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Chapitre 28 La mort de Coco

Dès son entrée dans ce qui allait servir de dorénavantielle demeure, tout de suite, Coco se sentit le cœur envahi d’une immense nostalgie, ses petits yeux ronds se voilèrent comme d’une taie de mort, et de longs frissons secouèrent la polychromie magnifique de son ardent plumage.

Jamais le Brésil, son natal Brésil, ne lui avait paru loin comme à cette minute-là ! On lui aurait demandé d’évaluer la distance qui séparait cette petite ville du Nord de Rio de Janeiro, qu’il n’aurait, certes, point su fixer un chiffre même approximatif, mais n’empêche que c’était bigrement loin !

Pendant la traversée, le temps n’avait point, à Coco, semblé trop long : très gâté par le matelot son maître, gorgé d’un tas de bonnes graines et de fruits succulents embarqués au pays, Coco manifestait sa vive reconnaissance de toutes ces gentillesses par sa vive assiduité à l’étude de la blasphémologie française et maritime.

Les mauvais jours commencent dès le débarquement à Dunkerque, grand port marchand, dont Coco intarissablement huché sur l’épaule de son bambocheur de patron, n’est pas, hélas ! long à connaître les plus mal famés endroits.

Coco est sobre, Coco est chaste, et, précisément, les maisons d’où il ne sort, pour ainsi dire, pas, ne sont qu’estaminets et débauchoirs plus néfastes encore.

Puis, c’est la séparation.

Entièrement ruiné par tant de successives orgies, l’homme de mer en est réduit à bazarder son volatile compagnon.

À la vue du nouveau patron, la première impression de Coco n’est pas trop défavorable : un gros homme commun, d’aspect athlétique et de verbe jovial ; autant celui-là qu’un autre, quoique l’ère des forêts vierges semble, aux yeux du pauvre déraciné, irrévocablement close.

Mais devant la petite cage au sein de laquelle on tente de l’enfermer, Coco ne veut rien savoir, Coco piaille, Coco dévide à tue-tête tout son répertoire sacrilège, Coco hérisse ses ailes : en un mot, Coco n’est pas content.

Son nouveau maître le calme du mieux qu’il peut, et c’est sur l’assurance formelle que la cage maudite enclora Coco durant les quelques seules heures de chemin de fer, après quoi le joyeux perchoir ! que Coco consent à intégrer sa prison de fil de fer…

« Où diable vais-je ? s’inquiète en lui-même Coco. Vers quels nouveaux parages me conduit mon aveugle destinée ? »

Pas de veine, mon pauvre Coco !

Pas de veine ! Toi, qui as si fort pris en grippe les estaminets dunkerquois, c’est dans un estaminet, un affreux estaminet de sombre petite ville usinière que maintenant se déroulera ta vie d’exilé !

Ah ! oui, il est loin, ton vieux Brésil ! Tu peux le dire !

Heureusement que, sous des aspects parfois grincheux, ainsi que beaucoup de ses congénères, Coco jouit d’une robuste philosophie, et, comme il sait que l’oisiveté ne remédiera jamais à rien, il se met, sans tarder, au travail.

Au travail, c’est-à-dire à l’étude du vocabulaire qu’on ne va pas manquer de lui imposer.

Et puis, les réflexions des clients l’amusent souvent par leur grande stupidité.

« Il parle bien, patron, votre perroquet ? D’où vient-il ?

— Du Brésil.

— C’est drôle, il n’a pas l’accent… »

Dans cet estaminet, il y a, à l’entrée, un comptoir qui fait des affaires d’or.

Aux heures d’entrée et de sortie de la grande manufacture voisine, c’est une cohue incroyable, et tout ce monde émet la prétention d’être servi immédiatement, avant les autres.

Le patron a beau s’égosiller :

« Chacun votre tour, citoyens ! Chacun votre tour ! »

Ah ! ben ouitche ! les ouvriers s’impatientent, menaçant d’aller boire ailleurs, si on n’est pas servi plus vite que ça.

« Chacun votre tour, citoyens ! Chacun votre tour ! »

Ce sont les rares moments où Coco goûte quelque plaisir : cette bousculade l’enchante, et, pendant que le patron, parfois, prend part à la conversation des clients, c’est lui, Coco, qui supplie d’une voix pleine d’autorité :

« Chacun votre tour, citoyens ! Chacun votre tour ! »

Or, un jour, – saura-t-on jamais quelle fantaisie traversa la cervelle de Coco ? – voilà M. Coco qui, sans crier gare, prend la clef des champs.

Toute la journée, on fit des battues par le village, dans les jardins, sur les toits des maisons !

Rien, nul Coco !

Le soir tombe, pas davantage de Coco !

On allait se coucher, en proie au plus vif découragement, quand un petit garçon accourt, annonçant qu’il vient de rencontrer le fugitif**à un endroit qu’il désigne assez clairement.

On se précipite.

Trop tard, hélas !

Une bande d’affreux corbeaux, acharnée après le doux jaseur exotique, le déchiquettent vivant, à grands coups de becs.

Et dans l’horrible vacarme des sinistres croassements, on peut distinguer la voix éplorée de Coco :

« Chacun votre tour, citoyens ! Chacun votre tour ! »

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