Chapitre 25 L’émigration au pôle
De la meilleure grâce du monde, et toujours le sourire sur les lèvres, hospitalisons la d’ailleurs fort intéressante communication que voici :
« Bien cher et vénéré maître,
« Dans l’un des plus récents numéros du Journal, vous entretenez votre brillante clientèle d’une maison construite en vue des étés brûlants, et dont les pierres de taille sont remplacées par des parrallélipipèdes creux, au sein desquels on enfourne des blocs de glace, joyeux dispensateurs de fraîcheur.
« Or, et voici pas mal de temps, votre dévoué soussigné nourrit un projet identiquement analogue au vôtre, à cette légère différence qu’il en est tout l’antipode.
« Vous, monsieur, vous n’hésitez pas à vous colleter avec la nuisance du torridisme ; moi, c’est aux méfaits des trop basses températures, que je m’applique à remédier.
« Où nos deux génies se confondent, c’est dans la préoccupation du choix des matériaux appelés à composer notre édifice ; mais où ma supériorité n’hésite pas à éclater, c’est dans le côté économique, disons mieux, rémunérateur, de mon système.
« Aux vulgaires pierres de taille d’autrefois, vous substituez de coûteux alvéoles frappés, parfait ! Mais, moi, je les remplace, pendant les rigoureux hivers, par des cages contenant des animaux thermogènes.
« Voyez-vous cela d’ici ?
« Après mille veilles et cent mille expériences, mon choix se fixa sur les deux bêtes suivantes : ours blanc et pingouin.
« L’ours blanc s’accommode assez bien de la captivité, de même le pingouin, à condition, néanmoins, que ce confinage ne s’accomplisse pas dans un palmarium de gens trop riches.
« … Ma femme de ménage étant sortie en ce moment avec toutes mes clefs dans sa poche, je ne puis malheureusement vous envoyer les plans, devis, coupes et autres élévations de mon séduisant projet ; mais je vous sais assez intelligent, ainsi que toutes ces dames et tous ces messieurs qui vous lisent, pour suppléer, avec votre et leurs imaginations, à ces vagues épures, d’ailleurs souillées de détritus alimentaires qui les rendent d’assez pénible consultance.
« La nature de mon genre de construction s’indique principalement à l’attention des sympathiques propriétaires de terrains au pôle Nord et au pôle Sud, car un facteur, et non des moindres, de la faible locativité en ces parages réside, du même coup, en l’excessive rareté du combustible, d’où son tarif céphalophtalmique, puis l’énorme quantité qu’il en faut avant d’arriver à chauffer convenablement le moindre appartement.
« Avec mon système, plus besoin de Cardiff, foin du bois de hêtre, nib de poêle à gaz !
« Nous vivons dans une maison douillettement capitonnée d’ours blancs, descentes de lit en herbe et de quotidiennement et succulemment ovifères pingouins.
« Le Paradis boréal, quoi !
« Avis aux explorateurs, tant arctiques qu’antarctiques.
Veuillez, ô bien doux maître, agréer etc…
« Z.Y.X.,
« Architecte,
« Spécialité de construction pour hautes, moyennes et basses latitudes. »
Permettez-moi, mon cher spécialiste, d’abondez dans votre axe : votre idée est frappée**au coin du bon sens, ce qui me paraît infiniment meilleur que de l’être à tel autre coin d’une rue et d’un boulevard de Paris que je ne veux pas désigner plus clairement, tant cela mettrait dans l’embarras certain prêtre du diocèse de Fréjus.
q