au monde, Sobac, son père, vit s’approcher deux hommes vêtus de blanc, qui saluèrent le nouveau-né, l’environnèrent de flammes et lui en firent même avaler. (I. Rois,XVII, I.)

Un joli début pour un futur chauffeur, comme on voit, et qui détermina la vocation de notre vieux camarade.

Toutes les aventures un peu intéressantes, en effet, de son existence comportent une importante collaboration du feu.

Dans le fameux match entre Baal et Jéhovah, organisé par l’impie Achab, c’est le feu qui joua le principal rôle, car, alors que les cent cinquante prophètes idolâtres ne sont pas fichus, malgré de surhumains efforts, de rôtir leur holocauste, Élie construit un autel avec douze pierres, selon le nombre des tribus, le couvre de bois, y pose la victime et, après avoir versé sur le tout, en trois fois, douze grandes cruches d’eau, prie Jéhovah de procéder à l’allumage.

Quelques minutes ne s’étaient point écoulées, que la petite installation d’Élie flambait au-delà de toute espérance et que les cent cinquante lascars du fumiste Baal connaissaient les affres de l’égorgement collectif.

Les progrès actuels de la science et la faillite de la superstition nous permettent de reconstituer, en sa véracité, ce curieux épisode.

Les douze cruches d’eau étaient douze cruches d’essence 3,**et rien ne m’ôtera de l’idée que c’est Élie le vrai inventeur de l’électricité, ou, pour mieux dire, de l’élietricité.

Le miracle s’explique donc de lui-même.

Mais, pour voir notre Prophète sous le jour qui nous intéresse, il faut attendre la fin.

Ici, je copie le Livre des Rois,ou à peu près :

« … Il se trouvait à Galgala, avec Élisée, son disciple, lorsque Dieu l’avertit que sa mission était terminée. Il voulut éloigner Élisée, mais, comme ce dernier refusait de le quitter, Élie monta dans un chariot de feu et, laissant tomber son manteau sur Élisée, disparut dans un tourbillon… »

Pour tout être que ne saurait aveugler le fanatisme religieux, ce chariot de feu n’apparaît-il pas clairement comme la première voiture à pétrole ou à vapeur que mentionne l’histoire ?

Les chauffeurs sauront donc, désormais, à quel saint se vouer.

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