Scène VII
ÉDOUARD, puis BAPTISTE.
Édouard.
Hum ! ça n’a pas été long ! Ah ! ça se fait militairement dans cette maison. Sapristi, une, deux, en avant, marche ! Voilà le progrès ! Comme on est en retard en province !… Enfin voilà une petite aventure qui va joliment me lancer. Elle est sortie… par là.
Il se dirige vers la porte par où est sortie Lucile.
Baptiste, apportant une partition de musique et la remettant à Édouard.
Voici, monsieur !
Édouard.
Qu’est-ce que c’est que ça ?
Baptiste.
C’est un livre que mademoiselle appelle comme ça : Les sonnettes de bête à veine, et que mademoiselle a dit de remettre à monsieur.
Édouard, étonné.
Les sonnettes de bête à veine ?
Baptiste.
Oui, ça doit être de la botanique.
Édouard, lisant le titre du livre.
Ah ! les Sonates de Beethoven !
Baptiste.
Monsieur croit, c’est possible, seulement ça ne signifie plus rien alors.
Édouard.
Mais qu’est-ce qu’elle veut que j’en fasse ?
Baptiste.
C’est sans doute, pour que monsieur fasse la lecture.
Édouard.
Ah ! merci !
Il se dirige de nouveau vers la porte.
Baptiste.
Je demande pardon à monsieur, mais, monsieur sait-il où il va ?
Édouard.
Mais oui, mon ami, mais oui.
Baptiste.
Ah ! c’est que cette chambre !
Édouard.
Eh bien ! quoi ? Est-ce que par hasard ? Parle. (Tirant un louis de sa poche.) Parle donc, voyons !
Baptiste, regardant le louis avec convoitise, à part.
Un louis ! (Haut.) Eh ! bien, c’est… c’est la chambre à coucher !
Édouard.
Eh ! bien oui, la chambre, le temple de Vénus, le sanctuaire discret…
Baptiste.
Où repose la mère de mademoiselle, oui, monsieur !
Édouard, ahuri, remettant le louis dans sa poche.
Hein ! quoi ! c’est la mère ! c’est la mère qui… mais c’est impossible !
Baptiste, à part.
Eh bien ! et ma pièce. (Haut.) Pardon, monsieur.
Il tend la main.
Édouard, lui donnant une pièce.
Ah ! c’est juste… Voilà vingt sous.
Baptiste.
Mais, monsieur, c’est vingt sous !
Édouard.
Oui, ça ne fait rien, gardez-les tout de même.
Baptiste sort.