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Chapitre 33 Appel aux savants de tous les pays

Quand Dieu le père – vous êtes trop jeune pour vous rappeler cela – s’aperçut qu’Adam et Ève avaient, malgré sa défense expresse, dévalisé certain espalier, Il entra – tous les horticulteurs comprendront ce sentiment – dans une colère abominable.

Il appela les archanges de service, puis :

« Faites-moi le plaisir, messieurs, commanda-t-Il d’une voix étranglée par la fureur, de reconduire ce monsieur et cette dame à la grille du parc, et si jamais vous les voyez rôder dans ces parages, passez-leur dans le corps vos épées flamboyantes. »

La piteuse attitude des coupables ne désarmait pas l’Éternel. Il traitait Adam comme le dernier des derniers et lui infligeait le pire des châtiments qui puissent désoler l’humanité : j’ai nommé le travail.

Mais surtout, par un manque de galanterie que notre esprit religieux bien connu n’arrivera jamais à nous faire pardonner, c’est à la malheureuse Ève qu’en voulait le Seigneur.

Jamais poisson pourri ne fut qualifié de la sorte.

La tête basse, se disant à part elle : « Words ! Words ! » Ève laissait passer l’orage.

Mais quand le Grand Architecte de l’Univers, pour finir, lui prédit :

« Tu enfanteras dans la douleur ! »

Ève, malgré sa grande assurance, frémit de tout son pauvre joli corps.

Cependant, l’épée nue, nos deux archanges exécutaient l’ordre divin.

Demeuré seul, le Très-Haut sentait tomber son ire quand un aigu ricanement, auquel se mêlait un bruit de sonnettes, Lui fit tourner la tête.

Enlacé autour du tronc d’un « gaultheria procumbens » de toute beauté, le serpent, l’insidieux serpent, le vrai coupable dans toute cette affaire, le serpent, en un mot, lâchait libre cours à sa peu généreuse nature.

Littéralement, il se tenait les côtes de rire !

Le sang du Maître des Choses ne fit qu’un tour :

« Ah ! c’est toi, sale bête ! »

Et, si nous en croyons les livres saints, le Créateur n’hésita pas à infliger au serpent et à toute sa descendance, jusqu’à la consommation des siècles, ce châtiment exemplaire : il ramperait !

Il ramperait !

Et, en effet – tous les naturalistes vous le diront – le serpent ne connaît d’autre mode ambulatoire que ce qu’on appelle, un peu pédamment d’ailleurs, la reptation.

… Pourtant, un détail nous laisse songeur.

Que le serpent rampe, c’est un phénomène hors de conteste.

Mais, avant le péché originel, quel procédé le bougre employait-il donc pour se rendre d’un endroit à un autre ?

Dénué de pattes, il ne marchait pas.

Sans ailes, comment eût-il volé ?

Alors, quoi ?

Et c’est là que nous voulions en venir.

Notre abonné, le professeur de zoologie de la faculté d’Upsal, voudrait-il nous renseigner sur ce point angoissant ?

Notre acheteur au numéro, préparateur de paléontologie au muséum de Buenos Aires, détient-il, à ce sujet, quelque avisé tuyau ?

Et tant d’autres que le défaut de place nous empêche d’implorer personnellement !

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