XXV
Après deux longues semaines, Aimée fut hors de danger. Mais elle ne se levait pas encore. Il lui semblait qu’elle trouvait enfin un vrai repos. Elle ne s’ennuyait pas; Clémentine Queyroix s’asseyait près de son lit et lui contait de naïves histoires de campagne. Sa bonne figure rouge, aux yeux francs, aux cheveux bien lissés, était agréable à regarder.
Elle parlait maintenant à Aimée de son frère Martial qui achevait son service en Tunisie et qui reviendrait bientôt en Limousin.
--Tu te le rappelles certainement, bien qu’il soit plus vieux que nous autres; étant un peu sauvage, il ne sortait pas beaucoup. C’est un brave garçon.
Aimée se souvenait de lui, comme d’un jeune homme bien planté, un peu rude de manières. Nonot et les petites sœurs venaient s’asseoir au bas du lit, sur le couvre-pied, et ils jouaient aux osselets.
La mère, qui ne cessait de préparer des tisanes, voulait les chasser de la chambre, mais en vain; Aimée la suppliait de les laisser auprès d’elle. Le grand-père lui tenait compagnie de longues heures et la considérait en silence.
Un jour, le curé Verdier lui apporta des livres pleins de contes et de beaux récits.
Aimée, les ayant lus, s’étonnait que sa vie fût si calme. Mais elle n’avait aucun désir de connaître des jours mouvementés, liés par cent intrigues. Quand elle était seule, elle refermait les livres de l’abbé Verdier et regardait, longtemps, frémir la pointe vivante d’un jeune frêne qui s’élevait devant la fenêtre.