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Chapitre 32 Propos d’exil

Notre honorable et de plus en plus nombreuse clientèle veut-elle se souvenir que, voilà peu de jours, je lui soumettais un petit poème curieusement arraché par les hypnopratiques du psychiatre Edgar Bérillon aux méninges d’un jeune charcutier dont jusqu’à ce jour l’occupation avait été bien plutôt de hacher menu de la viande de cheval que d’accorder le moindre luth ?

Ce garçon – tant il est vrai que la poésie est un don ! – possédait paraît-il pour cet art les dispositions les plus heureuses, dispositions que les passes magnétiques du camarade Edgar ont vite développées et qu’amplement !

Nous avons, en effet, mesdames et messieurs, la bonne fortune de vous offrir l’un des morceaux récemment élaborés par notre inconscient poète lyrique.

À Saint-Sébastien

Debout sur son balcon,

Une brune Andalouse

À la voix de falcon

Raccommode sa blouse.

En bas, un muletier,

Devant les écuries,

Boit un demi-setier

De vin des Asturies.

Parfois de doux regards,

Qu’on dirait de gazelle,

Caressent le beau gars

Qui rit à la donzelle.

Par sa grâce enchanté,

Il fait le simulacre

De boire à la santé

D’Inès au teint de nacre.

Car Inès est son nom.

Fille de Pampelune,

Elle a le fin renom

De pêcheuse de lune.

Cependant, l’amoureux

Sent battre son artère

D’un sang si vigoureux

Qu’il est mieux de le taire.

Alors, s’enhardissant

Voilà qu’il escalade

De son jarret puissant,

Au mépris de l’alcade,

Le haut balcon d’Inès,

Extasiée et ravie.

« Ciel, voilà Martinez ! »

Soudain qu’elle s’écrie.

Martinez, hidalgo

À la démarche dure,

Noir ainsi qu’au Congo,

Bien que d’Estradamure,

Avec l’air arrogant

Qu’ont tous les grands d’Espagne,

Quand, sans ôter leur gant,

Ils sablent le champagne !

Martinez a tout vu !

Sa raison lui murmure

Que son front est pourvu

D’une brusque ramure.

Il est bleude stupeur,

Comme il est blancde rage

Et rougede fureur,

Sous un pareil outrage !

Bleu, blanc, rouge...Ô drapeau

De notre chère France !

Tous tirent leur chapeau,

Même Anatole France,

Devant toi, fier chiffon,

Impérissable loque,

Comme disait Buffon,

Ce prétentieux loufoque.

†††

À ce moment précis

Se passait une chose

Que les plus beaux récits

Ne sauraient dire en prose :

À pas lents, le front nu

Monsieur Paul Déroulède,

L’exilé bien connu,

Sortait d’une pinède.

Que voit-il ? L’Espagnol

Au masque tricolore !

Loin de le trouver gnol,

Ému jusqu’au pylore,

Il l’étreint contre lui

En l’inondant de larmes.

De l’espérance a lui

Au cœur de l’homme d’armes !

Il pense à son pays

Vendu par l’abbé Combes

Aux pires ennemis !

Ah ! plutôt mille tombes !

« Sois le premier jalon,

« Dit-il, fils d’Ibérie !

« Sois le pur gonfalon

« De ma pauvre patrie ! »

Il le prend par les pieds,

Dans les airs le balance,

Et crie à pleins gosiers :

« Nous te vengerons, France ! »

Évidemment, ce n’est pas du José-Maria de Heredia, mais dans tout ce poème, principalement vers la fin, court le souffle du plus pur patriotisme.

Et n’est-ce point là l’essentiel ?

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