XXIII
Le vieux Villard se courbait davantage et somnolait des journées entières, non loin de la cheminée, en attendant que le feu de l’hiver lui tînt compagnie. Il s’abandonnait à un demi-sommeil, car il sentait que la maison était en sécurité.
Quand on lui faisait compliment d’Aimée, il bredouillait de plaisir et d’émerveillement, ou bien il pleurait.
Là-haut, sur la planche du grenier, les sacs de blé étaient entassés. On avait plié sous la bonne charge du grain. La mère, à vrai dire, ne reprenait pas grand courage, mais au fond d’elle, le chagrin s’était assoupi.
Le soir, on se rassemblait autour de la table de cerisier. Aimée amusait à des jeux rustiques ses petites sœurs et Nonot, ou bien elle inventait et retrouvait de vieilles histoires qui font s’agrandir d’étonnement les yeux des enfants. La mère tricotait. Lionnou faisait des paniers, et dans ses gros doigts, c’était merveille de voir le brin s’assouplir. Après le repas du soir, Aimée récitait la prière où, comme à l’habitude, on demandait à Dieu le pardon, la paix.