‹ À outrage secret, vengeance secrèteChapitre 6 sur 6 · Scène II.

Scène II.

Un terrain entre la mer et la maison de campagne de don Lope.

Entrent MANRIQUE et SYRÈNE.

manrique.

Douce Syrène, dont la vue me séduit, me captive et m’enchante, est-ce que tu viens ici, par hasard, pour apprendre à chanter de la sirène de la mer ?

syrène.

Tu m’ennuies, laisse-moi.

manrique.

Ah ! Syrène, de grâce !…

syrène.

Que veux-tu ?

manrique.

Écoute, je te prie, un sonnet héroïque, tendre et plein d’esprit, que j’ai composé à ton intention. C’est le premier des mille cent et un que je t’ai promis.

syrène.

Voyons ce sonnet.

manrique.

Je l’ai dans ma poche… (Il cherche.) Je l’avais bien pourtant… (Il tire un papier de sa poche.) Ah ! le voici. Écoute-moi cela.

Ôjoli ruban vert dont la couleur rappelle
À mes yeux étonnés le gazon du printemps ;
Ô toi qui…

syrène, l’interrompant.

Ma foi ! seigneur Manrique, assez, si vous voulez.

manrique.

Comment ?

syrène.

Restons-en là.

manrique.

Pourquoi ?

syrène.

Parce que…

manrique.

Est-ce que vous trouvez que je ne lis pas bien ? Cependant… «  Ô toi qui… »

syrène.

Laissons cela pour une autre fois.

manrique.

Vous ne m’encouragez guère pour les mille et cent qui restent.

syrène, à part.

Il faut que je l’attrape, ce drôle. (Haut.) Aujourd’hui dites-moi seulement, par rapport à celui-ci, en quoi, ainsi que vous le prétendez, il a été composé à mon intention ?

manrique.

Vous ne le voyez pas ?

syrène.

Non.

manrique.

Ah ! Syrène…

syrène.

Mais non.

manrique.

Eh bien ! à cause du ruban que vous m’avez donné hier.

syrène.

Ah ! oui, j’y suis.

manrique.

Certainement.

syrène.

Mais pourquoi dites-vous ruban vert plutôt que bleu, plutôt que rouge ?

manrique.

Parce que le ruban que vous m’avez donné était vert.

syrène.

Vraiment ?

manrique.

Oui.

syrène.

Montrez-le-moi un peu, que je voie s’il est vert.

manrique.

Ah ! malheureux. Hélas ! pauvre ruban !

syrène.

Quoi donc ?

manrique.

Si vous saviez, Syrène, ce qui m’est arrivé !

syrène.

Vous l’avez perdu peut-être ?

manrique.

Non. — Un malheur affreux.

syrène.

Contez-moi cela.

manrique.

Oh ! c’est une aventure incroyable. — J’étais un de ces jours passés, le soir, assis au bord du Tage, rêvant à vous, Syrène, et songeant à mon bonheur… Je tirai ce ruban de ma poche, et en accusait votre indifférence, je versai des larmes amères… Il me semble que je les sens encore couler le long de mes joues… Je couvrais ce ruban de baisers avec transport, quand tout-à-coup un aigle qui n’était pas loin, me voyant le porter ainsi à ma bouche, s’imagina que c’était quelque chose de bon à manger. Il s’élança du haut du rocher, fondit sur moi, m’enleva le ruban des mains, et puis s’en retourna dans son aire. Moi, je résolus soudain de lui donner l’assaut ; mais ne pouvant trouver un chaudron pour mettre sur ma tête, je fus obligé d’y renoncer. Depuis lors, malgré tous mes efforts et toutes mes recherches, il m’a été impossible de retrouver ni l’un ni l’autre. Voilà, Syrène, l’histoire de l’aigle et du ruban vert.

syrène.

Cela est bizarre.

manrique.

N’est-ce pas ?

syrène.

Oui ; mais il m’est arrivé mieux que cela à moi.

manrique.

J’ai peine à le croire.

syrène.

Écoutez, et vous verrez. — J’étais un de ces jours passés, le matin, dans la campagne, sans penser à vous ni à mon malheur, — lorsque je vis voler un aigle qui laissa tomber quelque chose. Je m’approchai et trouvai parmi les fleurs le ruban. C’était votre aigle, qui avait reconnu sans doute que le ruban n’était pas bon à manger. — (Elle lui montre le ruban.) Regardez si c’est bien le même.

manrique.

C’est une curieuse aventure, en vérité.

syrène.

Et la vengeance sera plus curieuse encore.

manrique.

Il vaut mieux la laisser pour plus tard, Syrène ; voici votre maîtresse qui sort.

Il se retire.

Entre LÉONOR.

léonor.

Syrène ?

syrène.

Madame ?

léonor.

Je suis bien triste.

syrène.

Pour quel motif, madame ?… Est-ce que vous ne me le direz pas, à moi ?

léonor.

Si fait, je puis me confier à ta discrétion, à ton attachement. Si tu savais !…

syrène.

Qu’y a-t-il donc, madame ?

léonor.

C’est que don Louis ne m’aime plus.

syrène.

Impossible, madame ; je vous réponds du contraire, moi.

léonor.

Les hommes ! ils sont ainsi faits pour la plupart ; à mesure qu’on leur montre plus d’abandon, plus de faiblesse, ils se refroidissent et s’éloignent, sans considérer que c’est pour eux que l’on s’oublie.

syrène.

Je vous garantis que le seigneur don Louis n’est pas comme les autres. En quoi auriez-vous à vous plaindre de lui ?

léonor.

Je n’en ai que trop le sujet. Ce matin, ayant su de don Lope qu’il devait suivre le roi à cette expédition, — je lui ai écrit de me venir trouver ce soir, et il ne vient pas.

syrène.

Il n’est pas tard encore ; à peine si la nuit commence.

léonor.

Ah ! Syrène, j’ai bien peur que…

syrène.

Et si le seigneur don Lope rentrait ?

léonor.

Ce n’est pas cela que je crains ; il m’a fait ses adieux en me quittant.

syrène.

Mais enfin, malgré cela, il n’y aurait rien d’étonnant à ce qu’il revînt… Le roi peut remettre son départ d’un jour… Lui-même peut être rappelé ici par un motif quelconque, il peut désirer de vous renouveler ses adieux… et s’il retrouvait encore ici le seigneur don Louis…

léonor.

En ce cas même je ne crains pas davantage, Syrène, je te l’avoue… Tu ne sais donc pas ce que sont les maris ? comme ils s’abusent aisément ? comme les plus habiles d’entre eux, les plus clairvoyans, les plus sagaces, sont faciles à duper ?.. Don Lope, don Lope lui-même n’est pas une exception à la règle commune. Depuis cette soirée où il découvrit don Louis dans ma chambre, il ne m’a témoigné que plus de confiance, d’estime, de tendresse ; il n’en est que plus empressé à me complaire ; il semble adorer sa disgrâce. Et moi, qui n’ai pas profité de cette première leçon… j’en rougis, je m’en veux… mais j’aime don Louis.

syrène.

Prenez garde, madame ! Très-souvent les maris font semblant de n’y pas voir ; ils ne sont pas aveugles, ils ont des yeux comme les autres.

Entre DON JUAN.

don juan, à part.

Je ne sais pas comment mon cœur n’est pas brisé par les coups réunis de ces deux grands chagrins.

léonor.

Quoi ! c’est vous, seigneur don Juan ?… Pourquoi donc n’avez-vous pas ramené don Lope avec vous ?

don juan.

Je n’ai pas eu le loisir de l’attendre. Il m’avait promis d’être ici avant le coucher du soleil.

léonor.

Je n’y compte pas maintenant. Voyez, la nuit a répandu au loin ses ténèbres épaisses. Vous auriez dû revenir avec lui, seigneur don Juan.

don juan.

Je l’aurais attendu, madame ; mais cela ne m’a pas été possible. J’ai une telle affliction, que, loin de vouloir en importuner un ami aussi cher, je me fuirais moi-même.

don louis, dans l’éloignement, sur la mer.

Que le ciel me soit en aide !

léonor.

Qu’est-ce donc ?

don juan.

Rien, madame.

léonor.

Vous n’avez pas entendu ?

don juan.

Ce n’est rien ; c’est le vent qui a gémi à travers les arbres.

léonor.

Non, c’est la voix d’un homme qui poussait un cri de détresse.

don juan.

Cependant, madame, il n’y a personne autour de nous.

léonor.

Il est vrai ; moi non plus je n’aperçois personne.

syrène.

Voyez ! là-bas ! là-bas ! sur la mer !… On s’approche.

léonor.

Je découvre à travers l’obscurité je ne sais quoi qui se meut sur les flots.

don juan.

C’est un homme qui lutte énergiquement contre une mort presque certaine. Puisque la pitié du ciel l’a conduit de ce côté, je cours le secourir.

léonor, à part.

Pourvu que ce ne soit pas lui !

Entre DON LOPE.

Ses vêtemens sont tout mouillés. Il tient un poignard à la main.

don lope, à part.

Hélas !

syrène.

Le voici qui vient !

léonor.

Je n’ose avancer.

don lope, à part.

Ôterre ! douce patrie de l’homme !

don juan.

Quoi ! c’est vous, don Lope ?

léonor, à part.

Mon mari !

don lope.

Oui, moi-même. (Il remet son poignard dans le fourreau.) Je ne pouvais dans mon naufrage rencontrer un meilleur port de salut. — Léonor ! mon épouse ! mon bien ! je remercie le ciel ; il me dédommage de mes peines puisque je vous revois. — (À don Juan en lui prenant la main.) Ô mon ami !

don juan.

Qu’est-ce donc ?

don lope.

Un événement déplorable. Jamais vous n’avez rien ouï d’aussi triste.

léonor.

Puisque vous vivez, seigneur, et que vous avez échappé à ce péril, ni moi ni don Juan n’accuserons la destinée.

don lope.

Voici. — Après avoir parlé au roi, je vous ai cherché, don Juan, et ne pouvant réussir à vous trouver, j’ai retenu une barque. Tandis qu’on la préparait, il est venu vers moi un élégant cavalier dont je sais à peine le nom ; — je crois pourtant qu’il s’appelle don Louis de Benavidès. — Il s’est approché en me disant qu’il était étranger et qu’il me priait d’excuser son indiscrétion ; que j’eusse la bonté de lui accorder une place auprès de moi ; qu’il désirait aller au Jardin du roi pour assister au départ des troupes… je ne pouvais décemment le refuser… Là-dessus nous passons dans la barque ; mais à peine étions-nous entrés l’un et l’autre, avant que le batelier eût eu le temps de nous rejoindre, la corde qui attachait la barque — et qui était sans doute rongée par les flots de la mer qui la battent continuellement, — s’est rompue. J’ai vainement tâché, — à force de rames, de regagner les bords ; le vent qui soufflait dans la voile nous a poussés de plus en plus au large. Par malheur, la mer était fort agitée en ce moment ; notre barque légère était tantôt soulevée vers les nues et tantôt replongée dans les abîmes. Je n’essayerai pas de vous peindre nos inquiétudes, nos terreurs ; mon compagnon et moi nous ne doutions pas de notre perte. À la fin cependant nous arrivions de ce côté, et nous n’étions plus qu’à une centaine de pas du rivage, quand notre barque s’est heurtée et brisée contre un écueil. Séparé de ce généreux cavalier par la violence du choc, j’ai eu le regret de ne pouvoir de secourir, et il s’est enfoncé dans la mer, où son souvenir doit demeurer enseveli.

léonor.

Ôciel ! hélas !

Elle tombe évanouie.

don lope.

Léonor ! mon épouse ! mon bien ! revenez à vous !… Hélas ! ses mains sont froides !… — Ah ! don Juan, j’ai eu tort de lui conter les dangers que j’ai courus ; un cœur de femme ne supporte pas un tel récit. Son amour a frémi à l’idée de mon trépas… (À Syrène et à d’autres domestiques qui sont accourus.) Transportez-la dans son lit.

don juan, à part.

Qu’il est beau à un homme de garder le silence sur son injure, et d’en cacher à tous les yeux la vengeance !… C’est ainsi que doit se venger celui qui sait souffrir et se taire.

Syrène et les autres domestiques transportent Léonor dans la maison. Don Juan les suit.

don lope.

Eh bien ! mon honneur, ai-je appliqué avec assez de prudence à un outrage secret une vengeance secrète ?… N’ai-je pas bien saisi l’occasion quand j’ai coupé la corde et que je me suis écarté en faisant semblant de vouloir regagner le port ?… Et ce poignard, ne m’en suis-je pas servi contre cet insolent avec une adresse impitoyable ?… Et la barque, n’ai-je pas eu raison de la briser afin qu’on ne pût concevoir aucun soupçon ?… — C’est bien. — Maintenant que, suivant le devoir de l’homme d’honneur offensé, je me suis défait du galant, ce sera le tour de Léonor… Je ne veux pas que le roi me dise de nouveau de ne pas l’accompagner, que je ferais faute en ma maison… Léonor, hélas ! aussi inconstante que belle, et non moins infortunée qu’inconstante, ruine fatale de mon bonheur et de ma vie, vous aussi vous mourrez, vous mourrez cette nuit !… Mais comment ? par quel moyen ?… Répandrai-je son sang sur le lit qu’elle se proposait de souiller ? — Non, ces indices me trahiraient… — J’y suis !… — J’ai confié aux eaux de la mer le soin de ma première vengeance, je confierai au feu le soin de la seconde. Je mettrai le feu à ma maison en commençant par son appartement, et pendant l’incendie… De même que l’or dans le creuset se dégage du vil alliage des autres métaux, de même mon honneur sortira de là épuré… — Les deux élémens auxquels je me confie ne révéleront pas mon secret. — Il faut que demain, oui, demain, pas plus tard, le soleil de mon honneur se lève radieux au-dessus de ce naufrage et de cet incendie !

Don Lope se retire.

Un moment après entrent LE ROI, LE DUC DE BRAGANCE et le Cortége.

le roi.

Venez par ici, duc… Que la nature est belle à cette heure ! comme elle est calme et silencieuse !… Approchons-nous un peu de la mer ; j’aime à en respirer la fraîcheur.

le duc.

Voyez, sire ; elle a pensé que le second soleil dormait paisible en sa sphère, et la voilà qui mollement réfléchit les étoiles qui scintillent encore dans ses ondes.

le roi.

Le ciel d’azur s’y contemple tout entier avec une sorte de complaisance, comme un nouveau Narcisse épris de sa beauté. — Et puis, regardez dans le lointain toutes ces barques avec leurs fanaux et leurs voiles. On dirait des cygnes enflammés qui se disposent à déployer leurs ailes et à voler sur les eaux. — Et puis, plus près de nous, toutes ces maisons de plaisance, ces arbres, ces rochers qui projettent leurs grandes ombres sur la surface de la mer, et semblent plonger par leur sommet dans ses profondeurs. — Oui, la nature est belle, mais surtout près de Lisbonne… Adieu, ma douce patrie, adieu ! Que le ciel me permette de revenir à toi victorieux, après avoir acquis à mon nom une nouvelle gloire et de nouveaux triomphes à l’Église !…

une voix.

Au feu !

une autre voix.

Au feu ! au feu !

le roi.

Quelles sont ces clameurs, duc ?

le duc.

On crie au feu !… et, en effet, voilà le château voisin qui brûle. C’est, si je ne me trompe, celui de don Lope d’Almeyda. Il sera bientôt embrasé.

le roi.

Il s’échappe par les combles une épaisse fumée mêlée de vives étincelles… Il me semble voir un volcan… L’incendie environne la maison de tous côtés… Je doute que personne s’en puisse sauver… Approchons pour voir s’il y aurait moyen de porter quelques secours.

le duc.

Quelle témérité, sire !

le roi.

Non pas, duc ; c’est de l’humanité.

Entre DON JUAN à demi nu.

don juan.

Ce n’est pas sans peine que je suis parvenu à sortir… Où est don Lope ?… Dussé-je y périr, il faut que je le tire de là. C’est son appartement que les flammes ravagent.

le roi.

Arrêtez cet homme.

le duc.

Où allez-vous, insensé ? Que prétendez-vous ?

don juan.

Montrer au monde le dévouement d’une amitié véritable. — Ah ! sire, à peine étions-nous retirés que soudain a éclaté l’incendie. En un instant il a crû à tel point que je crains qu’avant peu il ait tout consumé. Don Lope d’Almeyda est là avec son épouse, et je voudrais les délivrer.

le roi.

Remettez-vous. La prudence est aussi nécessaire que le courage.

Entre MANRIQUE.

manrique.

Je me suis échappé en jetant feu et flamme comme un diable de comédie. Je me figure, avec une certaine satisfaction, que je suis l’Enée de cette Troie. Je vais me retremper un peu dans la mer, quoique je n’aime guère l’eau et surtout l’eau salée.

Entre DON LOPE à moitié nu.

Il porte dans ses bras Léonor qui est morte.

don lope.

Ôciel clément ! rendez la vie à Léonor, à mon épouse chérie !

le roi.

Est-ce vous, don Lope ?

don lope.

Oui, sire… si mon malheur me laisse assez de sang-froid pour vous reconnaître et vous parler au milieu de cette horrible tragédie. Cette femme, sire, que vous voyez morte, est mon épouse, noble, fière, honnête, vertueuse, digne enfin des louanges éternelles de la renommée. Cette femme est mon épouse, que je n’ai aimée de l’amour le plus tendre qu’afin de mieux sentir la douleur de sa perte. — J’étais entré dans sa chambre et je me disposais à l’enlever, lorsque, étouffée, elle a rendu la vie dans mes bras… Quel sort affreux ! — Cependant il me reste une consolation ; je suis libre par son trépas, et je pourrai vous servir sans faire faute en ma maison. À cette heure, sire, je vous suis jusqu’à ma mort, qui, j’espère, viendra bientôt. (À demi-voix à don Juan.) Et vous, brave don Juan, apprenez à celui qui vous demande conseil de quelle manière il doit s’y prendre pour que la vengeance ne dise pas ce que l’affront n’avait pas dit.

le duc.

C’est une disgrâce inouïe.

le roi.

Jamais je n’en ai vu d’aussi étrange.

don juan.

Sire, permettez… Que Votre Majesté daigne m’écouter à l’écart, il convient que vous sachiez seul ce que j’ai à vous dire. Don Juan et le Roi s’éloignent des autres acteurs.) Sire, don Lope, mon généreux ami, a eu des soupçons sur la fidélité de son épouse, et ses soupçons se sont bientôt changés en certitude. Il en a pris son parti en homme de cœur ; il a tué le galant dans la mer et sa femme dans l’incendie, afin que ceux qui savaient son outrage fussent les seuls à savoir sa vengeance.

le roi.

L’antiquité ne présente pas d’exemple d’une aussi énergique résolution. En effet, un outrage secret requiert une vengeance secrète.

don juan, au public.

Telle est la véritable histoire du grand don Lope d’Almeyda, que nous recommandons à votre admiration en terminant cette tragicomédie

fin de à outrage secret vengeance secrète.

« Io me quiero adelantar
En alguna destas barcas
Que llaman muletes, y oy
Siendo cojo con muletas… etc. etc. »

Muletas signifie béquilles. On appelle muletas à Lisbonne (en espagnol muletes) des bateaux de pêcheurs, plats et légers, qui ont de chaque côté de longues rames à demeure. Manrique dit : Je m’en vais prendre les devans dans une de ces barques que l’on appelle muletes, et courant aujourd’hui comme un boiteux sur des béquilles… etc. »

« …Pendanga de criados
Hecha del palo que quieren. »

Mot à mot : « Le pendanga des valets, fait du bois que l’on veut. » On appelle pendanga, au jeu de quinolas, le valet de carreau. Ce jeu consiste à assembler quatre cartes, une de chaque couleur, et celui qui a le plus de points gagne. Le valet de carreau sert d’à-tout.

« Porque un noivo á quien le place
La dama, y á verta llega,
Como necedades juega,
Es tahur que dize y haze. »

Le dernier de ces vers présente deux sens ; mot à mot : « Car un marié à qui sa dame plaît et qui arrive à la voir, comme il joue un jeu de sottises, c’est un joueur qui dit et qui fait : » ou bien « qui en dit ou qui en fait. »

Por Dama de la lazada
O fregona del Tuson.

La plaisanterie de Manrique porte d’abord sur dama, dame, et fregona, écureuse de vaisselle : — ensuite sur le triple sens du mot lazada, qui signifie : 1 rosette, 2 piège, embuche, 3 entrelacement formé par les danseurs ; — ensuite sur le mot tuson, qui signifie à la fois la laine des moulons et un jeune poulain. Mais nous avouons ingénument que nous n’avons pu réussir à comprendre la malice cachée sous ce dernier mot.

« …Que no consiguen
Una texa y un papel ?

Mot à mot : « À quoi ne réussissent pas une tuile et une lettre ? » Allusion aux moyens que les amans espagnols employaient pour correspondre. Le galant, venu la nuit sous les fenêtres de sa dame, lui lançait un billet doux attaché à un morceau de tuile, et recevait la réponse par le même courrier.

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