2
Dès longtemps, on s’était inquiété des régions mystérieuses qui entourent le Pôle Nord et il n’est pas, dans l’histoire générale des grands voyages, des vastes explorations et des découvertes géographiques, de chapitre plus émouvant que celui qui se rapporte aux Conquêtes des Pôles.
Le Pôle Nord principalement avait exercé la curiosité des anciens ; le mystère de ces terres inconnues avait déjà sollicité de hardis voyageurs dès la haute antiquité. Nombreux furent ceux qui, des siècles reculés aux expéditions des Nordenskjöld et des Nansen, à la tragique entreprise d’un Andrée, s’aventurèrent dans ces régions désolées qui semblaient vouloir garder jalousement leurs secrets.
Mais, aujourd’hui, le Pôle Nord n’est plus le seul en vue. Quelques hardis pionniers ont pensé que le Pôle Sud méritait aussi d’attirer les explorateurs courageux, et l’Exploration des régions antarctiques est devenue dans le monde savant une question à l’ordre du jour.
Dans le courant de ces dernières années, plusieurs expéditions, parmi lesquelles il nous faut citer celles de de Gerlache, de Borchgrevink, de Otto Nordenskjöld, du docteur Charcot, etc., qui se sont engagés sur la trace d’illustres devanciers, avec un outillage perfectionné et de puissants moyens, afin de faire d’utiles et belles découvertes et de préciser les contours des terres australes.
Le problème des régions antarctiques est certes beaucoup moins avancé que celui des régions du Pôle Nord, car dans celles-ci, les explorateurs ont pu dépasser le 86 degré parallèle.
Il y a une cause à cela : c’est que, d’une manière générale, les régions glacées du Pôle Sud sont réputées plus froides que les régions du Pôle Nord, la glace semble s’y former en plus grande abondance, la moyenne de limite des glaces flottantes sur l’Océan du Sud s’avance à 400 kilomètres plus près de l’Équateur que dans l’hémisphère Nord.
Ajoutons que la calotte des Banquises qui ceignent le Pôle Sud est bien plus compacte, plus dure que celle du Pôle Nord.
Il y a là, on le voit, des raisons très sérieuses qui ont empêché de se rendre dans ces régions antarctiques et de s’approcher du Pôle austral aussi près que du Pôle boréal.
Chose curieuse, l’existence d’un grand continent au Pôle Sud, a été toujours admise par les géographes qui, depuis Hipparque, professent le dogme de l’équilibre parfait entre les Terres et les Océans.
« Je crois fermement, disait le grand voyageur anglais Cook, qu’il y a près du Pôle antarctique une étendue considérable de terres où se forment la plupart des glaces répandues dans ce vaste Océan méridional. »
Ce que divers voyageurs ont pu voir depuis dans ces parages, semble appuyer sérieusement cette curieuse hypothèse.
Quoi qu’il en soit, rendons hommage à ces braves qui, du XVI siècle à nos jours, ont songé à découvrir un chemin permettant la conquête du Pôle Sud.
Il faut un courage indomptable, une volonté étonnante, une audace magnifique, on peut le dire, pour aller vivre et lutter dans la désolation du désert polaire.
On ne connaîtra jamais assez les détails des luttes inlassables entreprises par tant de vaillants savants contre les obstacles entassés par la capricieuse nature aux extrémités glacées des pôles.
Il faut une haute valeur morale pour oser se lancer dans de telles entreprises.
« En prenant leur résolution, dit Élisée Reclus, ces courageux navigateurs acceptaient d’avance, soit la putréfaction du scorbut, soit la suffocation dans une tempête de neige ou le broiement entre deux blocs de glace ; il leur fallait pour ainsi dire se plonger dans une mort anticipée, résolus à s’éteindre peut-être obscurément dans quelque prison de glace, sous l’obscurité de l’interminable nuit. »