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Chapitre 3 Le mardi à travers les âges

Mercredi, 4 octobre.

Hier matin, quand ma petite bonne eut cargué les jalousies de mes fenêtres, je demandai :
« Dites-moi, Lucie, quel jour est-ce aujourd’hui ?
— C’est aujourd’hui mardi »,**me répondit-elle de son petit air effronté qui commence à me déplaire singulièrement.

Mardi !C’était aujourd’hui Mardi !Et tout en m’habillant, je ne savais me défaire d’un trouble étrange, d’une mystérieuse mardipathie qui me faisait dire et mille fois répéter : C’est aujourd’hui Mardi !

Mardi !Quel monde de souvenirs, quel océan d’espoirs n’évoque-t-il pas, ce simple mot : Mardi.

Vous ne trouvez pas ? Moi, si !

L’institution du Mardiremonte aux temps les plus reculés.

Quand le Bon Dieu, qui ne se contente pas d’être le Grand Architecte de l’Univers que l’on sait, mais qui est encore un remarquable chimiste, un physicien qui connaît son affaire et un astronome de réel mérite ; quand le Bon Dieu, dis-je, eut enfin mis un peu d’ordre dans cette anarchie du chaos et que, par des procédés tenus secrets jusqu’à présent, Il eut séparé les matières solides de l’élément liquide (électrolyse, sans doute), Il adopta le système qui consiste à alterner, sept fois par semaine, la lumière et les ténèbres.

De cet instant datent les jours et les nuits, préalablement confondus en une sorte de magma gris sale assez difficile à reconstituer.

Le Mardifut l’un de ces jours. À cette époque, il ne s’appelait pas encore Mardi.Peut.être même ne s’appelait-il pas du tout. Peu importe, le Mardiexistait ; il serait puéril et fallacieux de chercher à le nier.

(L’enfant n’existe-t-il pas avant d’être baptisé ? Eh bien, alors ?)

C’est dans la Genèse – un ouvrage assez curieux du regretté Moïse – que nous trouvons la trace du premier Mardiconnu :

« Le deuxième jour,lis-je dans ma traduction, Dieu créa le firmament qu’il appela ciel (sic). »

Ce deuxième jour, c’était le Mardi.

Reconnaissons que ce fut une journée consciencieusement remplie et qu’il faudrait étrangement fouiller l’Histoire des Journéesavant d’en rencontrer une aussi bien occupée.

Le nom de Mardique nous avons octroyé à ce jour, signifie en latin jour de Mars.

(Mars, un des meilleurs élèves du joyeux Priape, détenait à l’Empyrée le portefeuille de la Guerre.)

Le Mardiest considéré par les Espagnols comme jour néfaste (tel chez nous le vendredi).

Il ne convient pas de prêter la moindre créance à cette ridicule superstition, car – de même que leurs voisins les Portugais sont toujours gais – les Espagnols sont toujours gnols.

Une des marques les plus appréciées du Mardiest le Mardi-Gras(Le même Gras a également attaché son nom à un fusil. Drôle d’idée, entre nous, d’attacher son nom à un fusil !)

Mais les temps marchent, et, si nous sommes bien informé, le Mardi-Gras,si fêté jusqu’à ce jour, ne serait pas loin de piquer une tête dans les abîmes de l’oubli.

L’Observatoire de Paris, en effet, d’accord avec le bureau des longitudes, va proposer au gouvernement de remplacer le Mardi-Graspar le MardiLebel**(12 coups à la minute). Peste, mon cher !

Voilà un Mardidurant lequel on ne s’embêtera pas.

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