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Chapitre 24 La main dans la main, désormais

Une lettre, fort aimable d’ailleurs, autant qu’empreinte de la plus parfaite courtoisie, émanant d’un secrétaire à l’ambassade d’Angleterre à Paris, me prie de déclarer ici, publiquement, que cette idée de faire traverser le pas de Calais au moyen du procédé connu sous le nom de looping the loop,ne jaillit nullement, ainsi que je l’aurais insinué, du cerveau de S. M. Edouard VII.

Le roi (the king),ajoute notre distingué correspondant, depuis son installation sur le trône de l’United Kingdom, a complètement abandonné ce genre d’humour qu’il cultivait, si l’on en croit ses familiers, fort agréablement, aux temps qu’il était simple prince royal.

Ma grande politesse native, une longue habitude des cours, le parti pris farouche que je me suis imposé, depuis quelques années, de ne créer à notre cher pays la moindre complication extérieure, et, surtout, diverses autres considérations, contraignent à m’incliner devant le désir de Sir Edmund Monson.

Mettons que ce projet de franco-english loopappartienne à M. Delcassé, et n’en parlons plus : je dois bien à la France cette légère concession.

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En dehors de ces trois procédés vulgaires et désespéremment banals mis en avant pour relier les deux rives, batellerie, tunnel et pont, ce n’est pas les idées ingénieuses qui manquèrent de s’imaginer dans ce but.

Citons celle du pauvre et regretté Captain Cap, qui, d’un coup, résolvait la moitié de la question avec, en plus, une partie de celle du gaz à bon marché.

Un service régulier et fréquent de ballons dirigés en trolley de Londres à Paris, tel était le rêve du hardi captain.

« Mais, mon pauvre Cap, lui objectai-je, ça vous coûtera les yeux de la tête, toute cette aérostation !

— Détrompez-vous, mon bon Allais, me calmait Cap… Le gaz pris aux usines de Londres revient à moins d’un demi-penny le mètre cube… Calculez ce que nous gagnerons à le revendre aux commerçants parisiens, soucieux d’éclairer leurs boutiques, le soir. »

Comme toujours, ce diable de Cap avait raison.

D’autres systèmes furent également mis en avant.

Les montagnes russes, projet qui rappelle assez le loopingde M. Delcassé.

Les balançoires d’une rive à l’autre.

(Un inventeur alla même jusqu’à proposer le trapèze double, ainsi qu’en usent les gymnastes de cirque, moyen inacceptable à cause du danger qu’il présente aux personnes peu exercées à ce genre de sport.)

Des fantaisistes proposèrent aussi d’entretenir sur la surface du détroit une couche d’environ vingt-cinq centimètres d’épaisseur de sciure de bois légèrement torréfiée.

(La sciure de bois légèrement torréfiée possède, en effet, la propriété de supporter, sans enfoncement dans l’eau, des poids inimaginablement lourds. Oui, mais en cas d’affreuse tempête ?…)

Un ingénieur se faisait fort de relier la France et l’Angleterre au moyen d’une forte et solide couche de glace, obtenue par la détente d’air liquide. (Certains procédés actuels nous livrent je ne sais combien de kilogrammes d’air liquide pour un simple sourire.)

On n’en finirait pas à dénombrer toutes ces imaginations, lesquelles, aujourd’hui, font hausser les épaules graves, pour enrichir demain les personnes assez confiantes en la Science pour m’envoyer leurs petites épargnes, en spécifiant si c’est dans la sciure de bois torréfiée ou la banquise qu’elles entendent placer leurs fonds. (Se hâter !)

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