Chapitre 29 L’apulvie par le cartonnage
Si vous voulez bien vous donner la peine de relire l’histoire de l’Humanité, depuis sa fondation jusqu’à nos jours, vous serez frappés d’à quel point ses évolutions et tournants les plus définitifs sont dus à de sourdes inattendabilités.
Les exemples se pressent sous ma plume, s’y entassent, s’y accumulent en tels inextricables monceaux que, pour continuer cette page, je n’ai d’autres ressources que de changer de café et de conversation.
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Voici donc le beau temps revenu, avec, hélas ! sa vieille camarade, la nommée Poussière.
La Poussière, à laquelle personne ne pense sérieusement, je crois, à contester ses avantages, se trouve, par contre, lotie d’inconvénients si graves que son jugulat définitif serait applaudi des masses les plus compactes.
L’apulvie des routes est donc une question de first class actuality,comme disent les gens de Melbourne.
L’apulvie,qu’il ne faut pas confondre avec le grossier dépoussiérage, c’est l’opération qui, non seulement débarrasse de leur poussière les routes, mais, mieux, les met en état de ne plus désormais engendrer de ces nuisants poudrois.
Nous eûmes maintement l’occasion de déclarer, ici même, et concurremment avec notre vaillant Gautier, la guerre à la poussière, et cependant qu’Émile préconisait le goudronnage, le naphtage, le vernissage, l’oléo-margarinage, le stéarinage, le collodionage (j’en oublie) des routes, nous, modestement, chantions les louanges de l’arrosage à l’eau glycérinée.
N’envenimons pas cet antique débat ; contentons- nous de saluer le récent inventeur d’un produit dont le nom est à coucher dehors, mais dont la substance s’analogue au coaltar saponisé de ce vieux Bayonnais de Lebœuf.
Pourquoi pas du bromure de radium, tout de suite ?
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… Les grandes inventions, déclarais-je au début, sont dues au hasard.
Jugez-en :
Lors des dernières élections municipales, je fus, par mon comité, chargé de l’affichage de nos diverses proclamations en ce qui concernait le hameau que j’habite.
Or, l’idée me vint, au lieu de coller sur les stupides murs et banales murailles tous ces polychromes torrents d’éloquence, de les plaquer sur le sol de la route.
Histoire de changer un brin.
Toute la partie, notamment, du boulevard Michel-Pacha qui s’étale devant mon humble chaumière se vit ainsi revêtue d’une décuple épaisseur de papier à proclamation : liste des candidats, réponse à une infamie, appel au simple bon sens, déjeu d’une manœuvre de la dernière heure, etc., etc…
(N’oublions pas, pourtant, ces quelques lignes : « Électeurs, si vous votez pour les gens du Bloc, si vous donnez aux gredins qui nous gouvernent cette marque de confiance, soyez assurés qu’avant huit jours toutes les pièces de cent sous portant en exergue : Dieu protège la France,seront refusées aux guichets de l’État. »
Etc., etc., etc…
Au point de vue purement électoral, et dans sa mesure, mon mode d’affichage réussit à merveille : notre liste passa à d’écrasantes majorités. Mais, que dirai-je, au point de vue de la poussière !
Ces épaisseurs de papier superposé formèrent une couche de carton sur laquelle c’est un véritable Éden de circuler ou rouler.
Et, de poussière, nib
Moralité : Cartonnons nos routes.
Petite correspondance.– À Madame la marquise de Ch… – Veuillez nous retourner cette dernière livraison d’acide prussique. Si notre produit a vraiment le goût de bouchon que vous nous signalez, on vous le remplacera.
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