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Chapitre 5

Pour le moment j’avais la vie sauve ; mais, s’il me fallait en croire les récits de ceux de nos soldats qui avaient eu l’expérience de quelques mois de captivité chez les Mexicains, je n’avais guère à m’en féliciter.

Les Mexicains, à de rares exceptions près, traitaient leurs prisonniers un peu à la manière des Indiens des plaines de l’Ouest.

Chez eux, c’était l’esclavage accompagné de tous les mauvais traitements que suggérait à ces soldats demi-brigands leur nature sauvage et vindicative.

Il me restait cependant une dernière chance : l’évasion.

Coûte que coûte, j’étais bien décidé à tout risquer pour recouvrer ma liberté. Aussi, commençai-je à l’instant même à former des plans plus ou moins pratiques pour m’échapper des mains des Chinacos.

Le lendemain, de grand matin, flanqué de deux cavaliers et ficelé de nouveau des pieds à la tête, je prenais la route de Santa Rosa.

Comme nous étions en pays ami pour les juaristes, mes gardes me laissèrent une certaine latitude ; et n’eussent été les liens qui me gênaient terriblement, je n’aurais pas eu trop à me plaindre de ces messieurs. Trente-six heures de route devaient nous conduire au camp, et, en attendant, je me creusais la tête pour trouver le moyen de tromper mes Mexicains.

Si j’avais eu de l’or, j’aurais pu les acheter corps et âmes, car il est proverbial que ces braves descendants de Cortez – comme leurs ancêtres – ne savent guère résister aux appas d’une somme un peu respectable ; mais je n’avais pas un sou. On m’avait tout enlevé.

Nous campâmes, le premier soir, aux environs de Monclova. Et je passai la nuit à méditer des plans d’évasion, tous les uns plus impossibles que les autres.

Nous nous remîmes en route de bonne heure, dans l’espérance – pour mes gardes, bien entendu – de pouvoir atteindre le soir même le but de notre voyage.

Je commençais à croire, après tout qu’il me faudrait attendre une occasion plus favorable, et je me résignais à subir mon sort tant bien que mal, quand vers trois heures de l’après-midi, nous nous arrêtâmes à la Hacienda de los Hermanos pour reposer nos chevaux et prendre nous-mêmes un dîner dont nous avions grand besoin.

Là, j’appris d’un péon – domestique – que les Français avaient été vus la veille sur la route de Paso del Aguila, et un rayon d’espérance vint relever mon esprit abattu.

Mes gardes se hâtèrent de prendre un mauvais repas composé de tortillas et de frijoles dont ils m’offrirent une part assez libérale que j’acceptai avec plaisir.

Ils avaient appris comme moi que les Français rôdaient dans les environs, et ils tenaient probablement à atteindre Santa Rosa le soir même, afin de se trouver à l’abri des attaques des éclaireurs impériaux qui battaient la campagne.

Ils ignoraient que je fusse au courant de la cause de ce départ précipité, mais comme je l’ai dit plus haut, j’en avais été informé aussitôt qu’eux.

Je désirais donc ardemment ce qu’ils paraissaient redouter : – la rencontre de quelque détachement de troupes françaises qui auraient bien pu intervertir les rôles et les faire prisonniers à leur tour en me rendant la liberté.

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