‹ À outrage secret, vengeance secrèteChapitre 4 sur 6 · Scène III.

Scène III.

Une chambre dans la maison de don Lope.

Entre SYRÈNE.

syrène.

Àun trompeur, une rusée. Je me suis bien jouée de lui ; mais il s’est encore mieux joué de moi avec ses injures que j’étais obligée de dévorer… — Qu’il eût dit que j’étais laide, passe encore, cela ne me touchait pas… que j’étais sotte, malpropre, pas davantage… mais dire que mes yeux pleurent la… quelle horreur ! Il me le payera cher, le scélérat !

Entre LÉONOR.

léonor.

Ah ! Syrène !

syrène.

Madame ?

léonor.

Que ton absence m’a inquiétée ! — L’as-tu vu ?

syrène.

Oui, madame, et il vous envoie sa réponse dans cette lettre. Il m’a dit en outre de vive voix que si vous lui permettiez de vous voir une seule fois, après il vous laisserait tranquille et s’en irait.

léonor.

Que la légèreté m’afflige ! — Pourquoi donc as-tu pris cette lettre ?

syrène.

J’ai pris cette lettre, madame, pour vous la donner.

léonor, à part.

Ah ! pensée cruelle ! que tu t’insinues facilement dans mon cœur !

syrène.

Qu’importe maintenant que vous la lisiez ?

léonor.

Tu as de moi une jolie opinion ! Tais-toi, Syrène… Il faut la brûler… la déchirer. (À part) Elle ne me comprend pas, cette vilaine sotte ! Ne devrait-elle pas me presser, me prier de lire ?

syrène.

Quelle faute, madame, a commise cette lettre, qui est venue ici sans s’en douter, pour que vous la punissiez de votre colère ?

léonor.

Eh bien ! si je la prends, tu le verras, que c’est pour la déchirer.

syrène.

Ne la déchirez, du moins, qu’après l’avoir lue.

léonor.

Il faudrait que tu m’en suppliasses bien fort.

syrène.

Alors je vous en supplie pour ce pauvre jeune seigneur.

léonor.

Donne. — Cela le chagrine, il me semble. C’est pour toi seule que je brise le cachet ; c’est pour toi seule que je la lis, entends-tu, Syrène ?

syrène.

Je le vois bien. — Ouvrez-la donc.

léonor, à part.

Que peut-il avoir à me dire ? — (Elle lit.) « Léonor, s’il m’était possible de vous obéir en vous oubliant, je pourrais vivre ; et après tous les ennuis, tous les chagrins que ce fatal amour m’a causés, ce serait de ma part être généreux envers moi seul que de renoncer à vous aimer… Plût à Dieu que cela fût en mon pouvoir ! mais voilà longtemps déjà que j’essaye de réussir, et je ne le puis. Mon cœur s’obstine à vous aimer malgré mon malheur et vos ordres… Moi vous oublier, moi renoncer à vous ! Non, cet avantage n’est pas donné à un amant dédaigné. Mais vous, aimez-moi, accordez-moi une seule faveur, une seule grâce que j’implore, et ensuite, Léonor, je tâcherai de vous oublier si je puis. »

syrène.

Vous pleurez en lisant cette lettre ? Qu’est donc devenu cet orgueil si… féroce ?

léonor.

Je pleure sur de tristes souvenirs que ces lignes me rappellent.

syrène.

Qui bien aime, tard oublie.

léonor.

En présence de celui qui a porté un coup si funeste à mon cœur, ma blessure se rouvre et saigne de nouveau. — Je t’en avertis, Syrène, avec ses poursuites insensées cet homme finira par me perdre ; oui, il me tuera et me perdra s’il ne s’éloigne pas d’ici.

syrène.

Cela ne dépend que de vous.

léonor.

Que veux-tu dire ?

syrène.

Vous n’avez qu’à l’entendre. Il dit que si vous consentez à l’entendre une seule fois, il quittera Lisbonne aussitôt.

léonor.

En réponds-tu, Syrène ?

syrène.

Oui, madame.

léonor.

Je ferais l’impossible, je l’avoue, pour obtenir de lui qu’il partît. Mais comment, comment viendrait-il ?

syrène.

Rien de plus aisé ; prêtez-moi votre attention. Nous sommes à l’entrée de la nuit ; ce moment est le plus favorable. Il ne fait plus assez de jour pour que l’on reconnaisse un homme, et il n’est pas assez tard pour craindre que les voisins s’en étonnent. Monseigneur, ainsi que vous avez dû le remarquer vous-même, ne rentre jamais d’aussi bonne heure… Quant à don Louis, je ne doute pas qu’il ne soit dans la rue. Je l’irais chercher et l’amènerais dans cette salle, où vous pourrez causer avec lui et le réprimander à votre aise. Entendez-le un instant, et abandonnez le reste à la fortune.

léonor.

Tu me fais voir tant de facilités, que tu enlèves toute délibération et toute crainte à mon honneur. Va donc ; hâte-toi de l’amener.

syrène.

Je cours et reviens.

Syrène sort.

léonor.

Quelque dangereuse que soit celle entrevue, je suis celle que je suis, et je saurai me vaincre… Si ma force faiblissait… l’honneur, qui m’a obligée de braver ce péril, me défendra… Je tremble… À chaque pas que j’entends il me semble que c’est don Lope ; et même le souffle de l’air, je me figure que c’est lui, — Peut-être qu’il m’écoute par là ? — Vaine imagination produite par la crainte ! — Faut-il qu’une femme noble s’expose à courir de tels risques !

Entrent DON LOUIS et SYRÈNE. Ils marchent comme à tatons.

syrène.

Voici ma maîtresse.

don louis, à part.

Hélas ! combien de fois j’ai souhaité ardemment cette occasion ! Et maintenant je suis presque effrayé… Un sinistre pressentiment me saisit le cœur.

léonor, à part.

Il ne parle pas, et pourtant il importe qu’il se retire au plus tôt.

don louis.

Leonor ?

léonor.

Seigneur don Louis ?

don louis.

Ah ! Léonor !

léonor.

Seigneur don Louis, vous voilà dans ma maison… Je vous ai accorde l’entrevue demandée par vous… expliquez-vous sans retard. afin que vous vous en retourniez… (À part.) Épouvantée de moi-même, je puis à peine me soutenir, et mon cœur se serre comme s’il se sentait pressé par un poignard.

don louis.

Vous savez, belle Léonor, si tant est que vous n’ayez pas oublié les joies passées, depuis quel temps je vous aime. La première fois que je vous vis, que j’eus le bonheur de vous voir, ce fut dans la campagne qui est aux environs de Tolède, votre patrie et la mienne. Vous étiez là avec plusieurs de vos compagnes, occupée à cueillir des fleurs qui, certes, n’étaient pas aussi fraîches et aussi brillantes que vous. Vous savez aussi que…

léonor.

Laissez-moi parler, je serai plus brève. Je sais que, durant plusieurs semaines de suite, vous n’avez cessé de parcourir ma rue, de passer et repasser sous mon balcon, et que, sans vous décourager de mon dédain, vous m’avez témoigné un amour ferme et constant jusqu’au moment où je vous distinguai. Alors, à la faveur des ombres de la nuit, au moyen de ces billets que nous échangions l’un avec l’autre par la fenêtre, suivant l’usage des amans, nous formions des projets de nous marier ensemble, quand on vous donna une compagnie et que vous fûtes forcé d’aller servir le roi. Vous partîtes pour la Flandre…

don louis.

Ceci, c’est à moi de le dire. J’allai en Flandre ; là, nous donnâmes un assaut auquel périt bravement un cavalier aragonnais appelé don Juan de Benavidès. La ressemblance de mon nom avec le sien fut cause que le bruit de ma mort se répandit en Espagne. La nouvelle en arriva à Tolède…

léonor.

Elle fut affreuse pour moi, et je pleurai amèrement. Mais je dois me taire ici, quoiqu’il me fût aisé d’invoquer pour mon excuse ma tristesse, mon chagrin, ma douleur. Ah ! que de larmes j’ai versées sur votre sort, sur le sort de notre amour !… Que vous dirai-je ? à la fin, les instances de mes proches ont obtenu que je me sois mariée par procuration.

don louis.

Je l’ai appris en chemin. Je me flattais de pouvoir rompre encore ce mariage ; et je courus à votre poursuite, jusqu’au moment où je vous rejoignis et vous parlai sous les habits d’un marchand.

léonor.

J’étais mariée déjà ; et puisque je vous ai détrompé, pourquoi êtes-vous venu ici ?

don louis.

Je suis venu seulement pour voir si j’ai lieu de me plaindre de vous. Si, dans cette conversation, j’acquiers la conviction que vous avez manqué à votre foi, je partirai aussitôt pour la Flandre, où j’espère qu’une balle donnera la mort, non plus à don Juan de Benavidès, mais à don Louis de Benavidès.

léonor.

Quoi ! don Louis, vous voulez mourir ?

don louis.

Oui, Léonor, si en sortant d’auprès de vous…

syrène.

Voilà quelqu’un qui monte l’escalier.

léonor.

Ah ! ciel !

don louis.

Grand Dieu !

léonor.

Que faire ? Cette salle est obscure ; demeurez-y afin qu’on vous y trouve seul. Quand on sera entré, vous vous en irez. Mais ne partez pas pour la Flandre : j’ai besoin d’achever cette explication. — Viens avec moi, Syrène.

syrène.

Je vous suis.

Léonor et Syrène se retirent par la porte qui est à gauche.

don louis.

Ya-t-il un malheur égal au mien ? Léonor et Syrène m’ont laissé seul, incertain et troublé… Comment m’échapper au milieu des ténèbres qui m’environnent ?… Je ne connais pas la maison et je ne trouve pas la porte.

Entre DON JUAN par la porte du fond.

don juan, à part.

Cela est singulier qu’on n’ait pas encore allumé à cette heure !

don louis, à part.

C’est le pas d’un homme.

don juan, à part.

Quelqu’un marche. (Appelant.) Holà ! un flambeau ! — (À don Louis.) Qui va là ? qui est-ce ? répondez !

don louis, se heurtant contre don Juan.

Ah !

Ils tirent chacun leur épée et se battent.

don juan.

Répondez donc ! répondez du moins à mon épée qui vous interroge !

don louis, à part.

Voici une porte, je suis sauvé !

Il se retire par la même porte que Léonor et Syrène.

don juan.

Où est-il donc ?

Entrent DON LOPE et MANRIQUE par la porte du fond.

don lope, à part.

3’ai entendu par ici un cliquetis d’épées, et l’on n’a pas encore iclairé l’appartement ! (À Manrique.) Va chercher un flambeau.

Manrique sort.

don juan.

Je vous ai demandé votre nom.

don lope.

Qui veut savoir mon nom ici ?

don juan.

Un flambeau !

don lope.

Un flambeau !

Entre MANRIQUE, un flambeau à la main.

manrique.

Le voici.

Entrent LÉONOR et SYRÈNE.

léonor, à part.

Ah ! ciel !

don lope, surpris.

Don Juan !

don juan, de même.

Don Lope !

don lope.

Qu’est ceci ?

don juan.

J’entrais dans cette chambre lorsqu’un homme en sortait.

don lope.

Un homme, dites-vous ?

don juan.

Oui. Je lui ai demandé à plusieurs reprises qui il était ; au lieu de me répondre il s’est tu.

don lope, à part.

Il importe de dissimuler… Que don Juan ne croie pas que j’aie pu concevoir des craintes aussi misérables. (À don Juan.) Il eût été bon, sur ma foi ! mon ami, que l’un de nous eût tué l’autre. C’était moi-même qui sortais… Je n’ai pas reconnu votre voix… M’entendant demander mon nom dans ma propre maison, cela m’a irrité ; je me suis tu et j’ai répondu avec l’épée.

léonor.

C’eût été un affreux malheur !

syrène.

Une bizarre aventure !

don juan.

Quoi ! c’était vous ?

don lope.

Moi-même.

don juan.

Mais non, cela n’est pas possible. L’homme de qui je parle est là, là-dedans, j’en suis certain ; car il n’a pas pu sortir par la porte par où vous êtes entré.

don lope.

Quand je vous dis que c’était moi.

don juan.

Cela est étrange !

don lope, à part.

Ôquel ennui d’avoir un ignorant ami ! (À don Juan.) Eh bien ! si vous êtes tellement persuadé qu’il y a quelqu’un caché ici, pendant que je vais visiter la maison, gardez-moi cette porte en vous tenant dans la pièce d’entrée.

don juan.

Vous pouvez commencer vos recherches en toute sécurité. Il ne sortira pas par là, je vous en réponds.

don lope.

Quoiqu’il arrive, ne quittez pas la pièce d’entrée, entendez-vous ?

don juan.

Je n’en bougerai pas.

don lope.

Songez-y bien.

don juan.

Soyez tranquille.

Il sort par la porte du fond.

léonor, bas, à Syrène.

Ah ! Syrène !

syrène, bas, à Léonor.

Tenez-vous.

don lope, à part.

S’il se trouve que je sois offensé, j’aurai assez d’empire sur moi-même pour conserver mon sang-froid ; et ma vengeance, que suivra un silence impénétrable, sera un enseignement pour le monde. (À Manrique.) Allons, Manrique, précède-moi avec ce flambeau.

manrique.

Monseigneur ?

don lope.

Oui, allons.

manrique.

Je n’ose. Je suis peu curieux des revenans.

don lope.

De quoi as-tu peur ?

manrique.

De tout.

don lope.

Eh bien ! donne-moi ce flambeau et sors d’ici. Va rejoindre don Juan. (Manrique sort. — À part.) Je n’ai besoin d’aucun témoin de mon malheur. (Il s’approche de la porte qui est à gauche.) Voyons de ce côté.

léonor, le retenant.

Non, seigneur…

don lope.

Lâchez-moi.

léonor.

Il est inutile, seigneur, que vous entriez… Je vous garantis, je vous atteste qu’il n’y a personne.

don lope.

Alors, raison de plus pour que j’entre ; ce sera le moyen de rassurer don Juan.

Il sort.

léonor.

Hélas ! Syrène, que le sort m’est contraire !.. Quelle situation cruelle que la mienne ! Je suis au désespoir, éperdue… Don Lope découvrira sûrement don Louis qui est caché… Le malheureux ! il a cru sortir par la porte qui donne dans ma chambre !… Ah ! sans doute ils se seront rencontrés déjà ! Don Lope l’a vu et lui a parlé… — Si je pouvais fuir encore !… mais non, son ami garde le passage ; et d’ailleurs je n’en aurais pas la force… Que le ciel me soit en aide !

syrène.

Du courage, madame !

léonor.

Je ne suis toute que confusion et terreur.

Entrent DON LOPE et DON LOUIS.

Don Louis est enveloppé de son manteau jusqu’aux yeux et tient son épée nue. Don Lope le suit, tenant d’une main son épée et de l’autre le flambeau.

don lope.

Ne vous couvrez pas ainsi le visage, cavalier.

don louis.

Abaissez votre épée, seigneur. À la plonger dans le sang d’un homme qui ne se défend pas il y aurait plus de honte que de gloire.

don lope.

Qui êtes-tous ?

don louis.

Je suis de Castille, seigneur… Jaloux d’un cavalier qui rendait des soins à une dame que je servais, je l’ai provoqué en duel et l’ai tué… Exilé pour ce motif de mon pays, je me suis réfugié à Lisbonne… J’ai appris ce matin qu’un frère du mort, me sachant ici, y était venu dans l’intention de le venger traîtreusement… On ne m’avait pas trompe… Ce soir, tout-à-l’heure, je passais par cette rue, lorsque j’ai été assailli par trois hommes à la porte de cette maison… J’ai eu peur, je l’avoue, et pensant qu’il m’était impossible de soutenir le combat contre trois hommes armés, je me suis précipité ici et j’ai franchi l’escalier. Eux, soit qu’une nouvelle attaque leur ait paru dangereuse, soit qu’ils aient respecté cet asile, ils ne m’ont pas suivi… J’ai attendu dans cette salle qu’ils se fussent éloignés. Lorsque je n’ai plus entendu de bruit dans la rue, j’ai voulu descendre ; mais au moment où je sortais je me suis heurté contre un homme qui m’a crié : Qui va là ? Je me suis imaginé que c’étaient mes ennemis ; je n’ai pas répondu, et j’ai pénétré dans la chambre voisine. — Voilà, seigneur, pourquoi vous m’avez trouvé caché dans votre maison. — Et maintenant, seigneur, tuez-moi. Comme je vous ai dit la vérité, et que je ne veux pas que la vertu ait à souffrir de mon imprudence, je mourrai content… J’aime mieux périr victime d’un ressentiment honorable que d’une infâme vengeance.

don lope, à part.

Àquelles incertitudes, à quelles anxiétés, à quelles craintes tout mon cœur est en proie !… Si cet homme m’inquiétait si vivement lorsqu’il se promenait dans ma rue, que sera-ce à présent que je l’ai trouvé caché dans ma maison, dans l’appartement de ma femme ? Assez, assez, pensée cruelle, ne me tourmente pas davantage ! Tout cela peut être vrai ; et quand même, ce n’est pas le moment d’éclater. — Sachons souffrir et nous taire. (À don Louis.) Cavalier castillan, je me félicite de ce que ma maison vous a servi d’asile contre une trahison. Si j’étais encore garçon, je me ferais un plaisir de vous y offrir l’hospitalité, car c’est le devoir d’un gentilhomme d’accueillir de nobles disgrâces ; mais, hors de là, je vous prie d’accepter mon assistance en toute occasion et de toute manière. Si l’épée d’un second vous est utile, comptez sur la mienne, et croyez qu’avec cette aide vous n’aurez pas besoin de tourner le dos à vos adversaires, quel que soit leur nombre. — Et maintenant, afin que vous puissiez sortir de ma maison en secret, nous nous en irons par le jardin, dont je vous ouvrirai moi-même la porte. Cette précaution, je le confesse, je ne la prends pas moins, dans mon intérêt que dans le vôtre. Je ne veux pas que mes valets, — car les valets sont toujours les ennemis de ceux qu’ils servent, — viennent à raconter que je vous ai trouvé ici, et m’obligent à satisfaire une curiosité importune. Quoiqu’il soit impossible de douter de la sincérité de vos paroles, et que pour ma part j’en sois persuadé, quel homme ici-bas échappe à la malveillance ? Quel est celui que la médisance épargne ? quel est celui que le soupçon n’atteint pas ? Et quant à moi, si je croyais… si même j’imaginais… si j’avais seulement l’idée que quelqu’un essayât d’entacher ma réputation, mon honneur, — ne serait-ce qu’une servante, une esclave, — vive Dieu ! ce quelqu’un, je lui ôterais aussitôt la vie, je lui tirerais jusqu’à la dernière goutte de son sang, et je lui arracherais l’âme, si l’âme se peut arracher avec l’épée ou le poignard ! — Venez ; c’est moi qui vous éclairerai jusqu’à votre sortie.

don louis, à part.

Ma voix s’est glacée dans ma poitrine… Voilà bien l’arrogance portugaise !

Don Lope et don Louis sortent par la porte de droite.

léonor.

Je respire !… cela a mieux fini que je ne l’espérais. C’est la première fois que le mal a été moindre qu’on ne l’avait pensé. Ah ! Syrène, pour tous les trésors de la terre je ne m’exposerais pas à une pareille situation.

DON LOPE rentre.

don lope.

Léonor !

léonor.

Que désirez-vous, seigneur ? Ce cavalier vous a dit le motif pour lequel il était entré. Vous savez que je ne suis pas coupable, qu’il n’y a pas eu de ma faute.

don lope.

Un époux qui vous aime et vous estime n’a pas l’intention de vous gronder. Non, Léonor, je veux seulement vous dire que puisque ce cavalier s’est déclaré avec nous…

léonor.

N’a-t-il pas dit tout-à-l’heure qu’il était de Castille et qu’il s’était réfugié ici après avoir tué un homme ?… Je n’en sais pas davantage, moi, seigneur.

don lope.

Pour Dieu ! Léonor, ne vous disculpez pas, vous me tuez. — Non, Léonor, vous ne pouvez pas en savoir davantage ; mais il suffit qu’il se soit confié à nous pour que nous lui gardions le secret… Toi, Syrène, ne dis rien de ce qui s’est passé à personne, non pas même à don Juan.

Entre DON JUAN.

don juan.

Vous avez été si long-temps, don Lope, que je commençais à concevoir de l’inquiétude

don lope.

En vérité, don Juan, il est aimable à vous de me faire ainsi courir par toute la maison, lorsque je suis sûr que c’était moi. Prenez à votre tour le flambeau, s’il vous plaît, et visitez-la.

don juan.

Àquoi bon, puisque je suis persuadé désormais que c’était vous ? Je me suis trompé, j’en conviens.

don lope.

Eh bien ! nous la visiterons ensemble une seconde fois.

don juan.

Si vous le voulez absolument, je ne m’y refuse pas.

léonor, bas, à Syrène.

Il ne soupçonne rien ?

syrène, bas, à Léonor.

Non, madame.

don juan, à part.

Il s’imagine m’abuser, moi qui souhaiterais tant qu’il eût raison.

don lope, à part.

C’est ainsi qu’en attendant l’occasion favorable, celui qui médite une vengeance doit savoir souffrir et se taire.

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